À L'ABBÉ DE MONTAIGU
Sedan, 18 octobre i65a.
(extrait.)
Pour ce qui est de M. le Prince, c'est un très-grand malheur que ceux qui luy parlent de la part des Espagnols le persuadent davantage que les bons serviteurs du Roy, nonobstant que ceux-cy luy portent honneur, biens, seureté et gloire, et les autres tout le contraire; car enfin, quand le Roy fera des progrez contre luy, ou que, par son moyen, les Espagnols prendront des places et feront souffrir la France, je voudrois bien sçavoir si M. le Prince, sans estre préoccupé de passion, ne sera obligé d'advouer qu'il perd des deux costez; mais enfin induralum est cor-, et puisque, de la part du Roy, il n'a esté rien oublié pour ramener ledict prince, sans qu'il ayt voulu y consentir, j'espère que nous pourrons dire bientost : Digitus Dei est hic3. La disposition de Paris nous peut confirmer en cette croyance.
1 Mazarin ne manqua pas à la promesse 2 Son cœur s'est endurci (Exode, ch. vu,
qu'il avait faite au Procureur général. La verset i3). Mazarin, écrivant à un ecclé-
placede surintendant des finances étant de- siastique, se croit obligé de citer rÉcriture
venue vacante , peu de temps avant le retour Sainte; il applique au prince de Condé ce
du Cardinal à la Cour (janvier i653), il la que la Bible dit du Pharaon qui persécutait
fit partager entre Abel Servien et Nicolas les Hébreux. Fouquet. 3 Le doigt de Dieu est là.
CLXVU.
MB. étr., France, l. 2C9, f° 3a5; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.