‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 33 sur 145 · À M. LE MARQUIS DE FABERT · texte numérisé non relu

À M. LE MARQUIS DE FABERT

Château-Thierry, a3 août i652.

Je crois que je m'aboucheray avec M. de Lorraine demain ou aprez

' Ce passage prouve encore que Mazarin le t. 1er, p. 253 et suiv. de mon Histoire de

était loin d'encourager la marche des Aile- France sous le ministère de Maiarin. mands vers Paris; il voulaiL, au contraire, 2 Philippe de Clerambault , comte de

qu'on envoyât des troupes pour les repous- Palluau. (Voy. le t. I", p. o,5i, des Lettres

ser. J'ai traité cette question avec détails dans de Mazarin. )

DU CARDINAL MAZAR1N. 155

demain. Je Qe crois; pas ([naîtrez cela rien me puisse empescher de Aoûti65a. me rendre au plus tost à Sedan. Je pourray bien aller ensuite, pour cinq ou six jours, à Bouillon, et comme je n'ay pas creu devoir bazarder d'escrire à M. l'Electeur de Cologne ny à M. le comte de Wagnée ' sur ce sujet, je vous prie d'en donner part à ce dernier, afin qu'il puisse avoir à temps les ordres de mondict sieur l'Electeur pour m'y recevoir'2. Cette lettre vous sera rendue par M. l'abbé de Coursan3, auquel je vous prie de donner sans doute [sans besitation] l'assistance qu'il vous sera possible pour passer seurement à Metz, où il va pour affaires qui sont importantes.

Bibl. Mazarine. ms. n" 1719, t. II, f° 3ç)6. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Chùteau-Thierry, 2 h août i652.

(kvtiuit.)

Le sieur Bartet partit hyer à minuict d'auprez de S. A. de Lorraine, qu'il a laissé campé au mesme lieu que je vous escrivis hyer. Il est arrivé icy sur les neuf heures du matin, ayant laissé ce prince dans l'impatience de conférer avec moy. S. A. m'offre par luy 4 ses deux compagnies des gardes à cheval, et tout ce que je voudray prendre de sa cavalerie pour m'escorter au lieu que nous conviendrons pour nous voir; et parce qu'il n'est pas joint avec les troupes de Wittemberg5,

1 On verra plus loin que ce comte était avec provisions de vicaire général perpétuel

gouverneur de Bouillon. du diocèse. Comme Mazarin venait d'être

3 Le château de Bouillon dépendait de nommé à l'évêché de Metz (voy. ci-des-

t'évêché de Liège, qui appartenait, à cette sus, p. tùa,note 2), il était important pour

époque, à l'archevêque de Cologne. lui de s'assurer de l'abbé de Coursan.

3 Claude de Brouillart de Coursan avait u Méfait offrir par lui.

été nommé, en iG4 8. princier, ou premier '" C'est-à-dire : les troupes d'Ulrich de

chanoine, de l'église cathédrale de Metz. Wurtemberg.

Août iG5a. et qu'elles pourroient entreprendre quelque chose à mon passage, S. A. a dict à Bartet qu'il les obligeroit à passer aujourdhuv, à la pointe du jour, un ruisseau qui est devant eux proche de Coudé l, et qu'il les tiendroil serrez entre ce ruisseau et la Marne, gardant avec son armée le costé du ruisseau qui regarde la marche que je doibs faire, à main gauche de la Marne.

S. A. depescha au comte de Fuensaldagne, dez que Bartet fust arrivé auprez d'elle, et luy donna advis de mon passage et de la conférence que nous devons faire, luy mandant, sur le rapport dudict Bartet, que la Cour estoit tousjours dans le mesme esprit, sur le subject de la paix générale.

Il m'est donné advis, par le mesme [Bartet], que, depuis six jours, la cavalerie des princes s'estant mutinée par le peu de soin que M. le Prince en prenoit, et particulièrement des officiers, ils auroient depesché un trompette à M. le mareschal de Turenne avec une lettre pour luy demander un passeport pour toute la cavalerie; que ce trompette fust pris par d'autres gens de M. le Prince, et sa lettre interceptée; ce qui pourroit bien avoir donné lieu à leur marche, dont j'ay eu icy la nouvelle, et que M. le Prince estoit sorty de Paris. Si cela est, comme on me l'escrit, vous en aurez eu les advis et plus prompts et plus seurs que moy, et je ne doubte point que M. le Prince avoit la pensée de marcher du costé de Montrond2 pour se joindre à Baltazard3, qu'on dict estre allé par le Limozin, pour tous ensemble essayer de le secourir \

Je renvoyé, dans deux heures, ledict sieur Bartet à S.A. pour adjuster

1 On a vu ci-dessus, p. ihf>, que les Wùrtenibergeois occupaient Condé-sur- Marne. Mazarin redoutait une attaque de ces pillards; ce qui explique les mesures annoncées par le duc de Lorraine.

3 On a vu que cette place venait de se rendre à Palluau.

3 Voyez sur Jean Balthazar ou Baltazard la Chronologie militaire de Pinard. Nommé

maréchal de camp en 1669 , Balthazar devint lieutenant général en 1 656. Il a joué un rôle important dans la guerre de Guyenne, et a laissé un ouvrage intitulé : Histoire de la guerre de Guyenne, dont la dernière édition a été donnée par M. C. Moreau, à la suite des Mémoires du comte de Tavannes (Paris. P. Jannet, i858).

4 Pour essayer de secourir Monlrond.

plus précisément nostre conférence qui se pourroit bien faire, je pense, Août i65i à Damery \ avec toutes les précautions et toutes les seuretez qu'il me sera possible de prendre'-. La chaleur et le zèle que S. A. tesmoigne tousjours sont extraordinaires; mais je croy qu'il est bon d'attendre à en faire an jugement plus solide, par la conclusion des eboses que j'auray le bonheur d'arrester avec luy dans cette conférence.

Je vous prie que le contenu de cette lettre ne soit veu que des personnes les plus confidentes, parce que, s'il en estoit autrement, elle prejudicieroit extrêmement à la personne de Sadicte Altesse de Lorraine.

Addition à la susdietc lettre.

Nonobstant ce que je vous esciïvis hyer, que M. le duc de Lorraine disoit que, la Marne estant passée, il n'avoit plus aucune obligation à l'esgard des troupes commandées par Wittemberg \ je ne voudrois pas vous respondre qu'il en usast comme il dict; mais je pourray escrire plus particulièrement là-dessus, lorsque je l'auray veu.

Si on n'a pas nouvelles que M. de Vendosme soit party, ou qu'il ayt envoyé l'armée navale pour secourir Dunkerque, comme Sa Majesté iuy a expressément ordonné par tant de depesebes4, il fout s'appliquer, sans perte de temps, au secours de la place par des felouques, comme j ay dict devant mon départ, n'estant pas juste d'abandonner une place sy importante, et que on peut sauver avec tant de facilité.

1 Petite ville du de'p. de la Marne, canton 3 Le duc Ulrich de Wurtemberg, né en d'Épernay. 1O17, mort en 1671. Il était frère d'Ebe-

2 On voit encore se manifester ici l'in- raid VIII, duc régnant de Wurtemberg, quiétude que causait à Mazarin la pensée * Voy. ci-dessus, p. 0/1. Dans une déde se trouver, presque seul, au milieu des pêche à d'Estrades, Mazarin rappelait les troupes lorraines et wùrlembergeoises. La ordres donnés au duc de Vendôme. Gomp,défiance finit par l'emporter, et la confé- p. 1 46 , la lettre du 8 août adressée à Venrence projetée n'eut pas lieu. dôme.

Août 1 (>5a.

LXW.

Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. Il, f° 398. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Château-Thierry, 26 août iG52.

(extrait.)

Je vous prie de me mander en diligence, et en chiffre, si vous croyez qu'il soit absolument nécessaire que j'aille, pour quelques jours, à Bouillon. Vous sçavez mes intentions là-dessus; c'est pourquoy, vous me pouvez parler avec toute sorte de liberté; et la raison pour laquelle je vous escris sur ce subject, c'est qu'on m'a mandé de Paris que M. le duc d'Orléans, pour m'obliger, avoit esté conseillé de se déclarer (sic) à la Reyne qu'il ne souhaitoit pas que je sortisse le royaume (sic) ; à quoy je n'adjouste pas beaucoup de foy; mais il n'y a aucun mal de vous en escrire comme je fais.

Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. II, f° 399 v°. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Château-Thierry, 26 août i652.

Je pars tout présentement, incertain sy j'iray à Damery, ou tout droit à Rheims, sans m'arrester. J'en prendray la resolution en marchant; car, nonobstant toutes les belles paroles, il faut estre bien alerte; et quelque chose que disent messieurs de Joyeuse et Bartet, M. de Lorraine ne me semble pas souhaiter avec tant de chaleur lentreveue, quand je suis proche de luy, comme lorsque j'en suis esloigné. Nous serons bientost esclaircis de ce qui en est, et s'il a véritablement envie de conclure ou de continuer encore quelque temps la vie qu'il faict, tenant nostre armée engagée, pendant que celle des Espagnols en Flandres prendra Dunquerque, et fera d'autres progrez sans opposition ,

favorisant les princes, Taisant subsister ses troupes, donnant seureté à loûl i <;:>■• celles de Wittemberg, et tirant de l'argent d'un costé et d'autre sans obstacle, toute cette province estant persuadée que le Roy le trouve bon. Et pour moy, je persiste à croire que la marche de ce. costé icy d'un corps considérable fera un merveilleux ellect1; car les violences cesseront. M. de Lorraine sera forcé de déclarer son intention à l'esgarddes Wittemberg, et estant certain qu'il ne veut pas combattre, il faudra que, sans plus de remise, il parle net sur son accommodement avec nous.

Je suis obligé de vous dire encore que je n'ay receu aucune nouvelle de la Cour'2, et voilà le septiesme jour de mon départ. J'attends avec impatience les papiers que je vous ay demandez.

Je ne doubtc pas que l'amnistie n'ayt esté publiée et expédiée3, et que vous ne preniez la peine de bien presser ce qui doibt estre faict en suite de cela, le service du Roy y estant intéressé au dernier point, comme aussy pour ma considération particulière; et le plus grand malheur qui puisse arriver, c'est qu'on laissast dormir cette nature d'affaire. Je m'asseure que Messieurs du Parlement, séant àPontoise, tiendront ponctuellement ce qu'ils ont promis4, y estant obligez par toutes sortes de raisons.

Tout présentement vient d'arriver un gentilhomme de M. de Candale 5 pour me prier de luy procurer auprez du Roy l'employ de Guyenne6. Je luy fais response que, sur la resolution qu'on sceut que

1 On a déjà fait remarquer (p. 1 53 , (t. II, p. 278) que, dès le a3 août, elle

note 2, et p. i54, note 1) que Mazarin avait été publiée à Paris, insistait pour qu'une partie de l'année royale ' Le Parlement, séant à Pontoise, avait

marchât contre les Lorrains, bien loin de les demandé que Mazarin s'éloignât, afin d'en-

engager à s'avancer vers Paris. lever tout prétexte de guerre aux princes:

* La Cour s'établit à Compiègne et y mais il avait promis que le Cardinal serait

resta pendant la plus grande partie du bientôt rappelé.

mois de septembre i65a< Elle ne rentra à 5 Voy. sur le duc de Candale, le t. III,

Paris que le 21 octobre. p. 236, note 2, des Lettres de Mazarin.

3 II s'agit de l'amnistie enregistrée par le ° Le commandement de l'armée de

Parlement, séant à Pontoise. On voit, en Guyenne, laissé vacant par le départ du

effet, dans le Journal de Dubuisson-Aubenay comte d'Harcourl.

w.i i65». S'il n'est pas possible de trouver un moyen propre pour faire sortir • le Paris M. le Chancelier1, il fandroit, au moins, faire esclater qu'il y est retenu par force; à quoy M. le Chancelier pourroit contribuer

extrêmement s'il vouloit escrire au Roy une lettre en cette conformité, qu'on pourroit, aprez, faire imprimer. Il seroit bon de se servir de M. de Montaigu auprez de M. le Chancelier; si Sa Majesté le trouve à propos, ledicf sieur de Montaigu pourroit aussy faire agir la Mère Jeanne2, aux persuasions de laquelle M. le Chancelier défère beaucoup.

Mazarin termine en parlant de Dunkerque et de Barcelone.

Si nous estions assez heureux pour faire entrer un peu de inonde et un peu de vivres [dans Dunkerque], il est certain que, s'il ne pouvoit réussir à M. d'Estrades de sauver la place, il viendroit au moins à bout de réduire en très-mauvais estât l'armée ennemie. Si la conjoncture eust pu permettre que l'armée du Roy y eust esté (j'entends celle de terre), c'estoit une affaire seure, et une affaire de très-grande conséquence, quand mesme on eust esté obligé de laisser auprez de Paris le corps de M. le mareschal de La Ferté Senneterre.

C'est un grand malheur que nous soyons dans un temps où beaucoup de gens se dispensent d'exécuter les ordres du Roy. Si M. de Vendosme, estant à Brest, fust allé à Dunquerque, comme le Rov luv ordonna par M. de Boisselau, la place eust esté secourue, et il seroit desjà de retour pour agir du costé de Brouage et dans la rivière de Bordeaux. C'est un effect de l'abaissement de l'autborité royale, et il faut que tous les bons serviteurs de Sa Majesté travaillent incessamment afin d'y remédier.

Je crains fort l'événement du secours de Barcelonne par mer, ne voyant pas qu'il y en ayt aucune nouvelle. Il faut presser celuy de

1 Le Chancelier avait reçu ordre du Roi Jeanne était supérieure d'un couvent de red'aller rejoindre la Cour à Compiègne. ligieuses de Pontoise. L'abbé de Montaigu

: Sœur du chancelier Seguier. La Mère habitait ordinairement cette ville.

terre ; car le service du Roy, eu premier chef1, requiert que l'on mette Août i65a. le tout pour le tout pour la conservation de celte place, qui seule est capable de nous donner la paix générale2. Si, par quelque raison, M. de Belliere ny pouvoit pas aller, M. de Palluau s'acquitterait tort bien de cette commission; M. de Gandale encore y reussiroit et seroit suivy de beaucoup de monde ; enfin il ne faut pas abandonner le malade tant qu'il respirera.

Aff. étr., France, t. 269, f* 170; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

À L'ARRÉ FOUQUET.

Reims, 37 août 160a.

J'ay receu vos trois lettres des 2 3 et 2/1. Je vous remercie, de tout mon cœur, de la continuation de vos soins et de vostre affection. Je vous prie d'asseurer aussy M. le Procureur gênerai que j'ay une parfaite recognoissance de la manière dont il agit. Vous luy manderez qu'il faut que luy et les autres du Parlement3 portent les choses hautement et avec plus de vigueur que jamais, comme il a esté concerté, parce que ceux de Paris n'oublieront rien pour affoiblir leurs resolutions ou mettre de la sédition entre eux, n'ayant plus d'autres ressources; car, sans cela, il faudra bien qu'à la fin, ils se mettent à la raison.

M. Le Tellier m'envoie [les actes] de la déclaration des princes et de l'amnistie. Il faudrait tascher de faire en sorte que les conseillers du Parlement, qui est à Ponloise, ne désemparent point; mais d'y en faire venir d'autres, et je crois qu'il seroit bon ce pendant d'y envoyer quel-

1 Le sens est : le service le plus important conquête de la Catalogne. Il espérait , en que l'on puisse rendre au Roi est de secourir traitant de la paix avec l'Espagne, échanger Barcelone. la Catalogne contre les Pays-Bas espa-

2 Pour comprendre et admettre cette gnols.

phrase de Mazarin, il faut se rappeler l'im- 3 II s'agit toujours du Parlement séant à

portance qu'il avait toujours attachée à la Pontoise.

Aoûi iiiôa. depescheray en diligence pour vous donner part de toutes choses en destail. Ce pendant j'ay faict sçavoir à M. le duc de Lorraine, que, suivant le désir qu'il avoit tesmoigné d'advancer la conclusion de la paix générale, le Roy avoit eu la bonté de nie donner un pouvoir ample pour cela, et mesme un autre pour raccommodement particulier avec S. A., en cas que la négociation de ladicte paix allast de longue, et que, pour toutes les autres choses qu'il me proposoit, je ne pou vois qu'en escrire à la Cour.

L'armée lorraine et le corps de Vittemberg ont passé la rivière de Marne, sur laquelle ils ont trois ponts, outre les guez ; mais on ne parle pas encore qu'ils doibvent marcher, et pour moy, je ne croy pas que S. A. s'y résolve, à moins d'estre asseurée qu'elle le puisse faire, sans l'opposition de nostre armée. Et quelque chose qu'on dise, le corps de Vittemberg n'est que de trois mille hommes, qui ont plus d'envie de se retirer que de passer à Paris, recevant continuellement des nouvelles des mauvais traitemens que l'on faict aux estrangers, que Clinchamp l commande. Je vous prie d'asseurer de mes tres-humbles respects Leurs Majestez. Me remettant à vous escrire demain au long, je demeure vostre serviteur.

Addition à la lettre ci-dessua.

Je viens de recevoir advis du mareschal de La Ferlé que l'année lorraine et le corps de Vittemberg marchent droit à Montmirail et qu'ils estoient hier à Champigneul'2 et Bierge3 ; cela va droit à Montargis, et à passer la rivière d'Yonne et la Seine à Montereau. Si cela se rencontre avec vos nouvelles, et que vous sçachiez d'ailleurs que cela soit vray, je serois d'advis d'occuper à l'advance le poste de Montereau et d'observer les ennemis entre Seine et Yonne et de mettre l'autre partie dos troupes à Lagny entre Marne et Oyse.

parce qu'il n'était pas à propos de refuser de du dép. de la Marne, arrond. de Ghâlons-

fuire cette démarche, environné comme il sur-Marne.

était de ses troupes. 3 Bierge ou Bierges, aujourd'hui \illage

1 Voy. ci-dessus, p. 65, note a. du dép. de la Marne, arrond. de Chàlons-

; Champigneul est aujourd'hui un village sur-Marne.

Aoûl i bf>a.

LWX1II.

•Vff. étr. . Franco, t. 269; l. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f" 173. — Copie du temps.

AU DUC DE LORRAINE

Reims, 37 août 1 65a.

Quelque asseurance que j'aye des bonnes grâces de V. Ail. et d'estre considéré d'elle pour son tres-humble et tres-veritable serviteur, je n'aurav pas pourtant une joye parfaite que lorsque j'auray l'honneur de luy protester cette vérité de vive voix, et la conjoncture n'ayant pas esté propre à présent par les raisons qu'auront dictes à V. Alt. MM. de La Boulaye et Bartet, j'espère, et avec fondement, que bientost il s'en présentera une meilleure. Ce pendant je me remets auxdicts Messieurs, qui auront l'honneur de confirmer à V. Alt. les mesmes choses qu'ils luy dirent, l'autre jour, des diligences que je fais pour le servir et de la passion avec laquelle je veux estre tousjours, etc.

P. S. Malaysement je me fusse pu engager à rien , sans sçavoir, au préalable, l'intention du Roy1.

' Le sens du P. S. est que «Mazarin ne pouvait s'engager, sans avoir, au préalable, consulté la Cour*. C'était un moyen d'ajourner la réponse. M. le comte d'Haussonville a publié une lettre de Mazarin au duc de Lorraine, dont le texte est un peu différent. Mazarin y dit au duc : crEn Testât où je suis, ce n'est pas à moy à résoudre les affaires dont il lui a plu [à V. Alt.] de me faire part ... Ce que je puis est d'escrire à la Cour et de contribuer, par mon advis et mes offices, à ce que Leurs Majestez prennent là-dessus des résolutions qui peuvent être les plus avantageuses au bien del'Estatetà celuy de V. Alt., et je la supplie de croire que

je n'ay rien oublié pour ce regard-là. «C'est surtout d'après cette lettre que M. le comte d'Haussonville dit que Mazarin conseillait à la Cour de laisser le duc de Lorraine marcher sur Paris et se joindre à l'armée des princes : rCe ministre, dit-il , qui mettait son honneur à pratiquer la politique la plus nationale, qui, dans le moment même, n'imaginait rien de plus odieux à reprocher aux princes que Jeflr entente avec l'étranger, trouvait simple et licite de livrer les provinces françaises et les abords mêmes de la capitale à une bande de pillards allemands. 1 La lettre suivante, adressée à Le Tellier et datée du même jour , prouve qu'il est impos-

Aoù! iC5a.

Bibl. nat. , ms. fr.

y, f° 278; original signé. — Bibl. Mazarine. ms. 1719, l. II, f° A08. — Copie du temps.

A M. LE TELLIER l.

(extrait.)

Reims, 27 aoûl 1602.

Je commenceray par vous dire que j'ay eslé ravy de la conduite qu'on a tesnue, tant dans les responses qu'on a faictes à Paris, que dans la manière dont on a agy avec le Parlement [séant] à Pontoise pour empescher qu'il n'y ayt de la division, et en ce qui s'est faict à l'esgard de l'année et de la Cour; car, sans flatterie, il n'y a pas la moindre chose oubliée, et il ne se pouvoit rien de mieux.

Pour ce qui manque du project de traicté avec M. de Lorraine qu'on donna à M. de Bregy, il viendra assez à temps, puisque l'eut reveue avec cette Altesse est remise à une meilleure conjoncture, parles raisons que le sieur Bartet rapportera en destail, ainsy que tout ce qui s'est passé dans les allées et venues que luy et d'autres ont faictes vers ce Prince; des choses qu'il demanda, et des responses que je luy ay rendues; des sollicitations que M. le duc d'Orléans et M. le Prince'2 luy l'ont de mener le secours à Paris ; de ses pensées et de tout ce qui! espère obtenir du Roy , pour estre, aprez cela, plus en estât de le servir sans aucun retour. Je n'ay pas jugé à propos de m'aboucher avec ledict Prince, puisque je voyois clairement de ne pouvoir rien advancer

sible d'admettre l'interprétation de M. le comte d'Haussouville. Mazarin , entouré par les Lorrains, a cherché à se tirer de leurs mains par une promesse assez vague , tandis qu'il donnait au secrétaire d'État le conseil de s'opposer à leur marche vers Paris.

1 La plupart des lettres adressées par Mazarin à Le ïellier se trouvent en original

à la Bibliothèque nat. La Mazarine et la Bibl. nat. en ont, en outre, des copies. Quelquesunes des lettres originales ont disparu; mais on en trouve des copies authentiques dans les deux bibliothèques citées.

2 On voit encore clairement , dans ce passage, quel était le parti qui engageait le duc de Lorraine à marcher sur Paris.

à l'esgard de la paix générale, ni conclure et signer son accoinino- loAi i65a. dément particulier, attendu rengagement dans lequel il est avec les Espagnols, et auquel il ne veut pas manquer durant tout le mois prochain, et qu'en outre, nonobstant tout ce qu'on ma dict au contraire, jusqu'à mon départ de Chasleau-Thierry, il m'a faict déclarer nettement qu'il ne pouvoit pas abandonner les troupes de Vittemberg et que. pour servir Leurs Majestés et faire retourner Fuensaldagne en Flandres, il avoit este- contraint de luy promettre qu'il ameneroit aux princes ledict corps de Vittemberg destiné à leur secours. Je luy fis dire là-dessus que je ne croyois pas qu'il fust de sa réputation ny de la mienne de faire une entreveue, de laquelle on attendoit quelque chose de grand . et qu'en eiïect elle ne produisist autre chose qu'une simple conversation. Sur quoy le sieur Bartet vous dira qu'aprez avoir faict diverses replicques et tesmoigné souhaiter avec encore plus d'empressement cette entreveue, il a , à la fin, cédé, advouant qu'elle n'estoit pas à propos. Il m'a faict dire qu'en quelque lieu que je fusse, il pretendoit la renouer au plustost, et me faire cognoistre, par des eftects, qu'il \ouloit absolument estre serviteur de Leurs Majestez et encore à moy jusques au bout.

Je ne m'estendray pas davantage pour ne faire tort à l'éloquence du sieur Bartet. qui la desployera en sorte que vous serez informé par luy jusques aux moindres circonstances de ce qui s'est passé en celle négociation, et je me contenteray de vous dire qu'il est aysé de voir que le but de M. de Lorraine seroit de satisfaire les Espagnols; donner à M. le duc d'Orléans des marques de son amitié, et faire tout cela de concert avec nous, avec qui il y a subject de croire qu'il est résolu de faire son accommodement, lorsque son traité avec les Espagnols sera achevé1, et employer soigneusement le temps qui reste dudict traité pour advancer celuy de la paix générale, comme aussy pour voir ce pendant s'il luy pourrait réussir de séparer S. A. R. des inlerests de M. le Prince, pour lequel il est certain qu'il n'a aucune bonne volonté;

Lorsque le délai lix<: par ce trnit<: sera expiré.

Wii 1 65a. et une (les raisons dont il se sert pour obliger le Hoy à trouver taon que le corps de Vittemberg aille joindre les troupes du Prince auprez de Paris, ou, pour mieux dire, que Sa Majesté ferme les yeux à ce passage, dans l'asseurance qu'il donne de ne l'accompagner que jusque à dix ou douze lieues de Paris, sans se soucier de ce qui en arrivera aprez qu'il se sera séparé d'avec eux, est que ledict Prince, avec trois mille hommes de plus1, ne sçauroit rien faire de conséquence, et qu'avec l'union dudict corps, il s'attirera la haine de Paris et de toute la France, faisant une action toute contraire à ce qu'il a déclaré en plein Parlement, avant et depuis mon départ; et ne laissant plus lieu de doubter aux plus simples que la poursuite de mon esloignement n'estoit qu'un prétexte pour satisfaire à son ambition, qui seroit d'eslever sa fortune sur les ruines de l'Estat.

J'ay faict les reflexions que je debvois sur ces propositions-là; mais je n'ay pas laissé de juger à propos de dire que j'en escrirois à la Cour, afin que Sa Majesté pust prendre là-dessus les resolutions qu'Elle adviseroit pour le bien de son service 2 ; et, à mon advis3, il ne me semble pas qu'on doibve fermer les yeux au passage dudict corps de Vittemberg, si ce n'est au cas qu'on fust asseuré de le défaire, lorsqu'il seroit séparé des troupes de M. de Lorraine. Car, au reste, quand il n y auroit autre raison pour refuser cet expédient que la crainte qu'on ne rejetast sur le conseil de Sa Majesté la haine de tous les desordres que ces troupes-là feroient en passant, et qu'on ne dise que je l'eusse faict exprez pour troubler davantage les affaires en m'en allant, ce seroit, ce me semble, une considération assez forte pour empescher d'y consentir4.

' On a vu plus baul, [>. 162 , que Mazarin pas laisser s'avancer le corps des Wûrtem-

disait que le corps des Wiirtembergeois bergeois. à moins qu'on ne fût sûr de le

était, au plus, de trois mille nommes. battre.

2 Voilà , en effet , tout ce que promet la ' On voit avec quelle force et par quels

lettre de Mazarin au duc de Lorraine, pu- arguments Mazarin conseille de repousser la

bliée ci-dessus, p. 1 63. proposition du duc de Lorraine, bien loin

,; Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est d'engager la Cour à y donner suite, comme

l'avis formel de Mazarin , qui conseille de ne on l'a prétendu.

Je vous ay escrit un mot de croyance (créance) par le sieur Bartet, et Âoil comme je l'ay prié de porter, par escrit, ce que M. de Lorraine demande, uussy souvenez-vous qu'il est à propos que ce que l'on ordonnera audict sieur Bartet de luy respondre soit pareillement escrit.

Il faut faire sonner bien haut les instances pressantes que font les princes, pour faire advancer les Espagnols vers Paris1, et M. de Lorraine eust faict un grand coupa l'advantage des affaires du Roy, s'il luy eust peu réussir de tirer des mains de Jarzé2 l'original signé de M. le Prince et escrit à ce qu'on m'a asseuré de la main de Croissy- Maivillv 3. par lequel M. le Prince déclare que, nonobstant tout ce qu'il a dict au Parlement, il est résolu de continuer la guerre, parce que son dessein estoit, en ce cas, de me l'envoyer4 pour le faire remettre es mains de Sa Majesté; mais il n'en put venir à bout. Cependant vous trouverez cy-joint un papier cotté A, qui contient ce qui estoit porté par la lettre susdicte, qui estoit adressée à Sainct Romain5 et à Jarzé, et a esté rendue à ce dernier seulement, parce que l'autre estoit parly pour [les] Flandres.

Aprez avoir dicté jusqu'icy, M. de Joyeuse0 et le secrétaire Raulin7 sont arrivez, que M. de Lorraine a faict partir deux ou trois heures aprez M. de La Boulaye et le sieur Bartet. Le subject de leur voyage est de me faire instance de trouver bon que l'un d'eux s'en allast à Paris vers M. le duc d'Orléans et Madame, pour leur dire mille choses de sa part, tendantes à faire une reunion générale, de laquelle luymesme se mesleroit. pourveu qu'on eust agréable qu'il adjustast toutes

1 Ce passage prouve encore combien Colberl(l. I, p. 32, du recueil de M. P. (ilé-

Mazarin était loin de conseiller de laisser les ment), d'un Marcilly ou Marsilly, attaché au

ennemis s'avancer vers Paris; c'était , au con- comte d'Avaux, et auteur de libelles contre

traire, sur tes princes qu'il rejetait un con- Servien. seil aussi criminel. ' De m'envoyer la lettre originale.

* René du Plessis delà Roche-Picbemer, 'J Voy. ci-dessus, p. 160, note 5. Ce

marquis de Jarzé, maréchal de camp en papier n'a pas été joint au manuscrit de la

i648, tué en 1O72. On voit qu'il était alla- lettre, cbé. en iG5a, au parti de Condét ,; Voy. ci-dessus, p, i5a, note h.

1 II est question, dans une lettre de ' Secrétaire du duc de Lorraine1.

a in. i-

bûi i65a. choses avec moy. Ils m'ont faict voir les lettres, dont ils estoient chargés [tour leurs Altesses royales, et m'ont représenté que M. de Lorraine n'avoit d'autre but en cela que de servir le Roy, et me donner, en mon particulier, quelque marque solide de l'amitié qu'il avoit pour moy, estant, d'ailleurs, tres-persuadé qu'il ne pouvoit rien faire de plus advantageux pour Monsieur et pour Madame que de les remettre aux bonnes grâces du Roy.

J'ay respondu d'abord que je ne croyois nullement à propos de retarder mon voyage ; que je ne trouvois rien à redire à la pensée qu'il avoit de faire son possible auprez de M. le duc d'Orléans, afin qu'il donnast les mains à ce qui estoit nécessaire pour se raccommoder avec la Cour ; mais que je n'approuvois pas l'envoy de leurs personnes, veu qu'ils estoient tous deux recogneus pour estre de mes amis; et ainsy cela ne feroit pas grand effect auprez de S. A. R., qui croiroit facilement que j'aurois demandé cet envoy. C'est pourquoy je pris la liberté de luy [faire] dire qu'il pouvoit persister dans l'envoy de M. de La Boulaye, et que, pour moy, je continuerois mon voyage, estant résolu, pour cet effect, de partir dez demain pour Retbel, et de là à Sedan, où je ne fais pas estât de m'arrester plus dune nuict, ayant desjà depesché au gouverneur de Bouillon pour le prier de prendre les ordres de M. l'Electeur de Cologne pour m'y recevoir.

M. de Joyeuse m'a faict aussy instance d'escrire à la Cour pour faire trouver bon à Sa Majesté qu'on ne commist aucun acte d'hostilité contre les troupes de M. de Lorraine, durant sept ou huict jours que ledict sieur duc vouloit employer à accommoder toutes choses, sans que son armée bougeast du lieu où elle campe à présent1. Je luy ay dict que les crieries de toutes les provinces estoient grandes, se voyant tous les jours réduites à une plus grande misère par le séjour des gens de guerre de S. A. et des troupes d'Espagne en ces quartiers, et qu'il falloit enfin prendre une resolution là- dessus, le Roy

1 Le duc de Lorraine ne cherchait qu'à endormir la Cour et à profiter de sa sécurité pour inarcher sur Paris et se joindre à l'armée des princes. La vigilance de Turenne prévint et déjoua ses projets.

estant d'autan! plus obligé à pourvoir au soulagement de ses subjects Aoûi i65a. (|ii il est en estât de le faire avec facilité pour ce regard-là.

Il se pourra faire que M. de Lorraine envoyé à la Cour M. de Joyeuse1, lequel esl très-bien intentionné, exprez pour cette affaire. S'il le laid. Sa Majesté pourra respondre ce qu'Elle jugera plus à propos pour le bien de sou service. Je vous repliqueray seulement que ledict sieur de Joyeuse esl un gentilhomme fort zélé pour le service du Roy. Pour moy, je croy que, sy M. de Lorraine voit qu'il ne puisse rien adjuster avec M. le duc d'0rlcans,*et que le Roy le veuille obliger à se retirer dans le Barrois. sy Ton ne peut luy persuader de s'en aller dans le Luxembourg al tendre qu'il ayt achevé le temps de son traité avec les Espagnols, je croy, dis-je, qu'il le fera, estant certain que. d'un costé, il a grande envie de plaire au Roy, et de l'autre, que je ne sçaurois à quel point est l'appréhension qu'ont ses troupes et celles de Yittemberg de venir aux mains avec celles du Rov, joint que, d'ailleurs, ce seroit la dernière de toutes les resolutions que M. de Lorraine voudroit prendre pour son inclination et son interest.

J'ay receu une lettre fort civile de M. de Ghâsteauneuf, lequel m'escrit que les princes estoient en disposition de mettre les armes bas; mais il seroit bon qu'il sçeut, par le moyen de M. le mareschal de Villeroy, que les déclarations qu'ils ont l'aict faire à M. de Lorraine et aux Espagnols sont tout-à-faict contraires à cela.

Lne des choses à laquelle il me semble qu'il se faut le plus appliquer, c'est de n'oublier rien à l'esgard des officiers du Parlement transféré à Ponthoise, pour les obliger à agir avec vigueur et tenir ponctuellement les choses auxquelles ils se sont engagez; souvenez-vous de dire à Leurs Majestez que, pour cet eHect, il ne faut rien espargner. M. le Procureur gênerai fera son debvoir, conjointement avec Messieurs les Presidens, et je m'asseure que le reste les imitera, pourveu qu'on ayt soin de leur faire sçavoir la conduite que le Roy entend qu'ils tiennent pour le bien de son service.

Voy. sur M. de Joyeuse, ci-de»sus, p. i5a , noie à.

MAZ.iRiri. — v. 2a

IMI'RIWFUM VirtOVAIE.

w.i i65a. S'il n'esl pas possible de trouver un moyeu propre pour faire Bortij de Paris M. Le Chancelier1, il faudroit, nu moins, faire esclater qu'il \ est retenu par force; à quoy M. le Chancelier pourroit contribuer extrêmement s'il vouloit eserire au Roy une lettre en cette conformité, qu'on pourroit, aprez, faire imprimer. Il seroit bon de se servir de M. de Montaigu auprez de M. le Chancelier; si Sa Majesté le trouve à propos, ledict sieur de Montaigu pourroit aussv faire agir la Mère Jeanne2, aux persuasions de Inquelle M. le Chancelier défère beaucoup.

Mazarin termine en parlant de Dunkerque et de Barcelone.

Si nous estions assez heureux pour faire entrer un peu de inonde et un peu de vivres [dans Dunkerque], il est certain que, s'il ne pouvoit réussir à M. d'Estrades de sauver In pince, il viendroit nu moins à bout de réduire en tres-mauvnis estât l'armée ennemie. Si la conjoncture eust pu permettre que l'armée du Roy y eust esté (j'entends celle de terre), c'estoit une affaire seure, et une affaire de très-grande conséquence, quand niesme on eust esté obligé de laisser auprez de Pnris le corps de M. le mnreschnl de La Ferté Senneterre.

C'est un grand malheur que nous soyons dans un temps où beaucoup de gens se dispensent d'exécuter les ordres du Roy. Si M. de Vendosme, estant à Rrest, fust allé à Dunquerque, comme le Roy luy ordonna par M. de Boisselau, la place eust esté secourue, et il seroit desjà de retour pour agir du costé de Brouage et dans la rivière de Bordeaux. C'est un effect de l'abaissement de l'authorité royale, et il faut que tous les bons serviteurs de Sa Majesté travaillent incessamment afin d'y remédier.

Je crains fort l'événement du secours de Barcelonne par mer, ne voyant pas qu'il y en ayt aucune nouvelle. Il faut presser eeluy de

1 Le Chancelier avait reçu ordre du Roi Jeanne était supérieure d'un couvent de red'aller rejoindre la Cour à Compiègne. ligieuses de Pbntoise. L'abbé de Montaigu

3 Sœur du chancelier Seguier. Là Mère habitait ordinairement cette ville.

DU CARDINAL M \ZWUN. 171

terre; car le service du Roy, en premier chef *, requiert que l'on mette Août i65a. le tout pour le tout pour la conservation de cette place, qui seule esl capable de nous donner la paix générale8. Si, par quelque raison, M. de Belliere m pouvoit pas aller, M. de Pàlluau s'acquitterodt fort hien de celle commission; M. de Caudale encore \ reussiroit et seroit suivy de beaucoup de monde; enfin il ne faut pas abandonner le malade tant qu'il respirera.

Ail. étr., France, t. 369, I ' 1 7Ô ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

\ L'ABBÉ KOI IQl IÏT.

Reims, 37 août i65a.

«1 a y receu vos trois lettres des -id et 2/1. Je vous remercie, de tout mon cœur, de la continuation de vos soins et de vostre affection. Je vous prie d'asseurer aussy M. le Procureur gênerai que j'ay une parfaite recognoissance de la manière dont il agit. Vous luy manderez qu'il faut que luy et les autres du Parlement3 portent les choses hautement et avec plus de vigueur que jamais, comme il a esté concerté, parce que ceux de Paris n'oublieront rien pour afî'oibiir leurs resolutions ou mettre de la sédition entre eux, n'ayant plus d'autres ressources; car. sans cela, il faudra bien qu'à la fin, ils se mettent à la raison.

M. Le Tellier m'envoie [les actes] de la déclaration des princes et de l'amnistie. 11 faudroit tascher de faire en sorte que les conseillers du Parlement, qui est à Ponloise, ne désemparent point; mais d'y en faire venir d'autres, et je crois qu'il seroit bon ce pendant d'y envoyer quel-

1 Le sens est : le service le plus important conquête de la Catalogne. Il espérait , en que l'on puisse rendre an Uni est île secourir Irailanl de la paix avec, l'Espagne, échanger Barcelone. la Catalogne conlre les Pays-Bas espa-

2 Pour comprendre et admettre cette gnols.

phrase de Mazarin. il faut se rappeler l'im- 3 II s'agit toujours du Parlement séant à

portance qu'il avait toujours attachée à la Ponloise.

loto i65s. ques uns des maistres des requestes, qui sont auprez du Roy, d'estant pas mal aysé,ce me semble, d'en faire venir d'autres de Paris en leur place, et ainsy l'on remédiera à l'inconvénient que vous me marquez du petit nombre [de membres] du Parlement [séant à Pontoise]. J'ay bien du desplaisir de la maladie de M. de Novion; je vous prie de le lu y lesmoigner.

11 a esté fort à propos d'envoyer les ordres que vous me marquez à MM. de Lamoignon1 et de Choisy2.

11 faut que la Reyne commande absolument à M. de Nouveau d'establir une poste de Gompiegne à Pontoise, comme aussy de faire bien garnir la route de Gompiegne à Sedan.

C'est à M. Le Tellier que vous devez dire ce que vous jugez que l'on doive faire pour M. du Plessis-Belîiere dans l'occasion de la retraite de M. le comte d'Harcourt, afin que, s'il y avoit quelque ebose à ajouter aux ordres que l'on a donnez, je le puisse faire.

Je vous suis obligé des advis que vous me donnez touchant ledict sieur comte. Il faudroit songer à ce qu'il y aura à faire; mais je m'asseure qu'il ne se trouvera pas le moins embarrassé, ne voyant pas comment il pourra faire pour mettre à couvert son honneur et la subsistance de ses deux garnisons3, qui consomment prez de quatre cent mille livres par an.

Je vous prie de faire mes complimens à Mme et à M1,e de Chevreuse, et surtout de contribuer tout ce qui dépendra de vos soins pour tenir tous mes amis bien unis ensemble, particulièrement M. Servien et M. Le Tellier avec M. le Procureur gênerai, afin qu'ils agissent de

' Guillaume de Lamoignon , ne eu 1 0 1 7 , ment, nuis maître des requêtes, mort en

conseillerait Parlement en iG35, maître des 1660. Sa femme, Jeanne Huraull de L'Hos-

requêtes en i644, premier président en pilai, a son historiette dans Tallemaot

i(558, niorl en 1677. 11 s'agit, dans ce pas- des Réaux. Son ûls, l'abbé de Ghoisy, a

sage, de l'ordre qu'on lui avait donné de laissé des Mémoires. Jean de Ghoisy avait

se rendre à Pontoise pour y siéger avec les reçu ie même ordre que Guillaume de

membres du Parlement transféré dans cette Lamoignon.

ville. 3 Des garnisons de Brisach et de Phi-

5 Jean de Choisy, conseiller au Parle- lipsbourg.

eoncert en Unit ce qui regarde le Parlement et les propositions d'ac- Août 16S3. commodément qui pourroienl estre laides.

Faictes aussy, s'il nous plaist, mes recommandations à M. le Prévost des marchands et à M. de La Barre.

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