POIR ÉCRIRE À DIVERS DE MES AMIS EN L'ARMEE DE GUVENNE
Bouillon, i.'i septembre 1663, (extrait.)
Lorsque j'ay veu les affaires de la Cour et de la guerre en bon estât, et les armées navales de Ponant2 et Levant parties pour les secours de Barcelonne et de Dunkerque ; que Montrond avoit capitulé ; que le Parlement, transféré à Pontoise, estoit estably, sans avoir autre but que le service du Pioy et de relever son autliorité ; que tant s'en faut qu'il y eust sédition parmy le peuple, en quelque endroit du royaume, '[u au contraire il n'y avoit personne qui voulust recognoistre la lieute-
1 Ce mot désigne la même distinction crue Le Pour. (Voy. ci-dessus, p. 2^5, n. 7.) — ? Vieux mot employé pour désigner YOccident ou le Couchant.
Septemb. i65a. nance générale ' ny les charges conférées par le prétendu parlement (U- Paris, et que tous les parleinens de France unanimement avoient faict défenses d'y avoir aucun esgard ny d'y déférer en nulle façon ; que l'armée des princes estoit réduite à douze ou quinze cens hommes au plus ; que celle du Hoy estoit forte, et que j'avois trouvé moyen de faire distribuer une somme considérable pour l'augmenter de plus en plus, M. de Longucville luy seul s'estant chargé de faire'2 prez de trois mille hommes3; que nous avions tous les postes à l'entour de Paris; que le comte de Fuensaldagne s'estoit retiré, et que tous ceux de la Cour généralement, tant grands que petits, estoient résolus à sacrifier tout pour le service du Roy et embrassoient mes interests avec beaucoup de chaleur; les affaires, dis-je, estant en cette constitution, j'ay creu ne pouvoir rendre un plus grand service au Roy et à l'Estat que de supplier Sa Mt,; de trouver bon que je me retirasse.
Après avoir expliqué les motifs qui l'ont déterminé à s'éloigner, Mazarin parle de la nomination du duc de Candale au commandement de l'armée de Guyenne et des raisons qui doivent engager les chefs de cette armée à le bien accueillir:
Je ne doute pas qu'ils ne sçachent à quel point M. de Candale est de mes amis, et qu'ayant, avec la naissance, de grandes qualitez pour servir utilement le Roy dans cette conjoncture, et particulièrement dans la Guyenne 4, je m'asseure qu'ils sont5 ravis du choix que Sa Mle a faict de sa personne pour y commander ses armées. Je les prie, et pour le zèle qu'ils ont pour le service du Roy et pour l'amitié qu'ils ont pour moy, de redoubler leurs soins pour bien seconder mondict
1 Le duc d'Orléans s'était fait donner, comme on l'a dit, la lieutenance générale du royaume par le parlement de Paris ; mais les autres parlements refusèrent de reconnaître cette nomination faite illégalement.
s Faire a ici le sens de lever.
3 On a vu ci-dessus, p. 1 2 1 et 1 27 , que Mazarin demandait à La Croisette , conseiller du duc de Longueville, d'obtenir de ce
prince des secours d'argent et d'hommes pour combattre le parti des princes et relever l'autorité royale.
1 On a rappelé plus haut que le duc d'Epernon, père du duc de Candale, a\ail le gouvernement de celte province; il l'avait conservé jusqu'en i65i.
5 La copie porte bien sont; seront semblerait préférable.
sieur de Camlale dans les choses qu'il entreprendra pour réduire les Septemb. i65j. rebelles, les asseurant qu'ils recevront de luy toute sorte de courtoisie et de bons traitemens, et par la considération de leur propre mérite et par la liaison qu'il y a entre luy et moy.
Je les prie de nie donner souvent de leurs nouvelles et surtout d'appliquer1 [leur esprit] incessamment à fortifier leurs corps, afin que. par ce moyen, le Roy se puisse servir ailleurs d'une partie des troupes, et particulièrement dans l'armée qui agit auprez de sa personne, où les ennemis estrangers et domestiques n'oublient rien pour se mettre en estât de remporter de grands advantages2.
Aff. élr. . France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 216.
À ONDEDÉI.
(extiuit.)
Bouillon, i5 septembre i65a.
Scrivo al padre Paolino3 di parlar alla Regina per mia parte in favore del coadjutore di Montaubano 4 per l'archidiaconato che prétende di Tholoza, essendo il detto zelantissimo servitore del Rè, mio amicissimo e capace di ben scrivere in ogni rincontro, quando sià necessario. Havro caro che voi medesimo ne supplichiateS. M. per mia
1 La copie porte d'appliquer sans régime. Il faut lire ou de s'appliquer ou d'appliquer leur esprit.
' A la suite de ces articles, qui forment te canevas de la dépêche que Mazarin se proposait d'envoyer aux chefs de l'armée de Guyenne, on trouve la copie de trois lettres adressées à MM. de Tracy, du Plessis- Bellière et de Bougv. Les idées en étant les mêmes, je les ai renvoyées aux Analyses.
MAZARIN. V
Ces recommandations indiquent que Mazarin s'inquiétait du choix du duc de Candale.
3 II a déjà été question de ce Père Paulin , jésuite et confesseur du Roi.
4 Le coadjuteur de Montanban était Pierr'e de Bertier, qui avait été nommé , en i636 , coadjuteur de l'évêque, Anne de Murvieil ; il devint titulaire de l'évêché de Montauban en l'année i652 et mourut en 1676 , à 62 ans.
lYl'ftlMZME W1TI0S4LI.
Sepiemii. îGôa. parte, e poi scriverete a M. le Coadjtttore1 quanto havrete operato per mio ordine, e M. d'Albi2 medesimo glielo potra far sapere, a cui vi prego di dire che non lia, ne amico più sincero, ne servitore più devoto[e] partiale di me, e che, in ogni lempo, mi trovera taie. E potrete ancor dir gli c' ho gran dispiacere che il m1 di Sciomberg 5 mi dia a eonoscere che non ha la medesima affeltione per me che haveva per il passato.
Io per me sono persuaso che il cardle de Retz * non habbia alcuna cosa di essenliale da proporre, e che tutto quello c' ha latto sperare in contrario sià slato per assicurarsi un buon ricevimento alla Gorte, aflin che cio gli possa servire per accreditarsi di nuovo col popolo di Parigi, e voi vedrete che tirera tutto il merito délia risolutione che il Rè prendera di avicinarvisi, poiche fara creder esser un efletto délie persuasioni che ne ha latte nel suo viaggio a Compiegne.
Nel rimanente, tanto che la mia lontananza potra in qualsivoglia modo servire ad advanzare il servitio del Rè, non bisogna pensar al ritorno et in questi termini ne scrivo positivamente alli sig" di Servien et Tellier (sic), ancorche per altro, la condolta de prencipi facendo assai palpabilmente eonoscere a i più grossieri che io non ero che il pretesto, mentre, dopo la mia partenza, contro le protestationi di voler disarmare e contribuire in ogni modo al riposo del regno, hanno falto peggio che mai, dia un giustificato soggetto al mio ritorno.
Per quello riguarda M. de Candale, non vi diro altro havendo scritto a lungo a M. Le Tellier5; ma mi pare di vedere che sua mira sià di far sempre sperare la conclusione del negotio con animo di non concludere e fra tanto aggiustar bene i suoi interessi e quelli délia sua
1 11 s'agit toujours du coadjuteur de Mon- vêché qu'après la mort de Gaspard de Daillon fauban, qui sollicitait, en i65a, la dignité du Lude.
d'archidiacre de Toulouse. 3 Voy. sur le maréchal de Schomberg, le
2 L'évêque d'Albi était, à cette époque, t. I", p. o,58, des Lettres de Mazarin. Gaspard de Daillon du Lude, né en 1602, * Le cardinal de Retz s'était rendu, en sacré évêque d'Agen en i63i et transféré, septembre i65a, à Compiegne, où résidait en i635, à Albi; il mourut le 2 5 juillet la Cour.
1676. L'évêché d'Albi ne fut érigé en arche- i Voy. ci-dessus, p. 2 43 et suiv.
casa, lo mi lido inlieramenle in M. de Miossens l, e lui sa bene tutlo Sepiemb. i65: qoello è seguito in queslo allare. Vi prego pero di non aprirvi con aleuno de! mio sospetto.
GXVII.
Bibl. nat. , ms. f. fr. t. 8691, f1 172; déchiffrement. — Bihl. Mazarine, dis. 11" 1719, t. III, f° 3(5 v°. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Bouillon, 19 septembre i65a.
(extrait.)
Langlade2 m'a rendu une lettre signée de M. Servien et de vous, qui n'est qu'en créance sur luy 3. Je l'ay entretenu sur ce qui regarde M. le Prince et sur les propositions que M. de Lorraine a faictes par M. de Joyeuse. En mesme temps, il est arrivé un courrier que l'abbé Fouquet m'a depesché de Paris, et en outre je dois response à vostre depesche du 1 /ime. Je me suis expliqué à Langlade assez en destail sur tout ce qui concerne l'accommodement et les personnes dont je vous parle cy-dessus. Neantmoins, je ne laisseray pas de vous dire mon advis, quoyque je me sois desjà assez expliqué, aitisy que je vous marque, particulièrement sur le sujet de M. le Prince.
Le Roy ne peut en aucune façon soustenir en mesme temps la guerre estrangere et domestique avec de si puissans ennemis comme les Espagnols et les princes unis ensemble, à la teste de tous les brouillons et malcontens du royaume, assistez de M. de Lorraine. C'est pourquoy l'on doit songer, sans perdre un moment de temps, à
1 Voy. ci-flessus, p. 199, note U. Motteville (t. III, p. 188, édit. Charpen-
1 Jacques de Langlade avait été secré- lier), ayant l'esprit vif et plein de lumières,
taire du duc rie Bouillon et s'élait ensuite parloit à la mode de ceux qui sont propres
attaché a Mazarin. On le trouve mêlé dans pour tromper les dupes." On peut encore
tontes les intrigues de cette époque. Il en consulter sur Langlade les lettres de M™ de
est question dans les Mémoires de Cosnac Sévigné. On place sa mort en 1680. et de Gourville. rr Langlade, dit aussi M°" de ' Qui ne sert qu'à l'accréditer.
Septemb. itiâa. diminuer, par quelque moyen que ce puisse estre, le nombre des ennemis, et tascher à regagner sur les uns ce qu'il faudra sacrifier aux autres pour les acquérir, et il ne faut pas se flatter de l'espérance de pouvoir mettre Monsieur le duc d'Orléans et Monsieur le Prince à la raison, tant qu'ils auront, d'Espagne, toutes les assistances d'hommes ou d'argent qu'ils pourront souhaiter. Et quand mesme le Roy, employant contre eux toutes ses forces, auroit de l'advantage, et que, Paris tournant en nostre faveur, Sa Majesté les contraindroit à se retirer, la guerre ne sera pas pour cela finie dans le royaume, et ce pendant les Espagnols feroient de tous costez de tels progrez qu ils voudroient.
J'estime donc que l'accommodement avec M. le Prince est préférable à toute autre chose, parce que, moyennant cela, les troubles cesseront dans le royaume, on mettra aysement à la raison diverses personnes, qui, sans estre encore jointes à M. le Prince, en voudroient profiter; le nombre desquelles il ne faut pas douter qu'il n'augmente tous les jours dans la continuation de la guerre; et1 le Roy sera asseuré, ou de faire la paix avec l'Espagne, ou si elle ne veut consentir à des conditions raisonnables, il sera en estât de soustenir la guerre, non seulement sans craindre la continuation des progrez des ennemis, mais aussy avec grande apparence d'en pouvoir faire sur eux.
Pour un si grand bien, je suis d'advis qu'on se doit laisser tromper en quelque chose; car le temps et le calme de la France fourniront assez d'occasions au Roy de retirer mille fois plus d'advantage qu'il n'en recevra de préjudice, en accordant à M. le Prince quelques conditions, quoyque peu raisonnables. La question est seulement de sçavoir si effectivement M. le Prince a envie de rentrer dans son devoir et de s'accommoder tout de bon; car, s'il a de nouveaux engagemens avec les Espagnols et qu'il n'ayt autre pensée que d'amuser le tapis par une négociation, qui luy peut servir, d'un costé, avec les
1 Pour bien comprendre la liaison des idées, il faut sous-entendre ici quelques mots, comme : Si l'on conclut l'accommodement avec M. le Prince, le Roi sera asseuré, etc.
Espagnols, comme d'un esguillon ponr luy fournir1 plus ponctuelle- Septemb. 1 65a. ment et plus libéralement les assistances qu'as luy ont promises, et, d'autre | pari ], pour repaistre le peuple et engager, de plus en plus, S. A. R. à oe se pas séparer de luy, il u"\ a rien qui pusl estre si préjudiciable au service du Roy «pie de traiter avec ledict prince. Je voudrois doue, pour sortir de cet embarras, examiner ses demandes, résoudre tout d'un coup ce qu'on luy veut accorder, et luy faire une response définitive, par le moyen de laquelle raccommodement s'en suive aussytost, ou bien qu'il n'y faille plus sonner.
Je ne suis en aucune inquiétude de ce que l'abbé Fouquet me mande, que M. le Prince estoit si emporté de ce qu'il luy avoit dict du razement de Mouron, qu'il alloit conclure avec M. de Lorraine, en lui remettant Clermont-; car il n'y a pas apparence que ce duc3 veuille changer de naturel et devenir plustost amy de la conclusion avec M. le Prince, qu'il ne l'a esté avec nous. Mais ce qui me faict peine, c'est de voir qu'il faille que l'armée du Roy, qui est auprez de Paris, se retranche; que les Espagnols prennent Dunkerque, sans parler du danger où sont exposez Barcelonne, Casai et Brisach, et qu'aprez ils pourront aysement se résoudre à revenir en France, avec toutes leurs forces, pour assister M. le Prince, qui se méfie tousjours de M. de Lorraine, et taseber, de concert avec luy, à prendre leurs quartiers d'hyver dans le royaume. Et quand ils n'y viendroient pas présentement, ce seroit pour nous oster encore quelque autre place dans les Pays-Bas durant le reste de cette campagne. C'est pourquoy le temps est précieux, et s'il y a quelque ebose à faire avec M. le Prince, il faut que ce soit promptement.
Pour Mouron, je ne puis estre d'autre advis que de celuy que j'ouvris, dans le Conseil, en présence de Leurs Majestez, la veille de mon départ, c'est-à-dire qu'il falloit donner les ordres pour le razement de Mouron, n'y ayant aucune raison pour conserver cette place,
Pour les engager, en les piquant de cet fortes de Lorraine, avait été donnée par le aiguillon, à lui fournir, etc. Roi au prince de Condé.
' Clermont-en-Argonne, une des places 3 Le duc de Lorraine.
Sepu-mb. i<;r>a. la guerre continuant; mais que si, en la rendant à M. le Prince, sans razer les fortifications, l'on pouvoit faire un accommodement avec luy, je croyois que, venant à bout, par ce moyen, de pacifier le royaume, et pouvant espérer ensuite la conclusion de la paix générale, le Roy profiteroit mille fois plus de la restitution de ladicte place avec ses fortifications, qu'il ne feroit du razement dicelle, avec la continuation de la guerre. Et ainsy, je ne croy pas qu'il y ayt à hésiter sur ce point; et si l'on recongnoist que M. le Prince veuille elfectivement s'accommoder, j'estime qu'on pourroit mesme luy donner cette satisfaction de depescher expiez un courrier à Mouron, pour surseoir l'exécution des ordres qui ont esté donnez pour faire razer ladicte place.
Pour ce qui est des autres conditions qui regardent ses amis particuliers, je ne voy pas qu'il y ayt grande difficulté, l'abbé Fouquet m'escrivant que l'on se contenterait d'une lettre et de deux brevets de duc, et d'un baston de mareschal de France; sur quoy je diray, en passant, qu'il faudrait dire seulement qu'on donnera ces expeditionslà à M. le Prince dans le temps 'dont l'on conviendra, pour en user comme il jugera à propos, sans nommer présentement personne. Et pourveu que ces grâces et les antres qu'on pourra accorder ne doivent point avoir leur effect qu'à la conclusion de la paix générale, ainsy que M. le Prince s'en est tousjours déclaré, je crois l'inconvénient bien moindre, parce que lesclat et l'advantage de l'accomplissement d'un si grand ouvrage non seulement estoufïéra tous les murmures qu'on pourroit faire contre lesdictes grâces, mais les fera approuver comme des moyens dont on se sera servi pour advancer le repos gênerai.
J'estime qu'il est dune très-grande importance, comme vous aura dict l'abbé Fouquet, de remettre la restitution des places et des charges à la conclusion de la paix générale, ou bien lorsque le terme, duquel on sera convenu avec M. le Prince pour la conclure, sera passé, sans en avoir pu venir à bout, par le refus des Espagnols; car, par ce moyen, le Roy sera asseuré que les princes agiront sincèrement; et au contraire, estant eux et leurs amis restablis dez à présent, il
pourroil arriver de (ois aceidens que Sa Majesté fust obligée de re- Sept«mb. r65» commencer la guerre contre eux avec un Ires-grand desadvantage.
Et cotte méfiance est d'autant plus juste t|iie nous sçavons que M. le Prince ne veut pas se deslachor tout-à-faict des Espagnols que La paix générale ue soit laide, parce qu'en leur tenant parole sur cet article, i] pourvoit aussy. par mesme moyen, à sa propre seureté.
Pour moy, je suis persuadé que M. le Prince ne contestera pas làdessus, von que, comme il sera bien ayse de ne renoncer pas, dez à présent, au traité qu'il a faict avec les Espagnols, et de ne joindre pas ses troupes à colles du Roy dans Bourg1 et Stenay, il faut nécessairement qu'il se résolve à ne prétendre pas, dez à présent, la restitution desdictes places.
Je no lais nul doute que, M. le Prince s'accommodant, M. le duc d'Orléans ne fasse de mesme, et quoyquii n'àyt aucune prétention particulière qui nous puisse faire de la peine, aprez la déclaration que II. Goulas a faicte en dernier lieu à l'abbé Fouquet, que , quelque chose que S. A. R. demandast, rien ne pourroit empescher son accommodement, pourveu que M. le Prince fust satisfait; mais jay grande appréhension qu'il ne nous presse pour faire donner à M. de Lorraine la -atistaction qu'il désirera; car c'est une estrange chose d'avoir à perdre de tous costez, et il scroitbien juste qu'accordant des conditions advantageuses à M. le Prince, cela servist, comme jay dict cy-dessus, à nous dispenser d'en faire autant à l'esgard de M. de Lorraine, lequel, d'ailleurs, ne nous a pas trop obligez à le favoriser, n'ayant donné au Roy que des paroles, tandis qu'il a donné des effecls aux ennemis, par le moyen desquels on peut dire qu'il nous a faict plus de mal qu'il ne sçauroit jamais nous faire de bien. Et, à la vérité, il seroit insupportable qu'on accordast maintenant à M. de Lorraine les mesmes choses que la seule considération d'affoiblir nos ennemis et de nous pouvoir servir de son armée pour ranger les princes à la raison auroit disposé le Roy à luy accorder. Mais comme il n'y a pas d'apparence que M. le
Bourg-en-Guyeniie. ( Voy. ci-dessus , p. 17a, note 3.)
Septemb. 1602. Prince ayt beaucoup de tendresse pour luy, puisqu'il se plaint hautement de son procéder, il ne se mettra pas fort en peine pour contribuer à ses advantages.
Je croy mesme que c'est une chose à tenter, et qui peut avsement réussir, que d'engager M. le Prince, lorsque l'on sera sur le point de conclure avec luy, à ne pas prendre part à ce que nostre armée pourroit avoir à demesler avec celle de M. de Lorraine, ou au moins à promettre qu'il n'insistera pas pour luy faire accorder ce que M. le duc d'Orléans pourroit demander pour luy. Je ne dis pas cela sans fondement, ayant appris que M. le Prince, estant dernièrement en colère contre M. Lorraine, dict que, puisqu'il se mocquoit de tout le monde, il esperoit de voir bientost mal verser ses troupes, sans que personne se mist en peine de le secourir. Enfin si l'on recongnoist que M. le Prince se veuille présentement accommoder, j'estime que rien ne doit empescher le Roy de favoriser les choses qu'il prétendra pour cet efiect, pourveu que l'exécution en soit remise à la paix générale, luy donnant ce pendant toutes les seuretez nécessaires pour cela, et déposant mesme entre les mains de personnes de probité et agréables aux deux parties toutes les expéditions.
Si l'on ne peut rien faire avec M. le Prince, il faut mettre toutes* pièces en œuvre pour séparer de luy M. le duc d'Orléans et pour S'accommoder avec M. de Lorraine, qui sera bien ayse, comme il paroist assez, d'estre l'instrument pour restablir S. A. R. dans les bonnes grâces du Roy. Et si M. le duc d'Orléans insistoit à vouloir traiter conjointement avec M. le Prince, afin de se séparer de luy seulement lorsque, s'opiniastrant à vouloir des choses déraisonnables, il fera voir qu'il n'a pas envie de s'accommoder, en ce cas, le Roy pourroit permettre que le duc de Lorraine envoyast vers Sa Majesté telle personne que bon luy sembleroit pour voir prompfement ce qu'il y auroit à faire; et quand mesme il choisiroit des personnes attachées à M. le duc d'Orléans et à M. le Prince, pourveu quelles ne fussent chargées que de simples lettres de créance dudict duc, par ordre duquel, comme médiateur, elles mesnageroient l'accommodement, je ne croy pas qu'il y eust
aucun inconvénient. El par ce moyen, il seroit impossible à M. le Prince Septemb. iG5a. de cacher au public ses intentions, ny d'empcscher la séparation de S. V. R., laquelle, si elle a parlé sincèrement à M. de Joyeuse, on peut juger quelle y est toute disposée; et il ne faut pas douter que M. de Lorraine, par son interest ei par antipathie avec M. le Prince, n'y contribue aussy de bon cœur, de toute sa force.
Pour ce qui est des propositions que M. de Lorraine a envoyées par M. de Joyeuse, je vous advoue que je n'y entends rien, et je m'asseure que vous ne le trouverez pas estrange, estant bien malaysé de comprendre les projets de ce prince, et encore plus d'y pouvoir faire aucun fondement, le changement luy estant si naturel qu'après qu'on s'est donné bien de lapevne pour mettre les choses au point que luy-mesme a tesmoigné de désirer, on est estonné qu'on le trouve dans des dispositions tousjours différentes. M. de Joyeuse ne sera pas de cet advis; car c'est le meilleur gentilhomme du monde, tres-zelé et tres-luen intentionné, mais préparé à croire tout ce que M. de Lorraine dict, quand bien il se contrediroit dans le mesme jour. C'a esté une fort bonne resolution d'y employer M. de Chanut1, et nous avons esté bien malheureux de n'y avoir pas songé du commencement. S'il estoit nécessaire, par d'autres raisons, d'envoyer avec luy M. de Joyeuse, je crois que cela se pourroit sans inconvénient.
J'estime que le Roy aura de l'advantage d'entretenir tousjours quelque négociation avec M. de Lorraine, quand mesme il ne devroit rien conclure; que le Roy luy pourroit faire déclarer qu'il est prest à asseu^ rer, dez à présent, à M. le Prince la somme de quatre cens mille escus, pourveu qu'il luy rende Stenay et Glermont, et que, ledict duc remmenant les troupes sur cette frontière, pour traiter et conclure toutes choses avec moy, comme il propose, Sa Majesté trouvera bon ce qui seraarresté de la sorte et ratifiera volontiers tout ce que j'auray conclu avec luy, tant à son esgard qu'à celuy des princes et de la paix générale; et si. par ce moyen, on peut venir à bout de faire retirer ses
1 Pierre Chanut, qui avait été ambassadeur en Suède. ( Voy. le t. II, p. ioo3, des Lettres de Mazarin. )
MAZARIN. — ¥. .33
IMl'RIMCRIC SHlOIll».
Sppiemi). i(i.r>2. troupes, noslre armée auroit bon marché de celle des princes, et Ion pourrait alors voir, dans Paris* des resolutions aussy advantageuses pour le Roy que Sa Majesté pourroit souhaiter1. Surtout il faut supplier la Heyne de prendre la peyne d'escrire souvent audict sieur duc [de Lorraine] des lettres de sa main, comme l'on a faict par le passé; car si elles ne sont pas capables de l'obliger à faire ce que nous voulons, au moins empescheront-elles souvent qu'il ne fasse tout ce que les autres veulent.
Tout ce à quoy il me semble qu'il faut songer le plus, c'est de haster nos levées et recrues, et fortifier les troupes. Les capitaines des gardes françoises pourroient estre pressées vivement par Leurs Majestez de mettre leurs compagnies en bon estât, et si M. le Surintendant leur a tenu ce qu'on leur avoit promis, ils auroient grand tort s'ils ne le faisoient. Les douze compagnies, qui estoient à Dunkerque, se joignant au régiment, et chacun travaillant à bon escient, on pourroit faire, en peu de temps, par ce moyen, un corps d'infanterie tres-considerable; et si l'on donne à M. d'Estrades de quoy remettre le corps françois qu'il avoit dans Dunkerque, je responds qu'il s'en acquittera très-bien.
11 me reste à présent à respondre à vostre despesche du i ûme; mais, auparavant, il faut que je vous réplique de nouveau, pour ma satisfaction, que mon retour ne doit, estre compté pour rien, et que je serois inconsolable, toute ma vie, s'il avoit cousté la moindre chose au service du Roy. Enfin il faut traiter avec les princes et ne leur accorder ny plus, ny moins, dans l'accommodement, que si je n'estois plus au monde. Et quoyque ma plus forte passion, comme je vous ay dict, soit de finir mes jours auprez de Leurs Majestez, je vivrois encore plus heureux en estant tousjours esloigné, si, par cet esloignement, leur authorité pouvoit estre restablie, et leur satisfaction dans le haut point où je la souhaite. Je vous proteste, devant Dieu, que je le dis du meilleur de mon cœur et que vous ne me sçauriez flatter plus agréablement
1 En effet, en septembre i65-2, une assemblée de Parisiens demanda le retour du Roi.
que de sacrifier librement tout ce qui me regarde à l'advantage du Septemb. i65a. servie»1 du Roy '.
J a y veu tout ce qui s'est passé avec M. le cardinal de Retz2. Il est aysé de \<>ir qu'il n'a eu d'autre but que de satisfaire sa vanité, faisant celte action avec le faste que vous nie mandez3, et taschant de la faire saloir pour restablir son crédit pariny le badaud1. Je seray bien ayse de voir la harangue qu'il a faicte5; mais il nie trompera fort s'il n'en faict publier dans Paris une autre que celle qu'il a prononcée devant Leurs Majestez". Je m'asseurc qu'il sera fort content de son voyage; mais je ne sçay s'il en sera de mesme de ceux aux despens desquels il a faict toutes ces magnificences. Il n'y a qu'en France que l'on voit des gens bazarder ce qu'ils ont d'asseuré pour des espérances incertaines d'une fortune à venir. Il ne peut manquer jamais d'avoir grande suite, quand il n'auroit que celle de ses créanciers. La cliose ne se pouvoit mieux passer pour n'entrer en aucun engagement avec luy, et vous avez fort bien jugé de son esprit; car la sphère de son activité ne s'estend que dans Paris. Toute son industrie ne va qu'aux intrigues de celte ville, et il croit que tout ce qu'on peut faire pour le public consiste au payement des rentes et à soustenir ce que le Parlement faict, par quelque voye que ce puisse estre.
1 Mazarin resta, en effet , éloigné, lorsque le Roi et la Cour rentrèrent à Paris, le ai octobre i65a. Il ne revint dans cette ville qu'en février i653.
1 Dans le voyage que le cardinal de Retz avait fait à Compiègne; il était parti de Paris le 9 septembre et il y revint le 16.
3 Dubuisson- Aubeuay {Journal, t. II, p. 286) dit que Retz était rrbien escorté de gens. . . Il y avoit vingt-nuit carrosses h six chevaux.» On peut comparer ce que Retz dit lui-même de la magnificence qu'il déploya dans son voyage à Compiègne.
4 Ce mot , dit le Dictionnaire de Furetière , est un sobriquet injurieux que l'on donne aux habitants de Paris.
5 Elle a été imprimée dans les Mém. de Retz (t. IV, p. 338 de l'édit. des Grands Ecrivains de la France).
6 On lit dans le Journal de Dubuisson- Aubenay (t. II, p. 289) : tt Lundi 16 (septembre), publication de la harangue faite au Roi à Compiègne, le 12, par le cardinal de Retz, qui est une pièce vraie et bonne, venue deux jours après une fausse et supposée, fort méchante. » Le mot méchante est ici synonyme de mauvaise. Les derniers éditeurs des Mém. de Retz ont jugé la harangue , faussement attribuée à ce personnage, trop « pitoyable» pour la publier (t. IV, Appendice 1, p. 577, de l'édit. des Grands Écrivains).
Septemb. 1662. Il n'y a rien à désirer dans toutes les responses qui ont est»': faictes par escrit. Je trouve seulement à redire qu'il n'y ayt pas une bonne imprimerie auprez du Roy; si M. le Surintendant ne veut pas fournir ce qu'il faut pour cela, qui va à fort peu de chose, je vous prie de dire au sieur Colbert qu'il le fasse de mon argent.
Toutes les resolutions qui ont esté prises pour Casai et pour le duc de Mantoue sont fort bonnes, pourveu qu'elles soyent exécutées; je vous réplique de nouveau qu'il n'y en a aucune, qui soit praticable, qu'on ne doive prendre pour sauver Barcelonne, si Dieu nous faict la grâce qu'on y puisse estre à temps; et je m'asseure que, si M. deBelliere1 a pris cette route-là, il n'aura pas manqué de depescber à M. le marescbal de La Mothe pour luy en donner advis, afin qu'en estant adverty il tienne bon jusqu'à l'extrémité.
Et parce que vous me mandez que Mme du Plessis-Belliere 2 diot que son mary ne peut pas faire ce voyage sans argent, si l'on ne luy en a desjà envoyé, et que M. le Surintendant n'en ayt pas de tout prest, je vous prie d'en demander du mien audict sieur Colbert, et de depescher un courrier exprez pour le porter à M. de Belliere. Ledict sieur Colbert a dix mille escus à moy, que j'y employeray de bon cœur. Vous en pourrez prendre ce qu'il sera besoin; et en luy monstrant cette lettre, il ne fera point de difficulté de vous les donner. Je croy qu'il est nécessaire aussy que vous depeschiez, en toute diligence, un courrier qui pique3 vertement pour porter à M. de La Mothe l'advis de ce secours-là, afin que les assiégez, estant informez des diligences qu'on faict pour les deslivrer, se disposent d'autant mieux à continuer de tenir bon.
A présent que les vents commencent , si La Ferriere', assisté de M. de Mercœur, s'en fust retourné en ces quartiers-là, il y eust assurément
1 Du Plessis-Betlière. (Voy. le tome II, ' Le verbe piquer a ici le sens de pous-
p. io46, des Lettres de Mazarin.) ser le cheval au galop en le piquant avec
- Suzanne de Bruc, mariée à Jacques de les éperons. Ce sens s'est conservé dans la
Rouge, seigneur du Plessis-Belliere ; elle a locution piquer des deua-. eu un rôle important dans le procès de Fou- 4 Chevalier de Malte et oflicier de la ma-
quet. Elle mourut en 1705, âgée de près rine royale, en résidence à Toulon. (Voy.
de cent ans. ci-dessus , p. 53 , note 1 .)
introduit clos vivres suffisamment pour donner temps à l'année d'at- Septemb. i65a. tendre ce secours-là. M. le Surintendant avoit préparé de grandes sommes pour sauver Barcelonne; mais je crains fort qu'on ne soit obligé à s'en servir pour la recouvrer, et inutilement. Je ne puis me résoudre à croire que ce malheur nous arrive; mais comme il faut se préparer à tout, il ne sera pas mal de donner ordre de bonne heure à la conservation de Roses1 et des places du Roussillon; car il ne faut pas douter que le premier pas que l'armée ennemie fera, aprez la prise de Barcelonne, ne soit de se venir loger en ce pays-là pour incommoder les places durant Fhyver et favoriser les mouvemens que les adlierens des princes pourroient exciter dans le Languedoc.
Si l'on voit que M. de Paluau tarde à amener les troupes2, on luy pourrait mander de les envoyer sous la conduite d'un mareschal de camp, en en laissant un autre pour exécuter ce qu'il y aura à faire à Mouron, et luy donner ordre de s'en venir à la Cour pour y recevoir les eflects de la satisfaction que Leurs Majestez ont de ses services.
Vous aurez pu voir, par mes précédentes, que je croyois qu'il y pouvoit avoir quelque danger pour le Roy à Saint-Germain, tant que M. de Lorraine seroit joint aux troupes des princes; mais estant nécessaire de s'approclier promptement de Paris pour profiter des bons mouvemens que la ville tesmoigne, j'approuve fort que ia Cour retourne à Pontoise, pourveu que les maladies, que vous me mandez qu'il \ a, ne prejudicient point à la santé de Leurs Majestez; et si cela -'■ pouvoit sans que le Parlement en sortist, cela seroit fort utile, particulièrement dans le désir quej'ay d'y voir registrer la déclaration du Roy pour mon innocence. A quoy la présence de Leurs Majestez apporterait d'autant plus de facilité; mais je n'entends pas pour cela que le Roy deust aller au Parlement. Je vous prie de vous souvenir qu'il m'importe au dernier point d'estre justifié au plus tost, et de ne rien oublier pour cet elTect, m'asseurant que M. le Procureur gênerai et les principaux de la Compagnie me tiendront ce qu'ils m'ont promis
1 Roses ou Rosas, ville de Catalogne. — s Les troupes qui avaient assiégé et pris MontronH.
Septemb. i65a. là-dessus, et particulièrement M. le Chancelier et M. le Garde des sceaux y allant, comme je vous ay escrit cy-devant, et parce qu'ils voyent que, quoyque le temps concerté soit expiré, je ne laisse pas encore de dilïerer mon retour.
GXVIII.
Aff. élr. , t. 2G9, f° 219; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
À ONDEDEI
Bouillon, 21 septembre i652.
(extrait.)
A l'occasion du voyage de Retz à Compiègue, Mazarin écrit à Ondedei :
Per me sarei stato di parère che il Rè rispondesse solamente che godeva di vedere il suo clero di Parigi con sentimenti si teneri per il servitio délia Sua Mta; ma che quanto aile supplicationi per la pace, S. Mta si attenda con ragione di dover esser vivamente ringratiata delli avanzi che ha falti per procurare questo bene al suo regno sin con descapito délia sua riputatione et authorita1, e che queste diligenze de! clero dovevano esser rivolte a disporre quelli che, appoggiando la loro mala volonta di mille falsi pretesti, non pensavano di conlinuo che ad accendere il foco che consumava la Francia per poter, essi e li Spagnuoli di concerto, profîttare di questo torbido; che, ne! rémanente, S. Mta desiderava con tanta passione di ritornare in Parigi che non poteva allontanarsene, ma che, per facilitargliene il modo, era necessario di levare l' ostacoli che glielo impedivano, non potendo alcun suo buon servitore consigliar di farlo, mentre le porte sarebbero guardate per ordine de prencipi, questi vi continuassero la loro dimora per eccitare seditioni e promovere tutto contro il suo servitio e che il duca de
' Le sens de cette phrase est que le Roi avait fait des avances pour procurer la paix à son royaume au point de sacrifier sa réputation et son autorité.
Beaufort e Brusselles1, che sono i principali capi dclla rivolta, tare h- septomh. itiBi. l)oro. I' uno. la l'untionc di governalore, e l'altro, di Prcvosto di merciinti. e non lasciarebbero col ritirarsi li spiriti de gl' habilandi in riposo -. E ooai mi pare che quel popolo haverebbe pensai» a i inodi che doveva tenere per rimovere le dillicolta che impcdivano al Rè d' honora ri o délia sua presenza.
Rendo luunillinie gratie alla serenissima prencipessa di Carignano3 per qnello vi ha delto intorno al présidente di Mesmes ', il qtiale mi fa tortoa dubitare del mio ailetto , laciendo gran stima dcl sno merito; cosi l'assicuro con la lettera qui congiunta, che gh i'arcte tenere, accompagnandola con i termini che giudicaretc a proposito.
Per M. di Caudale, non vi diro allro se non che bisogna procurare pronlamente, o di concludere il ncgotio5, o di non pensarvi più. Io ne scrivo in questa conformita a M. Le Tellier0, e voi potrete, dal canto vostro, secondo che M. Le Tellier et M. Servient (sic) vidiranno, trattarne con Al. de Miossan (sic) \ per che operi in questa conformita.
Troverele qui congiunto un piego per M. délia Croisette8, nel quale vi è la lettera con che rispondo a M. di Longavilla. Vi prego a transmette rglielo con occasione sicura e di non perderne alcuna per informare il delto signore, col mezzo délia Croisette, di quello si passa alla Corte, particolarmente intorno a i miei interezzi, e di quello si negotiera con i prencipi e duca di Lorena; il tutto in gran confidenza e pregandolo d' avvertire che non si penetri cosa alcuna degli avvisi che gli da-
1 Pierre Brousse!. On a vu ci-dessus , ' Jean-Antoine de Mesmes , président au
p. iy3, noie 3, que Beaufort avait été parlement de Paris, dont il a été question
nommé illégalement gouverneur de Paris, ci-dessus, p. 73, note i, s'était rendu à
et Broussel, Prévôt des marchands. Pontoise le 6 septembre (Journal de Du-
' On peut comparer ce projet de ré- buisson- Aubenay, t. II, p. a 84). ponse du Boi au discours de Betz à celle qui 5 Le mariage du duc de Candale avec
fut prononcée et qui a été imprimée dans une nièce de Mazarin. le tome IV, p. 677, des Mém. de Retz, édit. ' Voy. ci-dessus, p. a43 et suivantes.
des Grands Ecrivains de la France. ' Voy. sur le comte de Miossens . ci-des-
Uarie de Bourbon-Soissons , mariée à sus, p. 190, note 5. Thomas-François de Savoie-Carignan. (Voy. " Le Blanc de La Croisette. (Voy. ci-des-
t. IV, p. Itô. n. 1, des Lettres de Mazarin.) sus, p. 121, note 1.)
Septemb. i65a. rete , et in tanto sara bene che sappiano che voi n' habete l'ordine, e che non stiniando io d' haver amico più sicuro nel regno del duca di Longavilla, nessuna cosa havrô maggiormente a cuore che di farlo partecipe di miei interezzi pcr proiitar dell' honor di suoi buoni consiglii. In fine, potrete scrivere sopra di cio tutto quello che potra più obligarlo e far conoscerea M. délia Croisette cli' io conlido in lui senza alcuna riserva.
Non saprei assai espriinervi l'inquietudine nella quale mi trovo per le cose di Gatalogna. Dio voglia che M. di Mercurio habbia trovato il modo di far ritornare il cavalière délia Ferriera, poiclie, per pochi di viveri che vi introducera, 1' arma ta di terra, che va per soccorerla, arrivarebbe in tempo. Io so1 forse più di nessun altro che cosa voglia dire ilperder Barcelona, et con essa la Catalogna, e percio non posso darmene pace, e volontieiï versarei la meta del mio sangue per poterne assicurare la conservatione al Rè. Son certo che M. Le Tellier fa il possibile per il soccorso, havendo discorso più volte insieme e restalo d' accordo che nessuna cosa importava più al servitio del Rè e che questa perdita sarebbe, nelle congiunture d' una guerra civile, accompagnata da successi molto funesti. Piaccia a Dio che m' inganni! Fra tanto, corne non bisogna abbandonar l' infermo sin che ha vita, è necessario far ogni sforzo per praticare gl' espedienti c' ho gia proposto a M. Le Tellier, poiche, quando ancora non arrivassero in tempo per il soccorso di Barcelona, potrebbcro, nella debolezza de Spagnuoli, haver in quella parte qualche rincontro favorevole, o alla peggio assicurar il Rossiglione e tener un piede il più vicino che potesse di Barcelona. Vi prego di discorrere secco e rendervi il sollicitatore appresso il Surintendente2 et M. Bordeaux3 per quello dovranno provedere per questo elïetto. Circa la carica per il figlio di M. de Bordeaux'1 devo dirvi esservero
1 Le sens est : Je sais mieux que per- 3 Guillaume de Bordeaux, intendant des sonne ce que veut dire perdre Barcelone. ( Voy. finances , père de l'ambassadeur Antoine de ci-dessus, p. 219, note 2.) Bordeaux. (Voy. ci-dessus, p. 201, note 5.)
2 Charles de La Vieuville. (Voy. le t. IV, 4 La copie porte bien, ici, de Bordeaux,p. 2/10, note 1, des Lettres de Mazarin.) plus haut et plus bas, il y a Bordeaux, sans
oh' un mese avanti che finisse la Regenza1 non è comprata che 5om Septemb. i65». scudi; ma è anche vero che il présidente Viola- ne o lie ri di primo colpo 8om a M. Bailleul3 e che sarebbe andato sin a cento inila, se havesse potuto haverla, di maniera che potrebbe bene il detto figiio di M.Bordeaux dare ioom e la meta in conlanti4; ma, per non tirar il negotio più di longo, vi diro che, se potrete conchider a 6om scudi, la meta in contanti . et l'altra meta (juando sarà in possesso, io me contento. Utrimente non occorrera più pensarvi, e se vedretc luogo alla conclusione, vi prego di avvertirmene prima, aflinche io possa sopplicar Loro MMta délia gratia nel modo che giudichero più a proposito.
Se M. di Vendosme fosse venuto per soccorer Dunkerque quando | oe]5 ha ricevuto l'ordine del Rè, et io, percorrieri reiterati, gliene ho t'atto efficacissime istanze, la piazza sarebbe soccorsa, e li vascelli inglesi. cli' erauno andati per impedire la pesca délie harenche alli Ollandezi. non haverebbero dato alcun impedimento a i nostri6; ma Dio ha voluto -cosi, et M, de Vendosme è in possesso di non fare mai cosa al~ cuna, per il suo verso, dalla quale risulti avvantagio al servitio del Rè.
E molto necessario che il duca di Mercurio sià vigilanlissimo presentemente in Provenza, perche gT amici del duca di Guise potrebbero risvegliarsi7. Bisogna nell' istesso tempo travagliare, dalla parte del duca di Lorena et délia coadjutrice di Montmart (sj'c) 8, per ritirare il duca di Guisa da gl' impegni nequali è col prencipe diConde, non ha-
àe. Je pense que la charge dont il s'agit ici ' Les vaisseaux français avaient été atta-
était celle de chancelier de la Reine. qués par la flotte anglaise, bien supérieure
1 La régence d'Anne d'Autriche et la en nombre. La plupart de nos vaisseaux
minorité de Louis XIV s'étaient terminées le avaient été pris, et D'Estrades avait été
■ septembre iG5i. forcé de rendre Dunkerque aux Espagnols,
" \oy. sur le président Viole, le t. IV, le 16 septembre îGSa. p. 20. note a, des Lettres de Mazarin. ' Les ducs de Guise avaient eu antérieu-
Nicolas Bailleul ou de Bailleul, qui rement le gouvernement de Provence et y
avait été surintendant des finances et chan- avaient conservé de nombreux partisans. ceherdela Heine, mourut en i652. 8 La coadjutrice de l'abbaye de Mont-
' La moitié en argent comptant. martre était Françoise-Renée de Lorraine,
La copie porte non ; mais le sens de la sœur du duc de Guise. Elle devint abbesse
phrase est : -quand il en a reçu l'ordre*. de ce monastère et mourut en 1682.
■AIAIIH. — V. 34
IVPBIMI;MI ,A [!<.\ ,11
Septemb. i65a. vendo la reputatione d'esseril più coslante huonio (loi niondo; nia, nell' istesso tempo, bisogna inviar ordini al duca di Mercurio di far buoae
guardie ai confini délia Provenza per arrestarlo, se vi andasse, coine ancora di far sortire délia provincia o assicurarsi délie ])ersone che riconoscera impegnate a fa vo rire lo stabilimenlo in essa del sudelto duca1.
Vi prego di parlai* a M. Le Tellier in favore di M. d'Aire2, e non potrete farmi maggior piacere che d'impedire tutti quelli c havranno pensieri di venir qui a farmi conipli menti.
Il capitulo di Metz3 ha fatto tutto quello ch' io | poteva4] desiderare. e ne resto contentissimo.
Godo délie buone speranze c' havete d' una risolutione in Parigi a favore del Rè e di quello mi scrive M. d'Orgeval 5, al quale farete tenere la lettera qui congiunta.
Vi prego, in fine, di ricordar, mattina e sera, che il vero segreto per megliorar le cose nostre, e esser più desiderati a Parigi e più considéra ti da prencipi e dal duca di Lorena, è di praticar tutti i modi immaginabili per fortifîcar l'essercito.
Vi prego di parlar, per mia parte, a M. di Guenegaud0 in favore di de Meré7, atfinche gli spedisca 1' ordinanza di ciambellano di M. il duca d'Anjou8.
1 Par le susdit duc, il faut entendre !e 5 Voy. sur Luillier d'Orgeval, ci-dessus,
le duc de Guise, dont Mazarin redoutait page 201, note h.
une entreprise sur la Provence. " Henri de Guénégaud était secrétaire
5 L'évêque d'Aire était, à cette époque, d'Etat de la Maison du Roi. 11 mourut en
Charles-François d'Anglure de Bourlemont. 1676.
Né en i6o5, il avait été sacré évêque d'Aire ' Le chevalier de Méré est connu par
le 2 5 mars i65o; il fut transféré à Castres ses relations avec les gens de lettres de cette
en 1607 et à Toulouse en 1662; il mourut époque : Pascal et Balzac le consultaient;
en 1669. Ménage lui a dédié ses Observations sur la
3 On a déjà vu que, sur la démission du langue française. Il a laissé quelques écrits marquis, plus tard duc de Verneuil,qui publiés en 1692 (Amsterdam, 2 vol.). Le était évêque titulaire de Metz , Mazarin avait chevalier de Méré mourut en 1 685 (janvier), été postulé (c'était le terme consacré) par le B Philippe de France, frère de Louis XIV; chapitre de Metz pour devenir évêque de né en 16&0, ce prince mourut en 1701. 11 cette ville. ne porta le titre de duc d'Orléans qu'après
4 La copie porte potero. la mort de sou oncle, Gaston.
Seplemb. i ( j [> a .
lîihl. uni.. m>. I. IV.. i. 6891, I' 9o5; déchiffrement. — Bibl. Mazarine, ins. n° 17111. t. III. ! '■' 63 v". — Co[)ie du temps.
À M. LE TELLIER
Bouillon, ai septembre i65a.
( BXTBA1T.)
Vous vous souviendrez combien de fois je vous ay dict le tort que nous feraient les advauccs que M. de Lorraine, par son pur caprice, et sans aucun fondement, avoit faictes à Fuensaldagne, Passeurant que nous tomberions d'accord des conditions de la paix, dont onn'avoitpas seulement dict un mot. 11 est bon de voir que l'on n'adjoutc pas trop de fov, en Espagne, à ce que ce prince met en avant, ayant estably sa réputation esgalement partout; mais, avec tout cela, il faut songer de bonne heure à prendre les devans, alin que, Fuensaldagne exécutant les ordres qu'il reçoit et donnant la response à M. de Lorraine, il ne nous arrive point de mal. Car, comme les princes ont interest à l'affoiblissement de l'authorité et de la puissance du Roy, lequel ne pourroit recevoir un plus rude coup que s'il estoit obligé de faire la paix aux conditions qu'on propose, et d'ailleurs M. de Lorraine ayant le mesme interest, et en outre celuy de se voir hautement restably dans ses Estats par la paix générale , il est à craindre que tous conjointement n'employassent l'artifice et la force pour nous contraindre à consentir à ce que ledict sieur duc auroit, de son chef, proposé aux Espagnols, qui ne consiste pas seulement à abandonner le Portugal et la Catalogne, rendre le Roussiilon, Arras, Bethune et La Bassée, à restituer ses Estats à M. de Lorraine, et restablir les princes et tous leurs adherens (ce qui veut dire perdre généralement de tous costez); mais le Roy et l'Estat souflriroient encore un préjudice plus notable qui seroit de souffrir, avec une honte et un dommage irréparable, que les Espagnols fussent Ifs arbitres, tant dedans que dehors le royaume; que M. de Lorraine,
Septemb. i65a. restably par leur moyen, leur en eusl loute obligation et demeurast à jamais lie avec eux, et que les princes en lissent de inesme, conservant, par ce moyen, un party formé en Fiance, à la dévotion de l'Espagne, pour empescher i'authorité royale de se relever et pour remuer toutes lois et quantes qu'ils le croiroient nécessaire pour leurs interests, avec asseurance d'estre assistez des Espagnols, de façon qu'il faudroit se disposer de bonne heure à donner les mains à ce que le règne du Roy fust tousjours foible et languissant, son pouvoir soumis à celuy des princes, et enfin les affaires Au royaume en un estât mille fois pire que lorsque les grands et ceux delà Religion l le partageoient, et qu'on n'avoit encore faict aucun progrez sur les Espagnols.
Le Roy ne peut jamais, quelque chose qu'il arrive, se relascher2de la restitution du Roussillon; et je sçay, de certaine science, que, sans l'advance que M. de Lorraine a faicte là-dessus, les Espagnols n'eussent jamais osé y songer; mais j'appréhende que le désir que l'on a de la paix ne soit cause que bien des gens se joindront aux princes3 et à M. de Lorraine, si, sur les propositions qu'en fera Fuensaldagne, ils publient qu'elle peut estre conclue en vingt-quatre heures, si le Roy y veut donner les mains.
C'est pourquoy, il y auroit deux choses à faire sans perte de temps : la première de tascher, par le moyen du sieur Chanut qui est desjà
1 Les protestants sous Louis XIII.
2 Le sens de cette phrase est , à mon avis , <pie le Roi ne peut jamais se relâcher jusqu'à rendre le Roussillon. Mazarin semble dire le contraire; mais la suite de la phrase indique ass"ez que l'expression n'a pas repondu à sa pensée.
3 Les accusations de Mazarin contre les princes pourraient sembler exagérées, si l'on ne voyait, par leur correspondance, qu'ils se réjouissaient des pertes qu'essuyait la France. Condé écrivait, en apprenant la défaite de la flotte française et la prise de Dunkerque par les Espagnols : crL'armée
navale a été battue par les Anglois; il y a eu huit vaisseaux et sept bruslots pris, c'està-dire que vous voilà (Condé s'adresse à Pierre Lenet, un des chefs de son parti à Bordeaux) maîtres absolus de la mer, et que vous n'avez point de temps à perdre pour vous y mettre. . . et tascher de prendre ou brusler dans les ports le? vaisseaux qui restent, qui sont tous dispersés. - Achever la ruine de la flotte française, telle est la pensée de Condé en apprenant la prise de Dunkerque. Celte lettre de Condé est imprimée à la suite des Mémoires de Pierre Lenet, p. 575, de l'édit Michaud et Poujoulat.
employé dans la négociation, de faire parler M. de Lorraine des condi- Septemb. i6£ lions auxquelles il croit que l'on puisse faire la paix générale, luy en demandant sa pensée en confidence, de la part de la Reyne, parce qu'asseuremeni il ne proposera pas celles qu'il doit avoir proposées à Fuensaldagne, d'autant plus que Bartet luy ayant dict, de ma part, <(ue Fuensaldagne s'en vantoit, il luy fit mille sermens que cela a'estoit poinct. et qu'il falloit nécessairement que, si les Espagnols souhaitoient d'avoir le Roussillon, ils donnassent tout l'Artois. Prenez garde qu'il est important à l'engager à nous dire le contraire de ce qu'il a dict à Fuensaldagne, afin d'avoir des armes pour le combattre advaniusement, et pour faire aussy toucher au doigt à Fuensaldagne que nous n'avons jamais eu la pensée de consentir à de semblables choses.
La seconde, c'est, si l'on voit les choses disposées à l'accommodeinenl avec M. le Prince, de le faire aussy déclarer promptement sur les conditions auxquelles il estimera que la paix se puisse conclure avec les Espagnols; car il y apparence qu'il s'engagera à déclarer les mesmes choses qu'il m'a faict dire, jusques à présent, qui sont d'avoir approuvé tout ce que j'ay proposé là-dessus (de quoy Langlade vous pourra rendre bon compte), et ce à quoy seulement il m'a faict dire que nous trouverions quelque difficulté, c'a esté à la conservation d'Arras, déclarant pourtant qu'il la trouvoil raisonnable et qu'il y falloil insister.
Les pensées que l'on eu a en Espagne et les ordres donnez à Fuensaldagne nous obligent de plus en plus à un prompt accommodement avec M. le Prince, s'il se peut, ou à mettre toutes pièces en œuvre pour le faire avec M. de Lorraine et S. A. R., séparant celuy-cy d'avec M. le Prince, et enfin de mettre les choses à un point que, de façon ou d'autre, l'on sçache sans deslay à quoy l'on doit s'en tenir.
Si Dieu nous faisoit la grâce que nous puissions sauver Barcelonne, j oserois respondre de la paix à d'autres conditions qu'à celles que les Espagnols espèrent de la faire; c'est pourquoy, au nom de Dieu, pressez toutes choses pour cela, et faictes en sorte que la Reyue parle
Sepiemi». i<).r>!?. à M. le Surintendant, pour ce qui est de l'argent, en tels termes qu'il cognoisse que Sa Majesté ne peut estre satisfaite de luy, s'il n'y pourvoit à l'instant; et il faut, en tout cas, faire marcher diligemment Plessis-Belliere avec le secours de terre; car, quand mesme il n'arrivel'oil pas à temps pour secourir la place, il pourra arrester les progrez des Espagnols, tenir pied dans la Catalogne et asseurer le Roussillon; et peut-estre que, dans la foiblesse où sont réduits les Espagnols de ce costé-là, dans le desespoir et dans la crainte où les Catalans seront de voir renouveler sur eux l'exemple de Naples1, et par le moyen des forces que M. le mareschal de La Mothe aura de son costé, il se trouvera quelque conjoncture favorable pour faire un coup d'importance. En tout cas, comme cela arrivera dans le temps que l'on parlera de la paix générale, ce sera un grand advantage au Roy de pouvoir vendre cher aux Espagnols la promesse que Sa Majesté leur fera de retirer son armée hors de la Catalogne. Il ne faut pas que l'approche de l'hyver nous empesche de songer, par toutes sortes de voyes, à nous fortifier de troupes; car jamais cela n'a esté plus nécessaire qu'à présent qu'il semble que l'on est sur le point de fondre la cloche.
C'est pourquoy il faut que la Reyne ayt la bonté de presser aussy sur ce point M. le Surintendant de parler aux officiers des gardes et de ne laisser aucune diligence en arrière pour mettre l'armée en estât d'estre supérieure à celle des ennemis.
Aff. étr. , France, t. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 236 v°. —
Copie du temps.
À LA REINE
Bouillon, 22 septembrre i659 s.
Je pou vois, en ce rencontre, m'abstenir de vous escrire, puisqu'as-
1 Les violences commises à Naples par est placée , dans le manuscrit , après celles les Espagnols en 16^9. du 24. J'ai déjà signalé plusieurs transpo-
a Cette lettre , datée du 2 2 septembre , sitions de ce genre.
seuremeDt la personne qui vous rendra cette lettre vous empeschera Septemb. >>>■>■ de la lire par la relation qu'il vous voudra faire de tout ce qu'elle l a veu el recognu en ce pays. Neantmoina, comme je ne crois pas qu'il soit aysé de vous bien représenter à quel point et avec quelle passion je suis vostre serviteur, il faut (|ue je vous le dise moy-mesme, el je vous advoue que je m'y trouve bien empesché; car je recognois que je ne sçaurois rien dire qui exprime une partie de ce qui en est.
Pour response à vostre dernière lettre du 1 8, je vous diray de m'estre si bien expliqué, par mes trois dernières depesches à Y Enfant'2, sur toutes choses, que je ne sçaurois que vous importuner de vous repeter aucune chose là-dessus. Je vous conjure pourtant de dire au Roy et à la Revne qu'en tout ce que j'ay mandé, je n'ay autre but que leur service et le repos de la France, duquel dépend le restablissement de l'authorité royale. Car je vous jure devant Dieu que je seray3 au desespoir et inconsolable toute ma vie, si mon retour devoit causer la moindre chose, et, si vous en aviez le moindre doubte, je serois le plus malheureux des hommes. Je suis tres-obligé à l'impatience de 1 3 , iô, 22, 0\ et je souhaite, avec la passion que vous pouvez vous imaginer de les en voir desîivrez au plus tost, pourveu que Zabaol5 et son Confident6 n'en reçoivent du préjudice. Je me rcsjouys [de ce] que la Cour sera ce soir à Mantes. J'espère que cette approche de Paris produira quelque bon eiî'ect. Je prie Dieu qu'il soit tel que le Séraphin1 et la Mer* en tirent de l'advantage, et que, sans l'assistance de * et de #<J, [ils] pussent dire librement ce qu'ils ont dans le cœur.
' Les pronoms il et elle sont employe's 4 Ces trois chiffres et le signe 0 désignent,
indifféremment, dans la même phrase, pour je crois, la Reine et le Roi. Il arrive souvent .
remplacer personne. dans les lettres de Mazarin à la Heine, que
2 Quel est le personnage désigne' par plusieurs cliifl'res, placés de suite, n'indi-
ce pseudonyme? La clef, publiée par M. Ha- quent qu'une seule personne, venel. ne le cite pas. Il est probable que Ma- B La Reine. — s Le Roi.
zarin veut parler de ses trois dépêches à 7 La Reine. — 8 Mazarin.
Ondelei(voy. p. 200, 2^9 et 2G2). Il y est * Ces deux signes $ et %■ désignaient
question, en effet, de toutes les affaires. l'amour de la Reine et de Mazarin. Le Car-
1 La copie porte bien sera»/; la suite de diual souhaite pouvoir l'exprimer de \ive
la phrase semble demander serois. voix , sans l'emploi de ces signes.
Septemb. i052.
Aff. étr., France, t. 269, f° 226 v"; t. 3o du recueil des lettres de Mazarin.
Copie du temps.