XCVI1I
Aff. étr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des heures de Mazarin, f° ao3. — Copie du temps.
À L'ABBÉ FOUQUET
Sedan, 5 septembre i65a.
Je remets à demain à faire response aux dernières lettres que j'ay receues de vous. Je vous diray cependant, dans la dernière confidence, que M. de Cltavigny m'a faict sçavoir, par le moyen de M. Fabert, que M. Goulas4 se devoit aboucher avec vous, et, comme vous ne m'en mandez rien, cela me met en peine. Il faudroit vous conduire dans cette conférence selon ce que vous diroient MM. Servien et Le Tellier. Et je serois d'autant plus ayse que les affaires passassent par les mains de M. Goulas, que je le sçais tres-homme d'honneur et extrêmement des amis de M. le Procureur gênerai.
Je vous prie de dire, en grand secret, à M. Le Tellier ce que Ion
' On a déjà vu que c'était le titre par lequel on désignait l'héritier présomptif de la couronne impériale d'Allemagne.
2 Le traité de Munster, en donnant l'Alsace à la France, ne l'avait pas détachée du corps de l'empire germanique. Louis XIV la gouvernait primitivement en qualité de Landgrave. Ce ne fut que plus lard que l'autorité royale y fut complètement reconnue.
3 Le fils aine de l'empereur Ferdinand lit était l'archiduc Ferdinand; il fut élu roi des Romains; mais il mourut en i654, trois ans avant son père. Ce fut son frère, Léopold, qui, après un interrègne de plus d'un an, succéda à Ferdinand III.
4 Léonard Goulas , seigneur de Frémoy, conseiller du Roi et secrétaire des commanmandements du duc d'Orléans.
vous a dicl de M, de Candale, touchanl le mariage1, sans nommer la Septemb. i(;.r>-<. personne.
\ ous pouvez aller à Pontoise, et jusqu'à ce que je sçache vostre retour à Compiègne, j'adresseray mes lettres pour la Reyne9 à POndedei.
Vous m'obligerez de dire à M. le Procureur gênera] que jay la dernière confiance en luy sans aucune reserve, et de le prier, de ma part, d'escrire toutes ses pensées à MM. Le Tellier et Servien3.
VU'. étr., France, t. 969; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 20^1. — Copie du temps.
\l PROCUREUR GÉNÉRAL (.NICOLAS FOUQUET).
Sedan, 6 septembre 1662.
(extrait.)
Je vous suis trop4 obligé du soin que vous avez voulu prendre de m 'informer de ce qui s'est passé à Pontoise depuis mon départ, et de ce que vous avez appris du coslé de Paris. Je n'ay pas escrit une lettre à M. vostre frère que je ne Paye prié de vous bien asseurer de mon amitié et que je me confie de tout en vous sans aucune reserve. Je vous confirme la mesme chose, et j'ose vous dire que, si vous pouviez voir là-dessus mes véritables sentimens, vous en seriez asseurement fort satisfait.
C'est un mal que le nombre de ceux qui composent le Parlement5 soit si petit: mais comme l'on me mande, de Compiegne6, que l'on y
1 On a déjà vu qu'il était question d'un était à Pontoise où siégeait le Parlement,
projet de mariage entre le duc de Candale pendant que Le Tellier et Servien s'étaient
et une des nièces de Mazarin. rendus, avec la Cour, à Compiègne.
' Nous n'avons pas retrouvé les lettres ' Trop a ici le sens de très.
à la Heine dont parle ici Mazarin. (Voy. : Il s'agit toujours du Parlement séant
plus loin une lettre du 22 septembre i652, à Ponloise.
adressée à \ une d'Autriche.) " La Cour était alors à Compiègne, comme
Le procureur général , Nicolas Fouquel . ou l'a fait remarquer ci-dessus.
mrmm 1
sopiemb. iG5a. envoyoil les maistrcs des requesles, qui estoient auprez du Roy; que je croy que M. de Mesmes1 et son fils'2 partoient pour le mesme efl'ect et en très-bonne disposition de servir le Roy, et que d'autres conseillers dévoient sortir de Paris pour s'y rendre, je m'asseure qu'à présent la compagnie sera bien augmentée.
Je ne croy pas que, de la Cour, on ayt inclination à permettre à M. de Longueil3 d'y aller sans tout le reste de la famille, parce que, s'il \ estoit, cela pourroit empescher en quelque façon que l'on n'agist contre ses proches4. Neantmoins, je vous prie d'en mander vostre sentiment à MM. Servien et Le Tellier, aussy bien que toutes les pensées qui vous viendront dans l'esprit sur d'autres matières, parce que je sçay qu'à la Cour on y déférera extrêmement.
Je vous diray, dans la dernière confidence, que M. de Chavigny m'a faict sçavoir, par le moyen de M. Fabert, que l'on estoit fort porté, à Paris, à l'accommodement, et que M. Goulas se devoit aboucher avec M. vostre frère, qui neantmoins ne m'en a rien escrit, de sorte qu'en ce cas il n'est plus besoin de deputation, et il nous est bien plus advantageux que les choses se passent par cette voye, parce que, si celte conférence ne produit rien de bon pour nous, il sera fort aysé à Leurs Majestez de dire qu'EHes n'en ont eu aucune cognoissance, en cas que les princes en voulussent tirer advantage en la publiant, et il n'en seroit pas de mesme d'une deputation publique, où il ne se passeroit rien que tout le monde ne sceust.
Je vous prie de faire mes recommandations à mes amis de delà et particulièrement à ceux qui sont du grand secret 5 et surtout à M. le
1 Jean-Antoine de Mesmes, sieur d'In al, ' Pierre de Longueil. (Voy. le (. |\.
était un des présidents du parlement de p. 2 o4, note 3, des Lettres de Matarin.) Paris. Il mourut en 1673 , à l'âge de " Le président de Maisons, ancien su-
75 ans. rintendant des finances, était frère de Pierre
8 Jean-Jacques de Mesmes, fils aîné de de Longueil. (Cf. ibid.. p. 61 , note 1 .> Jean-Antoine de Mesmes, devint, dans la 5 Je suppose que ces mots s'appliquent
suite, président au parlement de Paris et l'ut aux menées royalistes, qui avaient pour l>iil
un des quarante de l'Académie française. Il de ramener Louis XIV à Paris, après avoir
mourut en 1G88 (9 janvier). vaincu la Fronde.
Goigneux1, de qui, à vous parler franchement, je vous diray ([ue la Septemb. i65a. manière me plais! au (hunier point, et (pic je prétends, à quelque prix que ce soit, qu'il soit mon aniy de la bonne sorte.
Il est impossible que le cardinal de Retz ne remue quelque chose en tout cecy. Il faut bien prendre garde à luy; car asseurement il n'a rien de bon dans lame, ny pour le Roy, ny pour l'Estat, ny pour moy. J'en ay escrit au long à MM. Servien et Le Tellier, et je vous conjure aussy de n'oublier rien, de vostre costé, pour rompre ses desseins, en cas que vous les puissiez pénétrer.
\!1. étr., France, (. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazariu. — Copie du temps*.