‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 43 sur 145 · DU ( \I!I)I\ \L MAZARIN · texte numérisé non relu

DU ( \I!I)I\ \L MAZARIN

En outre, ils ont grande joye de ce que qu'ils croyent que Barce- Septemb. i65a. lonne et Dunkerque ne leur peuvent pas esehapper, et cependant nous devons espérer beaucoup de la conservation de la première par le secours qui y est entré et par Les ordres donnez pour y en jeter an plus «nanti par nier et par terre; et pour Dunkerque, nous le tenons encore, et il y a «fraude apparence que l'armée navale fera Feffect que nous nous sommes proposé, et qu'ainsy les ennemis auront peine à s'en rendre sytost les maistres. Enfin la foiblesse des Espagnols est au dernier point : ils n'ont pas d'argent ; car vous voyez à quoy se réduit leur Hotte, et pour des troupes, il est certain qu'ils n'ont pas en tout vingt-six mille hommes, c'est-à-dire en Espagne, Italie, Flandres et France, t't sans l'assistance que les bons et charitables François leur donnent contre la France, je vous laisse à penser s'ils ne seroient pas contraints de recevoir la loy que le Roy leur voudroit donner, .ï'ay creu vous devoir dire ce que dessus, afin que, s'il y a quelque chose de bon, on s'en puisse servir.

Bibl. nat., ms. f. fr. . t. 6891, f° 9A; déchiffrement. — Bibl. Mazarine, ms. n° 1719. t. III, f 17 v°. — Copie du. temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon, 11 septembre i65m.

11 sera bien aysé de respondre à M. le Prince, sur le rasement de Montrond. qu'on ne prétend pas démolir sa maison, mais seulement les fortifications, le bien de l'Estat ny le service du Roy ne permettant pas qu'on laisse, dans le cœur du royaume, une place forte qui ne peut jamais servir que contre le Roy et à ruiner le Berry et toutes les provinces voisines, qui en demandent avec instance la démolition; qu'il paroist assez qu'elle n'a pas esté résolue en hayne de M. le Prince,

Septemb. i65a. puisque, si Sa Majesté avoit réduit1 les places qu'il occupe sur la frontière, lesquelles importent à la conservation du royaume, Elle se garderoit bien de les faire raser. Au reste, les menaces qu'il faict ne doivent pas, à mon advis, empescher qu'on ne passe pas outre à la démolition de Montrond, et il y pensera plus d'une fois avant qu'exécuter ce qu'il dict'2, ayant des maisons assez considérables dans les provinces qu'il sçait bien qu'on n'espargneroit pas, outre que son S. A. R., pour la conservation des siennes propres, ne se résoudra pas aysement à le laisser faire, sans parler d'ailleurs d'une infinité de gens de leur party, qui sont dans Paris, et qui ont de grands biens à la campagne, que le Roy peut ruiner en un instant, sans aucune difficulté, ce pendant que M. le Prince en rencontrera beaucoup à exécuter ce qu'il dict.

Ondedei m'escrit que M. de Miossens luy avoit dict qu'il seroit fort ayse d'ajuster toutes choses pour le mariage de ma niepce3 avec M. de Candale, avant qu'il partist pour aller en Guyenne. Je ne doute pas que vous n'ayez eu cognoissance de la mesme chose, et comme vous sçavez les conditions auxquelles j'ay consenti pour ledict mariage, je m'asseure qu'on aura faict tout ce qui pouvoit estre nécessaire pour advancer cette affaire, à laquelle M. de Miossens travaillera à bon escient, sçachant à fond les intentions de M. de Candale là-dessus. Je ne croy pas pourtant, ainsy que je vous escrivis hyer, que cela doive empescher en rien le départ de M. de Candale, croyant encore plus que je ne faisois, depuis que j'ay receu vostre lettre, qu'il est de la dernière importance qu'il ne tarde pas un seul moment à partir.

Au reste, remettant à une autre fois de respondre à diverses choses, qui sont dans vostre depesche, auxquelles je n'ay pas le temps de faire response à présentée vous diray seulement que je n'ay rien à répliquer aux ordres qui ont esté donnez à l'esgard de M. de Lorraine; mais je

1 Le sens est : si Sa Majesté s'était em- Montrond , de s'en venger sur les domaines parée des places que le prince de Condé pos- qui appartenaient aux partisans de la sede sur la frontière. royauté.

2 On voit, par ce passage, que Condé 3 II s'agissait d'Anne- Marie Marlinozzi. menaçait, si on rasait les fortifications de qui devint, en 1 05 4, princesse de Conti.

vous confirme qu'il ne mérite pas que le Roy use de plus grande sin- Septemb. i65a. cerité envers luy qu'il ne laid envers Sa Majesté, puisque, toutes Ibis el quantes (pi il voit jour à faire sou compte de quelque manière que ce puisse estre, il n'a nul esgard à ce qu'il peut avoir promis au contraire. La response que la Reyne a l'aide à M. de Lorraine et celle qu'Elle a ordonné à M. le niareschal de Villeroy de faire à M. de Ghasteauneuf sont fort bonnes, et mon advis seroit, a moins d'une nécessité précise d'en user autrement, de continuer de la sorte, afin d'cmpescher que la négociation ne tombe entre les mains dudict sieur de Chasteauneuf, comme il souhaite avec tant de passion; car il y a sujet de se méfier que le Roy y pust trouver son compte, estant aysé de voir que ledict sieur de Chasteauneuf est engagé, corps et aine, aux princes, et qu'il a eu pcut-estre plus de part que personne à faire advancer M. de Lorraine.

Il faut flatter Paris et ayder le peuple, avec les armes et les autres movens que l'on jugera les meilleurs, à secouer le joug des princes et revenir au Roy, ainsy qu'il paroist très-disposé à faire. Et au surplus, il me semble qu'il n'y a pas grand sujet de s'estonner et de croire que nos affaires sont en pire estât pour le passage de M. de Lorraine auprez de Paris, veu que je mettrois bien ma vie qu'il ne souhaite rien tant que de se voir hors de là, et de pouvoir regaigner la frontière en seureté; et, en ce cas, on tirera bien aysement raison des forces des princes, nonobstant tout le secours que leur a amené Vittemberg. Et si le duc de Lorraine se tient tousjours dans les mesmes postes, uny avec les troupes des princes, soit pour les favoriser davantage, ou par appréhension de ne se pouvoir pas retirer en seureté, se séparant d'eux, nostre armée pourra estre bientost fortifiée de telle sorte, par ce qu'on peut luy envoyer de la Cour et par les troupes de Montrond, et les recreues et les nouvelles levées, qu'elle seroit en estât de les combattre sans risque; outre que M. le mareschal de L'Hospital1 respond qu'il assemblera beaucoup de monde, tant est grande l'animosité

1 Le maréchal de L'Hôpital était gouverneur de Champagne, en même temps que gouverneur de Paris (Voy. sur ce personnage, le tome I", p. 989, des Lettres de Mazarin.)

sepipmh. ifiôo. de toute la noliles.se [de Champagne] et de toute la province en gênerai contre lesdictes troupes, et M. de Grandpré1 est tout prest à se joindre audict sieur Mareschal avec un beau corps de cavalerie.

Au reste, je puis rcspondre au Roy sur mon honneur que l'armée Lorraine, avec les Villembergs, nefaisoit en tout que huit mille hommes effectifs, tant cavalerie qu'infanterie; et vous pouvez mander librement à Messieurs les généraux qu'ils doivent faire leur compte là-dessus. Au surplus, de l'humeur dont est M. de Lorraine, s'il voit qu'on luy fasse un peu froid du coslé de la Cour, il est homme à courir aprez nous et à nous rechercher avec empressement.

Je me suis bien resjouy de la nouvelle que vous m'avez donnée de la reddition de Montrond 2. C'est tousjours une affaire de grande considération achevée , qui nous donnera plus de moyens de songer ailleurs ; et pourveu qu'on tienne une conduite ferme, sans qu'il paroisse qu'on s'alarme de toutes les choses qui pourroient arriver à l'advantage de M. le Prince, comme je voy que l'on sçait fort bien faire, il me semble qu'il y a grand sujet d'espérer que, si les princes ne s'accommodent, le Roy les mettra enfin à la raison; car je ne voy pas que le peuple soit en aucune disposition d'adhérer auxdicts princes, ny de souffrir la continuation de leur révolte3.

Apres avoir bien examiné ce qui s'est passé à la Rochelle et la conduite que M. d'Estissac4 y tient, je croy que le Roy y doit mettre ordre; car l'affaire empirera tousjours. Je tiens que l'abbé de Guron 5 et le sieur Brachet seront arrivez à présent à la Cour, et l'on pourra encore avoir de nouvelles informations par eux, et voir ce qu'il y auroit à faire. Je vous envoyé une lettre qu'il m'a escrite , que vous trouverez assez impertinente; il sera bon que vous la gardiez. Je n'y ayt point faict de res-

' Voy. sur Grandpré, le t. III, p. £72 , t. II, p. 289) que, le i5 septembre i652 .

note 2 , des Lettres de Mazarin. le duc de Lorraine passant sur le Pont-Neuf,

5 L'avis de la reddition définitive de Mont- les bourgeois disaient qu'il fallait le jeter à

rond n'arriva à Paris que le h septembre la rivière.

i652 [Journal de Dubuisson-Aubenay , t. II, * Voy. ci-dessus, p. 197, note 1.

p. 282-288). 6 Louis de Rechignevoisin , abbé de Gu-

3 Dubuisson-Aubenay raconte {Journal, ron. (Voy. ci-dessus, p. 56, note 2.)

ponse. C'est un homme qui n'a jamais rien valu, et quiafaict, en tout Septemb. i65*. temps, le desgoulé de la Cour. Je eroy que vous n'aurez pas grande peine à \ mettre remède.

J'approuve fort la résolution qu'on a prise d'envoyer des plus petits vaisseaux de l'armée navale, avec des bruslots et des petits bastimens, pour le secours de Dunkerque.

Alï. étr. . France, t. 269: t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° a 10. —

Copie du temps.

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