À M. MILLET
Ausoy2, 17 janvier iG5a.
(extrait.)
On a tant rompu la teste à la Reyne que mon entrée feroit soulever tout le royaume; que tous les Parlemens s'uniroient d'abord3; que les peuples prendroient les armes; que Paris se porteroit aux dernières extremitez; que toutes les villes se lieroient ensemble et qu'elles refuseroient la porte à Leurs Majestez mesmes. Cependant on ne void rien de tout cela, quoyque S. A. R. et le parlement de Paris n'ayent rien oublié pour faire arriver toutes ces resolutions; mais je crains que, si on n'y remédie promptement, S. A. R. continuant à tenir la conduite qu'elle tient, il en pourra arriver quelque grand préjudice.
Je ne sçay pas comprendre par quelle raison on n'a pas escrit un mot à Paris pour empescher la vente de ma bibliothèque, qu'on ne sçauroit pas rassembler, en cinquante ans, avec un million d'or. H y a cinquante-quatre mille volumes; l'on a envoyé par tout le monde pour en avoir les plus curieux. J'ay despensé cent mille escuz pour bastir un lieu propre à la mettre, avec un beau logis pour ceux qui estoient destinez à en avoir soin, auxquels je faisois un establissement de six mille livres de rente, tout cela pour en faire un présent à Paris; et on
1 Voy. sur Millet, ou Milet de Jeurs , le 2 Probabl. Ouzouer-sur-Loire , dép. du
tome III, p. 22, note 1, des Lettres de Loiret. Mazarin. 3 D'abord a ici le sens de immédiatement.
voit! (ce que la postérité aura peine à croire) que le Parlement la faict Janvier i65«. vendre à vil prix pour employer l'argent à faire assassiner celuy qui avoit tant travaillé pour la réduire a la perfection et la donner à la Fiance.
On void aussy que le mesme Parlement donne surseance à M. le Prince1, le mois estant passé, pendant qu'il sollicite les Anglois de venir; qu'il n'oublie rien pour establir les Espagnols en Fiance, et qu'il paroist - au public le traité qu'il a faict avec le roy d'Espagne, le 1 5 de novembre, que3 le Cardinal estoit encore en Allemagne. J'advoue que ce sont des choses incomprebensibles, et, quand vous en parlerez à ces Messieurs, à qui vous communiquez mes lettres, je m'asseure qu'ils en tomberont d'accord, et je voudrois bien que M. le mareschal du Plessis prist la peine de faire faire cette réflexion à M. le Garde des sceaux, ou que vous en parlassiez, de ma part, à M. de Champlastreux. Il m'estoit bien aysé, pour sauver ma bibliothèque, de menacer que je me vengerois sur quantité de maisons que des conseillers ont à la campagne; ce que j'aurois faict exécuter avec grande facilité; mais je ne l'a y pas voulu, afin de donner des marques de ma patience, puisqu'il y a des gens qui croyent qu'elle puisse estre utile au service du Roy.
D faudroit pourtant parler à la Reyne, afin qu'il pleust à Sa Mlé faire escrire fortement à Paris pour remettre ma bibliothèque en Testât qu'elle estoit, en cas qu'elle ayt esté vendue en détail, comme S. A. R. insistoit que l'on fist pour me faire plus d'injure et pour qu'il y eust plus de peine à la rassembler.
Je vous prie d'asseurer de mon service Mmc la princesse de Carignan4 et M. le prince Thomas5, et de dire à M. le mareschal du Plessis que j'ay une grande impatience dé l'embrasser.
1 Accorde un nouveau délai au prince de ' Voy. sur Marie de Bourbon, princesse
Condé pour se justifier. de Carignan, le tome IV, p. 45 , note î, des
* Dans le sens de fait paroistre, rend Lettres de Mazarin. public. s Voy. sur le prince Thomas de Savoie-
3 Que a ici le sens de pendant que le Carignan, le tome I", p. 961, des Lettres
Cardinal, etc. de Mazarin.
MAZABIS. V. 3
(UPIHMFHIC NATiO,4LE.
Janvier 1 65 a.
Bibl. nat., mss. f. fr. 4 209, f° 32 4 v°. — Copie du temps.
A M. LE TELLIER
Gien, 18 janvier 1602.
Je suis fort obligé des asseurances nouvelles qu'il vous a pieu me donner par l'envoy de M. vostre neveu, et, pour response à vostre mémoire en chiffre, du 1 1 de ce mois, qu'il a apporté, je vous diray que je trouve la resolution prise par M. le Surintendant à l'esgard des rentes de la ville de Paris assez dangereuse l et qui peut fournir de puissants moyens à M. le duc d'Orléans pour venir à bout de l'union qu'il prétend faire de la ville de Paris et du Parlement avec luy. Il auroit esté bien meilleur de retarder cette affaire encore un mois ou deux, parce que, dans ce temps2, le Parlement et la Ville se seroient maintenus dans l'obéissance qu'ils doibvent au Roy, et, en ce cas, on auroit peu examiner de concert ce qui regarde lesdictes rentes et trouver les expediens des finances du Roy, proportionnez à la possibilité et à Testât présent de la Ville et dudict Parlement, [au cas] où ces deux corps se seroient joincts aux princes, et, en ce cas, nous aurions rejeté sur eux la cessation dudict payement; ce qui leur auroit faict naistrede grands inconveniens et tres-difliciles à demesler. Ainsy mon advis est que, l'arrest donné au Conseil pour la revocation des assignations3 subsistant, M. le Surintendant ordonne que les premiers deniers qu'il tirera des receptes soient voicturez à Paris, en sorte que ledict payement des rentes ne reçoive aucun retardement et que l'on recherche soigneusement tous les moyens d'en réitérer les asseurances aux Prévost des marchands
1 On voit dans la suite de cette lettre J C'est-à-dire, des mandats de paiement
qu'il s'agissait de suspendre le paiement des assignés sur différents fonds, comme les
renies de l'Hôtel de Ville. gabelles, les douanes ou traites foraines, et
! C'est-à-dire, jusqu'à cette époque. autres impôts.
DU CARDINAL MAZARliY 19
et Eschevins, tant de la part du Roy que de celle dudict s1 Surin- Janvier t65s. tendant.
Je souscris avec la soubmission que je doibs aux volontez de la Revue pour ce qui regarde la cassation de l'arrest1, et, à la vérité, aprez ce qui s'est passé à Paris, j'advoue que Sa Mu> a eu raison de se tenir ferme en cela, comme Elle a laid.
Si je fais marcher en Guyenne le corps entier de troupes que je mené avec inoy, comme l'on me le mande de la Cour, laissant à Mouron M. de Palluau foible comme il est, il seroit tres-asseurement en estât d'estre baltu par les troupes de S. A. R., dont la cavalerie est desjà assemblée à Montargis, et presque toute l'infanterie estant à Jergeau2 et en d'autres villages entre icy et Orléans, ces troupes auront toute facilité de s'emparer des passages de la Loire. Ces raisons me font pencher à luy laisser quelque corps d'infanterie et cavalerie pour le fortifier, en sorte qu'avec le régiment royal de la Reyne etCanillac3, qui ne sont pas loin de luy, il puisse empescher les troupes de S. A. R. de rien entreprendre. Cela n'empescheroit pas que le corps que je feray marcher vers la Rochefoucauld4 ne fust encore composé de deux mille chevaux et deux mille hommes de pied effectifs. J'espère demain de voir M. de Palluau, avec lequel je prendray la dernière resolution, que je vous feray sçavoir.
Il me semble qu'on pourroit aisément fortifier l'armée du Roy, en faisant acheter en Bretagne six cens chevaux pour remonter les cavaliers à pied, ce qui feroit un renfort tres-considerable et seroit plus utile que la levée de quinze cens chevaux, et que l'on pourroit faire avec vingt mille escus. Je crois que, si vous en disiez un mot à la Reyne afin qu'EUe en parlast à M. le Surintendant, voyant l'advantage que le service du Roy en pourroit recevoir, il donneroit le fonds nécessaire pour cela, et en ce cas il faudroit envoyer en toute diligence une per-
1 L'arrêt du Parlement qui proscrivait canton du dép. du Loiret, arrond. d'Orléans. Mazarin. Le Roi le fit casser par le Conseil 3 Le régiment de Ganillac.
d'en-haut réuni à Poitiers. ( Voy. p. 3a.) ' Auj. chef-lieu de canton du dép. de la
2 Jergeau, ou Jargeau. auj. chef-lieu de Charente, arrond. d'Aiigoulême.
Janvier 1 652. sonne fidèle avec l'argent, avec deux officiers choisis [dans] les vieux regimens de cavalerie pour faire cet achapt.
Le Parlement a bien monstre la dernière rage contre moy dans la vente de ma bibliothèque en détail, puisqu'au préjudice du public, à qui je l'avois destinée sous la protection du Roy, ils ont voulu dissiper une si nombreuse quantité de livres, qui n'ont peu estre assemblez que par un travail de quatre-vingts ans1, tant [aux Irais] du Roy que des miens, et une despense prodigieuse, qui auroit servy à la réputation de la [F]rance et à la satisfaction de tous les sçavans. C'est un desplaisir, qui m'est d'autant plus sensible qu'il n'y a point d'argent qui le puisse reparer et que l'on y pouvoit remédier par une simple lettre de cachet, qui auroit explicqué mes intentions pour le public et qui auroit esté fondée sur la protection du Roy.
L'on me mande de Paris, et d'ailleurs, que M. de Sainct-Geran2 escoute fort les sollicitations qui luy sont faictes, de la part de S. A. R., pour se déclarer pour luy. Je croirois qu'il seroit à propos d'envoyer présentement quelqu'un, de la part du Roy, audict sr de S-Geran pour l'affermir dans son debvoir et empescher l'effect de [sa déclaration], si l'on voit qu'il chancelle.
Je voudrois bien que, du costé de M. d'Espernon ou de M. de Palluau, l'on pust s'asseurer du passage de la Charité3, les habitans estant en fort bonne disposition pour cela, et je crains bien que, si l'on retarde, l'on ne le puisse faire quand l'on voudra.
Craignant que M. le marquis de Sourdis ne se venge de ce lieu icy\ je leur ay offert de leur laisser un commandant avec quelque infanterie; ce qu'ils ont refusé, m'ayant dict qu'ils estoient en estât de se deifendre, pourveu que M. de Palluau eust ordre de les assister de quelques troupes, au cas qu'ils fussent attacquez. Ce que je diray
1 Tel est bien le texte de la copie. On ! Voyez , sur le comte de Sainl-Géran ,
peut supposer que, par ces mots quatre- p. i4, note 4, de ce volume. vingts ans, Mazarin veut indiquer un très 3 La Charité-sur-Loire. (Voy. ci-dessus,
long espace de temps, sans qu'il faille p. i4,note5.) prendre ce chiffre à la lettre. 4 De Gien , d'où est datée celte lettre.
audict sr de Palluau; mais j'appréhende bien qu'ils ne reçoivent du Janvier 1 66a. mal.
Je vous avois escrit pour faire venir le Grand Conseil l h la Cour, et comme vous ne m'avez point faict de response là-dessus, je vous prie d'en parler à la Reync et de le faire, ne croyant pas qu'il puisse y avoir raisons plus fortes pour l'empescher que l'on en a pour le foire venir.
Bibl. nat. , mss. f. fr. 23,202, f° 75. — Lettre originale, en partie chiffrée.
À L'ABBÉ FOUQUET
Gien, le 18 janvier 1 65a .
(extrait.)
Depuis mon autre lettre escrile, que je n'ay pas envoyée plus tost faute de commodité seure, je suis arrivé en ce lieu-cy. Vous sçaurez, d'ailleurs, toutes les circonstances de mon voyage. Je me contenteray de vous dire que M. de Sourdis2 principalement a faict tous les efforts imaginables pour y former des obstacles et pour faire recevoir icy les troupes de S. A. R., afin d'estre maistre du pont; mais je ne sçay pas par quel bonheur il est arrivé que les habitans leur ont fermé les portes, l'ont obligé luy-mesme de sortir de leur ville, et m'y ont receu avec applaudissement. Je ne voy pas ce que pourront dire à présent ceux qui prosnoient tant que mon entrée dans le Royaume causeroit une révolte generalle et renverseroit l'Estat3, puisque sans que j'aye faict aucune diligence envers les peuples, sans qu'ils ayent eu une cognois-
1 On confond quelquefois le Grand Con- dait à la France entière, et portait principaseil avec le Conseil du Roi ou Conseil d'Étal, lement sur les bénéfices ecclésiastiques, mais à tort. Le Grand Conseil était une cour 2 Voy. sur le marquis de Sourdis, cisouveraine qui datait du règne de Char- dessus, p. 11, note h. les VIII (1 497). Sa juridiction n'était pas J On a vu, p. 5, note 3, que le Coadjurestreinte à certaines provinces; elle s'éten- leur se plaignait du retour de Mazarin.
Janvier i65a. sance particulière désordres du Roy et des sentimens de Sa Majesté à mou esgard, et sans que l'on ayt faict aucune violence à leur inclination, ilz m'ont faict des acclamations partout où j'ay passé, et ont tesmoigné une véritable joye de mon retour. Il paroist par là la protection que Dieu prend de l'innocence, et que, cognoissant la pureté de mon zèle et de mes intentions, il veut confondre mes ennemis et rendre inutiles tous leurs mauvais desseins. Je pars demain pour me rendre à la Cour le plus diligemment qu'il me sera possible.
Mesnardeau1 a faict asseurer de nouveau par un homme du Pré2, que, cette semaine, l'affaire de B. [de Bouillon] seroit achevée3.
J'ay une douleur extresme d'apprendre la dissipation de ma bibliothèque. On m'asseure qu'en offrant trente mille escus on la pouvoit sauver, et, puisque M. Mesnardeau en offroit cinquante mille livres, il me semble qu'il n'eust pas esté difficile de trouver les autres quarante mille pour éviter ce préjudice. Puisque c'est une chose faicte, je vous prie de sçavoir du Procureur-général quel moyen il y auroit d'obliger ceux qui ont acheté [les livres] de les rapporter et quels ordres il faudroit faire envoyer de la Cour pour cet effect; car enfin je veux bien vous dire que mes amis, estant extraordinairement aigris d'un procédé si barbare , sont résolus, si on n'y remédie , de se satisfaire , et me venger sur quantité de maisons de campagne qui appartiennent à des conseillers. M. Portail 4 n'y seroit oublié.
Je viens d'apprendre que M. de Ruvigny 5 a esté despeché à Paris pour parler à S. A. R. et le faire expliquer. Vous le pourrez voir. Je luy
1 Voy. sur le conseiller Mesnardeau- Champre', ci-dessus, p. 7, noie 1.
2 Les mots qui suivent homme sont chiffrés , et la traduction interlinéaire du chiffre paraît douteuse. Ne faudrait-il pas lire un nommé du Pré ?
1 Voy. ci-dessus, p. 3, note 1.
" On a vu plus haut (p. 5, note 6), que Portail avait été un des commissaires nommés par le Parlement pour la vente de
la bibliothèque de Mazarin. 11 est caractérisé dans le passage suivant du Tableau du parlement de Paris : rr Moins que rien , léger, sans suffisance (sans capacité), frondeur, cherchant inutilement à s'appuyer, grand processif, etc." (Corresp. administrative sous Louis XIV, t. II, p. 37.)
5 Ruvigny était arrivé à Paris le 1 7 janvier 1 65 2, d'après le Journal de Dubuisson- Aubenay (t. II, p. 1 53).
escris le billet cy-joint ', par lequel je le prie de prendre entière confiance Janvier i65a. en vous.
M. le Prince a faict parler d'un accommodement avec moy. Je vous dirav mesme que la personne dont il s'est servi pour cela est Castelnau '-. Je n'ay faict autre response, si ce n'est que [estant] tout dévoué, comme je le dois, aux volontez du Roy et delà Reyne, la mienne [leur ] seroit tousjours entièrement soumise et que j'exccutcrois aveuglement tout ce (jue Elles (Leurs M1") m'ordonneront. Vous le ferez sçavoir, dans la dernière confidence, au Coadjuteur3 et à M,uc de Chevreuse, et vous leur direz qu'encore que cela n'ayt pas passé plus avant, j'ay creu ne devoir pas dilîerer à leur en donner part, pour ne pas manquer en la moindre chose à la correspondance sincère que je veux entretenir avec le Coadjuteur4.
J'avais oublié de vous dire, à l'esgard de M. de G.5, que Bluet, en ayant esté pressé, m'a faict encore des propositions, et comme je le prie de vous en informer confidemment, vous aurez de plus en plus lieu de faire cognoistre à M. le Coadjuteur et à M'"'' de Chevreuse que je n'escoute rien et que je leur fais faire un fidèle rapport de tout ce qu'on me mande, estant persuadé qu'ils en useront de mesme; etquoyque l'on die publicquement que M. le Goadjuteur s'est accommodé avec M. de Ghavigny, je n'y adjouste pas la moindre créance, non plus qu'à ce qu'on m'a voulu insinuer qu'il se soit tousjours entendu avec les personnes qui ont le plus agi pour empescher mon retour.
1 Ce billet ne se trouve pas dans le manuscrit.
s Voy. sur le marquis de Castelnau, t. IV, p. 119, note 1 , des Lettres de Mazarin.
3 On voit encore, dans ce passage, que Mazarin restait fidèle au trait*! conclu avec les frondeurs, tandis que le Coadjuteur, comme le prouve la note suivante, déclarait à son confident, l'abbé Cbarrier, qu'il n'avait plus - d'intelligence 1 avec Mazarin.
' Retz écrivait à l'abbé Charrier, le 19 janvier 1662 : it Surtout prenez garde de ne pas faire paroître que j'aie quelque intelligence avec le Mazarin (car en vérité cela n'est pas), tâchant seulement de me ménager tout doucement.') (Le Cardinal de Retz et l'affaire du chapeau, t. II, p. 79.) . 5 Probablement M. de Chavigny. Le nom est chiffré, et la traduction ne donne que M. de C.
Janvier 1 6 5 -1 .
Bibl. nat. , mss. f. fr. £209, f° 33 1 et suiv. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Aubigny ', 90 janvier 1602.
Je reçois des advis de toutes les personnes qui ont zèle pour le service du Roy dans Paris sur l'importance de l'arrest qui a esté rendu au Conseil, pour la revocation de toutes les assignations, et des mauvaises conséquences que les malintentionnez en tirent pour esmouvoir le peuple et la ville, soubs prétexte que les rentes y sont comprises, et l'on me mande mesme que S. A. R. s'en est servi pour appeler chez luv les Prévost des marchands et Eschevins, et faire une grande assemblée pour adviser à la continuation du payement desdictes rentes et tascher par ce moyen de s'en faire croire le protecteur ; ce qui pourroit le rendre maistre des deniers du Roy, s'il n'y estoit promptement remédié ; à quoy je ne doubte pas qu'en suite de ce que vous avez vous-mesme remarqué des mauvaises conséquences que pourroit produire cet arrest et de ce que je vous en ay escrit par M. vostre neveu, l'on n'ayt expédié un second arrest du Conseil quiexplicque celuy-là sur le faictdu payement des rentes, et que l'on ne l'ayt envoyé au Prévost des marchands, avec une lettre de cachet, qui porte de nouvelles asseurances de payement ponctuel desdictes rentes, quand bien mesme l'on n'auroit dessein de le faire que pour deux ou trois mois. J'estime cette affaire si importante pour le service du Roy, que j'ay jugé nécessaire de vous depescher exprez le sr Seyron2 pour vous prier, au cas que cela n'ayt point encore esté faict, d'en parler à la Reyne et de faire expédier le tout sur le champ et de l'envoyer en toute diligence à Paris. L'on estime qu'il est nécessaire que le mesme arrest asseure aussy les gages
1 Village du de'p. du Cher, arrond. de ! Voy. sur Seyron, le tome IV, p. 167,
Sancerre. note 1 , des Lettres de Mazarin.
des officiers des compagnies souveraines, afin que S. A. R. ne se serve Janvier i6r> de ce mesme prétexte pour renouveler leur union. A quoy il travaille avec toute sorte de soins et de diligences, et c'est pour ce mesme subject qu'il est de grande importance de faire venir le Grand Conseil à la suite du Roy.
L'on me mande aussy qu'il seroit tres-necessaire d'escrire au Prévost des marchands que, pour asseurer la ville contre les mauvais bruits que les ennemis de l'Estat et du repos public font courir ([savoir] que l'on a dessein de la perdre) , Sa Majesté leur donne sa parole qu'il ne donnera aucun ordre pour routes ny logemens d'aucunes troupes à quinze ou vingt lieues à la ronde de Paris, et permet de courre sus à toutes celles qui se trouveront dans cette estendue, et ordonne d'informer contre celles qui y ont logé sans ordre.
Je crois estre obligé de donner ce mesme advis au Roy, afin que, si l'on juge, dans le Conseil, qu'il soit bon, on le puisse suivre.
11 n'y a personne, dans Paris, ou qui ayt quelque zèle pour le service du Roy, ou qui ayme le repos, ou qui ayt quelque affection pour moy, qui ne s'estonne que le parlement de Paris n'ayt encore sceu, par aucune voye, l'intention du Roy sur le subject de mon retour. Cependant, soubs prétexte de la déclaration, il s'engage dans des pas de dangereuse conséquence et qui pourront oster le moyen aux bien intentionnez de ramener cette compagnie dans les termes de l'obéissance qu'elle doibt au Roy.
Enfin ma bibliothèque est vendue en détail, et l'on me mande que la seule chose qui ayt empesché qu'elle n'ayt esté vendue en gros, a esté l'envie que tous les conseillers ont eue d'acheter les livres à vil prix. \ oilà la belle passion qui a animé l'esprit de ces Messieurs à mettre ma teste à prix pour dissiper ensuite un travail qui m'estoit très-cher et qui ne le debvoit pas estre moins au public, à qui il estoit destiné. Et cependant ces Messieurs trouvent estrange que l'on ayt pris un de leur corps1, les armes à la main, attaquant les troupes du Roy et criant:
1 11 a été question, ci-dessus, p. 4, note 3, de l'arrestation du conseiller Bitaut.
« UARIN. V. /|
iMi'nincnic nrioiiLi:.
Janvier iC52. Vive le Hoy cl les Princes, et que l'on le retienne jusqu'à ce que l'on îi y t donné advis à Sa Mt,; de l'action, et receu ses ordres.
Je crois qu'il faut escrire une lettre bien estendue aux Prévost des marchands et Eschevins sur le faict des rentes, par laquelle Sa Ml,; déclare que son intention est qu'elles soient plus ponctuellement payées que par le passé, et qu'il y soit inséré quelque chose qui marque la continuation de son affection pour les habilans, [la confiance] que Sa Maj1'- a [dans] leur fidélité, et il faut que la personne, qui sera depeschée avec cette lettre et un arrest qui explicque l'autre1, prenne le soing de faire imprimer ladicte lettre.
Je vous envoie la copie de ce qu'on me mande de Paris sur le faict des rentes que vous pourrez faire voir à Leurs Majestez, et je demeure vostre serviteur, me remettant, pour tout le reste, au porteur.
Aff. étr. , France, t. 2 08, f° A78 v°; t. 29 du recueil des Lettres deMazarin. —
Copie du iemps.
À M. DE PENNACORS.
Vierzon5, 2a janvier i65a.
En response de vos lettres des 11 et 1 G du courant, je vous diray que j'ay escritpour le passeport que Mmede Clievreuse demande 3; mais elle aura bien faict de faire partir promplement la personne destiné»1 pour le voyage, que je luy souhaite aussy heureux que Mademoiselle de Clievreuse" mérite. Je vous prie de confirmer à toutes deux les asseurances de mon tres-humble service et la forte passion que j'ay de
' Par l'autre, il faut entendre l'arrêt p. si3o, de l'édit. des Grandi Ecrivamt de la
rendu précédemment pour suspendre le France), d'un voyage que lit M"* de Che-
paiement de toutes les assignations. vreuse à Dampierre, en 1 65a.
1 Aujourd'hui chef-lieu de canton du dé- ' Charlotte-Marie de Lorraine, deruoi-
parlement du Cher. selle de Clievreuse, née en 1G27, morte
3 Retz parle, dans ses Mémoires (t. IV, le 7 novemhre i652.
DU CARDINAL M VZMUN. 27
leur en donner de véritables marques. J'aj laid tousjours une estime Janvier itn> particulière de M. le marquis de Goaquin ', de façon qu'adjoustant à
cela la pari que M""' «le Chevreuse prendra aux bons traiteinens qu'il recevra de la Cour, je n'oublieray rien, alin qu'ils soient tels qu'il pourra souhaiter.
Je vous prie de bien remercier la personne, qui, en nie confirmant,
par vostre moyen, les asseurances de son amitié -, me donne les conseils d'agir à Home et de la manière qu'on se doit conduire avec le clergé. Je les suivray avec beaucoup de plaisir; et si3 vous m'en ferez un très-grand, si vous prenez la peine de dire à M. de Constance* comme il devra agir avec les prélats qui sont à Paris. Je leur ay escrit une lettre circulaire pour leur donner part de mon retour en France et de ce que le Parlement a faict contre moy. Je n'en ay point envoyé pour M. le Goadjuteur, afin qu'il parust par là que nous n'avons aucune correspondance ensemble; mais, s'il lejugeoit à propos autrement, vous n'aurez qu'à le dire à M. de Constance, qui remplira une de celles qu'il a en blanc.
Au reste, rien n'est capable de me faire concevoir la moindre mesliance de sa personne5 aprez les choses que la princesse palatine0, vous et M. l'abbé Fouquet m'avez dictes de sa part. On a beau m'escrire, comme on faict continuellement, tantost qu'il est accommodé avec M. de Chavigny, tantost qu'il l'est avec M. de Beaufort, et qu'il a donné les mains à sa reconciliation avec M. le Prince, et enfin qu'il est le principal ins-
1 Malo II, marquis de Coëtquen (on en partie de l'administration de ses affaires,
écrivait alors Coatquin , Coasquin , Coa- principalement pour les relations avec le
quin , etc.). était gouverneur de Saint-Malo ; clergé. Claude Aubry, qui était, depuis
il épousa, en 1662, Marguerite de Rohan- 10&7, évèque de Coutances, fut nommé,
Chabot et mourut le -ai avril 1679. en i653, trésorier de 'a Sainte-Chapelle, et
3 II s'agit probablement du Goadjuteur, renonça, en i658, à l'évèché de Coutances;
qui est cité à la fin de la phrase. Pennacors il vécut jusqu'en 1G87. lui était tout dévoué. ' Il est bien évident ici qu'il s'agit du
J Celte locution peut se traduire ici par Coadjuteur et cependant. 6 Anne de Gonzague, mariée à Edouard
' Claude Aubry, évèque de Coutances, de Bavière, comte palatin du Rhin. (Voy.
habitait le palais de Mazarin et était chargé t. III, p. 8-23, des Lettres de Mazarin.)
Janvier i65a. trument de tout ce que M. le duc d'Orléans faict contre moy; car je vous proteste que je lis tous cesadvis comme je pourrois faire des romans, et je me tiens plus persuadé et plus asseuré que jamais de son amitié, et qu'il ne perd aucune occasion de s'employer adroitement à mon advantage. J'espère qu'il le pourra faire bientost plus utilement et plus ouvertement, si Chavigny et Longueil ' exécutent les ordres qu'ils recevront, dans quatre ou cinq jours, d'aller à la Cour-, ainsy qu'on m'asseure que Leurs M161 avoient résolu.
Vous aurez sceu tout ce qui s'est passé, à mon passage de la Loire. Je laisse à M. de Palluau quinze cens hommes du corps que M. le mareschal d'Hocquincour amené, et je pars aujourd'huy, avec trois cens chevaux, pour m'en aller en plus de diligence à la Cour.
Pour ce qui est du conseiller3, sa liberté dépend du Roy; mais Sa Mté ne la luy pourra accorder sans grande esmolion parmy tous les officiers de l'armée, qui se voyent attaquez pour m'a voir suivy. En mon particulier, je ne voy pas aucune raison pour me mesnager avec ledict Parlement, qui s'est porté à des extremitez inouïes contre moy, en sorte qu'il ne luy reste à faire autre chose qu'à travailler à l'exécution de l'arrest et me faire assassiner, et si, aprez tant d'injures, j'estois capable de luy en rendre des grâces et de m'employer à faire réussir les choses qu'il souhaite, je serois un lasche et indigne d'avoir un homme d'honneur pour amy. Ce sera donc au Roy d'ordonner ce que bon luy semblera là-dessus, et ce pendant je ne doute point que Mme de Chevreuse et la personne'1 n'approuvent la conduite que je tiens en cette affaire. Je vous prie de communiquer tout ce que dessus à M. l'abbé Fouquet, auquel j'escris que je me remets à ce que vous luy direz.
1 On a vu, dans le tome IV, p. aoà, cachet du Roi à M. de Chavigny-Boulliillier, note 3, tjue Pierre de Longueil avait été avec ordre de s'en aller en Cour poureslre nommé chancelier de la Reine; c'était en ministre d' Estât, comme ci-devant. «
cette qualité qu'il était appelé à la Cour. 3 II s'agit du conseiller Ritaut, on I5i-
2 A la date du 20 janvier, on lit dans tault , qui avait été arrêté. le Journal de Dnbuisson-Aubenay : t Lettres de ' Le Coadjuteur.
^ Janvier i65a.
\IV. ctr. . France, t. 369; l. .'lo du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
VI SIEIR RAULIN,
-M KKT1IRE Dl DIC DE LORRAINE.
Loches, n3 janvier i65a.
(extrut.)
Après avoir rappelé qu'il lui a écrit plusieurs fois sans recevoir de re'ponse, Maiarin continue ainsi :
Gomme on se sert de tous les artifices imaginables pour obliger M. le duc d'Orléans à signer le traité avec M. le Prince l, et entrer dans la dernière liaison avec luy, je vous prie de représenter à vostre maistre- que, si on vient à bout de cette signature, ny M. le duc d'Orléans, ny Son Altesse, n'en retireront aucun advantage, et tous seront pour M. le Prince. Je sçay bien ce que je dis, et il est bien aysé à un chacun d'en voir les raisons. On faict croire à S. A. R. que la négociation d'un accommodement entre M. le Prince et le Cardinal est si advancée qu'il n'y a aucune difficulté à la conclusion, et (pie M. le Prince a sursis, pour sçavoir, pour la dernière fois, la resolution de S. A. R. et luy donner encore cette marque de déférence et de sa passion à son service. Cependant je proteste que je n'ay voulu escouter aucune proposition de celles qui m'ont esté faictes de la part de M. le Prince, croyant tousjours que le Roy conclura avec vostre maistre et qu'il luy sera fort aysé de ramener S. A. R., qui, estant environnée de quantité de personnes qui dépendent entièrement de M. le Prince et qui travaillent incessamment pour luy donner les dernières mesfiances, il est à craindre qu'il3 ne se laisse aller à l'union entière avec M. le Prince, si vostre
' Ce traité rat signé le a6 janvier 1 65s, duc d'Orléans. Il est désigné, à la ligne
~i l'on en croit la lettre suivante. On lui as- suivante, sous le nom de Son Altesse,
signe ordinairement la date du a k janvier. 3 Le pronom il se rapporte au duc
1 !.'■ maître, que servait Ilaulin, était d'Orléans, désigné, quatre lignes plus
CLuir'es IV, duc de Lorraine, beau-frère du liant, par les mots : 5. A. R.
Janvier 1 659. maistre n'a gis t fortement pour l'empescher. Du costé de la Reyne et du mien, on n'oublie rien; mais j'appréhende fort qu'à la fin les partisans de M. le Prince ne l'emportent, et l'espérance, qui me reste, est qu'en quelque engagement que S. A. R. puisse estre, M. le duc de Lorraine l'en retirera, si une fois son accommodement avec le Roy est faict.
Aff. étr. , t. 269, f° 1 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
À L'ABRÉ FOUQUET.
Poitiers1, 3i janvier 1 65a.
(extrait.)
Je reçois comme une très-bonne nouvelle ce que vous me mandez que l'affaire de M. de Bouillon2 devoit estre sy tost entièrement terminée et que M. de Turenne partira, le 22, pour venir à la Cour, où j'ay beaucoup d'impatience de l'embrasser et de l'entretenir. Je seray aussy tres-ayse d'y voir M. de Bouillon, quand ses affaires le luy permettront, et j'ay beaucoup de ressentiment de la manière obligeante dont il vous a parlé là-dessus.
Je suis fort satisfaict de la franchise avec laquelle M. de Montresor3 vous a parlé touchant M. de Joyeuse 4; c'est un prince que j'ay tousjours fort estimé et souhaité de servir. Je suis encore dans les mesmes sentimens; mais, comme je voy des difficultez insurmontables à luy faire obtenir la grâce qu'il souhaite5, Leurs Majestez n'y ayant au-
1 Mazarin était arrivé à Poitiers le 28 jan- (Voy. t. III, p. 726, note 2, des Lettres
vier. (Voy. aux analyses, l'indication d'une de Mazarin.)
lettre écrite de Poitiers, à cette date, et 5 Mazarin n'indique pas quelle était la
adressée à Raulin.) faveur que désirait le duc de Joyeuse. Je
* Voy. ci-dessus, p. 3, note 1. pense qu'il s'agissait de la survivance du
3 Voy. sur Montresor, t. I",p. 9^7, des gouvernement de la Provence, gouvernement
Lettres de Mazarin. qu'avait le comte d'Alais. Ce dernier était
Louis de Lorraine, duc de Joyeuse. beau-père du duc de Joyeuse.
eune disposition, je croy qu'il no voudroit pas que je m'engageasse à Janvier 1669. faire une promesse que je ne pusse exécuter. Que s'il propose quelque autre chose pour sa satisfaction, il se peut asscurer que je m'y employerav avec chaleur, et à l'esgard de mondict sieur de Montresor, j'aurav tousjours grande confiance eo luy et je donneray entière créance aux choses que vous nie manderez de sa part. 11 a raison de dire qu'il faudroit tascher de desunir S. A. R. d'avec M. le Prince. On y a travaillé jusqu'il1) mais inutilement. S. A. R. estant ohsedée par des gens qui sont trop partisans de M. le Prince pour laisser d'agir ' de toutes leurs forces, afin d empescher qu'il ne se destache de luy, et il seroit hors de saison de l'aire pour cela de nouvelles tentatives, puisque nous sçavons qu'ils sont maintenant dans la dernière liaison et que S. A. R, a signé le traicté le 2 G.
Je trouve fort bon ce que vous me mandez des lettres de cachet qu'il faudroit envoyer à Paris; on les fera expédier. 11 a esté aussy fort à propos de différer à faire rendre celle que M. le Surintendant a escrite.
Je vous ay desjà mandé que je n'avois d'animosité contre personne. Si M. de Chavigny faict cognoistre évidemment qu'il veut se remettre dans le bon chemin, et que, pour cet efïect, il porte S. A. R. à prendre les resolutions qu'Elle doit pour le service du Roy et pour le bien de l'Estat, il se peut asseurer que je m'employeray tres-volontiers pour luy auprez de Leurs Majestez, et qu'il n'aura pas sujet de se plaindre de moy; mais il faut des effects et non pas des paroles, et avec, cela je vous confirme ce que je vous ay escrit que je ne feray pas un pas en cette affaire, sans sçavoir au préalable les intentions de M. le Coadjuleur et de Mme de Ghevreuse, voulant garder la parole que je leur ay donnée de n'entendre rien que de leur participation.
J'ay tousjours fort estimé et honoré Mme du Plessis-Guenegaud '-. Je seray bien ayse d'avoir part en ses bonnes grâces et les occasions de les mériter par mes services.
Dans le sens de : cesser d'agir de toutes leurs forces, — ' Elisabeth (le Clioiseul-Praslin . mariée à Henry du Plessis-Guenegaud, «secrétaire d'Élat.
Janvier t65a. La délibération que le Parlement a prise ' que l'on feroit des remonstrances par cscrit sur l'arrest de cassation du Conseil d'en-haut2. porte les clioses bien avant, et je ne puis m'empescher de vous dire que l'on est un peu esmeu icy de voir que les conclusions des gens du Roy3 soyent presque tousjours les pires qu'ils puissent prendre.
Le Roy m'ayant faict l'honneur de remettre en ma disposition de faire ce que je jugeray à propos touchant M. Bitaut, j'ay résolu de supplier Sa Majesté de trouver bon qu'on le renvoyé, quoyque je ne croye pas qu'on se doive beaucoup attendre aux promesses que le Parlement me faict.
M. de Chasteauneuf a pris à i'improviste une resolution de demander congé de se retirer, aprez m'avoir faict toutes les protestations d'amitié. Je vous puis dire avec sincérité que sa conduite n'est pas approuvée; mais il y a apparence que les affaires de Sa Majesté n'empireront [pas] pour cela k.
Je n'oublie rien, mesme à mes despens, afin qu'on ne fasse rien à l'esgard du Parlement qui le puisse choquer, puisque M. le Procureur gênerai et tous mes amys sont de cet advis, et pour les rentes, je mets le tout pour le tout, afin que l'on s'y conduise en sorte que ceux qui y ont interest recognoissent que ma plus forte passion est de les favoriser, et faire voir que je désire passionnément d'entretenir le calme
1 Le Journal de Dubuisson-A ubenay parle , à la date du 18 janvier i65-2 (t. II, p. 1 53 ) , de l'arrêt rendu par le Conseil « tenu à Poitiers, le Roy y étant, portant cassation de celui du parlement de Paris du 27 décembre i65i.» Ce conseil, présidé par le Roi, est le Conseil d'en-baut.
2 Les personnages qui composaient, à cette époque, le Conseil d'en-haut, étaient, avec le Roi et la Reine, le prince Thomas , le marquis de Châteauneuf, le garde des sceaux, Mathieu Mole, et le duc de la Vieuville, surintendant des finances. Mazarin n'y prit pas séance immédiatement après
son arrivée à Poitiers; il n'y rentra qu'à la suite de la démission de Châteauneuf.
3 Les gens du Roi étaient alors le procureur général , Nicolas Fouquet, et les avocats généraux , Omer Talon et Jérôme Rignon. Le Procureur général ne portait presque jamais la parole. Il est surtout question ici d'Orner Talon, dont on a vu que Mazarin se plaignait vivement.
4 Châteauneuf voulait que l'on marchât contre Condé, qui occupait la Guyenne.
Mazarin fit décider par la Reine que l'on se dirigerait sur Paris. Châteauneuf saisit ce prétexte pour quitter la Cour.
dans la ville de Paris, afin que, parce moyen, M. le Coadjuleur el M. le Janvier i65 Prévost des marchands ayent pins de facilita de conserver leur crédit el de tenir les esprits des habitons de ladicte ville en une bonne assiette
Si vous jugez qu'on doive faire compliment, de ma part, à quelques personnes, vous le pourrez faire, ou faire l'aire par quelques uns des miens en la manière que vous jugerez a propos, et Sainctol 1 niesme me semble bien propre pour cela.
Nonobstant les responces que S. A. R. a l'aides à M. de Ruvigny, l'on faiet estât de faire partir demain Damville3, afin de parler à Monsieur, de la part du Rov et de la Reyne, et taseber, par toutes sortes de moyens, de le ramener; car aprez tout, quoy qu'il puisse arriver, il est bon que la France voye que Leurs Majestez ne laissent rien d'intenté pour obliger S. A. R. à ne s'esloigner pas de la bonne voye et à ne s'engager pas dans l'union de ceux qui, conjointement avec les Espagnols, font tout ce qu'ils peuvent pour renverser le royaume. Je tascheray de faire en sorte que mondict sieur Damville prenne toute confiance en vous, afin que, par vostre moyen, sans qu'il en ayt cognoissance, M. le Coadjuteur puisse estre informé de tout ce qui se passera.
Leurs Majestez, ayant sceu avec combien de zèle et de vigueur M. le président Peraut' s'opposa dernièrement à l'union que l'on proposoit, mont commandé de luy faire sçavoir le ^ré qu'Elles luy en sçavent et la bonne volonté qu'Elles ont pour luy, dont Elles luy donneront des marques dans les occasions qui se présenteront pour son advantage.
On envoyera la lettre que vous marquez pour ne pas recevoir M. le Prince.
Je suis marry des peines que vous et M. Mesnardeau prenez touchant ma bibliothèque, puisque je crois que c'est une aflaire faicte, Naudé me mandant qu'il ne restoit plus que les livres de médecine et
1 Jean-Bapliste Sainctol, ou Saintot, mort en 1661. (Voyez sur ce personnage, maître des cére'monies de France, mort les Mém. de M"" de Motteville, édit. Charte 1" août 1682. pentier, t. IV, p. 296. )
1 François-Christophe de Levis, comte 3 Président à la cour des Comptes et un
de Brion, duc de Damville, ou d'Amville, des partisans de Condé.
iKrriuCHii: ;< Arios tLL.
février *65a. de droit. Gomme le plus beau s'est perdu, j'ay aussy perdu toute 1 amour ' que j'avois pour une chose qui m'avoit cousté tant d'argent et de soins à assembler. Je vous suis pourtant tres-obligé à tous deux des boutez que vous avez pour moy en cette affaire.
Leurs Majestez vont faire le voyage d'Angers en toute diligence pour tascher d'estoufl'er dans sa naissance l'esmotion qu'y excite M. le duc de Ruban'2, lequel s'est desjà porté à tous les excez imaginables, et comme l'on tourne le visage du costé de Paris, dans un temps où l'on n'oublie rien d'ailleurs pour obliger la ville, je croy que cela fournira le moyen, aux bons serviteurs du Roy, d'y maintenir les esprits dans la disposition qu'ils doivent estre.
Je vous prie de faire les derniers complimens, de ma part, à Mme de Chevreuse et à M. le Goadjuteur, et d'asseurer M. le Prévost des marchands3 et son fds qu'ils recognoistront par les elfects à quel point je les estime, et combien je suis leur serviteur.
Aff. etc., France; t. 269, f'° 98; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
AU MARÉCHAL DAUMONT
Loudun, ."> février 1603.
(extrait.)
Nous avons advis que les Espagnols, en exécution du traité que M. le Prince a faict avec eux, doivent envoyer trois mille hommes au comte de Tavannes * pour les joindre aux troupes qu'il commande et entrer
1 Le mot amour était, au xvif siècle, des d'Anjou, où il se déclara pour le parti des deux genres, féminin et masculin. princes. 11 ne résista pas longtemps à l'ar-
2 Henri de Chabot, seigneur de Saint- niée royale; il se soumit le 2 G lévrier iG5>. Aulaye et de Montlieu, avait épousé, en 3 Voyez sur le Prévôt des marchands. i645, Marguerite, duchesse de Rohan, et ci-dessus, p. 5, note 5.
était devenu, par cette alliance, duc de ' Jacques de Saulx, comte de Tavannes.
Rohan et pair de France. Il était gouverneur nommé maréchal de camp en 10A8, lieu-
DU CARDINAL MAZARIIV 35
prompleiuenl en France. Je sçais bien que vous n'estes pas en estât de Février i©88 faire grand Chose avec les seules troupes que vous avez; mais on croit aussi que . nous entendant bien avec M. le marescbal de la Ferté-Senneterre. et vous entre-assistans selon les occurrences, vous pourrez, l'un ou l'autre, ou tous les deux ensemble, voiis poster en tel lieu, d où vous viendriez à bout d'empescher la jonction de ce corps avec celuy de M. le duc d'Orléans. Ce qui seroit un service de la dernière importance; vous verrez ce que M. Le Tellier vous en escrit.
On nous mande aussv que leur dessein est d'attaquer Dunkerque dans le mois prochain, et qu'ils doivent taire venir, par canaux, leur artillerie et tout ce qui est nécessaire pour cet effect. C'est pourquoy, je \ous prie de songer de bonne heure à tout ce que vous jugerez pou- Noir faire pour les traverser dans cette entreprise et, favoriser la vigoureuse deflense que fera M. d'Estrades. Vous jugez bien quel advantage ce nous seroit, si, ayant d'ailleurs tant d'affaires sur les bras, il nous pouvoit réussir de les faire eschouer en celle-là. Aussy je suis asseuré que vous n'oublierez rien , ny aux occasions dont je vous parle, ny en aucune autre, pour signaler de plus en plus vostre zèle au service du Roy.
Mil.
AIT. (:tr. , France, t. 26c), f " 3 1 : t. 3o du recueil des Lettres de Mazuri». — Copie du temps.
À M. PENNACORS.
Saumur, 10 février 1 65a.
(extrait.)
.1 av receu vostre lettre du 3i janvier. Je l'ay leue tout du long à
tenant général en i65i, mort en 1 683 . mille hommes, tant d'infanterie que de caà 63 ans. Il a laissé des Mémoires, dans valerie. » (Mémoires du comte de Tavannes . lesquels il parle de sa jonction avec les page 111, édition Moreau. Paris, Janet. Espagnols, qui -lui avoient donné quatre i858.)
Février i65a. la Reyne, laquelle a esté tres-a\se d'y voir ce que vous marquez des sentimeus et de la conduite de M. le Coadjuteur. Ce n'est pas que Sa M1'- en doulast, puisque son honneur et son interest se rencontrent esgalement à tenir la parole qu'il a donnée. Il se peut asseurer que, de quelque malice que l'on se serve, on ne fera pas concevoir d'autres sentimens à Sa Mtd, et que, de son costé, Elle demeurera tousjours ferme pour l'exécution de ce qu'Elle luy a promis et à conserver une affection tres-particuliere pour luy et pour ses interests.
Je me trouve sans argent, à Paris1; mais j'escris à M. l'abbé Fouquet dadvancer jusqu'à six mille livres, que je luy fera y rembourser. Je luy escris d'en conférer avec vous, et vous pourrez vous employer conjointement pour disposer M. le Coadjuteur à vouloir ordonner de quelle façon on en devra user. S'il en faut davantage dans quelque temps, je le fera y fournir, et j'engageray plustost tout que de manquer à une despense si nécessaire, pour laquelle je ne me suis pas adressé à MM. des finances, parce que, dans Testât où elles sont, on y employé beaucoup de temps inutilement2.
Aussytost quej'ay esté arrivé à la Cour, j'ay travaillé à faire reparer ce qu'on avoit faict touchant les rentes et à en faire asseurer le payement. Parles lettres que je reçois de Paris, je voy qu'on y est satisfait de ce qui a esté résolu là-dessus.
La Reyne est tousjours dans les mesmes sentimens d'obliger M. l'abbé de Rhodes3, et moy de le servir, aussy bien que M. de Laigues4. Il s'y
1 Mazarin veut dire qu'il n'avait pas alors d'argent déposé à Paris, et dont il pût disposer.
2 Le sens est qu'on emploie beaucoup de temps à solliciter de l'argent , des gens des finances, avant d'en obtenir.
3 Cet abbé de Rhodes, pour lequel on sollicitait un bénéfice, était probablement lils de Claude Pot, comte de Rhodes et grand-maître des cérémonies, et de Louise de Lorraine, comtesse de Rhodes. Tallemant
des Réaux, Retz et Saint-Simon parlent de cette famille de Rhodes, et surtout de la comtesse de Rhodes.
'' Geoffroy, marquis de Laigues, capitaine des gardes du duc d'Anjou. H passait pour le confident intime de M"" de Chevreuse. M"" de Motteville (Mémoires, t. IV, p. 278, édil. Charpentier) parle de son influence. Il rrétoit souvent dangereux ou propice à beaucoup de gens. . . Son étoile étoil de se mêler de tout».
DU CARDINAL M AZARIN. 37
rencontre assez de difficultés à cause de la répugnance que la Reyne Février i65< a tousjours de faire à présent la distribution des bénéfices; niais il n\ a rien qui soit en mon pouvoir que je ne fasse pour faire réussir cette affaire, cl j'avois desjà parlé à M. de Chasteauneuf, afin qu'agissant de concert nous eussions pu en venir plus tost à boni.
Je ne croy pas que Monsieur et M. le Prince aycnt les troupes de S. \. de Lorraine; mais il est vray que les Espagnols joignent un corps à reluy qu'avoit M. de Tavannes, qu'ils feront entrer par la Picardie pour venir droit à MM. les marescbaux d'Aumont et de La Ferté, et à Paris1, estant sollicitez à cela, avec la plus grande perte du monde2, et Ton dict que le (leur) dessein est de les aller joindre à celles de S. A.R.
L'on a depesché des courriers en diligence pour assembler les troupes qui sont en Champagne et en Picardie, pour s'opposer à cette entrée des Espagnols, et en cas qu'ils fussent desjà dans le royaume, les suivre et les combattre en quelque endroit qu'ils les puissent rencontrer.
Bibl. nat. , mss. f. fr. a3,202, f° 29 r\ — Original, eu partie chiffré.
À L'ABBÉ FOUQUET
Saumur, 10 février 1 652.
(extrait.)
Depuis le départ du sieur de Bescherelle3, j'ay receu vostre lettre du 3o janvier. On a desjà profité des advis que vous me donnez sur les affaires de Languedoc. On escrit à M. vostre frère4, qu'on prendra une
1 Les membres de phrase ont été intervertis 3 Voyez sur Bécherelte, ou Bécherel, dans la copie : on y fait arriver les troupes le tome IV, p. 543, note 1, des Lettres de dis princes à Paris d'abord, et ensuite à Mazarin.
l'armée des maréchaux, qui défendaient la ' Il s'agit probablement, dans ce pas- Picardie, la Champagne et la Lorraine. sage, de François Fouquet, sacré évêque
2 Quoique cette expédition les expose à de Bayonne en 1639, transféré à Agde perdre beaucoup de monde. en 1 643 , nommé coadjuleur de Naibonne en
Pémer i65a. entière confiance en lui. Sa Majesté escrit aussy à M. de Bioul1 et à VI. de Narbonne2, comme vous le proposez, et à d'autres personnes qui ont du crédit en cette province-là et que l'on croit affectionnez à son service.
Pour ce qui est des offres de [raser]3 la citadelle de Montpellier, on ne le juge pas à propos. 11 est bon de travailler pour empescher que les desordres ne croissent; mais il ne faut pas mettre tant de bois en l'eu et entreprendre en mesme temps la guerre en tant d'endroits.
Il est certain qu'on devroit empescher la liberté avec laquelle les amis et serviteurs de M. le Prince vont de tous costez; si on pouvoit [de] delà4 en attraper quelqu'un, on seroit bien advoué de la Cour.
Vous en pouvez conférer avec M. le Coadjuteur et M. le Prévost des marchands, et s'il faut avoir quelque ordre du Roy là-dessus , mandezmoy en quelle forme et à qui on le devra faire.
Par les nouvelles que nous avons de Paris, il paroist que l'on a satisfaction de ce qui s'est faict touchant les rentes, et effectivement je n'obmets aucuns soins pour empescher que le payement n'en soit discontinué, dont il ne sera pas mauvais que l'on continue à informer le public, comme vous avez desjà faict, afin que j'en acquière le mérite. H sera mesme tres-à-propos de faire publier soigneusement que le Roy estant venu à bout de ceste affaire-cy 5, comme il y a toute apparence, est disposé de s'advancer tousjours du costé de Paris, et il ne sera pas mal qu'on sçache que j'ay la principale part dans la resolution que Sa Majesté en a prise, laquelle est d'autant plus résolue, aprez6 avoir appris les diligences qu'on faict pour faire entrer un corps
1 656 , et enfin archevêque de Narbonne en s Claude de Rebé. (Voyez le tome IV, 1 65g. Disgracié en 1 66 1, après l'arrestation page 45, note 3. des Lettres de Maie son frère, le Surintendant, il fut exilé à zarin.) Alençon, où il mourut en 1673. s Le déchiffrement porte ralier; mais il
1 Louis de Cardaillac, comte de Bioule, faut lire probablement raser. chevalier du Sainl-Esprit et lieutenant gé- '' C'est-à-dire, à Paris,
néral au gouvernement de Languedoc. Il l On a vu (p. 34) qu'il s'agissait de la
avait été nommé maréchal de camp en 1 64 9 , soumission d'Angers, et mourut en 1666. 6 Aprez que a ici le sens de depuis que.
DU CARDINAL MVZARIN. 89
d'Espagnols du costé de Flandres, et le faire advancer tout droit à Béwier ifiSa. Paris. Si. dans cette conjoncture (jue l'on voit que M. le Prince veut aller à Paria, et que les Espagnols ont résolu d'y avoir le corps <*ydessus pour venir joindre les troupes de S. \. R«, on juge utile de faire donner quelque argent parim le peuple pour einpescher l'efl'ect des mauvais desseins que l'on a contre le Roy, je vous prie dadvancer pour cela jusques à la somme de six mille livres, sur la parole que je vous donne, en mon propre et privé nom, de vous en faire rembourser aossytost ponctuellement, et on en donnera encore une autre dans quelque temps, s'il est nécessaire. 11 faut tascher que le Coadjuteur se veuille charger de la direction de cette affaire, et il se pourra entendre avec M. le Prévost des marchands pour la distribution. Je huis prie de parler sur cet article à M. de Pennacors, qui m'a mandé la nécessité qu'il y auroit d'employer quelque argent.
S'il ' faut expédier quelques lettres de cachet pour einpescher les olliciers du Roy2 d'aller chez S. A. R. , ou pour autre chose, vous n'avez qu'à mander en quels termes elles doivent estre conceues et à qui elles doivent estre adressées , aprez en avoir conféré avec M. le Coadjuteur et Mme de Chevreuse; on les envoyera aussytost.
J'ay jugé à propos de conseiller à Sa Majesté d'escrire au Parlement et aux corps de l'armée, au sujet de l'entrée des Espagnols, pour venir aider ladicte ville3. Je croy que l'on envoyera demain cette lettre, qu'if faut tascher de faire imprimer et rendre publique.
Pour la bibliothèque, c'est une affaire à laquelle il ne faut plus songer puisqu'elle est sans remède.
Pour M. le Coadjuteur, je suis incapable de croire qu'il manque jamais à la moindre chose de ce qu'il a promis, et de plus quand ce seroit une personne qui se conduisist par le motif de ses interests particuliers, je cognois fort bien qu'ils ne luy conseilleroient pas le contraire, puisqu'il luy est sans doute bien plus advantageux d'estre dans ceux de
1 On a omis l'S dans le déchiffrement. — 2 Les membres du Parlement ou aufres personnages pourvus d'offices royaux. — 3 Le sens est : pour que les corps d'armée wnwsat aider ladicte ville.
/iO LETTRES
février i65a. Leurs Ma j estez et dans une parfaicte amitié avec mo\, que de consentir à un nouvel accommodement avec M. le Prince, lequel personne ne croit qui durast plus que les autres. C'est pourquoy quelque cliose que l'on me puisse mander au contraire, elle ne fera point d'impression, et je jugeray tousjours de sessentimens favorablement, comme je le dois.
J'aurois souhaitté que M. de Chasteauneuf fust demeuré à la Cour <;t de bien vivre avec luy; mais les advis qu'il a receus de Paris, ont prévalu dans son esprit. Le Roy luy donne à choisir Poitiers, Bourges ou Tours, pour sa retraite; il a choisi la dernière, d'où il a promis de ne point partir sans permission de Sa Majesté1.
Je profiteray autant qu'il me sera possible de l'advis que vous me donnez touchant M. le Garde des sceaux2; mais pour ce que vous voudriez que je vous escrivisse là-dessus pour le faire voir, je ne le dois pas faire par beaucoup de raisons.
Il est aysé à voir que le départ de M. de Chasteauneuf de la Cour estoit une chose préméditée, puisqu'il a demandé congé de son mouvement, sans qu'on luy en ayt donné aucun sujet, et que la princesse palatine mesme peut dire les soins que l'on a pris pour le retenir. Il est certain que, paroissant par là que son esprit n'estoit pas bien disposé, Sa Majesté auroit pris quelque autre resolution à son esgard, s'il n'avoit promis de demeurer à Tours et n'en partir sans permission.
Aff. étr. , France, t. 269, f° 34 ; t. 3 0 du recueil des Lettres de Mazarin.
À M. RAULIN
Saumur, 13 février i65a.
( EXTRAIT
On a depesché en diligence le sieur Seyron pour porter l'ordre à
1 Ce passage prouve que Dubuisson-Au- 2 Mathieu Mole était, comme on t'a vu,
benay a eu tort d'écrire, dans son Journal garde des sceaux, depuis le mois de sep-
(l. II, p. i5ç)), que Châteauneuf avoit ob- tembre 1 65 1 . Il ne renonça a la charge de
tenu du Roi l'autorisation tfde s'en revenir premier président du Parlement qu'en 1 653,
à Montrouge près Paris«. et mourut en i656.
ladicte cavalerie ■ de venir pour establir une intelligence secrète avec Février if>5- M. de Fau^e-, el on luy a donné pouvoir, conjoinctement avec Mme la mareschale de Guebriant3 et le sieur de Charlevois, de traiter et de conclure, s'il y a lieu de cela, avec ledict Fange pour la cessation des hostilités, et l'on mande de faire la chose en sorte qu'il ne paroisse pas que l'ordre et la resolution en viennent de la Cour, pour ne donner aucun soupçon.
Je vous diray confideininent que l'on me mande de Paris que M. de Marcheville4, avant ven qu'il ne pouvoit porter M. le duc de Lorraine à l'union qu'il luy proposoit avec M. le duc d'Orléans, avoit recherché de parler au comte de Fuensaldagne5, et l'avoit veu et [avoit] conféré longtemps et en grand secret avec luy, luy [révélant]0 tout ce qui s'estoit passé entre mondict sieur de Lorraine et luy. Cet advis est eei tain; je l'ay receu de la maison mesme de S. A. R. , et j'ai creu devoir en donner part à vostre maistre, par vostre moyen. Je crains, et ce n'est pas sans fondement, que Fucnsaldagne, estant desjà en soupçon de S. A. sur ce qu'il a appris de Marcheville, ne prenne quelque resolution contre luy, s'il voit ensuite que S. A. se tienne ferme à ne vouloir pas donner ses troupes ny s'unir avec M. le Prince.
Le remède qu'il 7 y peut apporter, c'est de s'en venir en France avec asseurance qu'il y recevra toute satisfaction, puisque la Reyne le veut
1 Mazarin avait indiqué, dans un passage supprimé, qu'il s'agissait de la cavalerie qu'il avait levée en Allemagne.
1 Ce général commandait une partie des troupes du duc de Lorraine, alors campées en Alsace.
3 Voyez sur la maréchale de Guebriant, le tome 1", p. 981, des Lettres de Mazarin. Elle se trouvait, en i65a, à Brisacb,'où l'on a vu que Charlevoix, lieutenant de Roi, s'était emparé du pouvoir en soulevant la garnison eontre le gouverneur, marquis de Tilladet. (Voy. t. IV, p. aM-245.)
1 Marcheville avait été envoyé par les
princes auprès du duc de Lorraine pour tâcher de l'entraîner dans leur parti.
Charles IV négociait, suivant son usage, avec la France, l'Espagne et les princes, afin de vendre ses secours le plus cher possible.
5 François-Perez de Vivero, comte de Fuensaldagne, était capitaine général des Pays-Bas espagnols , sous l'archiduc Léopold , gouverneur de ces provinces. Fuensaldagne mourut à Cambrai en 16G1.
6 La copie, qui a été faite sur un déchiffrement, porte : relevant.
7 // se rapporte au duc de Lorraine.
Février i65a. faire luy-mesme le juge des choses les moins importantes où il pourroit y avoir quelque difficulté, qui ne vont pas neantmoins au principal du restablissement dans ses Estais1, puisqu'on demeure d'accord du point le plus essentiel , de la restitution de Nancy dans deux ans, et qu'on employé des Suisses pour la conservation de la place durant ce temps-là, qui est ce que vous me tesmoignastes que S. A. desiroit absolument, et à quoy je vous dis que je m'employerois pour faire satisfaire S. A., ne pouvant vous l'accorder alors, parce que je n'en avois pas le pouvoir. Au nom de Dieu, qu'il se mette en seureté et qu'il croye que mon appréhension n'est pas sans raison'2. La Reyne est en grande inquiétude de ce qui arrivera, et pour moy je vous advoue que je n'en a y point de repos. Enfin S. A. doit eslre persuadée que, s'il ne faict aveuglement ce que les Espagnols veulent, c'est-à-dire qu'il refuse de se joindre avec M. le Prince, ou au moins de leur donner ses troupes, il lu y arrivera un malheur, et pour l'éviter il ne doit pas perdre un moment de temps à se retirer de Flandre, et en se rendant auprez de Leurs Mltz, en deux heures on adjustera toutes choses avec beaucoup de gloire et grande satisfaction pour luy; et pour cet eflect, aprez estre venu à bout dei'affaire de M. Rohan3, comme on fera dans peu infailliblement, et [avoir] laissé les ordres nécessaires pour pousser de plus en plus M. le Prince, qui est réduit à quatre mille hommes, pendant que M. le comte d Harcourt en a dix mille, sans compter cinq autres mille, qui sont dans la haute Guyenne, commandez par M. de Saint-Luc ', lieutenant gênerai de la province, on s'en ira vers Orléans pour s'approcher de S. A., et faciliter encore plus son passage par ce moyen; mais il seroit de la dernière importance qu'il envoyast en diligence quelque personne in-
1 Le sens est que ces points ne touchaient quelle perspicacité Mazarin prévoyait les pas la question principale, qui était le ré- événements longtemps à l'avance, tablissemenl du duc de Lorraine dans ses s Le duc de Rohan, gouverneur d'Anjou, Etals. avait pris, comme on l'a dit (p. 34, note a),
2 L'arrestation du duc de Lorraine n'eut le parti des princes. Mazarin voulait, avant pas lieu immédiatement; mais deux ans plus tout, soumettre la ville d'Angers.
fard, les Espagnols le firent saisir et trans- * Voyez sur Saint-Luc, le tome III,
porter en Espagne. Ce passage prouve avec p. 270, note 1, des Lettres de Mazarin.
DU CARDINAL MAZAR1N. A3
connue pour faire sçavoir comment on se doit conduire, les ordres que Février i65« l'on doit donner à la frontière et quelles troupes, des siennes ou de celles du Rey, il pourroit prendre pour l'accompagner.
Il ne faut pas que M. de Lorraine abandonne l'affaire de M. le duc d'Orléans, qui parois! esbranlé, et je vous confirme (jue vostre maistre luv peut donner parole pour Leurs M,,z et pour inoy, parce qu'effecliveinent on a toutes les bonnes intentions possibles pour S. A. R.
An*, étr. . France, l. 26(1, f° 35 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin.
Copie du temps.
A M. RAULIN
(extrait.)
Sauniur, i3 février 1602.
Mazarin, après avoir insiste' pour que le duc de Lorraine embrasse ouvertement le parti de la France, continue ainsi :
Aprez avoir escrit ce que dessus, j'ay receu vostre lettre du icr février avec la copie de celle que M. de Fauge a esciïte à S. A.1. Je vous confirme que j'ay esté au desespoir de tout ce qui s'est passé en Alsace, où connue il n'y avoit aucunes troupes, je ne pouvois pas inimaginer que le commandant de Brisacb2 ne fust ravy de convenir avec M. de Fauge de quelque expédient, par lequel ledict Fauge tirast quelque commodité et que le pays ne fust pas ruiné; mais S. A. sçait [trop] bien la conduite dudict commandant et le [peu de] pouvoir qu'on a sur luy pour estre persuadée que je ne pouvois pas prévoir ce qui est arrivé ny avoir en mon particulier grand crédit avec luy, et aprez tout elle
1 On 0 déjà fait observer que ics lettres dail dans Brisach; il n'avait que le titre de S. A. indiquent le duc de Lorraine. S. A. R. lieutenant de Itoi, mais, comme on l'a dit, il est le duc d'Orléans. avait chassé le gouverneur Tilladet et s'était
: C'était alors Charlevoix qui comman- rendu indépendant.
kk LETTRES
Kévrior ii).r>a. auroit grand tort, si elle croyoit que j'eusse manqué en cela à la moindre chose, puisque je ne vous fis espérer autre chose à Dinant, si non que je ferois en sorte que le mareschal de La Ferté n'iroit pas en Alsace avec ses troupes; ce que j'ay si bien accomply que j'ay mesme empesché qu'il n'y en ayt envoyé, luy ayant faict cognoistre que le service du Roy le requeroit ainsy. Enfin S. A. doit bien avoir l'esprit en repos du costé de l'observation de ce à quoy je m'engageray; car, outre que je n'advanceray jamais rien que par la permission de Leurs Majeslez, et que j'ay faict une profession trop exacte jusques à cette heure de ne donner lieu à qui que ce soit de me faire le moindre reproche sur cette matière, mon interesl et mon inclination me portent à n'oublier rien pour obliger S. A. à avoir bonne opinion de moy et y prendre une entière confiance.
La conduite que S. A. a tenue à l'esgard de M. le duc d'Orléans ne pouvoit estre meilleure, plus prudente ny mesme plus conforme aux interests de S. A. R., qui recognoistra, mais peut-estre hors de saison, qu'elle ne pouvoit recevoir que des préjudices irréparables de l'union avec M. le Prince, et qu'elle eust trouvé son bien, sa réputation et tous ses advantages, servant le Roy, s'unissant à la Reyne et se liant avec M. de Lorraine, faisant un estât très-grand de ses bons conseils, qui, par aucune raison, ne luy pou voient estre suspects. Mais j'oserois bien respondre que, nonobstant les engagemens dans lesquels les partisans de M. le Prince ont artificieusement jeté S. A. R., elle ne verra pas M. de Lorraine en France uny avec le Roy qu'elle n'abandonne le party de M. le Prince, qu'elle cognoistra aysement ne luy pouvoir estre que ruineux.
J'ose aussy asseurer que non seulement le Roy, assisté de la personne et des forces de M. de Lorraine, mettra bientost ses ennemis domestiques à la raison, mais qu'il contraindra aussy les Espagnols à donner les mains à une paix générale devant qu'il soit six mois. Enfin j'ay faict de grands projets et avec grande espérance de les voir heureusement réussir, si S. A. est une fois dans le party du Roy, comme je le souhaitte et que j'espère qu'il sera bientost.
Je persiste tousjours à croire que S. A. ne doit pas perdre un mo- Février i65a. nient de leinps à se rendre à la Cour, se faisant accompagner du corps de M. de Ligne ville1 et de celui de M. le mareschal de La Ferté,qui pourroil venir en personne pour cet effect; car non seulement toutes choses seront adjuslées en un instant, sans que rien le [misse empesclier, avec une entière satisfaction de Leurs M'" et de S. A., mais on résoudra en quelle manière on fera agir les armes et tout ce qui se devra faire sur divers poincts importans, qui regardent restablissement du repos public; et si, en venant, il pouvoit réussir à S. A. de donner une louche aux troupes de M. le Prince qui entrent dans le royaume, fortifiées de quelques unes que les Espagnols luy ont données, ce seroit faire son entrée en France en gaignant le cœur de tous les bons François et méritant par advance à un haut point la bienveillance de Leurs Majestez.
Aft'. élr. , France, l. 887, f° 89. — Minute.
\ PENNACORS.
Saumur, i5 février 1602.
J'ay receu vostre lettre du 7me de ce mois. Vous aurez pu juger, par mes précédentes, que je n'auray pas esté surpris de ce que vous me mandez de M. le Coadjuteur, et je luy ay rendu justice en cela, quelques elîbrts que l'on ayt faicts pour imprimer icy [dans les esprits] des senti mens contraires.
Je n'ay point de response à vous faire sur la charge de colonel des Suisses, parce que n'ayant pas un sol, ce n'est pas une chose à laquelle je puisse songer.
Philippe-Emmanuel de Ligne\ille. ou Ligniville, était un des principaux généraux du duc de L'irraine.
LKTTRES
Février ifi5i>.
Je vous ay clesjà mandé que [je n'avois1] inlerest aucun que M. de Chasteauneuf ne restast dans le Conseil et ne [fust d'autres avis-]; mais sa retraite avoit esté concertée et résolue avec quelques gens avant mon arrivée.
On envoyé à Mmc de Chevreuse les passe-ports qu'elle a demandez.
Je vous prie d'asseurer M. de Bussy-Lameth 3 que j'ay beaucoup d'estime et d'amitié pour luy, et d'estre persuadé de la niesme chose pour vostre particulier.
Aff. étr., France, t. 887, f° 37. — Minute de la main de Roussereau '.
A L'ABBÉ FOUQUET
(extrait.)
Saurnur, i5 février i6ôi>.
Je dois response à vos lettres des 1, 3, 7 et 9. Je la commencera}' par le remerciement de vos soins et les asseurances de la satisfaction entière que Leurs Majestez ont de vous; la Reyne est engagée à M. de Mondejeu5 pour le gouvernement d'Arras, s'il vient à vacquer; et, en ce cas, comme on aura toute confiance au lieutenant de Roy, on luy adressera les ordres qu'il sera nécessaire d'expédier là-dessus,
1 La minute porte : qu'il n' avoit; niais comme elle est très défectueuse, je n'ai pas hésité à la corriger.
2 La minute porte : nejist d'autres amys. On a vu ci-dessus (page du, note A), que Châteauneuf prit pour prétexte de sa retraite la différence d'avis entre Mazorin et lui. Châteauneuf voulait qu'on poursuivit Condé en Guyenne; Mazarin, au contraire, soutenait que la Cour devait se rapprocher de Paris.
3 Bussy-Lameth était gouverneur de Mé-
zières. ( Voy. t. IV , p. Ixk . note 7, des Lettres de Mazarin).
' 11 y a dans le tome 269 de la série France, aux Air. étrangères, une copie do cette lettre portant la date du 2 5 février: mais la minute est datée du 1 5 février.
5 Jean de Schulemherg, comte de Montdejeu, fut, en effet, nommé gouverneur d'Arras. Il devint maréchal de France en i658 et fut désigné sous le nom de maréchal de Schulemherg: il -mourut en
DU CARDINAL WAZARIN. kl
el cependaut il est lousjours de la prudence qu'il mesnage les choses Février i»i.v.>. en sorte qu'il soit en estât de les faire exécuter, si les occasions s'en présentent.
Je vous ay desjà escrit que je croyois le Coadjuteur incapable de inaïujuer à ce qu'il a promis. Je suis lousjours demeuré ferme dans ce sentiment, de quelque adresse qu'on se soit servi pour en donner icy de contraires, et quoyque je iuy ave en cela rendu justice, je m'asseure que, s'il avoit cognoissance des choses que l'on a nous dictes, il advoueroit qu'il m'en a quelque obligation.
Aussytosl que l'affaire d'Angers sera achevée ', le Roy a pris résolution de s'advancer vers Paris.
[On] ne peut s'appliquer avec plus de soin et de vigueur que j'ay faict pour asseurer le payement des rentes, en cognoissant l'importance, et âpre/, ce que M. le Surintendant m'a dict, je ne doute point qu'il ne repaie ce qui a pu donner matière de plainte là-dessus.
En suite de la disposition que le Roy m'avoit faict l'honneur de m'en laisser, j'ay faict renvoyer le sieur Bitaut avec toute sorte de civilité, et il a promis de bien servir dans sa compagnie2, [el de n'oublier] rien de tout ce qui peut conserver le calme dans Paris. Et je ne souhaitte rien davantage sinon que les choses se disposent à y faire retourner le Roy.
Si M. de la Barre3 vient icy, il y sera bien receu, et Leurs Majestez Iuy tesmoigneront combien Elles ont d'eslime pour luy et le gré qu'EHes luy sçavent de la manière dont il agit.
L'affaire de M. le Prévost des marchands est lousjours dans le mesme estât, c'est-à-dire qu'il en peut eslre asseuré; mais ses ennemis
1 L'armée royale avait entrepris le siège conseiller en la troisième [chambre] des
de la ville d'Angers, qui, comme on l'a dit, Enquêtes, et nouvellement retourné de la
s'était déclarée pour le parti des princes , à suite de la Cour, où il étoit premièrement
i 'instigation du duc de Hohan. sous sûre garde, et ensuite sous sa pa-
: On lit dans le Journal de Dubui.sson- rôle, se trouva en l'assemblée du Parle-
[ubenay (tome II, page îy-i), à la ment.')
date du 36 février îGôa : -Ce jour, 3 Lel'èvre de la Barre, (ils du Prévôt des
maître François Bitaut, sieur de Chisay. marchands de Paris.
àS LETTRES
KévHer i659. avoienl donné de si mauvaises impressions de luy à la Revue que [je] n'ay pu le servir aussy promptement (pie j aurois désiré ny m'opposer au dessein que Sa Majesté a de ne luy faire accorder aucune grâce qu'il demande qu'aprez qu'il aura donné de sy fortes preuves, dans les conjonctures présentes, de son attachement au service de Leurs Majestez, qu'Elles n'en pourront plus douter, et il me semble que vous-rnesme en estes demeuré d'accord. Pour les sujets de plainte qu'il prétend avoir en l'adresse de ses lettres, je vous asseure qu'on n'a eu aucune intention de les luy donner; mais seulement qu'on a voulu observer les formes en les envoyant à M. deL'Hospital1. Je vous diray confidemment, en passant, que M. de Brienne est fort son ami, et pour tout ce qui se pourra faire pour sa satisfaction, sans choquer la charge dudict sieur Mareschal, je vous responds que je m'y emploieray avec chaleur. Ce qu'on vous a dict des assignations qu'ont eues M. de Vardes2 et M. de Bourdeaux3 n'est pas vray. Je n'avois point sceu le retranchement des gages dudict sieur Prévost des marchands; j'en demanderay la raison à M. le Surintendant et lin en parleray fortement.
On avoit rendu de fort mauvais offices auprez de Sa Majesté au Procureur gênerai. Je scay qu'on le luy a faict sçavoir àluy-mesme; mais je veux bien vous dire qu'à présent Sa Majesté en est fort satisfaite et qu'Elle lui sçaura beaucoup de gré, s'il continue à agir comme il faict.
Je ne scay pas si M. Du Tôt4 a achevé toutes ses affaires à Paris. Il doit estre persuadé que j'ay pour luy une estime tres-particuliere, et comme je me suis entretenu au long sur ce qui regarde ses interests avec M. l'abbé son frère, je m'en remets à ce qu'il luy aura rapporté.
1 On a déjà dit que le maréchal de L Hô- Journal de Dangeau à celte date, et ï'Adpital était gouverneur de Paris. On lui avait dilion de Saint-Simon sur le marquis de adressé, en cette qualité, les lettres desli- Vardes.)
nées au Prévôt des marchands de Paris. 3 Antoine de Bordeaux, intendant des
2 François-René du Bec-Crépin ou Grès- linances.
pin, marquis de Vardes, nommé maréchal 4 Charles-Henry Du Tôt, nommé maré-
de camp en 16/19, lieutenant général en chai de camp en 1666 et lieutenant général i654, mort le 3 septembre 1688. (Voy. le en i65a.
Je ferai sçavoir à M. Daligre1 le tesmoignage que vous m'avez Février i65». rendu de sa conduite. C'est une personne dont jcstime infiniment le
mérite et que je tiens tout-à-fait de mes amis.
Je vous av desjà prié, par ma précédente, d'advancer six mille livres pour les libelles et autres despenses de cette nature qu'il faudroit faire distribuer à Paris, dont vous tascherez d'obliger M. le Goadjuteur à prendre la direction. J'ay faict donner par advance quinze cens livres à M. Bluet pour le mesnic elïect. Je vous adresseray, au premier jour, une lettre de change de quatre mille escus payables à veue, sur lesquels vous pourrez faire rendre les quinze cens livres à la personne que je vous marqueray, et les six mille livres à ceux de qui vous les aurez pris, et le reste fera un fonds pour employer encore, tant à distribuer dans les religions'2 que pour les autres despenses que M. le Goadjuteur jugera à propos de faire selon les conjonctures, et on se remet à luy de faire parler parles voyes qu'il estimera les meilleures au curé de Saint-Paul3 et aux autres personnes qu'il croira capables de servir. Le Roy a desjà escrit à M. l'Archevesque de Paris pour le remercier des nouvelles marques qu'il a données de son zèle pour le service de Sa Majesté et des offres qu'il a faictes d'achever. Si neantmoins vous jugez qu'on lui en doive envoyer une seconde [lettre], ou luy faire parler par quelqu'un, on le fera.
Sa Majesté a escrit aussy à M. vostre frère pour luy tesmoigner la satisfaction qu'Elle a de sa conduite et la confiance qu'Elle veut prendre en luy. S'il a quelque chose d'important à escrire à la Cour pour le service de Sa Majesté, il se peut adresser à moy, aussy bien que pour le sien particulier, et 1 impossibilité seule me pourra empescher de faire ce qu'il désirera.
1 Etienne II d'Aligre, conseiller d'Elat, religieux, comme les Dominicains, Francis-
fut nommé garde des sceaux en 1 67 a , chan- cains , Carmes , Auguslins , etc. Les sermons
celier de France en 167/1, e^ mourut le de ces religieux pouvaient avoir de l'in-
25 octobre 1677,8 85 ans. On écrivait sou- Iluence sur le peuple, et Mazarin s'efforçait
vent ce nom : Haligre ou Daligre. de les gagner.
5 Le mot religions servait , à celle époque , 3 Nicolas Mazure fut curé de Saint-Paul
à désigner les couvents habités par des de 1 633 à 1 653.
1IAZARI>. T.
nr'.iiMt Hll R1TTOR1L
Février i652.
AIF. étr., France, t. 269, f° Ai v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.