‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 58 sur 145 · À M. DE MONTAIGU · texte numérisé non relu

À M. DE MONTAIGU

Bouillon, 7 octobre iG52.

J'ay veu la contestation de la paille et du papier4 et je ne vous sçaurois

1 C'était la princesse palatine, Anne de 3 Voy. ci-dessus, p. 355, la lettre du

Gonzague, qui avait le plus contribué à 7 octobre i652 adressée à Servien. l'aire nommer La Vieuville surintendant des 4 La paille était le signe des frondeurs;

finances et duc. Il a déjà été question des le papier, celui des royalistes. On peut con-

bruils relatifs aux relations de la Palatine et sulter, sur les luttes de la paille et du pa-

du fils du Surintendant. pier, les mémoires du temps et principale-

s Ce mot est laissé en blanc dans la ment ceux du Père Bertbod, un des chefs

copie. du parti monarchique.

dire autre chose si ce n'est que ces marques oui grand rapport en ce Octobre m.v qu'elles servent bien souvent pour allumer le feu. Je prie Dieu qu'il veuille esteindre celuy qui a desjà consommé {sir) une grande partie île nos substances. V mon esgard, il a desjà dévoré tout, puisque la seule chose qui me restoit estoit la bibliothèque, et en cela vous advoueree bien que la paille l'a emporté sur le papier.

\ moins de donner pouvoir à M. le Prince de satisfaire les Espagnols, afin que, par ce moyen, il gaignepour tousjours leurs bonnes grâces, et. qu'en exécutant le traité qu'il a avec eux il pourvoye à sa seureté, qu'il s'est mis dans l'esprit d'avoir à l'advenir par le moyen de l'assistance de ces Messieurs en tous rencontres, ne croyez pas qu'il s'accommode, quand mesme Leurs Mkz donneroient les mains à tout ce que M. le Prince sçauroit demander, et je suis fort estonné qu'aprez le refus qu'il a faict des conditions que l'abbé Fouquetluy a portées, on s'amuse encore à négocier avec luy. J'escris librement, dans toutes mes depesches, ce que je crois que l'on doit faire, sans autre but que celuy du service du Roy. C'est pourquoy je ne vous repeteray pas les mesmes choses.

Vos amis de Paris ont beau champ, par principe d'honneur, de conscience et de leur propre interest, de s'employer utilement auprez de S.A. R. pour luy faire prendre une bonne resolution et qui asseurement est conforme à son génie et à ce que requiert le bien de ses affaires. Nous verrons ce qu'ils feront, et vous sçavez que j'ay faict beaucoup au delà de ce que l'on a souhaité de moy. Il y aura demain trente-six jours que je suis enfermé dans une chambre bien élevée au milieu des Ardennes, assiégé continuellement, ou des brouillards, ou de la pluye et des vents, et, cela estant, je croy que vous trouverez bon que, dans trois ou quatre jours, j'élargisse ma prison, prenant celle de Sedan jusqu'à tant que je sois guéri de la peste qui m'interdit le retour à la Cour.

Si je puis avoir jamais le bien de vous faire voir la lettre que vostre amy1 m'escrivit dernièrement, vous advouerez que j'ay eslé trop mo-

' Le mot amy désigne probablement la Reine.

Octobre j <;.r>a. doré dans mon desplaisir et dans mes plaintes. Je suis trop serviteur de l'amy pour estrc capable de le flatter jamais en choses de cette nature, quand il m'en devroit couster ma perte. A présent tout est passé, et je suis le mesme que j'estois, puisque ce mauvais traitement n'avait eu la force de rien changer, et je vous suis parfaitement obligé de tout ce qu'il vous plaist m'escrire là-dessus, vous asseurant que j'ay toute confiance en vous et sans aucune reserve.

Pour ce qui est de la question d'à présent, j'escris mes sentimens aux personnes que vous sçavez l, comme j'ay faict fort au long sur tout ce qui esta présent sur le tapis, et j'ose dire que, si on veut prendre la peine d'examiner un peu mes depesclies, on y trouvera quelque chose qui ne sera pas tout-à-faict impertinent; et on y verra tousjours que je ne brusle d'autre passion que du bien de l'Estat et de la gloire et repos de Leurs Majestez. Je puis faire faute dans la propriété des paroles et dans les formes de dire, ne possédant pas le poli de la langue françoise; mais asseuremenl il n'y en aura aucune dans l'essentiel. Je suis fort satisfait du Correspondant2; car il me tesinoigne son amitié d'une manière tres-obligeante, et je ne doute point qu'il ne croye de pouvoir faire un estât tres-asseuré de la mienne.

J'escris avec le plus de modestie que je puis sur l'affaire duquel (sic) il est question; mais je vous diray, dans la dernière confiance (confidence), que, s'il se pouvoit faire ce que vous me marquez, c'est-à-dire que ïabsent3 pust estre de la partie'1, je crois que ce seroit le plus grand et le plus glorieux coup que le Roy pust faire pour le restablissement de son authorité. C'est pourquoy je n'ay rien à y adjouter, si ce n'est que la considération de X absent ne doit estre comptée à rien, si elle apporte le moindre empeschement au service de Sa Wé. Je suis le plus véritable serviteur que vous ayez.

' Il s'agit toujours de la Reine et peut- ' C'est-à-dire accompagner le Roi lorsqu'il

être aussi des lettres adressées à Le Tellier rentrera dans Paris. Nous avons déjà dit que

et à Servien. ce vœu de Mazarin ne se réalisa pas; il ne

2 Je pense que ce mol sert encore à dé- revint à Paris que longtemps après le Roi . signer la Reine ou le Roi. dans les premiers jours du mois de fé-

3 Mazarin. vrieri653.

_________________ Octobre i ().")•>.

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