CII
Bibl. Mazarine, ms. n" 1719, t. II, f° 43(j v°. — Copie du temps.
V M. LE TELLIER
Sedan, 3i août i65a.
(BXTRAIT.)
Je suis satisfaict au dernier point de la manière avec laquelle on conduict les affaires par vostre direction et [celle] de M. Servien, el je ne perdray jamais le souvenir de la seureté et du zèle avec lequel vous vous employez pour mon interest, en travaillant pour le service du Roy. Je vous conjure, lorsque vous verrez jour à advancer celuycy en sacrifiant tout ce qui peut me regarder, de le l'aire hardiment avec asseurance que j'en seray ravy, et que je vous en auray une jMrfaicte obligation.
Je suis persuadé que M. le Prince n'a aucune bonne intention pour raccommodement, et que jamais il n'a plus travaillé qu'à présent pour estreindre son union avec les Espagnols, et en faire une avec les Anglois ; et, comme il me semble que la disposition générale est de le croire ainsy, et que la poursuite de mon esloignement estoit un prétexte pour couvrir son véritable dessein et pousser les affaires, ne s'imaginant pas que je fusse capable de prendre la résolution que j'ay prise, il est sans doute du bien de l'Estat de n'oublier pas la moindre chose qui puisse servir à confirmer les peuples en cette croyance et
volontaire. CpI exil, comme l'a dit Mazarin. avait enlevé aux princes le prétexte dont ils se servaient pour soulever le peuple.
w.i i65a. faire loul ce qui pourroit contribuer à rendre plus eevidente la mauvaise volonté dudict prince et sa resolution de continuer la guerre civile: ce que j'estime que l'on pourra faire sans risque, estant certain qu'il ne se séparera jamais des Espagnols qu'il n'ayt pourveu à sa seureté par les mauvais moyens qu'il s'est mis clans l'esprit, et qu'il n'ayt obtenu tout ce qu'il a demandé pour luy et pour les siens.
Je croirois aussy qu'on pourroit consentir à certaines choses qui pourroient contribuer à la séparation de S. A. R. d'avec M. le Prince, sans prejudicier à nos affaires. Et quoyque le Roy ayt faict une action toute extraordinaire pour donner aux princes une satisfaction qu'on a creu nécessaire pour faire cesser les troubles dans le royaume, eu punissant un innocent et pardonnant à tant de coupables, neantmoins, comme la malice ne manque jamais de ressources, je voy, par quantité de lettres, qu'elle travaille pour insinuer dans les esprits que Leurs Maj estez, refusant de recevoir, de la part des princes, des protestations de service, dans la disposition où ils tesrnoignent estre de faire, aprez, toutes choses pour contenter Sa Majesté, c'est une marque qu'Elles ont donné les mains à ma retraite plustost par un désir de vengeance qu'avec un esprit de paix.
Je sçay fort bien qu'on ne sçauroit bien garder une place sans défendre vigoureusement les dehors , et que d'introduire une négociation aprez mon départ, ce seroit une chose dangereuse; mais avec tout cela, il faudroit examiner par quels moyens on pourroit esviter le mal et faire cognoistre que Leurs Majestez ont une entière disposition à donner des marques sincères de leur bonne volonté aux princes; mais pour obtenir d'autres grâces que celles du pardon, il faut qu'ils se mettent auparavant en estât de les recevoir en renvoyant les troupes d'Espagne, et renonçant à toutes les ligues et associations qu'ils ont faictes avec les Espagnols. Et je prétendrais par là que chacun vist que le Roy ne refuse pas de faire d'autres grâces aux princes, quand ils se seront mis dans leur debvoir; mais il est juste qu'ils s'y remettent et que cela se fasse sans condition, puisque lesloignement du Cardinal s'est faict sans condition.
Dl CARDIN \L M IZARIN. 191?
Que si, pour remédier aux bruicts et à l'advantage que les princes Aoûi tascbenl de tirer, publiant partoul < | n ils avoient voulu envoyer des députez au Uo\ pour faire tout ce que Sa Majesté leur ordonneroit, le Roy croyoit que , sans blesser sa dignité, il juist recevoir icsdirls députez pour leur tesmoigner toute sorte de bonnes dispositions pour les princes i lorsqu ils se seroient mis en estai d'en ressentir les effects, je m'en rapporte à ce que Leurs Majesté/, jugeront plus à propos, et je pense qu'EHes leur pourraient dire là-dessus des paroles toutes pleines de bonté, se tenant pourtant [fermes] à n'entrer en aucune négociation, et composer la response sur ce qui est contenu cy-dessus, et silice qui est porté dans la response à la lettre de S. A. R. escrite à M. Damville.
Je dira\ tousjours librement mes pensées ; mais c'est avec protestation que je les soumets entièrement à ce qu'il plaira à Leurs Majestez de résoudre par l'advis de M. Servien et le vostre, estant asseuré, que comme vous estes sur les lieux, et que vous avez autant d'affection pour mes interesls que moy-mesme, ces resolutions seront tousjours les meilleures, et je vous déclare que, quelque événement qu'elles ayent, je vous en seray, en mon particulier, esgalement obligé.
Souvenez-vous que j'ay fort supplié la Reyne, avant que de partir, de ne tesmoigner aucune aigreur contre les princes, mais, au contraire, beaucoup de bonne volonté et de passion de les voir restablis dans les bonnes grâces du Roy. Je croy que cela est de plus en plus à propos, jusques à temps qu'il n'y ayt plus d'espérance d'accommodement.
La princesse palatine1 ne m'a pas escrit; mais l'Ondedei m'a mandé quelque ebose de ses pensées, et de l'envie qu'elle a d'escouter quelque négociation secrète par le moyen de laquelle on peut s'accommoder avec S. A. H. et le destacher d'avec M. le Prince; mais pour ce qui est de ces sortes de négociations, je persiste à croire qu'on en doibt user comme auparavant mon départ, et que seulement on pourroit se dispenser de la rigueur de ne rien escouter, si l'on commençoit par
\niic (le Gonzague-Ne\ers. (Voy. le t. III, p. 8-23, noie 2, des Lettres de Mazarm.)
MAZAIU>. V. 95
iMPnmtim: VATIOSALZ.
».oùt 1662. proposer que le premier article de la négociation doibt estre celuy de mon retour, pour rentrer dans le poste où j'estois, sans aucune restriction. Et quoy que vous sçacliiez fort bien le subject que j'ay de ne me pas louer de M. de Chasteauneuf et de ne prendre aucune confiance en luy, neantmoins, si de semblables propositions estaient faictes de la part du cardinal de Retz, ou dudict sieur de Chasteauneuf, je prefererois cette voye-cy l.
\GIII.
Bibl. Mazarine, ms. n" 1719, t. II, f" khk. — Copie du temps.
À LE TELLIER
[Sedan], 3i août 1 65 2.
(kxtt.ak.)
Je croy qu'il est de la dernière importance d'achever promplement l'affaire d'Angleterre2, de peur que les Anglois ne se déclarent, à la fin, pour M. le Prince; car il ne faut pas doubler qu'il ne les en presse vivement, et qu'il n'eust recours mesme au Turc, s'il croyoit en estre secouru, dans la rage où il est présentement. Je sçay de bon lieu que, depuis l'envoy de Saint-Romain3 vers l'Archiduc et vers Fuensaldagne, il leur a depesché de nouveau, par deux voyes différentes, pour les solliciter d'envoyer en France toutes les forces qui sont dans les Pays- Bas, et il est à craindre que Fuensaldagne ne quitte tout pour y satisfaire, veu qu'il a ordre précis d'Espagne d'assister M. le Prince et d'entretenir la guerre civile en France, preferablement à tout autre dessein, et que sa retraite en Flandres'1 n'cstoit fondée que sur ce qu'il croyoit
1 Le sens est que Mazarin préférerait la 5 Voy. ci-dessus, p. 91 el suiv. , les négo-
voie de Chàleauneuf. On trouve, eu efl'H . cialious de D'Estrades avec l'Angleterre et
aux affaires étrangères, la preuve que Châ- Olivier Cromwell.
leauneuf servit d'intermédiaire pour plu- ' Voy. sur Saint -Romain, ci-dessus,
sieurs négociations secrètes au mois de p. 160, note 5.
septembre i(J5>. ' On a vu ci-dessus, p. i'jo, note 1. que
avoir laisse ce partj en estai de subsister cl de faire des progrez; de koài u'.;>->. quoy il v a raison de croire qu'il es1! desabusé à présent, outre que la résolution quej'ay prise de m'esloigner de la Cour change entièrement la lace des affaires, à l'ndvantage du Roy.
C'est pourquoi je persiste d'autaul plus à ce que je vous escrivis byer louchant la marche do l'armée du Roy ', et tiens qu'il est, à propos d'envoyer les ordres sans deslav pour taire monter à cheval la nohlesse ot l'aire armer les communes de Champagne, que je sçay estre toutes prestes à exécuter ces ordres avec grand joye, et il faudra seulement prendre garde à les contenir de telle sorte que ce ne soit apparemment- que pour courir sur ceux de Vittemberg, quoy qu'en efl'ect ils serviront aussv contre M. de Lorraine3, si , pour prévenir les incon veniens qui luy en pourraient arriver, il ne se dispose à ce que le Roy désirera de luv pour son accommodement particulier, lequel romproit entièrement les mesures aux Espagnols, veu que, si nous estions une fois asseurez de ses troupes, ils n'oseroient pas seulement songer à rentrer en France. Afin d'animer d'autant plus les peuples, il sera bon d'insérer dans lesmesmes ordres que le Roy faict advancer ses armées dans cette province pour les délivrer d'oppression, en exagérant autant qu'il se pourra les desgasts et les incendies qu'ils ont soufferts.
Il faut aussv par la mesine raison liaster les nouvelles levées et les recreues, et en escrire partout où l'on a donné ordre d'y travailler et particulièrement à M. de Longueville et à M. d'Espernon, leur envoyant des lettres du Roy et de la main de la Reyne sur ce subjecl. dans lesquelles lettres du Roy il ne faudroit pas oublier que ny mon départ, ny tout ce que Leurs Majestez ont faict pour apaiser les trou-
Fuensaldagne . après s'être avancé en France 2 En apparence.
jusqu'à Chauny. avait rétrograde' vers la 3 Ce passage est encore un de ceux qui
Flandre pour mettre te siège devant Dun- prouvent que, bien loin d'appeler les \Yùr-
kerque. tembergeois et les Lorrains en France, Ma-
1 Voy. ci-dessus, p. 179 et suiv.. les zarin demandait la réunion de l'armée royale
recommandations de Mazarin pour que l'on avec la noblesse et les communes de la
lit mareber l'armée du Roi contre les Loi- province de Cbampagne pour les ebasser
rains et les Wùrtembergeois. de cette province et de la France entière.
Août i(i5a. blés, n'oni servj de rien, puisqu'au lieu de déposer les armes, de renvoyer les troupes ©étrangères et renoncer à toutes ligues el associations avec les Espagnols, M. le Prince sollicite plus vivement que jamais pour les faire revenir en France, avec toutes leurs forces, el remue ciel cl terre pour entretenir la guerre civile dans le royaume, et que S. A. lî. se tient lousjours unie avec luy.
11 faut aussy presser M. d'Elbeuf, M. le mareschal d'Estrée el \1. le inaresclial d'Auruont, de faire remonter sans perte de temps la cavalerie qui a esté desmonlée à Chauny, et travailler incessamment à faire donner sans deslay à l'armée du Roy les troupes de Montrond '. svtosl (pie la capitulation et les ordres pour le rasement de la place auront esté exécutez, ainsy qu'on a desjà résolu à la Cour. 11 n'importe pas moins aussy* de faire partir promptemenl un gênerai pour commander les troupes du Roy en Guyenne, et celuy qui sera le plus tost en estât d'y aller sera le meilleur sans contredit. Si M. de Belliere2 \ estoit arrivé, et qu'il l'ust le seul lieutenant gênerai pour \ commander, je serois entièrement en repos de ce costé-là.
Souvenez-vous que, nonobstant les bonnes nouvelles que l'on a de Catalogne, il ne faut en aucune façon songer à l'attaque de Rrouage . par les raisons qu'il vous a desjà esté dictes.
Je croy que Gadaigne* seroit fort propre pour amener icy les quinze cens ou deux mille hommes d'infanterie, que je vous manday hyer que MM. les généraux pourroient destacher, aprez qu ils auroient faicl retirer les troupes de Lorraine et de Vittemberg, ou au moins faict retirer celuy-cy et obligé M. de Lorraine à s'accommoder avec le Boy.
Au surplus, s'il n'est survenu quelque chose de grande considération que je ne sçay pas et que je ne puis m'imaginer, je suis d'advis,
' Les troupes qui avaient servi au siège pouvoir du comte du Daugnon, partisan des
de Montrond. princes.
2 Du Plessis-BeHière. (Voy. le tome II, ' Gadaigne ou Gadagne. Charles-Félix de
p. io4(i, des Lettres de Mazarin.) Galéan, comte de Gadagne, nommé maré-
8 Auj.petitportde la Charente-Inférieure, chai de camp eni65i, devint lieutenant
uit. de Marennes. Cette place était alors au général en 1 655.
nonobstant ce que je vous escri\is liyer (me remettant ueautuioins ab- Août i65a solument à ce que M. Servien el vous adviserez pour le mieux), qu'il n'est nullement a propos de recevoir des députez, do la pari des princes, qu'ils n"a\oni préalablement satisfait à toutes les choses qu'ils sont obliges de faire et par leur debvoir et par leurs protestations si souvent réitérées, croyant que cela est nécessaire, tant parce que Leurs Majesté/, ont desjà refusé de les admettre, que par les raisons qu'Elles ont eues d'en user ainsy.
Je ne \o\ pas qu'il y ayt lieu de croire que M. le Prince puisse continuer à demeurer à Paris, ny aux environs; c'est pourquoy il faudroit songer de bonne heure aux passages et donner les ordres nécessaires là-dessus.
Je sera) fort ayse d'avoir part des nouvelles que vous recevez par des voyes secrètes. Je voy, par tous les advis qui viennent du costé de la Rochelle, que M. d'Eslissac1 prend une conduite qui n'est pas trop bonne. Je ne sçay si vous en estes adverty; mais, si cela est, il seroit bon d"\ songer et d'y apporter remède le plus tost qu'on pourra; car, aprez tout , il ne faut pas que vous mettiez en doubte que ledict sieur d'Eslissac ne fasse aveuglement tout ce que M. de Chasteauneuf luy prescrira. Monsieur de Bougy- serviroit merveilleusement bien de ce costé-là pour \ commander les troupes; et quelque resolution qu'on prenne à son esgard, je vous prie de dire au sieur Colbert qu'il luy envoie le pouvoir de lieutenant gênerai, que le Roy luy accorde, à ma supplication. et, en mesme temps, il pourra envoyer aussy à M. de Marins3 l'autre pouvoir que je luy ay laissé pour cet eflect.
Souvenez-vous, s'il vous plaist, de presser continuellement les olli- «•iors généraux de cette armée-là et particulièrement M. de Tracy '.
1 François de La Rochefoucauld, comte 2 Jean Révérend de Bougy. (Voy. le t. IV,
dEslissac. nommé maréchal de camp en p. aa6, note i, des Lettres de Mazavin.)
i65a. Son père avait le gouvernement de Michel-François du Rouzet. marquis de
l'Aunis. H a été question ci-dessus, p. 55- Marins, nommé maréchal de camp en î(i'il).
56, du baron d'Eslissac. gouverneur de lieutenant générai en 1 65a, mort en i(i(i8.
I innis. Alexandre de Prouville. marquis de
Sopieml». i65a. alin <|ifils lassent travaillai' sans cosse à Tortiller les corps de cavalerie et d' infanterie, leur donnant advis qu'asseurcment ils auront, dans peu de jours, M. le Prince en ces quartiers-là avec une somme d'argent considérable, qu'on luy envoyé d'Espagne pour augmenter le plus qu'il pourra ses troupes.
Bibl. liât., mss. f. fr. . t. G891, f° 17; autographe. — Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. II
f° 1/1 4 v°. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Sedan, 2 septembre 1602.
(extrait. :
M. de Manicamp 1 se fera grand tort s'il faict la moindre difficulté de me contenter, puisqu'estant obligé de le faire sans aucune condition, luy ayant confié la garde d'une place que le Roy m'avoit donnée, je luy en veux donner rescompense, quoyqu'il n'ayt aucune provision de gouverneur, et que la Reyne en soit actuellement la maistresse. M. le mareschal d'Estrée et M. de Senneterre sçavent trop bien comme la chose s'est passée, et ce que M. de Manicamp leur a promis, et ils ont trop d'affection pour moy, pour ne vouloir prendre la peyne d'achever présentement cette affaire. Je leur en seray extrêmement obligé; et, en un mot, comme malaysement on pourroit donner d'autres places en eschange, je donneray de l'argent comptant pour satisfaire M. de Manicamp, quoyque, comme j'ay desjà dict, je ne sois obligé à rien, et qu'il le soit de me remettre la place, toutes les fois que je la luy demanderay, sans aucune condition; et pour respondre à
Tracy, maréchal de camp en 1 666 , lieute- condition de le rendre à Mazarin, le gou-
nanl général en 1 652 , mort en 1670. vernement de la Fère-en-Thiéracbe , place
1 Achille de Longueval , comte de Mani- forte au confluent de la Serre et de l'Oise
camp, maréchal de camp en i636, lieute- (auj- chef-lieu de canton du dép. de l'Aisne,
liant général en 16A6. Il avait reçu, à arrond. de Laon).
la civilité de M. de Manicamp, qui dict que la Fere estant à luy, j'en Se|*emb, .*„>•..
ttra\ tousjours le maistre, je vous prie de 1'asseurer aussy que, pour
estre à moy, elle n'en est pas moins à luy; et que mesnie, si j'en ay
jamais d'autres, il en sera autant le maistre, et s'y pourra retirer et
v demeurer avec autant de seureté que si elles estoient à luy. Je
vous conjure de presser cette affaire ', afin que je sçaclie au plus tost
ce que j'en doibs attendre.
Je me conformeray à ce que vous mandez de M. de Caudale pour la Guyenne-; mais il l'audroit avoir achevé l'affaire, que vous sçavez, auparavant3. 11 faut que la response de Bourgogne4 soit desjà arrivée, et vous pourriez conférer avec Messieurs de Servien et de Miossens5 en secret sur la matière, si ladicte response est venue, et attendre ce qu'il y auroit à faire, estant persuadé que le père et le fils ont envie de conclure, et, de mon costé, ayant donné, sans marchander, la response qu'ils pouvoient souhaiter, et de laquelle vous avez cognoissance, comme aussy que le père ne peut insister à aucune des autres choses qu'il avoit demandées; de quoy la personne qui me parla, et M. de Caudale mesme, tomberont aysement d'accord.
11 y a bien longtemps, comme vous sçavez, que je sollicite l'establissement du parlement de Bordeaux0, et je ne vois pas nécessité de déclarer le président, puisque le Roy peut choisir qui bon luy semblera de la compagnie pour présider; mais comme, parmy les pretendans à cette charge, il y a M. de La Marguerie7, intendant de
' Cette affaire traîna en longueur, et Ma- 5 Ce'sar-Phébus d'Albret, baron de Pons,
nicamp resta maître de la Fère jusqu'en comte de Miossens, né en 161/i, mort en
i653. 11 ne céda qu'à la crainte d'en être î G76.il devint maréchal de France en 1 653,
expulsé par la force. et fut, depuis cette époque, désigné sous le
2 Pour le commandement de farinée de nom de marécbal d'Albret.
(iuy>mne. ' Mazarin veut parler probablement de
3 II s'agissait d'un projet de mariage la translation du parlement de Bordeaux à entre le duc de Candale et une nièce de Agen. Cette mesure fut adoptée un peu plus Mazarin. tard.
4 La réponse du duc d'Kpernon, père "' Louis Laisné de La Marguerie , ou Mardu duc de Candale: il était gouverneur de gerie, ou Margrie, nommé maître des relioiirgogiie. quêtes en 1 6 6 'i , devint premier président
Saptemk tftfra: Bourgogne et fort :mi\ de M. cTEspernpn et de M. dé Caudale, je oroy que, l'affaire s'achevait, Leurs Majestez Juy pourroiént foire la grâce de le préférer aux autres, estant homme de mérite et treszelé pour le service du Hoy, et gratifier en mesme temps Messieurs de Gandalc et d'Espernon; et, si M. de La Marguerie le père1 estoit en estât d'y aller servir le Koy, ce seroit un grand coup; car il a l'approbation générale, et, en faisant pour luy, on feroit aussy pour sou fils. La nouvelle que vous m'avez escrite du départ de l'armée navale pour le secours de Dunquerque, et tous les ordres que l'on a donnés ensuite, afin que la chose soit bien et ponctuellement exécutée, m'a ravi de joye ; car, si Dieu nous assiste et que Barcelonne et Dunquerque soient secourus, nous pouvons espérer de plus grandes bénédictions, et peut-estre celle de la paix, nonobstant tout ce que les mal intentionnez font pour l'empesclier, continuant les troubles et la guerre civile dans le royaume.
Aff. élr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 198 v°. — Copie du temps.
À ONDEDEI
Sedan, k septembre 1602.
( fait. vn. 1
Mi sono grandemente rallegrato di quello mi scrivete del marescbal d'Hocquincourt2, perche l' amo con tenerezza, et godo di poter far sempre più certo capitale délia sua amicitia. Vi prego a dirli sopra di cio quello stimarete meglio e che li possi fare più d'impressione; ma
du parlement de Dijon en i654, enfin 2 Chartes de Monchy, marquis d'Hoc-
conseiller d'État; il mourut en 1680. quincourl, avait été promu maréchal de
1 Élie Laisné, sieur de La Marguerie, France en i65i; il fut tue en 1 0 5 8 . en
reçu maître des requêtes le 3 mai 1617. comhattant contre la Fiance.
oe) rémanente è bene portarlo a accommodarsi col duca d'Elbeuf1, Septemb. i65a.
poiche una divisione nella provincia tra persone di questa qualila non
potrebbe esserche funesta al servitio de! Rè. \i è ben dolla malignita
oella lettera che il detto duca ha scritta al Mareschal per irritarlo
contro di ino. cl m'a reso giustitia qnando non ha vcduto il contcnuto
Délia detta lettera, et ha riconosciuto l' intentione di che gli scriveva.
E vero che il duca et il prencipe suo figlio'2, dichiarandosi contro
l'intendente, non si è giudicato a proposito rimandarlo, nia si sono
sempre rigettate L'instanze de suddetti d'inviarne la commissione a un
tal Pietra3 loro partiale, nemico d'Orgeval4 et thesoriere accreditato
m Amiens. Corne la Piccardia non puô star longamente scnza inten-
denle, pensai che vi potrebbe esser proprio il figlio de M. de Bordeaux5,
che esercita questa carica nel esercito, et che non si de.ve dubitare che,
essendo intieramente dependente da nie, non cerchi di viver bene et
di servir in tullo il M1 d'Hocquincourt, sapendo esser un de miei
megliori amici. Ne dissi qualche cosa al prencipe d'Harcourt et me
rispose che suo padre0 ricevrebbe con grande rassegnalione chimique
S. M. vi inviasse.
Nel istesso tempo parlai a M. d'Orgeval, assicurandolo che sarebbe impiegato, et in efletti pensai che potrebbe andare in Provcnza, quando cio si potesse senza dar umbra al Parlamento, corne sarà facile
1 Le duc d'Elbeuf était gouverneur de Picardie et le maréchal d'Hocquincourt gouverneur de Péronne: d'où les conflits auxquels Mazarin fait allusion.
"' Le fds du duc d'Elbeuf portait le titre de prince d'Harcourt. ( Voy. ci-dessus, p. 88. note a.)
* On trouve à cette époque plusieurs personnages du nom de Piètre; celui dont il s'agit était trésorier de France à Amiens, comme on le voit par celte lettre.
1 Geoffroy Luillier, sieur d'Orgeval, d'abord conseiller au Parlement, puis maître des requêtes. Ce passage prouve que
d'Orgeval était alors intendant de Picardie, et en lutte avec le duc d'Elbeuf, gouverneur de la province. (Voy. ce que Tallemant des Piéaux dit de l'orgueil du sieur d'Orgeval : Historiettes, t. VI, p. 87, édit. Tecliener. in-8°).
5 Antoine de Bordeaux devint , en effet , intendant de Picardie et fut ensuite envoyé ambassadeur en Angleterre, à la fin de l'année i65-2. Il était fils de Guillaume de Bordeaux, intendant des finances. Ce passage prouve qu'Antoine de Bordeaux était, en septembre 1 65-2 , intendant de l'armée de Picardie.
' Le duc d'Elbeuf, son père, a G
IHPPi vi'ïi C X4TJOKJLE.
Septemb. i65a. (|iian(lo li moti di quella provincia saranno cessati. Voi vedele dunque clic ne si abbandona M. d'Orgeval, ne si manda in Piccardia che vuole il duca d'Eibeuf. Potrete avertir di tutto confidentemente M. le Mareschal, se è ancora alla Corte, et parlarne ancora a M. Le Tellier, appresso del quale havro caro che sollecitiate glinteressi di suddfto sieur Mareschal, quando sarà necessario.
In questo punto ricevo la vostra delli 2 stante resanii da M. de Quince1. S'io non havessi considerato qualche cosa di più di quelle- mi scrivete intorno listanza del duca diLorena, havrei liavuto gran torto. Voi vederete che alla Corte si prenderanno buone risolutioni et ehe io so quello conviene al servi tio del Rè et che non manco di ricordarlo, et lassate pur dire a Bartet et Raulin. Sarà pero bene et conviene grandemente al medesimo servitio del Rè che voi procuriate destramente insinuar al uno et al altro che io ho scritto eflîcacemente per favorire le intentioni del duca, et che ricevero un sensibil dispiacere quando sappia che alla Corte non si li dia soddisfatione 2.
Circa il pensiero, del quale mi parlate, purche Pariggi si dichiari per il Rè in modo che le prencipi et altre persone ne sieno discacciati clal popolo et che l'authorita regia vi sia restabilila con iapunitione di qualche colpevole, S. M. sarebbe mal consigliata a non andarvi, poiche in questo caso sarà padrona senza timoré che possa succidere inconveniente alcuno simile alli passati, et in oltre nessuno farà ostacolo, le sudette cose eseguite, a che il Rè vi condurra il Cardinale; anzi non sarà difficile, mentre vi si travagli con detrezza da persone ben intentionate et vi si spenda qualche denaro , che la villa istessa faccia istanza a S. M. di farsi accompagnar da chi vorrà, et per me credo lacilissimo che si possino obligare quelli che hanno gridato per i prencipi
1 Louis, comte de Quincé, nommé ma- s'y opposer. Il recommandait, à Ondedei.
réchai de camp en 1662. son agent intime, d'agir comme lui et de
" On trouve, dans ce passage, une nou- tromper Bartet et Raulin, qui lui servaient
velle preuve de la politique que Mazarin a d'intermédiaires habituels auprès du duc de
suivie dans ses négociations avec le duc de Lorraine. Je renvoie , pour les détails . à mon
Lorraine. Il Ceignait de favoriser ses projets, Histoire de France sous le ministère de Mn-
landis qu'il écrivait à la Cour qu'il fallait tarin, t. I", p. 25ù etsuiv.
conlro li Mazarini a fare tutto il contrario, se li delti pvencipi sono Septemb. i65î constretti di abbandonnar la Ailla.
lo non so per che, sema saper prima la mia intentione, se disponga délia somma di 5om lire, eL non so da che procéda limpatienza del M1 d'Hocquincourt; ma corne la mia lettera Sarà arrivata, per laquale scrivo al sig* Colberto quello doveva fore, m' assicnro che le altre resolstioni non saranno esequke. Io haveva tennto qnesto negolio segreto. el M. le Mareschal 1 lia divulgato senza alcnna nécessita. In fine, io desidero ha ver il detto denaro nella medeshna nature, o almeno che Goiberto mi lo conservi corne è.
Non mi ha dato alcini avviso di quello gli è succeso con il Surintendente1: ma quando la cosa si;\ corne voi mi scrivete, questo a gran torto di nsarne nella maniera clie la. doppo essermene tante volte doluto a lui el Bordeaux -. poiche liavendoini Iraltato corne voi sapete, doppo havermi promcsso mari e monte3, non perde alcnna occasione di far credere che tutto il denaro fonde in me, scusandosi d'ordinario con quelli che lo sollccilano a darli qualche assignatione con dire che è stato conslretto a darmi lutte le buone, e vi lasso pensare che nécessita \i era di metter il mio nome sopra li biglietti, se non havesse havuto intentione di render la cosa publica per questo verso. Credete mi che. se non prende un allra conclotta, sarà difficile che possiamo continuar longo tempo a vivar bene insieme, et sappiate che non nasce da inavertenza quello che fa. poiche ho riconosciuto che è grandemente destro et accorto, et che ha li suoi disegni et fini nella condotta che tiene.
M. di Mercurio ha mal trattato M. de Piles4, havendoli levato di latto la possessionc del governo di Berre:> senza alcun' ordine del Rè,
1 Charles de La Vieuville. (Voy. t. IV, ' Pierre-Paul de Forlia, baron de Piles
p. a 4o, note 1, des Lettres de Mazarin.) ou Pilles, nomme maréchal de camp en
* Guillaume de Bordeaux, intendant des 16A0, mourut en 1682.
finances, père d'Antoine de Bordeaux, dont 5 Celle petite ville de la basse Provence
il a été question ci-dessus, p. 201. est située à l'entrée de la rivière d'Arc.
; Locution qui répond à monts et mer- dans l'étang d'eau salée connu sous le nom
>eilles. $ Etang de Berre. Elle était autrefois forti-
Septemb. i65a. che ne haveva date le provisioni al detlo signore, et ne godeva doppo lungo tempo. A me dispiace gratidemente d successo, poiche apportera progiudicio al intéresse del Hè in Provenza et al particolare del duca, havendo il detto signore molti amici et essendo amatissimo. oltre che havendo vissuto con una intiera rassegnatione alla volonta del dnca, abbracciate tntte le occasioni di servirlo et ricevuti da lui cortisessimi traltainenti, al improviso si è veduto spoliato del suo governo. Io faccio molta stirna di questo gentilhuonio et è mio amicissimo, onde desidero che in ogni modo riceva soddisfatione. Non ho giudicato bene di scrivere al duca ; ma havro caro che lo facciate per mia parte, ma in termini tali che riconosca che conviene assolutamente di sodisfarlo. Haveva il duca promesso al signor cardinal Bichi ' di bene trattarlo; ma gl'efletli sono stati contrarii, e S. Emza, essendo in letto infermo, me ne ha fatto scrivere per il signor Scarlatti ellicaremente, et in questa maniera dovrete scriverne voi al duca.
XGVI.
Bibl. nat., rass. f. fr. , t. 6891, f° 35; original chiffré. — Bibl. Mazarine, ms. n" 1719. t. Il, f° 466. — Copie du temps.
À LE TELLIER
Sedan, 4 septembre i652.
M. de Lorraine m'a depesché icy le sieur de Talion2, tesmoignant inquiétude de ne point recevoir de response de la Cour sur la proposition de laisser passer le secours aux princes, et me priant d'en escrire fortement. Je luy ay respondu ce que je dehvois; je persiste toujours à ce
fiée. Ce n'est plus maintenant qu'un chef- Mazann. Alexandre Bichi avait été promu
heu de canton du dép. des Bouches-du- cardinal en 1 634 ; il mourut en 1657. Bhône, arrond. d'Aix. 2 Probablement Philippe Talon. (Voyez
1 Voy. le t. I", p. 913, des Lettres de le t. IV, p. 836, des Lettres de Mazarin.)
DU CARDINAL M VZWUN. 205
([ne je vous a\ l escrit là-dessus \ d'autant plus que je vois ledict prince Septemb. i65a. fort embarrassé, et asseurement, s'il ne se retire pas, quand nos généraux iront à luy, ce sera pour ne le pouvoir faire; car jamais capitaine n'a eu moins d'envie <le combattre que luy, et s'il prétend, en se fortiftiant et prenant quelque [poste] advantageux, se pouvoir soustenir, il se trompera fort; car, lorsque uostre année s'approchera, ayant le pays favorable et animé au dernier point contre les Lorrains et les Vittembergs, ils courent risque désire défaits sans combattre. Il ne faudroit pas perdre de temps à marcher 2, si ce n'est qu'il fust bon de différer un peu pour nous fortifier avec les recreues et nouvelles levées qui doihvent joindre l'armée, ou qu'on vist jour d'exécuter quelque chose contre les troupes des princes.
I ne des raisons que j'ay dictes au frère de Talion que je croyois qui pourroit empescher le Roy de consentir à la proposition de M. de Lorraine a esté que le gênerai 3 de Paris ne tesmoigne pas à présent beaucoup d'amitié pourles princes, eux leur sollicitant le séjour4 pour avoir moyen de réduire ladicte ville par la force à leur volonté; ce qui seroit d'un préjudice irréparable à Sa Majesté. L'autre5, que, si M. le Prince recognoist ne pouvoir pas se soustenir à Paris, il s'en ira, avec le secours, en Guyenne, faisant joindre la cavalerie à ce qu'il a desjà destaché pour Montrond, et se [tiendra dans] cette province, s'il y peut perpétuer la guerre avec les assistances qu'il recevra continuellement d'Espagne. Je vous escripts cecy, afin que vous puissiez vous en servir, si on le juge à propos.
' Voy. ci-dessus, p. 166 et i84. 4 Le sens est: les princes sollicitant les
A l'aire marcher l'armée royale contre Lorrains de séjourner pour avoir moyen, etc.
les Lorrains. 5 L'autre motif que j'ai allégué est
: La majorité de la population de Paris. que, etc.
uil). j (>."} a.