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Septemb. i65a. (ce que je ne croy pas), il est certain que, s'ils avoient voulu défiler devant l'année du Roy, ils auroient mal passé leur temps.
Je suis marry que la Cour ne se soit pas approchée de Paris, si cela estoit capable de produire quelque effect advantageux aux allai res du Roy ; car je ne désire autre chose que le bien de son service et le restablissement de son autborité. Et présupposé que cette approche y eust pu contribuer, on pouvoit représenter les raisons qui la pouvoient faire agréer à Leurs Majestez, pourveu qu'elle pust s'exécuter avec les seuretez nécessaires de leurs personnes. Si Elles s'estoyent advancées vers Paris dans cette conjoncture de l'arrivée des troupes de Vittemberg, il y a apparence que ç'auroit esté un grand coup pour favoriser les Parisiens et les assister dans le refus qu'ils auroient pu faire de recevoir lesdictes troupes, en cas que les princes, pour leur seureté et pour maistriser la ville, les y eussent voulu faire entrer; mais j'espère que cela aura pu se faire encore.
J'ay eu grande joye des protestations d'obéissance que tous les Parlemens du royaume ont envoyé faire à Sa Majesté, dans le temps mesme qu'ils croyoient que je fusse encore à la Cour. Gela faict bien voir que la disposition générale des esprits ne va pas à s'attacher à mon esloignement, et il me semble qu'avec cela, et tout ce qui se passe présentement, il y a beau champ à faire cognoistre, de plus en plus, que je n'estois que le prétexte des maux que les princes leur font souffrir.
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Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. III, f° i3 v\ — Copie du temps. À M. LE TELLIER.
Bouillon, 11 septembre 1 05 a .
Jadjouste ce mot pour vous dire qu'on peut tirer un véritable
advantage de la cognoissance que nous avons que les Espagnols ne Septomb. i65a.
veulent pas présentement la paix; que ny l'Archiduc ny Fuensal-
dagne n'ont pas le pouvoir de la traiter; qu'en tout cas, ce ne sera pas
ÎCYi niais aux Pyrénées, qu'elle se traitera; que, par la response donnée
à S'-Romain ', il paroist qu'on ne consent pas au désarmement de
M. le Prince et au renvoy des estrangers, nonobstant que M. le Prince
s'oblige de faire conclure, aprez, la paix, comme il a promis par le
traité2, Fuensaldagne se tenant au pied de la lettre dudict traité qui
porte que la paix précédera le desarmement. Et comme M. le Prince a
receu le secours de Vittemberg; qu'il est sur le point de tirer des
sommes considérables d'argent effectif, et qu'avec cela il n'a pas sujet
de se plaindre des Espagnols; qu'il se renforce en Guyenne, et qu'il
croit d'y pouvoir soustenir puissamment la guerre; qu'il sera tres-
emporté du rasement de Montrond 3, et que peut-estre il est persuadé
que M. le duc d'Orléans ne luy eschappera pas, et que, par ce moyen
et par son armée, il aura tousjours un fort party dans Paris, il y a sujet
de croire qu'il fera aveuglement ce que les Espagnols voudront.
C'est pourquoy il faudroit luy faire porter, par l'abbé Fouquet, le plus de satisfaction qu'on pourra, et d autant que nous ne hazardons rien, et avons à gagner beaucoup. S'il accepte les grâces que le Roy luy voudra accorder, la paix dans le royaume est asseurée, et la générale* ensuite dans un terme précis qui sera de trois mois, et aux conditions desquelles on conviendra auparavant avec M. le Prince; ou au moins, la guerre continuant avec l'Espagne, la civile sera cessée, et les princes suivront le Roy, comme par le passé. Et il me semble que nous n'aurons pas grande peine à convenir que la restitution de ce que le Roy a pris aux princes et à leurs adhérons se fera, lorsque la paix générale serafaicte, ou rompue, dans le ternie qu'on aura pris, puisque M. le Prince, qui souhaite fort de satisfaire les Espagnols dans ce point de la paix, comme il leur a promis par le traité, sera bien ayse de
1 Voy. ci-dessus, p. 160, noie 5. 3 Le Roi avait ordonné de raser les for-
* Le traité que Condé avait conclu avec lifications de cette place, les Espagnols. 4 La paix générale.
Srjiiemb. i65a. n'estre pas obligé d'abord de les faire sortir de Bourg ' et de Stenay2, iiy de Bourdeaux, s'il y a quelques Espagnols avec Batteville3, mais lorsque la paix sera conclue; et le Boy tirera un grand advantage, dans la seureté qu'il aura de l'exécution de ce que les princes promettront, retenant à présent toutes les places.
Si M. le Prince, nonobstant les paroles données à l'abbé Fouquet, pour se conformer à la volonté des Espagnols, et par d'autres raisons, n'accepte pas les conditions advantageuses que le Roy luy aura accordées pour luy et pour ses amis, Sa Majesté aura encore un très-grand advantage; car, en ce cas, il faudroit publier tout ce que, pour le bien de la paix, on a voulu faire pour contenter M. le Prince, afin que non seulement Paris, mais toute la France se portast aux dernières extremitez contre luy ; et s'il arrivoit qu'il desavouast ce qui luy auroit esté accordé en secret, il seroit bien aysé de déclarer, par une voye publique, que le Roy est encore prest à accorder les mesmes eboses, si elles sont acceptées dans trois jours, et il arriveroit auss\ parla la séparation de S. A. R. d'avec ledict prince. Il faudroit seulement prendre garde de ne publier, en ce cas, que les conditions qu'on auroit voulu accorder pour les interests des princes, mais non pas ce qui regarderoit la paix générale.
Je ne ferois aucune difficulté de me laisser tromper en quelque grâce qui regarderoit les particuliers, puisqu'elles ne devroient estre exécutées qu'à la paix avec l'Espagne; et, M. le Prince acceptant ce que l'abbé Fouquet luy auroit porté, le Roy pourroit faire cesser le rasement de Montrond.
Quelque ebose que les Espagnols disent, si M. le Prince vient à se séparer d'eux, ils seront contraints nécessairement à faire la paix, et vous jugez bien que, pour donner de la crainte à M. le Prince, ils ne luy disent pas qu'ils n'ont pas affaire de luy pour continuer la guerre, mais qu'ils concluront la paix par mon moyen.
1 Bourg-en Guyenne. 3 Voy. sur Baltevillc ou Walleville, ci-
1 On a vu que les princes avaient in- dessus, p. 174, noie 3. Il avait le gouver- Iroduit les Espagnols dans Stenay. nement de Bourg-en-Guyenne.