‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 49 sur 145 · AU BAILLY DE VALENCEY · texte numérisé non relu

AU BAILLY DE VALENCEY

Bouillon, afi septembre i6.r>->.

i KTTRUT.)

J'ay esté fort estonné que le Pape se soit bazardé à nommer un Nonce pour venir en France sans participation du Roy, au préjudice de l'usage ancien et observé en des temps bien moins jaloux3 que celuy-cy. Vous aurez sceu à présent les intentions du Roy là-dessus*, et je ne doute point que vous ne les ayez portées 5 avec la fermeté et le zèle que vous avez accoustumé.

J'ay veu ce que vous m'escrivez du grandat0 de don Camille7. Les

Pierre, chevalier de Baradat. nommé Marseille et ne put pénétrer dans l'intérieur

maréchal de camp en i65o, obtint, dans la de la France.

suite, le gouvernement de Casai: il mourut 5 Le mot portées a ici le sens de soute-

ea 1082 (18 août). nues,

* On a vu (t. IV, p. 85, des Lettres de " On se sert ordinairement du mot gran-

Mazarin) que le bailli de Valence, ou de Va- desse pour désigner la dignité de grand

lencey. était ambassadeur de France à Rome. d'Espagne.

3 On a déjà dit que le mot jaloux s'em- 7 Don Camille Panûlio, neveu du pape

ployait dans le sens dexposé à des dangers. Innocent X, était un des partisans déclarés

' Le Nonce, nommé Corsini, fut arrêté à de l'Espagne.

Septemb. 166a. Espagnols tiendront l'oncle et le neveu attachez par cette chaisne, tant que le pontificat durera1; et après la mort du premier, le neveu deviendra par là leur esclave. C'est une chose estrange que les Papes preschenl tous cet Evangile2, quand ils ne sont que cardinaux, et qu'aprez ils l'oublient et donnent si aysement dans ce piège.

Je ne sçay pas comment la princesse de Rossano3 peut dire que le procéder qu'elle tient à l'esgard des Espagnols n'est que pour les repaistre d'apparences; car il me semble que c'est s'attacher assez réellement aux interests d'Espagne que de poursuivre le grandat pour son mary.

Je suis ravy de la ferveur de M. le cardinal Barberin4 pour les interests de cette couronne; il faut cultiver soigneusement les bons sentimens qu'il tesmoigne, en tous rencontres, d'avoir pour la France. Je m'asseure que la grâce que Leurs Majestez ont faicte à M. le cardinal Antoine5, en luy accordant l'evesché de Poitiers, ne les aura pas diminuez. Il vaut trente mille de rente et plus, et on le deschargera, dans le rencontre6, de la pension que le Roy a esté obligé d'y mettre. On songera aussy à quelque église pour M. le cardinal d'Esté7.

On a faict jusqu'icy tout ce qui se pouvoit humainement pour la conservation de Barcelonne, et l'on n'oublie encore à présent aucune sorte de diligence pour tascher à sauver cette place, d'où despend le salut de la Catalogne; mais je crains bien que nous n'en recevions dans peu de mauvaises nouvelles. Neantmoins il n'y a encore rien de désespéré.

Je vous suis obligé de la part que vous prenez à la perte que j'ay

1 Innocent X vécut jusqu'au 7 jan- ' \oy. ibidem, sur Antonio Barberiniqu on vier i655. appelait le cardinal Antoine. Ce cardinal

2 Le principe de l'indépendance envers avait été nommé évêque de Poitiers; mais les diverses puissances temporelles. il ne put obtenir les bulles du Pape pour

3 Don Camille Panfilio avait épousé en remplir les fondions.

Olympia Aldobrandini , princesse de Ros- 6 La copie porte bien le rencontre; il

sano, après avoir renoncé à la dignité de semble bien qu'il faudrait : ce rencontre. cardinal. ' Le cardinal d'Esté était protecteur des

1 François Barberin. (Voy. t. 1er, p. 910.) affaires de France à Rome.

faicte de mon neveu l; elle m'a esté lies-sensible par beaucoup de rai- Septamh i6&a.

sons; mais je ne dois pas laisser de louer Dieu de ce qu'il luy a faict la

grâce de mourir en bon estât* honoré de la bienveillance du Roy et

en signalant son courage et son zèle pour le service de Sa MlL'. Au reste,

j'ay trop de marques de vostre amitié pour douter que je n'en receusse

encore en ce rencontre.

Vil'. oL*. , France, t. a6(j , f° a3a ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

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