LXXV
Bibl. Mazarine, ras. n° 1719, t. II, f° 384. — Copie du temps.
À LE TELLIER
La Ferté-sous-Jouarre l, 23 août 1 (i 5 a . - (extiuit.)
J'ay esté surpris d'apprendre, en passant à Lagny3, qu'il n'y avoit aucun bureau estably pour recevoir les entrées. J'ay sceu aussy, en mesme temps, qu'il y en a bien un à Melun, où il passe quantité de denrées; mais on m'a asseuré qu'on ne laisse pas de lever encore un droit à Corbeil, qu'ils appellent le droit du Gouverneur et de la garnison ; ce qui est lever un double droit sur les mesmes denrées ; ce qui rebute infailliblement les marchands. J'ay, de plus, advis qu'il passe par terre quantité de choses qui ne payent rien, faute de bureaux, et l'on avoit résolu d'en mettre par tous les passages. Je donne part de ce que dessus à M. Le Tellier, afin qu'il en parle au Conseil, et que Sa Majesté y puisse pourvoir ainsy qu'Elle jugera plus à propos pour le bien de son service.
Le chevalier d'Aubeterre4 vient d'arriver pour donner advis du
1 Auj. chef-lieu de canton du dép. de Seine-et-Marne.
3 Dans l'intervalle entre le 8 et le 19 août, Mazarin fut surtout occupé des préparatifs du second exil auquel il se soumettait pour enlever aux princes le prétexte qui leur servait à exciter les peuples contre l'autorité royale. On remarque, pendant cet intervalle, trois laits importants : i° La translation du parlement de Paris à Pontoise, où il siégea du 7 août au 20 octobre i652; 20 Une déclaration royale en faveur de Mazarin , probablement du 12 août i652 (Au", étr. , t. 884, pièce 12); 3° La nomination de Mazarin
comme évêque de Metz (Gallia Christiana, t. XIII, col. 8o3). Le pape Innocent X déclara cette nomination irrégulière. Je ne puis ici que rappeler ces faits , sur lesquels on trouvera des détails plus complets dans mon Hist. de France sous le ministère de Mazarin, t. I", p. 2^1 et suiv.
3 Lagny est maintenant chef-lieu de canton du département de Seine-et-Marne, arrondissement de Meaux.
1 Léon d'Esparbès de Lussan, chevalier d'Aubeterre, maréchal de camp en 1 65 1 , devint lieutenant général en 1 655 et vécut jusqu'au 27 avril 1 707.
Wii i65a. départ de M. le comte d'Harcourt1, qui est party de nuit avec cinq ou six personnes, sans en dire mot à personne, n'ayant laissé qu'une lettre pour ledict sieur chevalier, qu'il vous fera voir. Cette retraite n'est pas mauvaise pour la Guyenne où généralement toutes les troupes sont dans la dernière fidélité, et où il sera aisé de donner si bon ordre, que le Roy en sera mieux servi à l'advenir. H y aura moyen de mieux mesnager la paix, d'y faire de plus grands progrez et faire bien subsister l'armée qu'on y voudra entretenir. Si Barcelonne n'a pas esté secouru par mer, les ordres qu'on avoit envoyez à M. le comte d'Harcourt devront estre exécutez par M. du Plessis-Belliere2. Si, en despechant un courrier en toute diligence en Bourgogne, on pouvoit faire en sorte que ledict sieur comte d'Harcourt fust arresté, je croy qu'il seroit à propos d'en expédier l'ordre.
On pourra tousjours donner ce voyage à un officier des gardes du corps, pour le faire passer en toute diligence, marchant jour et nuit à Brisach, avec une lettre du Roy à Charlevois, qui portast ordre exprez de Sa Majesté de ne recevoir qui que ce soit dans la place, sans qu'il eust les provisions de Sa iMajesté, avec déclaration qu'Elle veut que luy (Charlevois) continue à y commander en qualité de lieutenant de Roy. H y a apparence que cet ordre sera bien receu dudict Charlevois qu'on croit n'estre pas trop disposé de soy-mesme à recevoir le comte d'Harcourt, lequel en tout cas, j'ose dire qu'il se trouvera fort embarrassé en quelque lieu qu'il aille; car il n'a rien qu'une grande charge à la Cour 3, beaucoup d'enfans, et quand il luy réussira d'estre maistre de Brisach et de Philipsbourg, il aura peine à trouver quatre ou cinq cens mille livres par an qu'il faut pour payer
1 On trouvera plus loin, dans une lettre 3 La charge de Grand-Écuyer. Mazarin que Mazarin écrivit à Le Tellier le 2& sep- ne parle pas du gouvernement d'Alsace, qui tembre i65a, des détails sur la conduite avait été donné au comte d'Harcourt, en du comte d'Harcourt. i^Q, après la défection de Turenne. Le
2 Jacques de Rougé , marquis du Plessis- comte d'Harcourt l'échangea dans la suite Bellière. (Voy. le tome H, p. io46, des contre le gouvernement d'Anjou.
Lettres de Mazarin.)
les garnisons, et je me prépare, de mon costé, à luy donner bien de Août mi.v l'exercice.
Il faut, à mon advis, prendre garde que l'officier des gardes du corps qu'on depescliera ne s'advance pas jusques à Brisach, et ne rende pas à ChaHevois la lettre du Roy, dont je parle cy-dessus, en cas qu'il apprenne qu'asseurement M. le comte d'Haroourt soit desjà dans Brisach.
Il faut aussy, sans perdre un moment de temps, pourvoir au commandement de l'armée de Guyenne. Le meilleur de tous [les commandans], à mon advis, seroit M. le duc de La Force1 pour toutes les raisons que je vous ay dictes d'autres fois; mais comme l'affaire presse, et qu'il n'y a pas apparence qu'il prenne la résolution d'y aller, tant que madame sa femme sera à Paris, à laquelle asseuremenl les princes feroient en ce cas quelque violence, s'il n'y a pas moyen de surmonter cet obstacle, touchant lequel vous pourrez conférer avec M. de Turenne, il faudroit y envoyer M. le mareschal d'Hocquincourt ou M. le mareschal de Grancé, si l'autre ayme mieux conserver l'employ qu'il a de deçà. Je crois de la dernière importance d'envoyer promptement un gênerai en Guyenne. C'est pourquoy vous le représenterez à Leurs Majestez, afin qu'Elles prennent au plus tost resolution là-dessus.