À MM. DE TUREXNE ET DE LA FERTÉSENNETERRE
Pontoisc, 2 3 juillet i65a.
(Addition)3. Au surplus, comme je vous fais escrire par M. Le Tel-
1 Cette retraite volontaire de Mazarin eut J On trouve, à cette époque, un gentillieu un mois plus tard (19 août 1 65a), et se homme ordinaire de la maison du Roi, prolongea jusqu'au mois de février 1 653. nommé M. de Gaumont. C'est probable- D'après le Journal de Dubuivson- Aubenay ment de lui qu'il est question dans ce pas- (t. II, p. 2Ô4), le Roi avait promis, dès le sage.
11 juillet i65a. de consentir à léloignement 3 La dépêche, dont on donne l'addition,
du Cardinal. ne se trouve pas dans le manuscrit.
Août i(i5a. lier toutes choses, je n'ay rien à adjouter,- si ce n'est que pour peu de difficulté que Fuensaldagne1 rencontre à avoir des vivres, il se retirera; mais je crois, en ce cas, que le duc de Lorraine se joindra [aux ennemis], nonobstant toutes les belles paroles qu'il nous donne2, et ledict Fuensaldagne laissera un corps à M. le Prince aussy fort que celuy de M. de Lorraine, qu'il emmènera en Flandres pour s'en servir à entreprendre sur quelqu'une de nos places.
Aff. élr. , France, t. 269, f° 177; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
k M. RAUL1N.
Ponloise, U août i(55a.
J'ay receu vos deux billets avec beaucoup de satisfaction, voyant de plus en plus la continuation de l'amitié que vous avez pour moy, et, à la vérité, c'est avec justice, puisqu'il paroist assez qu'on ne sçauroit avoir plus de passion pour les interests de vostre maistre que j'ay3. Ce qui me fasche en cecy, c'est que S. A. n'en profite pas et ne travaille qu'à l'eslevation de ceux qu'elle n'ayme point et qui n'oublient rien pour faire du mal à la Reyne, pour laquelle S. A. a tousjours, sans discontinuation, tesmoigné tant d'affection. H est temps de prendre une bonne resolution; car asseurement si S. A. diffère encore, aprez avoir entendu le sieur Bartet et recognu avec quelle sincérité on donne les mains à tout ce qui peut contribuer à sa grandeur et à sa gloire tant pour ses interests particuliers que pour le gênerai de la Gbrestienté \
' Ce général espagnol était entré en France s'avança de nouveau jusqu'aux portes de
ets'élailavancéjusquà Chauny ; mais , comme Paris.
l'annonçait Mazarin, il rétrograda vers la 3 On a vu, par le billet qui précède, que
Flandre et alla mettre le siège devant Dun- Mazarin était loin d'avoir confiance dans le
kerque. duc de Lorraine; mais il tenait à le ménager
2 On verra, en effet, plus loin que le duc en écrivant à son secrétaire. La conduite du
de Lorraine se joignit aux princes pour en- duc justifiait la défiance du Cardinal, tretenir la guerre civile en France et qu'il ' Pour le bien de toute la Chrétienté.
DU CVRDINAL MAZARIN. 141
on sera contraint icy de céder à la force, tout le monde s'unissant Aoûi .(;:>•. contre nous, et d'accorder les choses qu'on demande. En quoy je sçais bien, sans me pouvoir expliquer davantage, que vostre maislre ne trouvera pas son compte, et il ne pourra se plaindre raisonnablement que de soy-mesme.
Je passeray encore plus outre, et je vous diray qu'ayant grande opinion de la prudence et du mérite du comte de Fuensaldagne, je ne puis comprendre la conduite qu'il tient dans Testât présent des affaires « puisque jamais celles d'Espagne ne seront en pire condition que lorsqu'on sera forcé icy à un accommodement tel que M. le Prince le voudra; car il sera, à la vérité, tres-advantageux pour luy, mais nullement pour les Espagnols, si ce n'est qu'ils comptent à grand profit la gloire d'avoir esté la cause des grâces que le Roy accordera audict prince. J»; m'estonne aussy que ledict comte, ayant, comme je croy, le pouvoir de faire la paix, ne profite d'une occasion si favorable et n'en préfère la conclusion par le moyen de vostre maistre, estant aysé de voir qu'il ne sçauroit avoir de si bonnes conditions par celuy de M. le Prince, lequel, il y a grande apparence qu'il insistera plus sur ce qui le regardera que sur la satisfaction des autres, d'autant plus qu'il ne luy peut pas estre honorable de la procurer à l'Espagne aux despens de la France.
Enfin, vous pourrez confirmer à S. k., aiusy que ledict Rartet1 a eu charge de luy dire, que le comte [de] Fuensaldagne peut conclure la paix en peu de temps avec moy, à la présence de S. A.; que l'intention du Roy est d'y apporter toute sorte de facilité et donner, au mesme temps, les mains à un accommodement avec les princes, qui leur soit favorable. C'est par ce moyen que le repos gênerai sera infaillible avec beaucoup de gloire de la couronne d'Espagne et satisfaction de tous, et, sans vouloir faire le devin, il peut arriver que ceux qui ne profitent [pas] de cette occasion auront de la peine d'en rencontrer une autre si belle. Car aprez tout, si les meilleures armes des princes sont le pre-
1 La copie porte ici Bertet, et plus haut Burlet. ( Voy. sur BarleL le l. IV, p. 25 , note a , •les Lettres de Mazarin). Il faut corriger, dans cette note du t. IV, le t. I de Dangeau en t. XI.
Vqûi i65a. texte de mon esloignement ', il ne dépend que de moy de les désarmer, et je n'auray pas grande peine à m'y résoudre, voyant que les Espagnols ne songent qu'à faire durer les divisions dans ce royaume pour continuer leurs progrez, et que ma retraite les fera cesser par le calme qu'elle establira en France, ou par l'union de tous contre [M.] le Prince, s'il continuoit dans la rébellion, aprez qu'on luy en aura osté le prétexte. Voilà tout ce que je puis dire à S. A. sans aucun desguisement.
Aff. étr. , France, t. 269 , f° 178 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
AU MARÉCHAL D'AUMONT
Pontoise, 7 août i652.
J'ay esté bien ayse de voir, par la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire, que vous eussiez résolu départir aussy tost que vous avez sceu la marche des ennemis. Quelque jalousie2 qu'ils donnent pour Arras et Saint-Quentin, j'ay grand sujet de croire que leur dessein est d'aller attaquer Dunkerque par force, et vous devez prendre principalement vos mesures et vos resolutions sur ce fondement pour voir le secours que vous pourriez donner à M. d'Estrades avec le corps que vous avez. 11 faudroit tascher d'y faire entrer, à présent qu'il y en a plus de facilité, les cent hommes des gardes que vous avez de delà et envoyer les ordres nécessaires pour cet effect, et si on y pouvoit jeter un régiment d'infanterie, cette place donneroit asseurement bien de la peine aux ennemis. M. de Mondejeux 3 presse fort afin qu'on luy ren-
1 Mazarin veut dire que la meilleure arme ployé dans le sens d'inquiétude. On a indiqué
• les princes était le prétexte dont ils se ser- plus haut que Fuensaldagne , après s'être
vaient en disant que le salut de la France avancé jusqu'à Chauny, s'était séparé du
dépendait de l'éloignement de Mazarin. duc de Lorraine et avait marché vers le Nord.
" Nous avons déjà vu le mot jalousie era- ' Jean de Schidemberg , marquis de
DU CARDINAL MAZARIN. lâS
vove ces troupes; mais encore que vous deviez avoir l'œil à An-as, il Mil m.;.faut ranger preferablenient à Dunkerquc; car je croy pouvoir asseurer |)ositi\ émeut que les Espagnols veulent entreprendre de l'emporter de force, et vous ne sçauriez rendre un service plus important au Roy que delà sauver et ne laisser rien d'intenté pour cela par terre, pendant nie nous depeschons courriers sur courriers à M. de Vendosme pour le presser d v aller sans perte de temps avec l'armée navale. Ce pendant je demeure tousjours avec la mesme passion, etc.
Addition à cette lettre.
L'armée navale arrivant, j'espere qu'il ne sera pas difficile de sauver Dunkerquc , parce qu'outre les douze cens hommes du régiment de la Melleraye [sic) \ que M. de Vendosme a ordre d'y jeter du costé de. Calais, on v pourra envoyer autant de troupes et de vivres qu'on voudra sans aucun risque, à la faveur de l'armée navale. Je vous conjure de songer à tous les moyens imaginables pour empescher les ennemis de venir à bout de cette entreprise, pendant que je n'oublieray rien, de mon costé. pour cet effect, sollicitant ladicte armée et faisant fortifier les troupes avec grande diligence. H me semble que, lorsque les ennemis seront passez et qu'il n'y aura plus d'appréhension pour les places de la Somme, on pourra retirer les troupes que vous y avez laissées, et joignant toute la cavalerie qu'on remonte présentement et la meilleure partie des troupes qu'a M. le mareschal d'Estrées, vous pourrez formel" un assez bon corps. Enfin il faut faire quelque chose d'extraordinaire, et vous verrez le gré que Leurs M'" vous en sçauront, et que je n'oublieray rien pour vous servir comme vous méritez. La diligence est absolument nécessaire.
Je vous prie d'asseurer expressément M. de Mondejeux que vous l'assisterez, et assez à temps, de tout ce que vous avez. Mais, les en-
Moadejeu ou Mondejeu, était, connue on ' La forme ordinaire de ce nom est
la d:j» dit, fjomerneur d'Arias. (Voy. ci- La Meilleraye. (Voy. sur le maréchal (Le <5è dessus, |). 16, noie ô.) nom, le 1. 1, p. cj 3 5 . des Lettres de Mazarin. )
\l\lx LETTRES
\oùi i65a. nemis allant à Dunkerquc1, vous pourriez tirer une grande assistance, si, au inesrne temps que vous marcherez avec vostre corps, on en formoit un composé des garnisons d'Arras, la Bassée et Bethune2, qui asseurement seroit capable de faire une grande diversion. Et à propos de Bethune, je vous diray qu'on a sujet de se méfier de quelques officiers du régiment escossois, qui ont intelligence avec un de leur nation, qui est à Paris, qui a servy les Espagnols, et qui s'entend présentement avec eux et négocie pour leur faire tomber entre les mains ladicte place. Vous y prendrez garde, s'il vous plaist, et prendrez telle resolution que vous jugerez la meilleure pour le service du Roy. Je croy que M. Le Tellier vous en escrira, luy ayant dict de le faire. Donnez-moy souvent de vos nouvelles.
An", étr. , France, t. 269, f° 182 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.