À M. LE MARQUIS DE SAINT LUC
Bouillon, i3 septembre i65a.
Je crov que vous serez bien ayse de la résolution que le Roy a prise de donner le commandement de son armée en Guyenne à M. le duc de Caudale: car, sans parler du crédit qu'il a dans la province 2, qui luy donnera lieu d'en tirer advantage pour le service du Roy, je sçais qu'il est fort de vos amys, et celle raison pourra extrêmement contribuer au bon succez de ce qu'il entreprendra.
Vous ne devez avoir aucune inquiétude de me sçavoir icy [à Bouillon]; car. quand le Roy ne tireroit aucun advantage de la resolution que j'ay prise pour son service lorsque les affaires estoient en tres-bon estât, celuy de destromper les peuples, particulièrement de Paris et des environs, de ce qui leur avoit esté, avec tant de malice et d'artifice, imprimé dans l'esprit, que j'estois cause de la guerre et de leur malheur, est tres-considerable. Je n'avois aucun ordre pour venir icy. Je l'ay voulu faire pour mettre plus le tort du costé des princes, et Sa Mu m'a ordonné de m'en retourner absolument à Sedan. J'espère que tout m' passera bien et à la satisfaction de mes amis d'une façon ou d'autre. Je vous conjure de m'aynier tousjours et de croire que le plus véritable de vos serviteurs, c'est, etc.
1 Voy. sur le marquis de Saint-Luc, le 2 Le ducd'Epernon,pèredu ducdeCan-
t. 111, p. 270. note 1, des Lettres de Ma- dale, avait été longtemps gouverneur de la
zarin. Saint-Luc était lieutenant général au Guyenne, comme on l'a vu dans le t. III
gouvernement de Guyenne. des Lettres de Mazarin.
5eplemb. i65a,
(AIII.
BiW. nat., ms. f.fr., t. G8^i, f" 128; déchiflVemenl. — Bibl. Mazarine. rus. n' 1719, t. III, f° 2G v°. — Copie du temps.
À M. LE TELL1EK
Bouillon, îd septembre 1 ').")'> (extrait.)
Si le corps que Monsieur de Longueville levé, composé de son régiment de cavalerie, de douze compagnies de celuy de Chamboy1, de huict de ses compagnies de gendarmes et de chevaux-légers, et de trente compagnies d'infanterie, est prest au temps que M. de La Croisetle2 vous a asseuré, ce sera un renfort considérable, lequel allant sur la frontière donnera lieu d'en tirer d'autres troupes pour renforcer l'armée . en cas qu'on le juge nécessaire alors; ce que je ne croy pas. parce que je me figure qu'entre cy et là, outre que l'armée sera renforcée d'ailleurs, il arrivera beaucoup de changemens à nostre advanlagc, et par ce moyen, le mareschal D'Aumont3, avec ce renfort, aura plus de facilité de s'opposer au progrez des Espagnols4, et de les faire changer d'advis en cas qu'ils eussent envie d'envoyer encore des troupes aux princes.
Je ne sçay pas sur quoy M. de Ghasleauneuf se fonde pour dire que M. le Prince est bien avant dans la négociation avec moy. Vous sçaurez à présent tout ce qu'il y a, puisque vous me mandez que l'abbé Fouquet est arrivé; mais il faut bien conclure de là que ledict sieur de Chasteauneuf a eu cognoissance de cet envoy et que, cela estant, l'u-
1 Voy. sur Chamboy, le l. III, p. A 60. Celait à lui que Mazarin s'était adressé pour note 1, des Lettres de Mazarin. Il avait été obtenir les secours de ce prince. (Voy. cigouverneur de Pont-dc-1'Archc. dessus, p. 121 et 127.)
2 Le Blanc de la Croisette e'tait gouver- 3 Voy. sur ce maréchal, le (. I", p. 908, neur du château de Caen et un des princi- des Lettres de Mazarin.
paux conseillers du duc de Longueville. * Du côté de la Flandre et de l'Artois.
DU CARDINAL M \ZARIN. 239
nion esl toute entière entre luy et M. de Ghavigny1; qu'il a les der- Septemb i65a. niera attachemens avec M. le Prince, et que tous les chefs et leurs adhérons sont dans une parfaite intelligence, laquelle asseurement ne s'esi l>as establie pour advanccrles affaires du Roy n\ mon retour, d'autant plus que j'apprends que Groiss) a est un dv* principaux acteurs; et il ne seroil pas mal qu'en passant \ous disiez à M. de Villeroy3 que, | quov | qu'on ayi lionne opinion du zèle de M. de Ghasteauneuf pour le bien de l'Estat, la grande confiance qu'il a en Groissy, cognu pour avoir les plus mesrhanles intentions qu'homme du royaume, peut luy faire quelque tort. Bastissez sur ce fondement qu'ils sont tous dans la dernière union, et qu'ainsy c'est folie de souger à la séparation de Monsieur d'avec M. le Prince; car Ghavigny, Ghasteauneuf et tous les autres mettent leur seureté cl leurs advantages dans cette union.
Je juge que, lorsque vous m'avez escrit cette dernière depesche, vous n'a\ iez pus encore faict deschiffrer la mienne qui parloit du cardinal de Retz, puisque vous ne m'en dictes rien; et cependant je m'estendois fort sur ce sujet, sur lequel je vous replicque que, si le cardinal de Retz doit estre l'instrument des advantages du Roy dans Paris, je croy que c'est un très-grand malheur; car asseurement la conclusion en sera funeste. Je vous ayt escrit si fort au long là-dessus, que je ne vous en diray pas davantage; mais il faut empescher, par toutes sortes de voyes. qu'il ne s'érige pas en chef du party du Roy dans Paris, veu que ce n'est pas luy qui l'a formé, et [qu'il] ne s'y jette présentement que par pure nécessité, ne pouvant pas se fier à M. le Prince qui tient le haut du pavé dans le palais d'Orléans. Ce que je croy sy vray, que je suis bien trompé si ledict Cardinal faict aucune proposition solide, de la part de S. A. R., pour l'accommodement; cl tout ce qu'il a faict espérer, c'a esté pour s'asseurer d'estre bien receu, et contenter son ambition, par cette parade de venir à Gompiegne, à la teste de
1 On a déjà dit que c'était Ghavigny qui ' Croissy-Fouquet. ( Voy. le t. IV, p. 795 .
négociait, au nom de Condé. avec l'abbé des Lettres de Mazarin.) .
Fouquet. représentant de Mazarin. (Voy. * Voy. sur le maréchal de Villeroy, let. I"
ci-dessus, p. -108. ) p. 976, des Lettres de Mazarin.
-2 Ml
Sepiemb. i65a. loul je clergé (Je Paris1; et vous verrez que, connue il est artificieux au dernier point, si le Roy s'approche de Paris, en suite du voyage dudict Cardinal à la Cour, il s'en attribuera le mérite, et fera jouer toutes sortes de ressorts pour imprimer dans les esprits des babitans de ladicte ville que c'est luy qui leur a procuré ce bien; ce qui seroit capable de luy donner la vogue plus que jamais.
Pcut-estre que comme l'approche du Hoy vers Paris avoit pour fondement la passion extresme avec laquelle ce peuple-là la desiroit, et qu'elle peut avoir esté refroidie par l'arrivée du duc de Lorraine, avec le secours d'Espagne, l'on aura résolu de ne se haster pas de quitter Compiegne et de remettre à le faire lorsque la conjoncture sera plus propre pour en tirer advantage, ainsy que vous me tesmoignez, avec beaucoup de raison, qu'il arrivera par la retraite dudict duc, et par les maux qu'ils souffriront des troupes des princes, augmentées de ce nouveau secours.
La resolution que vous me marquez qu'on pourra prendre sur l'instance que le nommé Piètre 2 est venu faire à la Cour, de la part de l'Hostel-de-Ville de Paris, me semble fort bonne3; car il se faut bien garder de faire aucun acte qui approuve le nouvel estât de la Majsonde-Ville 4.
Nous avons icy tousjours deux ou trois partis des ennemis dans ce bourg mesme, où y ayant force espions qui leur donnent advis de tout; je puis dire d'y estre comme assiégé, et c'est un miracle qu'aujourd'huv quelques uns de mes gentilshommes, qui s'estoyent allez promener à
1 Relz raconte, dans ses Mémoires, son voyage à Compiegne et ses négociations secrètes avec la Palatine, LeTellier et Servien. J'ai montré, en comparant ses mémoires aux dépêches que Le Tellier, Servien et la Palatine adressaient à Mazarin, combien le recil de Retz mérite peu de confiance. (Voy. mon Hist. de France sous le ministère de Mazarin, t. I", p. 291 et suiv.)
2 Germain Piètre était procureur du Roi
de la ville de Paris. (Voy. les Registres de l'Hôtel de I ïtte de Paris pendant la Fronde , t. II, p. 39 , etpassim.)
3 Voy. dans le t. III, p. 259, du même ouvrage, la réponse du Roi, adonnée par escript au sieur Piètre ».
1 Mazarin veut parler du changemenl <rn<les princes avaient introduit dans l'administration municipale de Paris en faisant nommer Broussel Prévôt des marchands.
cent pas du bourg, n'ayent esté coupes: et pris prisonniers; c'est pour- Septemb. i65a. quoy, je fais estai de m'en retourner à Sedan, et je le feray en recevant la lettre du Roy, Et pour ce qui est de mon retour, je vous diray librement mon advis en deux mots, le soumettant, comme je vous ay desjà dict,sans aucune inquiétude, à tout ce qui sera jugé à propos de delà. Ce seroit donc, si Ton ne voit jour à un accommodement (de <pio\ l'on doit estre esclaircv aprez que l'abbé Fouquet aura faict son voyage à Paris et sera de retour à la Cour), que l'on me commandast de retourner par une lettre estudiée pour la donner au public, dans laquelle on pourroit mettre, en substance, que mon esloignemeut n'ayant produit l'eflect que les princes avoient si solemnellement promis, Sa Majesté, se trouvant bien de mes conseils, m'ordonne de me rendre promptement auprez d'Elle.
L'on y pourroit inesme insérer que tous ceux qui avoient ereu que j'estois cause de tout ce que les princes faisoient, doivent avoir grande obligation à la bonté de Sa Majesté d'avoir consenti à mon esloignement, puisque cela a servi à faire voir clairement que je n'estois que le prétexte, les princes n'ayant songé, aprez mon départ, qu'à se lier plus estroitement avec les Espagnols, et recevoir d'eux des sommes d'argent considérables pour faire de nouvelles levées, tant en Guyjenne qu'en ces quartiers, faire donner la liberté à M. de Guyse1 pour remuer en quelque province, avec des troupes qu'on prétend lu y donner pour cet effect, et enfin faire plus de cabales que jamais dans Paris, pour y entretenir le trouble; et surtout [on devroit] exagérer fort l'approche de M. de Lorraine et le secours d'Espagne qu'ils ont faict advancer pour achever de ruiner les environs de Paris et réduire la ville dans l'esclavage.
Je croy pourtant que la resolution de mon retour doit estre prise en conformité de ce qui a esté résolu avec les personnes que vous -<;i\ez du Parlement qui est à Pontoisc, et pour cet effect, on pour-
1 Henri de Lorraine, duc de Guise, qui duc de Guise avait dû sa liberté aux insavait été retenu prisonnier eu Espagne à ta tances de Condé. (Vov. sur ce duc, le t. II, suite des événements de Naplesen 16/19. Le p. 1019, des Lettres de Mazarin.)
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Septemb. i65s. roit, à mon advis, mander les gens du Roy où sera Sa Majesté, et leur dire la resolution qu'EHe prend, fondée sur ce que dessus et autres considérations que l'on jugera à propos, afin qu'ils en informent la compagnie, laquelle il seroit important, comme nous en avons desjà discouru, qu'elle applaudist fort à cela, ayant recognu, ainsy que les autres, que je n'estois qu'un prétexte. Et afin que cette action fust plus solemnelle, je croy qu'il seroit nécessaire d'obliger M. le Chancelier et M. le Garde des sceaux à s'y trouver avec le nombre des Maistres des Requestes qui peut entrer1, et mesme les Conseillers d'honneur, et Ducs et Pairs, en plus grand nombre qu'il se pourra. Je m'asseure que mesdicts sieurs les Chancelier et Garde des sceaux iront volontiers à Pontoise, non seulement parce que ce sera le service du Roy, mais aussy parce qu'ils font profession d'estre de mes amis, et qu'ils n'oublieront rien afin que la délibération [me] soit la plus advantageuse qu'il sera possible. Je croy que cette occasion sera la meilleure qu'on puisse choisir pour faire passer la déclaration que Sa Majesté aura agréable de faire expédier pour ma justification, ainsy qu'on avoit desjà résolu de faire.
Je vous replicque pourtant que, quoyque, eu esgard à la conduite des princes, personne ne puisse rien trouver à redire à mon retour, puisque, depuis mon départ, ils ont assez levé le masque pour faire cognoistre aux plus simples que c'est à l'authorité royale, et non pas à moy, qu'ils en veulent, neantmoins, si, par d'autres raisons, la continuation de mon esloignement peut contribuer, en quelque manière que ce puisse estre, au service du Roy, et luy donner lieu de pousser les princes avec plus de facilité et d'advantage, je vous confirme tout ce que je vous ay mandé là-dessus, aussy franchement et avec autant de zèle que jamais. 11 faut seulement prendre garde qu'il ne se forme quelque cabale dans la Cour, estant impossible que, dans la foule des gens qui y abordent, et dans le dessein des princes et de ceux qui leur sont attachez, qui y peuvent avoir des correspondances, il ne se
1 Quatre maîtres des requêtes avaient droit de séance et de vote aux assemblées du Parlement.
(MBe bientost quelque intrigue contre inoy. Sur quoy, il se faut Ssptemb. i6£ souvenir de la resolution qui a esté prise de n'espargner personne, quand on descouvrira quelqu'un qui commence à brouiller; car un temple, taict bien à propos, rendra sages tous les autres.
Bibl. nat., ms. f. fr., t. 6891, f" i38; déchiffrement. — Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. III, f° 82 v°. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Bouillon, i4 septembre i652.
(extrait.)
J'ay bien du chagrin de ce que vous me mandez de M. de Candale, et des entretiens que vous avez eus là-dessus1 avec M. de Miossens, et j'ay grand peur que, suivant ce que je vous ay escrit en dernier lieu de supplier Leurs Majestez de donner l'empioy de Guyenne2 audict sieur duc de Caudale, cela n'ayt esté faict. J'espère pourtant que peut-estre vous aurez jugé à propos d'attendre encore de mes nouvelles là-dessus, après avoir recogneu que le procéder de M. de Candale, à l'esgard du mariage, n'est pas net; et, si j'estois si heureux que l'on eust sursis la déclaration de son envoy en Guyenne, je croy absolument nécessaire de l'empescher, disant que, nonobstant les supplications tres-humbles que j'en ay faictes à Leurs Majestez, Elles ne jugent pas présentement le devoir faire, à cause des advis qu'EHes ont eus que sa venue dans la province y feroit un mauvais efîect, parce qu'ils3 se persuaderont aussytost que le but du Roy est d'y restablir M. d'Espernon, et j'ay songé que donnant l'ordre à M. de La Meilleraye de commander en ladicte province et autres voisines, il ira volontiers et y pourra tres-
' Il s'agissait toujours du projet de ma- 3 Le pronom ils représente les habi-
riage du duc de Candale avec une nièce de tants de la Guyenne, qui n'ont pas été Mazarin. nommés dans la phrase, mais qui étaient
' Le commandement de l'armée de dans la pensée de Mazarin lorsqu'il a parlé Guyenne. de la province de Guyenne.
Septemb. i659. bien servir par son expérience et par le crédit qu'il a en tous ces quartiers-là.
Mais en cas que la déclaration ayt esté faicte en faveur de M. de Gandale, il faudra supprimer tout ce que je vous marque cy-dessus. La raison principale de mon changement n'est pas qu'il est aysé de voir le sentiment du père et du fils à l'esgard du mariage, et qu'ils n'ont d'autre but que d'amuser le tapis et tirer de longue, pour faire ce pendant leurs affaires; mais c'est que, n'ayant pu obtenir de se couvrir devant le Roy 1 et ayant advancé des choses là- dessus, auxquelles seulement je n'ay jamais pensé d'acquiescer, mais que j'av positivement refusées, on mettra le commandement d'une armée tresconsiderable ez-mains d'une personne desgoustée, ou qui, après avoir pris pied dans l'employ, fera semblant de l'estre, pour obtenir tout ce qu'il voudra.
J'ay grand sujet de croire que Saint-Evremont2, lequel, à ce qu'on m'a dict, est fort bien avec M. de Candale, qui a la confidence d'entre luy et madame de Saint-Loup 3, et est en réputation de n'avoir pas moins ses bonnes grâces que M. de Candale mesme, ayt aliéné son esprit de la conclusion de l'alliance, à laquelle ladicte dame est fort contraire par son interest, et parce qu'elle se déclara contre moy lorsqu'on refusa l'evesché de Poitiers à son frère 4.
1 Ils prétendaient avoir le droit de rester couverts devant le Roi , en qualité de princes étrangers. Ce titre ne leur avait pas été donné; mais ils en faisaient une condition du mariage projeté.
2 Voy. ci-dessus, p. 222, note 3.
3 Diane Chasteignier de La Roche-Pozay, dame de Saint-Loup. Il en est question dans les Historiettes de Tallemant des Reaux (t. VI, p. 172 et suiv., édit. Techener, in-8°. Voy. encore sur Mm° de Saint-Loup, le t. III, p. i4i, du même ouvrage). On trouve aussi des détails sur M"10 de Saint- Loup dans les Mémoires de Gourville.
4 L'évêque de Poitiers, Henri -Louis Chasteignier de La Roche-Pozay, oncle de M"" de Saint-Loup, était mort le 3o juillet i65i. D/après le Dict. de la Noblesse , le seul frère vivant de M",e de Saint-Loup, en 1 6 5 1 , était Charles Chasteignier, marquis de La Roche-Pozay, qui avait épousé Charlotte Jo ussera u de Londigny et en avait une fille. La lettre de Mazarin ferait supposer qu'il était veuf en 1601, et avait désiré entrer dans les ordres et succéder à son oncle comme évêque de Poitiers. D'après les Mémoires du Père Rapin, Charles de Chasteignier se mêlait de théologie et était
En confirmation de ce que dessus, M. de Monlpezat1, aprez le Septamb. iô&s départ du gentilhomme de M. de Caudale, m'accompagnant partie du chemin de Sedan icy, me dict que S'-Evremont, en diverses occasions, avoit faict paroislre, par ses discours, qu'il n'estoit pas de mes amis, cl qu'il avoit remarque, le matin que je partis de Pantoise, que S'-Evremont, abordant M. de (Vandale, luy avoit dict : crEh bien, avezvous pris congé du bonnet rouge?" ;\ quoy M. de Caudale repartit: ouy, et. luy mettant la main sur l'espaule, le tira à part et se mit forl à rire avec luy; et ensuite luy parla d'action2; et M. de Monlpezat est tellement dans mes interests que, luy en parlant contidemment, je m asseure qu'il vous dira la inesme chose 3.
J'adjouste encore (pie ledict S'-Evremont, qui faict le favory de M. de Caudale, ne me vint pas voir à Pontoise; mais ce qui me donne plus mauvaise opinion de M. de Caudale, c'est ce qu'il a mis en avant, pour vous surprendre, que Koncherolles* ayt (sic) promis, de ma part, que, venant à la Cour, il seroit traité comme M. de Bouillon5, et qu'y estant venu, je luy ay oftert le brevet, et que, luy, l'ayt refusé; car j'oze vous respondre que M. de Roncherolles ne peut pas s'estre advancé à cela, veu que la seule chose dont Roncherolles m'a sollicité de la part de M, d'Espernon, conjointement avec le sieur de Rangueil6, qui aura receu des lettres sur la inesme matière, c'a este d'asseurer que l'on marquerait le logis de M. de Candale 7, de mesme que Ion faict aux
imbu d'idées jansénistes. (Mémoires du Père Rapin , t. I", p. io3-io6.)
1 Jean-Franeois de Trémolet 4e Buccelli ou Buecelly, marquis de Montpesat ou Montpezat, maréchal de camp en 16&6, lieutenant général en i65i, mort en 1677.
J C'est-à-dire, avec animation.
3 Comparez dans les OEuvres de Saint- Evremond (édit. de Des Maizeaux, t. III, p. 101) le morceau intitulé : Conversation de Saint-Erremond avec M. le duc de Candale. On y trouve, p. 162-1 63, les conseils que Saint-Evremond donnait au duc de Candale
sur la conduite qu'il devait tenir avec Mazarin.
4 Pierre, marquis de Roncherolles, maréchal de camp en 16/17, lieutenant général en i652,morten 1682.
Mazarin veut dire que Roncherolles avait promis que le duc de Candale serait traité comme le duc de Bouillon , c'est-àdire qu'il aurait le rang de prince étranger et pourrait se couvrir en présence du Roi.
1 Jacques de Rangueil , nommé maréchal de camp en i652.
7 Cette distinction, qu'on appelait avoir
Septemb. ifi5a. princes, ne pouvant pas venir à la Cour avec honneur, pour conclure le mariage, sans recevoir cette grâce; et tous deux me dirent positivement qu'on ne demanderoit rien davantage jusqu'à ce que les articles lussent signez. Ce que pourtant il souhaitoit qui fust tenu secret, afin que, dans le public, on ne pust pas dire que le brevet et la permission de mettre son chapeau estoient des conditions de l'alliance.
Je vous asseure aussy que M. de Roncherolles ne peut avoir rien laict espérer pour ce qui est de joindre la charge de Mareschal de France à celle de colonel de l'infanterie \ parce qu'il ne m'en a jamais parlé, ny moy à luy. Et sur ce point, j'ay dict au chevalier de Meun2, en lisant le mémoire des demandes de M. d'Espernon, que cela estoit impossible, par la conséquence que cela feroit à l'esgard des autres officiers de la Couronne, et parce que ce seroit mettre en commerce la dignité de Mareschal de France, dont jusqu'icy il n'y a point d'exemple qu'aucun ayt encore tiré rescompense, comme l'on a faict de beaucoup de charges de la Couronne, par la permission du Roy. Je me fie à tel point à M. de Roncherolles et le croy si homme d'honneur, que je m'en tiendray volontiers à ce qu'il en dira.
Pour ce qui est du brevet3 qu'il4 dict que je luy ay offert, je vous jure, corne si j'estois devant Dieu, que je n'y ay pas seulement songé, et que luy ne m'en a pas dict le moindre mot; et il estoit impossible que je luy en parlasse, parce que j'avois si bien adjusté ce qui se devoit taire, luy venant à la Cour, qu'il ne me pouvoit pas tomber dans l'esprit qu'y arrivant, aprez un concert arresté, il voulust entrer à l'instant en de nouvelles prétentions; et la Reyne scait fort bien que je
Le Pour, consistait en ce que le maréchal ' Le duc d'Epernon était colonel général
des logis du Roi marquait le logement ré- de l'infanterie française.
serve pour un personnage de la Cour en 2 On trouve, dans la liste des chevaliers
écrivant sur la porte, à la craie : Pour M. un de Malte de la langue d'Auvergne (province
tel. Saint-Simon , qui se moque de cette de Berry ) , René de Meuu de La Ferté , reçu
distinction et l'appelle une sottise, prouve chevalier en i633.
cependant, par les exemples qu'il cite, 3 Brevet de prince étranger.
combien elle était recherchée à la Cour de 4 Le pronom il désigne le duc de Can-
Louis XIV. date.
DU CARDINAL MAZUUN. i>/w
ne luv av jamais parlé que île la craye ', et Sa Majesté mesme eut la Septemfc. i65: bonté de me dire qu'il ne falloit pas faire le reste, que les articles du mariage ne tussent signes.
Et pour vous faire voir que M. de Caudale ne songeoit pas en ce temps-là à se couvrir, c'est qu'il vouloil s'en retourner à son gouvernement quand je partis, et je le priay de demeurer à la Cour quelques jours âpre/ mon départ, comme estant de mes amis et dans mes interests: et par cette considération, il me promit de le faire et de se tenir bien uny avec M. de Miossens et avec mes autres amis.
Vous sçavez aussy ce que je vous ay escrit par précaution, en cas que M. de Caudale fist quelque instance pour se couvrir; ce que je n'aurais pas faict, sy je luy eusse promis le contraire. Vous voyez par là quel fondement l'on peut faire sur les paroles de ces messieurs, qui croient que tout leur est permis pour parvenir à leurs fins.
AIT. étr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 21 3. —
Copie du temps.