À M. DE MONTAIGU
Bouillon, 11 septembre i65a.
C'est un (sic) œuvre de charité de consoler les absens. Vous le faictes tort bien avec vostre lettre du 7me, que je viens de recevoir. Vous sçavez pourtant que ma véritable consolation despend du bon estât des a il a ires du Roy, et comme je crois de ne m'estre pas trompé dans la resolution que j'ay prise2, et quelle est capable de remettre tout le monde dans le bon chemin, ou de donner d'autres advantages au Roy et particulièrement celuy de faire cognoistre aux plus grossiers que l'esloignement du Cardinal n'estoit qu'un prétexte, je suis fort content et satisfait, ne doutant point que Leurs Majestez ne me sçachent beaucoup de gré de ce qu'en me retirant je combats plus [pour] leur advantage que si j'allois contre leurs ennemis.
M. le Chancelier3 m'a depesché icy un gentilhomme avec une lettre
1 Montaigu était un Anglais venu en France avec Buckingham , sous le règne de Louis XIII. Il était entré dans les ordres et était devenu abbé de Saint-Martin de Pontoise; il vécut jusqu'en 1677.
' Mazarin veut parier de son éloignement de la Cour et de sa sortie de la France.
3 La conduite du Chancelier, Pierre Sé-
guier, avait été fort suspecte pendant la Fronde. Son gendre, le duc de Sully, avait livré le pont de Mantes au corps espagnol amené par le duc de Nemours. De plus, le Chancelier était resté, en i652, dans Paris, où dominaient les princes, et avait d'abord consenti à faire partie du conseil de gouvernement qu'ils avaient nommé.
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'23/i LETTRES
Sepiemb. iCû-. très-obligeante. Je luy fais response dans les meilleurs termes que j av j)ii pour l'asseurer que je veux estre son serviteur de la bonne manière, et je vous prie de suppléer, de vive voix, à ce qui pourroit manquer dans ma lettre1, puisque vous sçavez desjà mes intentions là-dessus, et de supplier la Reyne, de ma part, de l'honorer de plus en plus de sa bienveillance. Je m'asseure que Leurs Majestez se seront desjà approchées de Paris, et que, dans la conjoncture présente, celte approche produira de bons effects.
Je n'appréhende aucun inconvénient du secours que M. de Lorraine a amené aux princes. Au contraire, il paroistra par-là au peuple2 de Paris et à toute la France que mon esloignement n'a servi de rien, et, au surplus, si nostre armée estoit assez forte pour aller charger celle de Lorraine, on ne doit pas estre fasché de l'avoir auprez de Paris, et d'autant plus que la nostre se renforcera tous les jours.
Je suis comme assiégé icy, n'y ayant aucune seurelé d'icy à Sedan par la quantité de partys qu'il y a dans le chemin. Un pauvre cavalier, qui accompagnoit le gentilhomme de M. le Chancelier, a esté blessé à mort, il y a deux heures, à cent pas de ce lieu; mais, s'il plaist à Dieu, nous sortirons de tous les embarras avec satisfaction. Souvenez-vous de nous dans vos prières, et croyez que je suis le plus asseuré de vos serviteurs.
GX.
Aff. étr. , France, t. 269 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin , f° -2 1 1 . —
Copie du lemps.