XCVII
Bibl. nat. , mss. f. fr., t. 6891, f° 37; original chiffré. — Bibl. Mazarine, ms. n" 1719, t. II, f° 46 1. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Sedan, k septembre i65a.
(extrait.)
En cas que les affaires se disposent en sorte que le Roy puisse estre convié d'aller à Paris, et que l'on vist jour à le pouvoir faire avec seureté par l'exclusion ou la retraite de ceux qui ont excité et entretenu le trouble jusqu'à présent, et qui sont capables de le faire à l'advenir, il faudroit songer de bonne heure aux moyens de faire en sorte que j'y puisse retourner avec le Roy, de l'agreement de ladicte ville. Quoyque cela semble difficile en apparence, neanttnoins on peut espérer assez aysement les choses qui dépendent du changement des esprits des peuples, d'autant plus quand ils ne sont plus esnius et qu'ils recognoissent de pouvoir trouver leur repos en caressant ceux contre qui ils s'estoient emportez. Enfin l'affaire conduicteavec adresse par des personnes bien intentionnez et y employant quelque argent, on pourroit encore voir crier contre les princes et leurs adherens, ceux mesmes qui ont jusques à cette heure crié contre les Mazarins. M. le Procureur gênerai a, à Paris, des personnes capables de conduire celte intrigue, et vous en pourrez dire un mot à M. l'abbé Fouquet. M. Servien en pourroit aussy parler à M. de Glandeves l, lorsqu'on jugera les affaires en estât de faire cette diligence. Et comme ce seroit une resolution qui debvroit estre prise dans l'Hostel-de-Ville, il faudroit de bonne heure
1 François Faure , né en 1612, d'abord trefois évêché , a été ruiné par les débordemoine cordelier, puis évêque de Glandeves ments du Var; ce n'est plus auj. qu'une en iG5i, transféré à Amiens en 1 053 , dépendance du canton d'Entre vaux, dép. mourut en 1687 ( 1 1 mars). Glandeves , au- des Basses-Alpes, arr. de Castellanne.
travailler à s'asseurer du plus grand nombre de voix que Ton pourroit Sepionb. i65 de ceux qui en composent rassemblée.
Je sçay qu'il est arrivé, il y a desjà deux jours, des gardes à Bouillon, que le gouverneur y a envoyez, et cependant je ne reçois encore aucun advis d'\ pouvoir aller. 11 a seulement escript à M. Fabert, qui vient de recevoir la lettre, par laquelle il luy dict qu'il attendoit à tous moment le retour de son frère, qu'il ne doubtoil pas qu'il ne luy apportas! les ordres de me recevoir et servir en tout et partout. Je ne vous sçaurois assez exprimer l'inquiétude dans laquelle je suis d'estre contraint de m'arrester encore icv. Je croy pourtant de pouvoir partir demain sans faute, et je scray bien ayse que vous et M. Servien examiniez ensemble sy, après avoir demeuré lmict jours à Bouillon, je pourrois revenir icy, -.uis que cela apporte aucun préjudice, et s'il ne seroit pas à propos que le Roy m'escrivist de le faire, sur ce que ma sortie bors du royaume de mon mouvement, sans en avoir receu aucun ordre de Sa Majesté, nauroit produit aucun eiïect, les princes se conduisant comme auparavant; et ainsy je pourrois retourner à la Cour. Je vous proteste avec la dernière sincérité, et comme si j'estois devant Dieu, que je n'ay point la moindre impatience ou démangeaison de retourner, et que mon principal but est d'advancer le service du Roy, quelque chose que cela me pust couster. Je vous conjure donc, l'un et l'autre, de me mander vos sentimens avec liberté, et sans aucune complaisance, et de croire que, si je croyois que vous en eussiez1 en cela le moins du monde, j'en serois inconsolable, et ne suivrois pas l'advis que vous me donneriez.
L'on va tenir une diète générale à Ratisbonne 2, le mois d'octobre prochain. On ne doibt pas douter que l'Empereur et les Espagnols ne veuillent profiter de la conjoncture présente pour s'asseurer l'élection
1 Que vous eussiez de la complaisance à cette époque, les diètes de l'empire d'Al-
en me donnant vos avis. lemagne, composées des députés des Ëlec-
1 Ratisbonne était, au \vii° siècle, une teurs, des princes et des villes libres. Ra-
ville libre impériale du cercle de Ravière. tisbonne fait partie maintenant du royaume
C'était à Ratisbonne que se réunissaient. de Ravière.
Septemb. i65a. du roy des Humains l. Il faut que M. Servien voye s il n'y a rien à faire en cela de nostre costé, et si le Roy, en qualité de Landgrave d'Alsace2, pourra envoyer quelques députez à la dicte; car, en ce cas, je croy qu'on pourroit donner jour à faire un grand obstacle à cette élection, y ayant des Electeurs qui ne sont pas trop disposez à donner leurs voix au fils de l'Empereur 3.