‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 51 sur 145 · AU PRINCE THOMAS · texte numérisé non relu

AU PRINCE THOMAS

Bouillon, 2r> septembrp i65a.

(extrait.)

Je ne m'estonne nullement de tout ce que V. A. me mande à l'es-

1 L Esprit, ou les Esprits, d'après la clef de M. Ravenel. est la duchesse de Chevreuse.

Septemb. i65a. gard des finances, et je voy avec beaucoup de chagrin les malheurs qui nous arrivent faute de pourvoir à temps à ce qui est nécessaire particulièrement pour la conservation des places. Je suis persuadé qu'il y a de la peine à trouver de l'argent; mais il me semble qu'on pourroit bien faire quelque chose de plus qu'on ne faict et dans le temps qu'il faut. Garde faire une grande despense pour secourir une place, quand elle est à la veille de se rendre, c'est, à proprement parler, perdre la place et l'argent. J'escris au long sur tout cecy aux personnes que je dois; mais je conjure V. A., pour la passion qu'elle a pour le service de Leurs Mtez, [d'agir, parce que] estant persuadées de son zèle et faisant l'estime qu'EHes font de son mérite, [Elles] profiteront asseurement des bons conseils que V. A. leur donnera.

M. Le Tellier a pris la peine de m'escrire les resolutions qui avoient esté prises tant pour la Catalogne que pour l'Italie. Elles sont fort bonnes; mais je prie Dieu que ce qu'on a ordonné arrive assez à temps pour produire les effects qu'on désire.

Comme je ne doute point que V. A. ne soit informée de tout ce qui se passe de plus secret, elle pourroit aysement destromper ceux qui adjoustent créance à tous les bruits qui courent et qu'il est impossible d'empescber. V. A. aura sceu qu'on ne m'a encore rien proposé de positif, de la part de M. le Prince, et je voudrois bien qu'il en usast autrement et se resolust de se mettre tout de bon dans son debvoir; car, par ce moyen, la guerre civile cesseroit, et 1 les progrez des Espagnols, qui seroient contraints de donner les mains à la paix générale; car V. A. voit bien qu'il n'est pas fort aysé, dans la constitution où est présentement le royaume, de conduire bien les affaires avec une guerre estrangere et une domestique, de façon que je suis marry que le bruit qui court que le traité avec M. le Prince estoit faict ne soit véritable, et je m'asseure que V. A. voudroit plus que personne que l'accommodement avec les princes fust desjà conclu à des conditions qui ne blessassent point la dignité du Roy. J'ay esté d'advis plus que personne du raze-

' Et a ici le sens de ainsi que.

mont de Montrond, la guerre devant continuer; mais je seray encore Septemb. i65a.

plus d'advis, pour radvantage du service du Roy, qu'on le rendisl à M. le

Prince bien fortifié, pourvoi! que, par ce moyen, le calme se restablist.

dans le royaume, et [que] on se mist en estât, par la cessation de nos

troubles, d'avoir la paix générale; ce que je ne soubaite pas par l'aflec-

tion quej'ay pour M. le Prince, mais pour celle que j'ay pour le Roy

et pour l'Estat.

Je supplie V. À. de parler souvent à la Reync et à MM. Servien et Le Tellier des choses qu'elle estime nécessaire qu'on doive faire et obliger à les exécuter, et je la conjure d'avoir la bonté de presser pour l'expédition de tout ce qui regarde l'Italie et de prendre la peine de donner tous les bons advertissemens, que V. A. jugera à propos, aux personnes qui y seront employées. Il y a grande apparence que le marquis de Caracene l agisse de concert avec M. le duc de Mantoue; mais ce secret devra paroistre bientost. Il faut pourtant espérer que les remèdes qu'on y apporte de nostre costé feront leur eflect et empesclieront aussy bien le duc de Mantoue de se déclarer, comme [ils empescheront] le marquis de Caracene de venir à bout de ses desseins.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , t. 6891 , f° 255; déchiffrement. — Bibl. Mazarine, ins. n" 1719, t. III, f° 79 v°. — Copie du temps.

À M. LE TELLIER

Bouillon, 27 septembre i652 2.

(errait.)

Je suis dans une extresme inquiétude de voir que la Reyne n'est pas persuadée que l'on doive faciliter beaucoup de choses pour obliger les princes à donner les mains à l'accommodement, et si je pouvois

1 Caracene était le gouverneur espagnol nal, celte dépêche est datée du 2 7 septembre; «lu duché de Milan. la copie porte la date du 25. La date donnée

1 Dans le déchiffrement, fait sur l'origi- par le déchiffrement m'a paru préférable.

HAZAR». — v. 38

iMpniMi.ru. n

i><J,S LETTRES

Septemb, i6&a. imaginer que Sa Majesté fust capable de croire que les conseils que je donne là-dessus eussent aucune relation à mon retour, je vous proteste que j'en serois inconsolable toute ma vie, et que je n'hesiterois pas à prendre les resolutions qui destromperoient Sa Majesté et tout le inonde de l'opinion qu'on pourroit avoir eue que j'eusse pu tomber dans une telle lascheté.

M. de Montaigu1 m'escrit fort succinctement là-dessus; mais je vois bien que la Reyne n'estoit pas trop satisfaite, et je n'en puis comprendre la raison, puisque, songeant nuit et jour aux ressources que nous pourrions avoir pour mettre les ennemis à la raison, je n'en trouve aucune qui me donne lieu d'espérer ce bonheur avec fondement. .Nous avons à combattre les Espagnols, les princes, M. de Lorraine, tous ceux qui sont de leur party, et presque tous ceux qui se disent serviteurs du Roy. Nous voyons, en outre, que les Anglois ont levé le masque contre nous '2; que la perte de Dunkerque est arrivée et que nous sommes menacez d'en faire d'autres encore plus considérables, et surtout que les moyens pour remettre en estât les armées du Roy et de pourvoir aux despenses nécessaires diminuent tous les jours. Si d'autres ont une veue diiFerente , je seray bien ayse d'estre adverty en quoy la mienne peut se tromper.

Je présuppose que M. de Senneterre, M. Servien3 et vous, avez esté d'advis par raison, et non par une simple complaisance pour moy, des choses que j'ay escrites; car, autrement, j'aurois grand sujet de me plaindre, si vous aviez prétendu, par ma seule considération, porter

' Voy. sur cet abbé de Montaigu, p. 233, l'autorité du souverain mal establie. De croire

note 1. que le temps donnera moyen de remédiera

2 En s'emparant des vaisseaux français tous ces inconveniens, il y a peu de sujet envoyés au secours de Dunkerque. de l'espérer. Les maux qu'on laisse establir

3 Les lettres de Servien à Mazarin , con- prennent racine et deviennent incurables, servées aux Affaires étrangères, prouvent M. le Prince a certainement de mauvais qu'il trouvait excessives les conditions im- desseins; il ne traite que pour gagner du posées par Condé. Il écrivait au Cardinal , le temps et se mieux establir. On doit tout •2 octobre 1 65a , que chacun demeurait d'ac- craindre de son humeur violente, avare, cord: « qu'on ne peut jamais tirer parti d'un ambitieuse et infidèle'?. (AIT. étr. , France, traité, où la réputation est abandonnée et t. 885, pièce 16.)

DU CARDINAL RlAZARIN. 299

la Reyne à \ donner les mains, et vous sçavez combien de fois et en SepWtob. i65a. quels termes je vous ay escril que mon retour ne dovoil eslre compté pour rien, et qu'il falloit seulement accorder ce qui, dans la conjoncture présente, scroit absolument nécessaire pour le service du Roy; ce que je vous réplique de nouveau de meilleur cœur que jamais, vous déclarant que j aurois sujet de me plaindre toute ma vie devons autres, Messieurs, si, pouvant rendre la condition de Sa Majesté meilleure en m'excluant de retourner à la Cour, vous aviez hésite à le l'aire.

Mrs actions ont esté jusqu'à présent si fort destachées de tout interest, et outre qu'il y paroist assez à Testât de mes affaires, la Reyne a pu, dans une longue suite d'années, recognoistre si clairement cette vérité, et que j'ay oublié toutes choses quand il a esté question du moindre advanlage de l'Eslat, que je vous advoue que je suis chagrin au dernier point d'avoir quelque sujet de douter qu'on n'en soit pas persuadé. 11 faut nécessairement qu'il y ayt quelqu'un qui eschaufle Sa Majesté contre l'accommodement avec M. le Prince, ou par animosité contre luy, ou par despit de n'estre pas employé dans la négociation, ou par mauvaise volonté contre l'Estat et contre moy, croyant de pouvoir embarrasser toutes choses en flattant la Reyne dans sa juste adversion contre M. le Prince; lequel, à la vérité, par sa conduite, doit estre en horreur non seulement à Sa Majesté, mais aussy à toute la France; mais cela n'empesche pas que la prudence ne veuille qu'au défaut des moyens de le ranger à son devoir par la force, on se serve de ceux par où l'on peut présentement remédier aux maux dont la France est affligée, puisqu'il y en auroit encore de plus grands à craindre dans la continuation de la guerre. En tout cas, si la Reyne estoit tout-à-faict contraire à ce raisonnement, vous avez eu grand tort de la presser; car nous devons préférer le contentement de Leurs Mlcz à toute autre chose; outre que Dieu donne souvent des lumières aux Roys, par le moyen desquelles ils cognoissent mieux ce qu'ils doivent faire que par tous les conseils qu'on leur sçauroit donner.

Si les espérances, que vous tesmoignez d'avoir, de quelque grand et favorable mouvement dans Paris à l'approche de Leurs Majestez, se

Sepiemb. i65a. réduisent à effect1, il faut faire la guerre à l'œil, et en user avec M. le Prince et les autres de mesme qu'ils font avec nous; car ils pretendeni plus ou moins, selon que leurs affaires advancenl ou reculent. Sur quoy je ne puis vous dire rien de plus particulier, parce que cela despend de ce que l'on voit sur les lieux.

Vous avez bien faict de n'envoyer pas Langlade à Paris en mesme temps que l'abbé Fouquet, par les raisons que vous me mandez. Et si M. le Prince, aprez toutes les facilitez qu'on apporte de la part du Roy à raccommodement, entre en de nouvelles prétentions et cherche des subterfuges, je croy qu'il se faut tenir pour dict qu'il n'a point de bonne intention, et qu'il a résolu de continuer la guerre et d'estre lié plus que jamais avec les Espagnols; auquel cas, il faudra tascher de profiter de son procéder auprez de S. A. R. et dans le public, ayant moyen de faire voir à descouvert, aprez le refus qu'il aura faict des conditions advantageuses que le Roy luy accordoit, que son dessein est de s'eslever sur les ruines du royaume.

Il se faut bien garder de donner les mains à la proposition de la trêve de deux mois, afin que l'armée des princes et celle de Lorraine vinssent vers Stenay, et que l'on pust ce pendant traiter avec moy de l'accommodement des princes et de la paix générale; car, outre les raisons que vous me marquez qui sont tres-fortes, la visée de ces messieurs seroit de prendre des quartiers dans la Champagne, et s'y establir par le moyen de la trêve sans aucune opposition. Le Roy ne peut pas empescher qu'ils se retirent à la frontière, s'ils le veulent; mais il ne faut [pas] qu'il y ayt aucun consentement à cela, de la part de Sa Majesté; ils peuvent en user comme ils voudront sur ce point, et Sa Majesté fera de son costé ce qu'Elle jugera plus à propos.

1 En effet, le 2 k septembre i652, un mais en consultant les lettres écrites au

certain nombre de bourgeois s'étaient réu- moment même, on voit que cette manifes-

nis au l'alais-Hoyal et avaient pris pour tation du parti royaliste eut des résultats

sigue de ralliement le papier, contre la paille, importants et contribua au retour du Roi à

marque dislinctive des frondeurs. Retz se Paris, comme je l'ai exposé dans Y Histoire

moque de cette assemblée qu'il n'avait pu de France sous le ministère de Mazarin, 1. 1",

diriger, et la traite de «mascarade ridicule *; p. 32 2 et sui

— - Septemb. i65a

GXXXIL

AIT. éfcr., Fronce, t. 2G9, f° 2/1-'» v°; l. 3o du recueil des Lettres de Matarin. —

Copie du temps.

\ M. DE MONTÀÏGU1.

Bouillon , 37 soplcmbre i65a.

\ous m'avez donné une meschante nouvelle; car il n'y a rien de si mortel pour moy que de sçavoir certaine personne2 mal satisfaite, et d'en avoir esté la cause. Quand j'examinerois cent ans Testât des affaires, je ne sçaurois donner autre conseil. Mais cela n'empesche [pas] que je ne sois au desespoir de le voir suivre, quand il répugne au sentiment du maistre3. J'escris à mon correspondant au long là-dessus, et je seray tres-ayse que vous voyiez la depesche. J'aurois sur le cœur toute ma vie la plainte qu'on a faicte de moy et le desplaisir qu'on a tesmoigné de ce que j'ay escrit, et il vaudroit mille fois mieux n'en rien faire que d'en user de la sorte, ma fidélité et mon zèle m'obligeant de dire, en conscience, ce que j'estime plus advantageux pour le service du Roy; mais ce seroit une impertinence de prétendre que mon advis fust suivi.

Enfin, si mon retour devoit causer la moindre chose ' à Leurs MU/, j'aimerois mieux mourir que de le faire à ce prix-là. Et cependant il v

1 J'ai rappelé ci-dessus, p. 233, note 1, que Montaigu était venu eu France avec Buckingham , dont la passion pour Anne d'Autriche est mentionnée dans les mémoires du règne de Louis XIII. Montaigu était, à cette époque, un des plus brillants gentilshommes de la Cour. Plus tard, il renonça à la vie mondaine et entra dans les ordres ecclésiastiques; mais il conserva toujours une grande influence sur la Reine, et on voit, par cette lettre, que Mazarin s'adres-

sait à l'abbé de Montaigu pour qu'il justifiât la conduite qu'avait tenue le Cardinal dans une négociation blâmée par Anne d' \ntriche.

2 II s'agissait 'le la Reine, comme on l'a vu par la lettre précédente.

3 Ce mot, écrit en abrégé, est douteux. '' La copie porte chose; mais ces copies

de lettres chiffrées sont très défectueuses. Je pense que le mot chagrin conviendrait mieux que le mot chose.

- ptemb ior>i>. a grande apparence que la personne que voue sçaveza\t soupçonné le contraire, et cela nie perce le cœur et me met en un estât de n'en guérir jamais; et ayant toute confiance en vous, je vous diray que je n'eus» jamais esté capable de croire que ladicte personne eust pu tesmoigner à qui que ce fust d'avoir mauvaise satisfaction de moy et à moy-mesme '. Je vois le contraire avec beaucoup de satisfaction2, et pour ce que \ous me dictes qu'Elle a trouvé estranges certaines choses dont Elle [ne] m'avoit ouy parler3, cela ne se peut; car je n'ay jamais songé à aucune chose que je ne luy aye dicte, et sur L'affaire de laquelle il est question, on faict bien moins qu'à Saint-Denis4. Et cependant ladicte personne fut informée par moy et par M. de Bouillon de tout ce à quoy on avoit résolu de consentir pour l'accommodement, et Elle l'approuvoit fort; mais je puis conclure que quelqu'un s'est meslé de me rendre de mauvais offices en ce rencontre, flattant la personne dans son inclination. Vous me feriez grand plaisir de me mander qui peut estre ce charitable passionné pour l'Estat, afin que je l'ayme toute ma vie comme il mérite.

Je ne songe pas à retourner à Sedan. J'ay de quoy m'entretenir icy longtemps avec la lettre que j'ay receue de la personne que vous sçavez. Je vous advoue que quoy qu'innocent, je me tiens le plus malheureux des hommes qu'on ayt creu que j'aye donné sujet à cela.

1 On verra plus loin, p. 3o3, que la Reine avait écrit à Mazarin pour se plaindre de sa conduite dans la négociation avec Condé; elle lui reprochait d'accorder au prince des conditions trop avantageuses.

2 Tel est bien le texte du manuscrit.

Il semble en résulter que Montaigu avait écrit à Mazarin que la Heine n'avait pas témoigné quelle fut mal satisfaite de lui. Ce passage est en contradiction avec la lettre suivante de Mazarin à la Reine ; mais Mon-

taigu avait cherché probablement à consoler le Cardinal en dissimulant la vérité.

3 La Reine se plaignait des concession> faites au prince de Condé et dont Mazarin . disait-elle, ne lui avait jamais parlé.

4 Pendant que la Cour était à Saint-Denis . à la fin de juiu et au commencement de juillet i652, on avait entamé des négociations avec les partisans de Condé. (Voyez ci-dessus, p. i34 et suiv., et surtout, p. i38. note h.)

- Septemb. i65a.

CXXXIU.

AU', élr. . franco, t. •.>(><), f" -j45 v°; t. oo du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du leiMjx.

V LV REINE

Bouillon, 37 soptembre i65a.

Je vous avois escrit une longue lettre auparavant de recevoir la vostre du 22; mais, par les termes dans lesquels elle est conceue, j a\ recogneu qu'il estoit bon de jeter l'autre au feu.

Je ne veux entrer en aucune contestation; je suis coupable, puisque vous le croyez. Je vous demande mille pardons des fautes que vous voulez que j aye commises; mais j'aurais grande peine de m'en corriger, ne les cognoissant point. Je ne souffre pas assez; il estoit juste que Dieu me visitast en ma solitude, et je le prie de tout mon cœur de m'oster la vie, puisqu'elle me donne lieu de fasclier la personne pour laquelle j ay [le] plus de respect et pour laquelle je la voudrois sacrifier mille fois. Je vous conjure de dire à 0 et 15 x qu'ils ayent la bonté de me mander, par vostre moyen, ce que je leur ay cacbé.

Ce qui forme l'excez de ma douleur, c'est qu'asseurement celuy qui a parlé contre moy à 22 2 ne s'arrestera pas et fera progrez, puisqu'il a faict un si grand chemin en si peu de temps et a creu un si foible fondement3. Je vous diray, en outre, que j'estois incapable de croire jusqu'à présent que Zabaot'1 pust esclater contre la Mer 5, et s'en ouvrir à personne; mais j'en suis destrompé avec un sensible desplaisir, qui m'accompagnera au tombeau. Je prie Dieu que vous et 0° ayez

1 Le signe cl le chiffre paraissent dési- exemple : et a esté creu [sur] un si foible jon-

gner une seule personne, la Reine. devient, c'est-à-dire sans qu'il y eut aucune

J La Reine. apparence de vérité dans ce qu'on repro-

1 Ce dernier membre de phrase est bien chait au Cardinal, conforme à la copie; mais il est peu intelli- 4 La Reine,

gible, et il semble qu'il a été altère. Il fau- 5 Mazarin.

drait peut-être ajouter quelques mots, par 6 Vous et 6 désignent la Reine.

Septemb. i65a. autant de bonheur que j'auray de malheur, et que vous rencontriez des serviteurs plus capables que moy, non pas plus fidèles; car cela ne se peut.

Bibl. nat., ms. f. fr., t. 6891, f° 260; déchiffrement. — Bibl. Mazarine. ms. n° 1719, t. III, f° 86. — Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Bouillon, 28 septembre i65a.

(extrait.)

J'ay faict réflexion sur la répugnance que la Reyne a tesmoigné aux choses que je vous ay escrites, touchant l'accommodement avec M. le Prince; et comme, par ce que j'ay dict à l'abbé Fouquet1 et ce que je vous ay escrit, l'on a retranché diverses conditions qu'on trouva bon d'accorder à Saint-Denis, et que Sa Majesté approuva, je vous conjure de me mander quelles sont celles qui luy ont déplu en ce dernier rencontre. Car pour celle de rendre Mouron sans le razer, la Reyne, avant mon départ, fust d'advis, avec tout le Conseil, qu'il y falloit consentir, si cela pou voit faire la paix.

Je suis en quelque scrupule que Langlade, qui va un peu viste'2, n'ayt advancé quelque chose de son mouvement, ainsy qu'il avoit faict à Paris, ayant dict à l'abbé Fouquet que j'estois convenu que l'on remettroit Taillebourg3 en Testât qu'il estoit avant la prise, quoy que je n'y eusse jamais songé, ainsy que je luy ay faict advouer lorsqu'il est venu icy, où je luy ay déclaré positivement, cette dernière fois, qu'il devoit bien prendre garde à s'arrester entièrement à cequej'avois dict

1 Dans cette lettre chiffrée, l'abbé Fou- 3 Cette place appartenait au prince de quel est désigné tantôt par son nom, tantôt Tarenle, qui suivait le parti de Condé. par le mot vous. Taillebourg est maintenant compris dans

2 Voy. ci-dessus, p. 261, note 2, ce que le dép. de la Charente-Inférieure, arr. de dit M™ de Molteville de Langlade. Saint-Jean-d'Angely.

h l'abbé Fouquet à Sedan, que je lu\ a\ répété tout au long, et à ne Septemb. i65a. pas mettre en ligne de compte les discours qui avoient esté tenus du temps de M. de Bouillon, lequel tascha, pour surmonter J'opiniastreté

de M. le Prince, de luy taire espérer que, quand il seroil lié d'amitié avec moy, il pourroit obtenir diverses choses qu'il estoit malaysé d'accorder par un traité»

Je nous conjure de prendre la peyne de m'esclaircir sur tout cecy; car malaysemenl puis-je avoir l'esprit content et en repos lorsque je puis douter que la Reyne ayt le moindre sujet de chagrin.

Messieurs le mareschal de Yilleroy et le marquis de Gesvres1 mont depesebé un gentilhomme, chacun à part, pour me prier de m'empioyer afin qu'il plaise à Leurs Majestez d'appuyer de leur autorité envers M. le Procureur gênerai la poursuite qu'ils désirent faire de la vérification de leurs lettres de duc dans le Parlement séant à Pontoise, croyant la conjoncture favorable, et y trouver plus de facilite qu'ils n'en auroyent à Paris, le Parlement estant reuny 2. Je leur fais response que je vous en escris, comme vous voyez que je fais en effect, vous priant d'en vouloir parler en cette conformité au Roy et à la Reyne, et de faire cognoistre à Leurs Majestez que, si mes tres-humbles supplications peuvent estre considérez en ce rencontre, je les employé du meilleur de mon cœur, afin qu'eux, et ceux qui ont esté les plus attachez au service de Leurs Majestez, durant tous ces mouvemens, comme M. de Liancourt3, M. le mareschal d'Estrée4 et antres, puissent recevoir l'accomplissement de la grâce qu'il a plu au Roy de leur faire; mais il ne faut pas oublier, en ce rencontre, M. le mareschal de la Miilleraye5, ny M. le mareschal de Gramont1', ny mesme M. d'Arpa-

Léon Potier, marquis de Gesvres. (Voy. p. 9*5, des Lettres de Mazarin. I) fut reçu

le t. IV. p. -i-jh . n. 1 , des Lettres de Mazarin.) duc à la même séance que MM. de Villeroy

: Le sens est : lorsque les Parlements de et de Liancourt. Paris et de Pontoise seront réunis. ' Charles de la forte. (Voy. le tome Ie',

Roger du Plessis-Liancourt, mort en p. 935, des Lettres de Mazarin.) îtjy'i. a yiS ans. Il ne lui reçu duc au Par- Voy. sur Antoine III de Gramont, le 1. 1",

lement qu'à la séance da i5 décembre i663. p. 923, à l'article Gliche. Antoine III avait

' Voy. but le maréchal d Estrées, le t. I", d'abord porté le titre de maréchal de Guiclie

■1ZAH1B. — V. 39

HUME SATlOVUf

Sepiemi). i65a. jon l. Je fais meiilion de M. le maresclial de Villeroy et de M. le marquis de Gesvres dans les lettres que j'ay escrites. Je n'a y rien dict de M. d'Arpajon; mais, toutes choses bien considérez, il me semble que Leurs Majestez ont sujet de se souvenir de luy.

Bibl. Mazarine, ms. n° 1719, t. III, f 90 v°. — Copie du temps.

A M. LE TELLIER

(extrait.)

Bouillon, 3o septembre iG5q.

Le mémoire cy-joint m'a esté envoyé par M. de Vendosme2; peut-estre en aurez vous des j à entendu parler; mais, quoy qu'il en soit, je tiens qu'il importe que Sa Majesté prenne au plus tost quelque bonne resolution à l'esgard des Anglois, estant certain que, si l'on continue à dissimuler3, cela ne servira qu'à les rendre plus hardis et plus aspres à profiter de toutes les occasions qu'ils trouveront de nous l'aire du mal; et s'il n'y a pas apparence qu'en recognoissant leur Republique, l'on puisse s'adjuster avec eux, en sorte que, rendant, comme il a esté dict parles commissaires nommez de part et d'autre, les prétentions4 qu'ils ont, l'on soit asseuré de vivre avec eux en bonne intelligence, et les obliger mesme à nous rendre les vaisseaux de guerre qu'ils viennent de nous prendre, sur lesquels ce n'est pas la coustume de faire des représailles, je croy qu'on ne doit pas hésiter à se liguer avec les Hollandois5, afin de pourvoir de bonne heure aux entreprises plus

' Louis cTArpajon, marquis de Severac, mort en 1679. Il ne fut pas compris dans la nombreuse promotion de ducs et pairs dont les brevets furent enregistrés au Parlement le 10 décembre i6G3 (Journal d'Oliv. d'Onnesson, t. II, p. 67).

8 On a déjà fait remarquer que le duc de Vendôme était grand amiral de France.

C'était en cette qualité qu'il adressait un mémoire à Mazarin sur les affaires maritimes.

3 A dissimuler l'attaque des Anglais contre les vaisseaux français envoyés au secours de Dunkerque. (Voy. ci-dessus, p. aG5, note 6.)

4 Le mol prétentions devrait, je crois, être remplacé par celui de prises.

5 La république des Provinces -Unies,

DU CARDINAL M IZARIN.

grandes qu'il ne faut pas douter qu'ils méditent contre nous, soit par sèptemb. la haine ([u'ils ont naturellement contre cette nation, augmentée encore par le bon accueil que Ton a laie! au roy1 et à la reyne d'Angleterre qui sont présentement en France, soit parce qu'ils nous ont offensez et se tiennent pour dicl que nous n'attendons que l'occasion de nous en venger, soit enfin par instigation des Espagnols qui ne s'endormiront pas. El pour moy, je suis persuadé que les Hollandois seront ravis, estanl eschauffëz comme ils sont dans la guerre contre les Anglois sans aucune apparence d'accommodement, de faire un traité d'union contre eux, aux conditions qui pourront donner plus de facilité aux uns et aux autres de nous garantir d'un si dangereux ennemy et de luy faire du mal, d'autant plus qu'ils espéreront que nostre considération sera assez forte pour engager dans la mesme ligue d'autres puissances auprès desquelles cette couronne a du crédit, comme la Suéde et les Hambourgeois.

Joint que les Hollandois ayant sujet de n'espérer rien de bon du costé des Espagnols qu'ils voyent desjà estroiternent liez avec les Anglois, et qu'ils n'attendent2 que l'occasion propre pour leur faire du mal , ils seroient bien aveugles s'ils n'apportoient toute sorte de facilitez à s'unir avec la France pour se fortifier contre les Anglois et se garantir des maux dont ils sont menacez du costé des Espagnols, qu'ils sçavent bien estre un ennemy, qui, quoyque reconcilié, ne pardonne jamais. Et peut-estre qu'aprez cette nouvelle union avec les Hollandois, nous pourrions espérer avec le temps, en mesnageant les rencontres qui pourroient arriver, de les engager de nouveau contre les

dont la Hollande formait la partie la plus importante, était en lutle, à cette époque, avec la république d'Angleterre. L'amiral anglais Rlake avait voulu exiger de l'amiral hollandais Tromp, qu'il baissât pavillon de- \ant la flotte anglaise (1 9 mai iG52). Tromp b'] était refusé, et il en était résulté une guerre entre ces deux puissances maritimes. Mazarin négociait avec l'une et avec l'autre

et cherchait à entretenir une lutte qui empêchait les Anglais de soutenir ouvertement le parti des princes.

1 Charles II, roi titulaire d'Angleterre, et sa mère, Henriette, veuve de Charles Ie', habitaient alors la France. Charles II se retira plus tard en Hollande.

" Et voyant qu'ils n'attendent que l'occasion, etc.

Septemb. i65a. Espagnols *. Je vous prie de l'aire l'aire réflexion là-dessus, l'affaire estant de la dernière conséquence, et d'y faire prendre, sans delay, quelque bonne résolution. S'il y a quelque chose à l'aire en Hollande, M. Chanut est, à mon advis, l'instrument le plus propre qu'on y pourroit employer; et mesme cela seferoitsans esclat, ayant occasion d'v passer dans le voyage qu'il doit faire à Lùbeck.

Je vous advoue que, quoyque je devrois (sic) estre accoustumé à la manière d'agir de M. de Lorraine, je suis si scandalisé de son procéder, que je ne croy pas qu'il y ayt rien que le Roy ne dust faire pour s'en venger; car, estant léger et changeant naturellement en tout le reste, il semble qu'il n'ayt de la fermeté qu'à nous faire du mal. Peut-estre que, si quelqu'un luy faisoit entendre adroitement que, s'il continue à faire de la sorte, le Roy pourroit estre conseillé de faire razer toutes les places qu'il tient en Lorraine, cela luy i'eroit mettre de l'eau dans son vin, n'y ayant rien qu'on pust faire plus aysement, ny qui fist plus de despit et de préjudice à ce duc.

Je vous ay marqué en l'une de mes depesches2 qu'il falloit examiner s'il estoit bon que le Roy, en sa qualité de landgrave d'Alsace, envoyast quelqu'un pour assister, de sa part, à la diète de Ratisbonne. Je vous réplique icy la mesme chose, parce qu'elle presse, les Electeurs estant desjà presque tous partis pour y aller; et je persiste à croire, comme j'ay tousjours faict, par les raisons que j'ay desduites en diverses occasions où l'on a agité cette matière, qu'il est beaucoup plus advantageux au Roy de tenir cette province, comme un membre de l'Empire, ainsy que le roy d'Espagne faict de la Franche-Comté, de l'Estat de Milan et autres pays, que non pas de la posséder, sans aucune dépendance3. Les Electeurs, et particulièrement les Ecclésiastiques, ont

1 L'Espagne avait conclu, en janvier dont. Cette politique de Mazarin avait pour

16A8, un traité particulier avec la repu- but principal de ne pas affrayer l'Allemagne

blique des Provinces-Unies, qui avait été et de ne pas présenter la Fiance comme

d'abord alliée de la France. nne puissance hostile et conquérante, mais

" Voy. ci-dessus, p- 208. comme un membre du corps germanique.

3 G'est-ù-dire : comme souverain indépen- zélé pour la défense de ses intérêts.

DU CARDIN il M \ZAItlN.

grand interest à nous appuyer là-dessus. M. de Vautorte l s'acquitteroit Septemb, i65a. bien de cette commission; mais, pour gagner temps, on la pourroit donner à M. d'Avaugour', <{ui est sur lieux, qui est Ires-bien informé des affaires el son aquittera aussy bien que l'autre.

AlV. étr. , France, t. aôg, f° a58 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

k M. D'ESTRADES.

Bouillon, 3o septembre iG.vj.

.le n ay jamais souhaité chose avec plus de passion que le secours de Dunkerque, et parce que je cognoissois de ([uelle importance estoit au Boy la conservation de cette place, et parce que vous, qui estes un des meilleurs amis que j'aye au monde, et que j'estime le plus, estiez engagé à la deffendre. Dieu sçait les peines que je me suis données, depuis six mois, pour vous faire secourir et vous mettre en estât de faire recevoir un affront aux Espagnols, et si, lorsque j'envoyay M. de Boisselot à Brest, où estoit M. de Vendosme, celuy-cy eust voulu envoyer seulement six vaisseaux, l'affaire estoit infaillible, la flotte angloise estant allée, en ce temps-là, pour empescher la peschc aux harengs aux Hollandois. H n'en faut plus parler; nos malheureuses divisions sont cause de tout, et ceux qui ont contribué à l'acquisition de Dunkerque à la France3. 11 falloit qu'ils eussent cela, Gravelines et d'autres con-

' François Cassclle de Vautorte avait été* chargé de représenter la France auprès de l'Empire germanique.

1 ambassadeur de France en Suède.

3 Cette phrase elliptique renferme une accusation contre le prince de Contlé, qui . après avoir fait la conquête de Dunkerque sur les Espagnols, avait contribué à la porte de celle place , en excitant la guerre civile

en France. Les lettres mêmes de Condé prouvent qu'il se réjouissait des désastres de sa patrie. (Voy. ci-dessus, p. 268, note 3, un extrait d'une lettre de Condé à Pierre Lenel. Condé y témoigne formellement sa joie de la destruction de l;i flotte française par les Anglais.) Dunkerque, comme ou l'a vu ci-dessus, s'était rendu aux Espagnols le 1G septembre i652.

Septemb. i65a. questes que le Boy a faicles, sur la conscience, puisqu'ils n'ont rien oublié pour en l'aire la restitution. Enfin , quand je me serois tourmenté encore plus que je n'ayfaict, il estoit malaysé de conserver ladicte place

à la France, les Espagnols agissant de concert avec les François et les Anglois pour nous la prendre. Et, à la vérité, comme j'ay creu tresf'acile de faire de continuels progrez sur les Espagnols, lorsque les François fesoient leur devoir (ce qui avoit assez paru '), aussv je crois impossible d'empescher la suite de nos malheurs, si les François continuent d'eslre esgalement contre la France comme les Espagnols 2.

Ma consolation sur la perte de Dunquerque 3 est que vous vous portez bien et que vous ne serez point incommodé de vostre blessure, de laquelle je n'avois receu aucune nouvelle. Je vous conjure de ne songer qu'à vous bien guérir, sans vous mettre en peine de rien; car, quov que nous soyons en un temps où les meschans prospèrent plus que les bons, il changera, s'il plaist à Dieu, et les personnes de vostre mérite seront considérez comme il est juste; au moins, si j'ay du crédit, vous vous en ressentirez, Leurs Mlez ayant beaucoup d'estime et de bonne volonté pour vous4.

Croyant que vous iriez à la Cour, j'avois escrit au sieur Colbert, qui y faict mes affaires, de vous voir, vous faire mes complimens et vous offrir tout ce qui pouvoit dépendre de moy. Je vous prie de me donner souvent de vos nouvelles et de songer à me proposer les moyens de remettre vos regimens en bon estât et de me croire le plus asseuré de vos serviteurs.

Je vous prie aussy de donner vos ad vis à la Cour de ce que vous croirez qu'on peut faire à l'esgard des Anglois et des Hollandois dans les conjonctures présentes.

1 Pendant les premières années de la ré- 2 Le sens est : d'entre aussi ennemis de la

gence d'Anne d'Autriche, où les Français France que les Espagnols,

avaient enlevé aux Espagnols Gravelines, ' La copie, qui porte plus haut Duu-

Dunkerque et autres places des Flandres et kerque, écrit ici Dunquerque.

d'Italie. i Voy. sur d'Estrades, le t. I", p. ûa'j.

GXXXVII.

\iï. i'ir. . France, I. t^Gy, (' 2G0 ; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

Page 1