A M. DE LIONNE
(extrait.)
Bouillon, 92 septembre iC52.
Apres ce que je vous avois escrit et dict à M. Servien à l'esgard de M. de Saint-Agnan ', je eroyois qu'il seroit tres-content, et qu'il auroit sujet de me tesmoigner quelque recognoissance du souvenir que j'avois de ses interests. [Cependant] je n'ay [pas] eu le bien de le revoir depuis mon retour2, nonobstant le séjour de la Cour à Blois, qui estoit à quatre pas de Saint-Agnan 3, et [quoy] que les soins que j'avois pris pour l'establir dans la charge qu'il a4, sans avoir nul esgard au sensible desplaisir que je faisois à M. de Roquelaure5 et à M. de Brienne, à qui la Revne l'avoit faict espérer au défaut de l'autre, ny au peu de satisfaction que M. le Prince en tesmoignoit, eussent pu mériter un compliment de M. de Saint-Agnan dans ma persécution, ayant receu seulement une de ses lettres, lorsque je vous fis quelque plainte de son silence.
Il m'a escrit trois lettres fort pressantes et m'a depescbé deux gentilshommes. Il me parle comme si j'estois coupable du commandement du Berry qu'on ne luy a pas donné, et vous sçavez si j'ay eu aucune
1 François de Beauvillier , comte de Saint- Agnan ou Saint-Aignan , était un des quatre premiers gentilshommes de la chambre du Roi. Il fut nommé, en i663, duc et pair de France, et mourut à Paris, le 16 juin 1687, à 78 ans (Journal de Dangeau, t. II,
2 On a vu que Mazarin avait rejoint la Cour à Poitiers dans les derniers jours de janvier i65a.
3 Saint-Aignan est aujourd'hui chef-lieu de canton de Loir-et-Cher.
1 II est probable que Mazarin veut parler de la charge de premier gentilhomme de la chambre du Roi.
5 Gaston, marquis de Roquelaure. avait obtenu un brevet de duc au mois d'août i652. Il fut nommé chevalier des ordres du Roi en 1661 et mourut en i683. à l'âge de 68 ans.
part à cela. Il se plaint que le Roj songe à l'aire mareschal de France Septemb. 1659. M. de Palluau pour avoir pris un chasteau ', après dix mois de siège et après avoir mal vescu avec moy dans mon absence; et cependant chacun avoil creu impossible l'entreprise de Montrond, tant a cause du peu de monde que Palluau avoil, comme parce qu'on ne mettoit pas eu contestation que c'estoit une des meilleures places de l'Europe, réduite pourtant à l'obéissance du Roy en deux mois; et pour ce qui est de moy, vous sçavez que M. de Palluau m'accompagna du Havre2; il m'a. en outre, envoyé visiter doux fois à Brulle (sic)3 et faict beaucoup de propositions pour mon advantage.
Les services de M. de Saint-Agnan, sa naissance, son zèle pour le Roy et pour f Estât, luy donnent lieu de prétendre et d'espérer toutes sortes de grâces de la bonté et de la justice de SaMu;; mais je n'aurois pas creu pour cela nécessaire de trouver à redire à la bonne volonté que le Roy pouvoit avoir pour d'autres, ny s'engager à dire qu'il est dans l'infamie jusques à tant qu'il ayt receu les lettres de duc4. M. de Souvré5 est le plus ancien des gentilshommes de la chambre; Mme sa femme est fort bien avec la Reyne; ils sollicitent le mesme honneur; mais ils n'ont pas la croyance d'estre dans l'infamie jusqu'à tant qu'ils la vent receu. Le Roy a donné le baston de mareschal de France à M. le duc de La Force, aagé de soixante douze ans, avec une approbation générale, et pour le surplus, ou M. de Saint-Agnan est mieux informé que je ne le suis, ou les personnes qu'il me nomme n'ont pas encore ny les lettres de duc6 ny la qualité de mareschal de France.
Je suis marry d'estre contraint, par la manière avec laquelle M. de
1 La forteresse de Montrond.
* A mon départ du Havre. Mazarin avait quitté le Havre en février i65i. (Voy. le I. IV. p. 3i. des Lettres de Mazarin.)
3 Nous avons déjà remarqué que Mazarin écrit toujours Brulle ou Bruel, au lieu de Brûlil.
1 Sainl-Aignan n'obtint, comme on l'a dit. qu'en î 663 la dignité de duc et pair.
5 Jean de Souvré, marquis de Courteuvaux, avait épousé Catherine de Neuf\ilk\ dame d'atour d'Anne d'Autriche. Il mourut en i656, dans sa soixante-douzième aimée.
'' Il est probable que le brevet de duc accordé à Roquelaure était la principale cause des plaintes de Sainl-Aignan, quoique Mazarin ne le dise pas expressément dans cette lettre.
l'JI-MWliur tATIOSiLE.
Septemb. i65a. Saint- Aignan ' m'escrit d'entrer en ce destail, et j'aurais bien voulu lé servir pour satisfaire à la forte inclination que j'ay tousjours eue pour luy et à l'estime particulière que j'ay faicte de son mérite, nonobstant les sujets que j'avois eus de croire qu'il n'eust pas, dans ces derniers temps, L'amitié pour moy qu'il m'avoit si obligeamment tesmoignée par le passé. Enfin mon intention est de le servir, et de la bonne manière, et en cas qu'il n'y ayt pas apparence à mon prompt retour, je depescheray exprez à la Cour pour supplier Leurs Mlcz de luy départir la grâce qu'il demande, afin qu'il puisse servir, dans la prochaine année'2, avec entière satisfaction.
Pour vostre esgard, je n'ay rien à adjousfer à ce que j'ay dict à M. Servient3 et à M. de Lessins4. N'ayez nulle inquiétude et croyez que je n'oublieray rien afin que vous ayez le repos d'esprit au poinct que vous-souhaitez.
GXXII.
Bibl. nat., ms. f. fr., t. 6891, f 222; déchiffrement. — Bibl. Mazarine, ms. 11° 1719, t. lit. f° 72 \". — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Bouillon, 3^1 septembre 1 65a.
(extrait.)
Je ne croy pas que, depuis longtemps, il se soit fait une action plus ineschante et de plus mauvais exemple que celle qu'a faicte le comte d'Harcourt, abandonnant l'armée5, après l'avoir toute ruinée au siège
' Ici et plus bas, la copie porte bien ' Humbert de Lionne, neveu d'Hugues
Saint- Aighan; plus haut, Saînt-Agnan. de Lionne, était seigneur de la terre de
2 Les quatre premiers gentilshommes Lessins ou Lesseina, en Dauphin»1. On a vu
de la chambre du Roi servaient par année. (t. IV, p. /j34, des Lettres de Mazarin)
à lour de rôle. que M. de Lessins était premier gentilhomme
1 Ce non), dont l'orthographe varie sou- de la Manche,
vent dans les manuscrits du temps, est écrit B Mazarin veut parler de l'abandon de
ici Servient et plus haut Servien. l'armée de Guyenne parle comte d'Harcourt.
Dl CARDINAL MAXAR1N. l275
de \ illeneufve ', sans prendre la place, pour venir s'estajbljr.à Brisach, Septemb m après s'en esfre rendu inaistre par les voyes (pie chacun sçait. C'est pourquoyje cro\ que le Roy ne sçauroit dissimuler cette action sans se faire beaucoup pins de préjudice qu'il n'en sçauroit arriver en ne la dissimulant pas. quelque chose qui puisse arriver.
Je serois donc d'advis que l'on fist de grandes remonstrances à son envoyé pour lu\ faire bien cognoistre quelle a esté la conduite du comte d'Harcourl; combien le Roy a de sujet d'en eslre mal satisfait et que ledict comte n'a d'autre voye pour justifier actuellement son procéder qu'en remettant la place entre les mains de Sa Majesté. On lin peut aiiNs) adjouster que, si ledict comte croyoit de ne pouvoir pas demeurer en Alsace sans avoir ladicte place, le Roy luy donnerait volontiers quelqu'autre gouvernement en eschange; et que, quand mesme Sa Majesté voudrait, Elle ne pourrait pas luy donner les provisions du gouvernement de Brisach, m'en ayant gratifié il y a longtemps, ainsy que luy-mesme sçait fort bien.
Et afin qu'une simple response que le Roy pourrait faire à sa lettre ne luy pust servir de tillre pour sa justification devant le monde, je serois d'advis qu'on en fist une bien estudiée, afin qu'elle pust mesme estre publiée, en cas de besoin, laquelle portast en substance que le feu Roy et Sa Majesté régnante ont assez tesinoigné la satisfaction qu'Elles ont de ses services par les rescompenses qu'ils luy en ont données; que Sa Majesté est bien marrye de ne pouvoir pas à présent • lire la mesme chose de son procéder, tant à l'esgard de Brisacb que de son despart de l'armée, l'ayant abandonnée comme il a faict, sous prétexte d'avoir eu advis certain qu'on le vouloit faire arrester, quoy (pi il sçache mieux que personne que Sa Majesté n'y a jamais songé; que, s'il est vray que son zèle pour le service du Roy, croyant autrement Brisach perdu, l'a obligé d'en user en la manière qu'il a faict, il a moyen de satisfaire Sa Majesté et de desabuser tous ceux qui pourraient croire le contraire, au préjudice de son honneur, en remet-
\ Qleneave d'Agenois ou d'Agen (auj. chef-lieu d'arr. du dép. de Lot-et-Garonne).
SepkMnii. i(i.j2. tant la place ez-mains de Sadicte Majesté, puisqu'il mande qu'il en est le maistre, et d'autant plus que le Roy ayant desjà disposé de ce gouvernement en laveur d'une autre personne, il ne veut pas manquer a sa parole. Je croy mesme qu'on pourrait insérer succinctement dans ladicte lettre le faict comme il s'est passé en l'affaire de Brisach, ou au moins le coucher dans un escrit à part, et se remettre, par la lettre, au contenu dudict escrit.
Le faict est que le Roy estant mal satisfait de la conduite de Charlevois, qui ne rendoit aucune déférence à ses ordres, après avoir eu patience plus d'un an, le faict arrester et conduire à PhilipsbourgJ. estant persuadé qu'il ne pouvoit choisir un lieu plus seur ny plus propre pour estre fidèlement gardé, parce que le comte d'Harcourt en estoit gouverneur.
Cependant on pratique Charlevois de la part dudict comte; on luy promet sa liberté et son restablissement dans Brisach, pourveu qu'il s'engage à y faire recevoir le comte d'Harcourt et le rendre maistre de la place. Charlevois en convient; ensuite on le tire de prison et on le ramené à Brisach. M. le comte d'Harcourt y envoyé madame sa femme2 et ses enfans, avec de l'argent qu'il avoit receu en Guyenne, à la faveur de son employ. Charlevois le reçoit et en paye deux quartiers à la garnison, apaisant ainsy ceux qui disoient hautement qu'il ne falloit recognoistre aucun gouverneur dans la place, qui n'eust les provisions du Roy.
Le comte d'Harcourt depesche quantité de gentilshommes et de courriers à la Cour protester à Leurs Maj estez de sa fidélité, protestant que tout ce qu'il avoit faict à Brisach, c'estoit pour asseurer la place au Roy et estre en estât de la remettre ez-mains de la personne à qui le Roy l'avoit destinée. H presse pourtant, au mesme temps, pour en
1 On a déjà vu, p. 77, note 1, que ia 2 Marguerite-Philippe du Gambout, ma-
duchesse de Nemours raconte, dans ses ride, en 1 63 9, à Henri de Lorraine, comte
Mémoires (p. 654 de l'édit. Michaud et d'Harcourt, morte -en 167^. Il a déjà été
Poujoulat), comment on réussit à attirer question de la comtesse d'Harcourt. (Voy.
Cbarlevoix hors de Brisach pour l'arrêter. ci-dessus, p. i3, note 1.)
obtenir les provisions, disant qu'elles Iny estoyent nécessaires pour Septemb. i65a pouvoir plus absolument disposer de la place suivant la volonté i\u Roy, et ne laisse pas pour cela de faire courir le bruit, dans l'année de Guyenne, qu'on le veut arrester, e1 (jue tantost un ollicier et tantost l'antre en ont receu ordre de la Cour, et ce avec double dessein, le premier pour voir si Tannée pourroit faire quelque mouvement en sa faveur, et l'autre pour jeter les fondemens de la retraite qu'il méditait de faire furtivement à Brisach.
Du costé de la Cour, on luy refuse tousjours les provisions du gouvernement de Brisach; on tesmoigne de luy sçavoir gré des asseurances qu'il donnoit de vouloir faire remettre Brisach à qui il piairoit au Rov, et l'on guérit aysement les soupçons que ceux qui venoient, de sa part, tesmoignoient d'avoir qu'on le voulust faire arrester. H entreprend là-dessus le siège de \iHeneufve; il y réussit mal; l'armée se dissipe; celle de M. le Prince se fortifie, et son party reprend vigueur en Guyenne. Le Roy mande au Flessis-Belliere de mener au comte d'Harcourt les troupes qu'il commandoit du costé de Brouage, afin de pouvoir prendre \illeneufve avec ce renfort et sauver la réputation du comte d'Harcourt, avec celle des armées du Roy engagées à ce siège.
Le comte d'Harcourt avoit depesché Piloy * pour demander ce secours avant que de lever le siège; on donne à l'instant les ordres qu'il desiroit, et l'on renvoyé ledict Piloy vers luy; mais, avant qu'il y fust de retour, le comte d'Harcourt part, de nuit, de l'armée avec trois ou quatre personnes seulement, et sans rien dire à qui que ce soit, après avoir disposé des relais en divers endroits, où il avoit résolu de passer; il prend le chemin de la Franche-Comté et marche tousjours desguisc Arrivant à Basle, il se déclare et reprend son cordon bleu, et respondit à quelque curieux qui luy demandoit ce qu'il avoit pris en Guyenne, qu'il avoit pris Brisach. Il se rend, peu de jours aprez, en cette place-là; Charlevois va au devant de luy et luy présente les clefs. Il reçoit ensuite, en entrant, les acclamations que l'argent, distribué
' Ce nom est écrit tantôt Piloy, tantôt Pilois. '
Septemb. i66a. par lodict Charlevois, luy avoyt préparées. Et de cette manière, il si rend maislre de Brisach, blessant en inesine temps si outrageusement l'anthorilé du lloy et l'amitié qu'il avoit si solcninelleinenl promise à eeluy à qui il sçavoit que Sa Majesté avoit donné ce gouvernement.
Aprez cela, il croit qu'en escrivant au Koy, à la Iieyne et à toute la Cour, sans oublier ies femmes de chambre, qu'il esblouira tout le monde, qu'il obligera un chacun d'applaudir à son action, et qu'il lu\ sera aysé de la justifier par le moyen des provisions du gouvernement, qu'il demande au Roy comme si c'estoit une bagatelle.
Voilà l'histoire véritable de la conduite du comte d'Harcourt, et parce que, tant dans les lettres qu'il escrit à présent que dans celles qu'il a escrites cy-devanl, il se sert volontiers, parlant de Brisach, de cette phrase : ïadvanlage que ma bonne fortune ma donné, il ne seroit pas mal de la relever dans la response que le Roy luy fera ; car il est assez esvident que ce n'est [pas] sa bonne fortune, mais son peu de probité, et le mespris qu'il a faict des ordres du Roy, qui luy ont donné cet advantage dans un temps où les ingrats prospèrent.
J'avois oublié de vous dire que je croy absolument nécessaire que. lorsque l'envoyé de M. le comte d'Harcourt s'en retournera vers iu\. on le lasse accompagner de quelqu'un, de la part du Roy, afin qu il puisse rapporter la response dudict sieur comte. Cette personne pour* roit estre chargée d'entrer avec luy en négociation de quelque eschange du gouvernement d'Alsace, avec ses dépendances, et de celuy de Philipsbourg; mais il faut surtout que M. le comte d'Harcourt demeure persuadé que jamais le Roy ne souffrira qu'il jouisse d'un gouvernement qu'il s'est ainsy donné luy-mesme; car asseurement il sera obligé à songer à ses alfaires, ayant plus à perdre en France que ce qu'il pourroit espérer des Espagnols, lesquels il est impossible qu ils se résolvent jamais à sacrifier les interests de l'archiduc d'Inspriick ' à ceux du comte d'Harcourt, le Roy n'ayant pas encore payé le million qu'il est obligé de payer par le traité de Munster2; et peut-estre il ne
1 Sigismond-François d'Autriche, archiduc d'Inspriick, mort le a5 juin 1G62. — ' Pour indemniser l'archiduc d'Inspriick des domaines qu'il avait en Alsace.
seroit pas mal que vous, on M. Servien. ou M. de Sennolerre, disiez <lou- Sepierab. i65a. cernent à Vnlicbamp ' et au prince d'Harcourt"', que, si le Uoy, faute de pouvoir payer ladicte somme., esl obligé de remettre Brisacli et l'Alsace audiet arcliiduc, le comte d'Harcourt se pourroit trouver bien embarrassé, perdant sou bien en France, sans pouvoir conserver tvluv qu'il dici que sa bonne fortune luy a donné en Allemagne. Si la Tivoliere :i estoit à la Cour, il s'aquitteroit fort bien de cette commission; à son défaut, Lessins ' seroit fort propre et feroit la cbose avec adresse et affection.
Je finira? en vous disant que, comme les affaires sont en un estât où l'on ne sçauroit faire la paix sans restablir M. de Lorraine, il n'y a rien que le Uoy ne doive pratiquer pour empescbcr que cet establissement ' ne demeure entre les mains d'un prince de la maison de Lorraine0, estant aysé de prévoir le préjudice irréparable que la France en soulïriroit avec le temps.
GXXIII.
Bibl. nat., ms. f. fr., I. 6891, 1'° s3o; déchiffrement. — Bibl. Mazarine, ms. 11° 1719, t. III, f° 5y v°. — Copie du temps.
A M. LE TELLIKR.
(bxtiuit.)
Bouillon, 9.h septembre i65a.
Manicamp7 m'a escrit une lettre assez extravagante. Je ne luy ay
' Anticbarup ou Aulicliamp. Le nom il'Auticliamp. cpji est devenu célèbre à l'époque de la Révolution, est rarement cité dans les mémoires du xvne siècle. Dangeau rapporte, à la date de 1692 (Journal, t. IV. p. 60), que rd'Autichamp le lits» acheta nue lieulenance de roi d'Anfan. Ce personnage est probablement te ûls de celui dont il est question dans la lettre de Mazarin.
' Le prince d Harcourt était, comme on la dit. Charles de Lorraine, fds aîné du
duc d'Etbeuf et neveu du comte d'Harcourt.
3 JeanDorgeoisedelaTivolièrefutnommé maréchal de camp en i652.
* Voy. ci-dessus, p. 274, note k.
" be place de Brisach.
6 Le comte d'Harcourt était d'une branche cadette de la maison de Lorraine. (Voy. la table du tome I", p. g32, des Lettres de Mazarin.)
1 Achille de Longueval, comte de Manicamp. (Voy. ci-dessus, p. 198, note 1.)
Septemb. i65a. respondu qu'un mol, luy disant que je voy bien son but dans la querelle qu'il me l'aict, qui est d'empescher qu'on ne luy parle de La Fere1; et, en efîect, je le croy ainsy; car il n'y a pas apparence qu'il fust assez fol pour presser d'estre faict marescbal de France, avant si mal reussv au siège qu'il a voulu mettre devant Coucy 2, et à celuv qu'il a voulu soustenir dans Cbauny 3. J'escris en outre à M. le mareschal d'Estrée 4 ce que je n'ay pas jugé à propos de dire dans ma response à Manicamp. Je vous envoie la copie de la promesse qu'il me fit, en présence dudict sieur Mareschal et de M. de Senneterre, de me remettre, toutes fois et quantes que je voudrois, la place dont vous sçavez bien que Leurs Majestez m'avoient donné le gouvernement. En outre de ladicte promesse, il me donna encore la moitié d'un double louis rompu que je garde, afin qu'il pust remettre la place à celuy qui la luy porteroit, de ma part, sans qu'il fust besoin de lettre. Je m'estonne qu'il vous ayt parlé de Dourlens et de l'argent; car Dourlens seul vaut trois fois La Fere. et il sçait bien que le marquis de Nesle5 n'a jamais demandé du gouvernement0 que trente cinq mille escus.
Je m'asseure que M. le mareschal d'Estrée et M. de Senneterre feront tout ce que je puis souhaiter pour me sortir de cette affaire comme je l'ay extrêmement à cœur. Je vous conjure aussy de n'y rien oublier, et d'y travailler en sorte que j'en aye satisfaction, ou qu'au moins Manicamp n'ayt pas sujet de se mocquer de moy.
1 On a vu ci-dessus, p. 198-199, que Mazarin voulait enlever à Manicamp le gouvernement de la Fère.
" Le château de Coucy, dont les princes s'étaient emparés, avait été assiégé sans succès par les troupes royales, au mois de mai i652 (Journal de Dubuisson-Aubenay , t. II, p. 229). Coucy-le-Château est maintenant chef-lieu de canton du dép. de l'Aisne, arr. de Laon.
3 Chauny est aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Aisne.
4 Le maréchal d'Estrées avait épousé, en
troisièmes noces, Gabrielle de Longueval. fille d'Achille de Longueval, marquis de Manicamp.
5 Louis-Charles de Mailly avait épousé, en i648, Jeanne de Monchi, et avait obtenu, par suite de ce mariage, les marquisats de Nesles et de Montcavrel. Il mourut, en 1708, à quatre-vingt-dix-huit ans (Journal de Dangeau, t. XII, p. 106). ^11 laisse, dit Dangeau, plus de 60,000 écus de rente en fonds de terre. 1
0 Comme prix du gouvernement de la Fère.
Il est \i.i\ que Bartet m'a dict, de la pari de M. de Yilleroy l, qae, si Septemb. i65 je retardois tant soi! peu mou retour à la Cour, tout estoit perdu, et m'a adjousté que beaucoup d'autres personnes luy avoient parlé dans les mesmes termes, ei qu'enfin c'estoit L'advis généralement de presque toute la Cour; niais je nie suis niocqué de tout cela, et je suis entièrement du vostre.
Il faut seulement songer à deux choses et les presser avec esgale diligence : la première, d'estre esclaircy, sans aucun deslay, comme je vous l'ay desjà mandé, des intentions de M. le Prince pour l'accommodement, et si, à son défaut, Ton peut obtenir la séparation de M. le duc d'Orléans, afin que le Roy puisse, sans retardement, prendre ses mesures de façon ou d'autre. L'autre est ma justilication, à laquelle j'espère que Messieurs du Parlement [séant] à Ponloise donneront les mains d'autant plus volontiers, qu'outre qu'ils me l'ont promis, toute la France voit clairement si c'estoit mon séjour à la Cour qui obligeoit les princes à la guerre, ou si c'estoit leur ambition. Et d'ailleurs il leur faut faire voir qu'encore que le terme soit passé , je ne parle pas de mon retour.
Je vous ay escrit assez au long sur ce que j'ay jugé qu'on pou voit faire avec M. le Prince2, M. le duc d'Orléans et M. de Lorraine, et on m'aura faict la justice de croire qu'en tout ce que j'ay dict, je n'ay eu d'autre but que le service du Roy. Si j'ay quelque chose à y adjouster ou diminuer, c'est que l'accommodement avec M. le Prince estpreferable à tout par les raisons que je vous ay mandées, la moindre desquelles n'est pas la persécution qu'on souffre presque de tous ceux qui se disent serviteurs du Roy, qui croyent devoir profiter du temps par des prétentions fort exorbitantes, et avec une telle presse qu'ils font assez cognoistre qu'à moins de satisfaction ils sont tous prests à changer de party; et pour les gouverneurs de places, presque tous commencent à estre persuadez qu'elles leur appartiennent en propre, et qu'ils se doivent cantonner dans leurs gouvernemens, de sorte que, la guerre
1 \oy. sur le mon;chal de Villeroy. le t. I", p. 967, des Lettres de Mazarin. — 2 Voy. ci-dessus, p. 252 et suiv.
uuiih. — t. 36
IMMUMEIUE SATIOX-ÏIC
Sepiemb. i65a. civile continuant, le Roy se trouvera réduit à n'y avoir pas grand pouvoir.
Ce qui me faict peine sur le faict de M. le Prince, c'est que nous avons grand sujet de ne faire aucun fondement sur sa disposition à la paix, puisqu'il prend continuellement de nouvelles mesures avec les Espagnols pour s'engager de plus en plus avec eux. Vous voyez qu'il prétend porter Fuensaldagne à s'engager contre moy, et à déclarer que le roy, son maistre, veut traiter la paix par le moyen de M. le Prince; et quoyque ce soit une chose tout-à -faict ridicule que le roy d'Espagne prétende choisir les personnes dont le Roy se devra servir pour traiter la paix, et en exclure les serviteurs de Sa Majesté, qui sont attachez à leur devoir, comme moy, avec une fidélité inesbranlable , pour y faire employer ceux qui sont dans la rébellion et liguez avec les Espagnols, comme l'est M. le Prince, neantmoins il faut, à mon advis, songer de bonne heure à parer ce coup, afin que, dans la corruption où nous sommes, la déclaration que l'Archiduc et Fuensaldagne pourroient faire contre moy, et à l'advantage de M. le Prince, ne fasse impression parmy le peuple. Pour cet effect, je vous prie d'examiner, avec M. de Servien (sic) , s'il ne seroit pas bon d'éventer la mine, publiant les instances que M. le Prince faict auprez des Espagnols pour les porter à ce que dessus; et on ne pourra pénétrer par quel endroit nous aurons descouvert cecy, puisqu'il est certain que M. le Prince, par le conseil et à la poursuite de diverses personnes qui sont à Paris, aura faict les dictes instances à Fuensaldagne; car il ne faut pas douter que Viole, Saint-Romain et Croissy n'ayent pris part en cette affaire; et, quand nous croirions la mesme chose de MM. de Chasteauneuf et de Chavigny, et d'autres encore, je ne croy pas que nous fassions de jugement téméraire. Je vous prie, de nouveau, de prendre la peine de voir et d'exécuter ce qui se pourra faire pour rompre leur dessein.
Si M. le Prince n'a pas intention de s'accommoder, comme j'appréhende fort, je croirois possible de séparer S. A. R. de luy et de la gagner tout-à-faict , particulièrement si, par l'approche du Roy vers Paris, la ville faict quelque déclaration en faveur de Sa Majesté, ainsy
qu il v a lieu de l'espérer, et si les troupes de M. de Lorraine se re- Septemb. i65a. tirent.
Pour celuy-cy, je ne vous sç&urois dire autre chose, si ce n'est que c'est nu brouillon tres-mal intentionné, qui se plaist à la vie qu'il m. 'ne. et <|ue ion ne peut faire aucun fondement sur quoy que ce soit qu'il advaiK'o. Et si l'on pouvoit le battre avec les mesmes armes dont il se sert contre nous, ne tenant jamais rien de ce qu'il promet et nous faisant tout le mal qu'il peut, ce seroit le meilleur.
Ce qui me donne de l'inquiétude, c'est que je voy que luy et M. le Prince ont grand interest à ne se séparer pas; car, estant unis, ils ont leur seureté toute entière; et, séparez, nostre armée pourroit entreprendre sur eux avec asseurance d'un bon succez. Et vous voyez bien qu'en peut inférer cela des propositions qu'il a faictes à M. de Ghasteauneuf, de faire esloigner les armées à dix lieues de Paris, et d'un passe-port gênerai pour se retirer à la frontière, et mesme conjointement avec M. le Prince. Ce qu'il ne faut pas douter qu'il n'ayt proposé avec la participation de M. le Prince; et il y a grande apparence que c'est avec dessein, estant sur la frontière, de disposer Fuensaldagne à les appuyer avec ses troupes, pour prendre des quartiers d'hyver en France; ce qu'ils auroient peine à faire dans le cœur du royaume, outre que Fuensaldagne ne se resoudroit jamais à s'advancer avec son armée jusqu'au point de ne pouvoir plus donner la main aux places des Pays-Bas.
Je croy qu'on aura donné bon ordre à Bethune1, puisqu'on a eu le temps d'y jeter tant de troupes qu'on aura voulu, et pour empescher que les deux princes susdicts et les Espagnols qui ont tous le mesme interest, puissent s'establir en de bons quartiers d'hyver en France. Il tau t que MM. de Turenne et La Ferté travaillent à l'empescher, fortifiez de toutes les troupes qu'on leur pourra envoyer, et mesme de la noblesse et des communes des endroits que les ennemis pourroient choisir pour y prendre leurs quartiers, et qui, ayant un interest particulier à l'empescher, se joindront volontiers à l'armée du Roy.
1 Pour mettre Bélhune en e'tat de défense.
Sftpiwnb. i65a. Il seroil auss\ à craindre que les deux princes susdicts, ayanl intereet et envie de voir conclure la paix générale à des conditions tout-à-faict advantageuses pour l'Espagne, pourroient (sic) presser Fuensaldagne de s'advancer avec son armée, luy donnant à entendre que, moyennant cela, il contraindra le Roy à subir la loy (ju'il luy voudra imposer pour avoir la paix, non seulement par la supériorité des forces de leur party, mais aussy par l'espérance dont ils le flatteront, que généralement tous les François, la voulant avoir à quelque prix que ce soit, applaudiront à ceux qui la proposeront, sans trouver à redire aux conditions tout injustes qu'elles soyent, et crieront contre tous ceux qui y penseroient apporter la moindre difficulté.
Je me resjouy, de tout mon cœur, de la resolution que Leurs Majestez ont prise d'aller à Mantes, et j'espère que, quoyqu'on ne soit pas si prez de Paris qu'à Saint-Germain ou à Pontoise, cette approche ne laissera pas de produire quelque bon eflect. Pour moy, je n'ay pas jugé à propos de retourner encore à Sedan, quoyqu'il y ayt desjà dix-huict jours que je suis icy, croyant que, par cette œuvre de subrogation \ je mets de plus en plus nos ennemis dans leur tort. Je fais pourtant estât de m'y en aller dans deux ou trois jours.
Je ne trouve autre chose à dire à toutes les assistances données pour la conservation de Barcelonne et de Casai, si ce n'est qu'il est à craindre, et particulièrement celles de Catalogne, qu'elles n'arrivent aprez coup et que, par ce moyen, l'on ne perde la place et l'argent. Ce n'est pas que je ne continue à estre du mesme advis que je vous av mandé, c'est-à-dire de haster les secours par terre et de renvoyer en ces costez-là l'escadre du chevalier de La Ferriere; car dans la foiblesse. dans la confusion et dans la disette des vivres où sont les Espagnols, il ne seroit pas impossible que nous n'y puissions faire un coup. En tout cas, nous asseurerions par là le Roussillon, empescherions qu'il n'arrive des esmotions dans le Languedoc, et retiendrions un pied dans la Catalogne, qui, avec un peu de bonheur, nous donneroit lieu de pou-
1 G'est-à-rlire,^rtr un exil plus long que celui auquel je m'étais soumis.
DU CARDINAL M \X\UIN. 285
voir nous v l'aire considérer encore et rendroit les Espagnols plus ferai- Septemb. i65s tables dans les conditions de la paix. Je VOUS prie, non seulement pour le service du Roy, mais auss\ pour l'amour de inoy, de travailler pour la conservation de la Catalogne plus que pour tout le reste, osant vous respondre qu il n'\ a rien de s\ important. Tout ce que vous nie mandez avoir esté résolu pour Casai est fort bien. Je croy que le chevalier de Baradal l s'acquittera fort bien de l'employ que le Roy luy donne; mais il ne faut [pas] qu'il perde un moment de se jeter dans la place.
GXXIV.
Aff. tir.. Franco, t. 200, f" 229; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.