SECRETAIRE DL DUC DE LORRAIN K
[Saint-Germain-en-Lay? ], 1 '1 [mai]1 îfiôa.
Aprez le billet que vous m'avez escrit par M. de Beaujeu et ce qu'il m'avoit clict de la part de S. A. (le duc de Lorraine) et de la vostre, je m'attendois de vous voir le jour d'aprez et de donner la dernière main au Irait té , ainsy que Leurs Mte avoient résolu, pour vous envoyer auprez de vostre maistre en toute diligence; mais je voy, par la depesclie que je viens de recevoir de M. de Bregy '2, que vous n'estiez pas encore party ; ce qui m'a donné beaucoup de peine, et Leurs Mlez ont aussy tesmoigné du desplaisir de ce retardement, lequel en apporte à la conclusion de l'accommodement avec S. A. , qui me permettra de me plaindre du tort qu'il laid à la Reyne, ayant escrit à M. de Bregy qu'il avoit différé à vous depescher à cause de l'advantagc que les armes du Roy avoient remporté à Estampes; car jamais S. A. ne se doit promettre plus de satisfaction et un meilleur traittement du Boy et de la Reyne que lorsque les affaires du royaume prospéreront le plus, puisqu'on quelque estât qu'elles puissent estre, le Roy peut tirer tousjours grande utilité de l'amitié de S. A.; que celle de la Reyne est tres-sincere pour sa personne et pour tout ce qui le regarde, et que Sa M1<: ne pourroit avoir un plus
1 Celle lettre porle. dans le manuscrit, la Brégis, mort le 2.3 octobre 1689. (Voy. le
date de Tours, 1 h mars 1 65a; mais comme Journal de Dangeau, à cette date.) Le comte
il est question du combat d'Ktampes livré le de Brégy a son historiette dans Tallemanl
li mai 1602, elle doit èlrc placée en mai. des Réaux; les notes, jointes au texte, font
Par suite de l'erreur de date, le copiste a vivre Brégy jusqu'en 1712. Le Journal de
substitué' Tours à Saint-Germain-en-Laye. Dangeau prouve qu'il y a erreur dans c«i
1 Leonor de Flexelles , comte de Bregy ou commentaire.
M;«i i65a. grand plaisir que de se voir en estât de luy en donner de véritables marques.
La Reyne ne sçauroit croire que S. A. songe à reprendre son ancien poste, ainsy qu'il a mandé à M. de Bregy, non seulement parce qu'il n'y a pas apparence qu'il veuille perdre une si belle occasion de se reslablir avec beaucoup de réputation et de s'asseurer pour tousjours des bonnes grâces du Roy, mais parce que la Reyne se persuadroit difficilement qu'il pust se résoudre, estant en France, d'en sortir sans voir Sa Mté, et Elle m'a commandé de faire sçavoir ce sentiment à S. A. par vostre moyen, quoyque je croye qu'il l'apprendra plus tost par celuy de M. de Bregy, puisque je vous tiens à présent en chemin pour venir icy, et je vous responds que vous n'y demeurerez pas longtemps, et que, veu la bonne disposition de Sa M16 de contenter S. A. et la passion que j'ay pour le servir, nous trouverons des expediens pour accommoder toutes choses à sa satisfaction.
Je supplie S. A. une fois pour toutes de ne douter point, quelque chose qu'on luy puisse dire au contraire, d'une entière résignation de M. le mareschal de La Ferté à tout ce qu'il plaira à Sa Mlé luy ordonner, sans y apporter la moindre difficulté, m'asseurant aussy que Sadicte Altesse aura la bonté de nous assister de quelque somme d'argent, ainsy qu'elle nous a faict espérer, pour donner avec plus de facilité les moyens de rescompenser ledict sieur Mareschal 1.
J'ay recouvré depuis peu une copie du dernier traité du U avril que S. A. a faict avec les Espagnols, et comme j'avois pris la liberté de vous escrire qu'elle devoit se servir de toutes sortes de moyens pour sortir de leurs mains, j'ay creu que cette seule considération l'a obligée de les satisfaire, et j'ay mesme remarqué que la reserve qu'il a faicte d'assister S. A. R. luy donne moyen d'expliquer son engagement comme il luy plaira; mais en casque, par quelque raison que je ne sçay point, S. A. se crut obligée d'en user autrement, la Reyne estant résolue de le voir,
1 Le maréchal de La Ferté avait le gou- C'était pour compenser cette perte, que Mavernementde la Lorraine, qu'il devait perdre zarin demandait un sacrifice pécuniaire au par le rétablissement du duc dans ses Etats. duc de Lorraine.
à ij n«x I » | m* prix que et' soit, engagé entièrement dans le partyduRoy, Mai i65a. il faut ahsolumeni convenir do quelque expédient par lequel cela puisse estre, ou à présent, ou dans quelque temps.
VIT. élr. . Franco, I. 369, f" 1 1 3 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
V L'ABBÉ FOUQUET
Corbeil ', aô mai i()5i>.
Je \ ions de recevoir vostre billet d'hyer; on avoit desjà prévenu l'advis de M. le Procureur gênerai, au moins dans la substance; car encore que Ton n'ayt point envoyé de lettres de cachet aux <jens du Roy, M. le Garde des sceaux a escrit à M. le président de Nesmond que l'intention de Sa Majesté estoit que les députez du Parlement différent à se rendre à Melun jusques à mardy prochain '2, sans s'expliquer des raisons de ce délai; ce qui me semble produira le mesme eflect que ce que vous me mandez. Je vous prie de faire compliment à mes amis et de vous souvenir de la prière que je vous ay faicte de m'envoyer au plus tost quelques bardes que j'ay à Paris.
La (loin- avait quitté Saint-Germain le ■22 mai, pour se rendre à Corbeil, afin de se rapprocher de l'armée de Turenne qui assiégeait Ktempes. Le Roi s'avançait vers Élampes dans l'espérance d'assister à la prise de cette ville attaquée par Turenne et défendue par Tavannes. Ce voyage n'eut pas le succès ipie Mazarh) avait espéré. Il avait compté sur la présence du Roi pour décider la garnison d'Etampes à se rendre. Tavannes, qui craignait l'impression que pourrait produire la vue du Roi sur des troupes françaises, chargea un ries auxiliaires allemands, amenés par le duc de Nemours, de recevoir l'officier
MAZARIN. V
envoyé par Mazarin pour annoncer l'arrivée de Louis \IV et pour demander que l'on fit cesser le feu. Rien loin d'obtempérer à cette recommandation, les étrangers, qui composaient en partie la garnison, tirèrent plusieurs coups de canon sur l'escorte du Roi Mémoires de Monglat, p. 269 , édit. Michaud et Poujoulatl. Mazarin , ne comptant plus sur une reddition immédiate d'Etampes, s'éloigna et conduisit le Roi à Melun, pendant que Turenne continuait le siège.
2 Le mardi indiqué tombait le 28 mai. (Voy. le Journal de Du buisson- Aubenay , t. II,
HPMMEFIE !tlTI0<l.4Le .
Mai i(r5a.
ni.
Aff. étr., France, I. 269, f° ii3; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
À L'ABBÉ FOUQUET
Corbeil, 28 mai i65a.
M. de Laigues m'avoit promis de revenir icy. Cependant nous ne le voyons point. Je souhaiterois bien neantmoins qu'il y vinst, et pour luy donner les expéditions de la grâce que Sa Ml<: lui a l'aicte, et pour l'entretenir sur les affaires présentes. Si Mme de Chevreuse pouvoit aussy venir faire un tour, la Reyne seroit tres-ayse de la voir et de l'entretenir. Je m'en vais à Estampes avec le Roy. Je serai icy de retour après-demain sans faute, de sorte que, si ma dicte dame de Chevreuse vouloit venir vendredy, vous me le pourriez faire sçavoir, et, si elle avoit besoin d'escorte ou de quelque autre chose, je ferois donner ordre pour tout ce qu'elle desireroit.