À M. DE BAR
Sedan. i" novembre it>î>->.
J'avois creu que les troupes, que l'on avoit assemblées sur la frontière de Picardie, ne demeureroient pas inutiles et qu'on les envoyeroit, sans perte de temps, joindre le corps de nostre armée, estant assez
Gabriel Naudé avait été appelé en Suède où il mourut le 29 juillet 1 65 3, à ctiwruatite-
par la reine Chrisline pour prendre la di- trois aae.
rection de sa bibliothèque. La rigueur du On a déjà \u que Guy de Bar était
climat ayant altéré sa santé, il revint en gouverneur de Douions. La garnison de cette
France: mais, épuisé par les fatigues du ville devait concourir à la défense des frotl-
voyage, il fut forcé de s'arrêter à Abbeville tièrea de la France.
Novembre i65a. ordinaire que, lorsquetes ennemis ramassent toutes leurs forces pour entreprendre quelque chose de considérable, on en fasse de mesme pour s'y opposer. Vous sçavez combien pressaminenl je vous av escril làdessus, et je ne doute point que les ordres qu'on a envoyez de la Cour n'ayent esté dans cette conformité. Je voy avec un desplaisir extresme que, pour n'avoir pas esté exécutez, AI. le Prince ayt pris Chasteau- Porcien ' et assiégé Rethel, et qu'il puisse faire tous les autres progrez qu'il voudra, s'il ne trouve point d'obstacle. C'est pourquoy je vous fais ces lignes pour vous conjurer, au nom de Dieu, de faire toutes les diligences imaginables, et de parler, de ma part, à ces MM. les généraux, mesme à M. d'Elbeuf, afin qu'on mette au plus tost ensemble toute la cavalerie qui est dans les places, et ce que l'on en pourra tirer d infanterie. A quoy je ne doute point que MM. de Montdejeux et de Broglia, qui ont les plus fortes garnisons2, ne contribuent tres-volontiers. puisqu'ils le peuvent l'aire sans aucun risque, pour former, de tout ensemble, un corps qui soit un renfort considérable à nostre armée, ou qui puisse agir de concert avec elle. Vous ne sçauriez rendre un service plus important au Roy que d'y employer tous vos soins et de faire que les autres y travaillent de mesme, afin que nous puissions nous mettre en estât d'empescher que M. le Prince ne réussisse en ses desseins.
Addition.
J'adjousteray qu'outre le service du Roy, je recevray beaucoup d'advantage de ce qu'on fera en ce rencontre pour former un corps considérable, qui donne lieu à l'armée du Roy d'agir utilement pour empescher que les ennemis ne viennent à bout d'establir des quartiers en France, puisque je pourray exécuter les ordres du Roy de me rendre auprez de Sa Mté, estant malaysé que je le puisse faire sans cette assistance, toutes les troupes ennemies estant entre Sedan, Rheims H Chaaïons. Je vous prie de faire sçavoir cela aussy à MM. de Montdejeux
1 Condé" s'empara de Cbâteau-Porcien 2 Ils étaient gouverneurs, Monidejeu ou
et de Rethel dans les derniers jours d'oc- Montdejeux, d'Arras, et François-Marie de tobre i652. Broglie. de la Massée.
el comte <le Broglia; carie m'asseure qu'ils donneront tonte l'assistance Novembre 16
imaginable pour fortifier le corps qu'on a tonné en Picardie, et le sieur
de Montgoberl ' m'a promis qu'il donneroit tonte sa cavalerie et tout
ce qu'on luy demanderait. Je vous conjure de ne rien oublier et de dire,
de ma pari, à M. d'Elbeufque je luy auray une très-grande obligation
de tout ce qu'il fera en cette conjoncture; la mesme chose à M. le
mareschal d'Aumont, à qui ce gentilhomme parlera de ma part.
GLXXX.
Bil)l. Dat., dis. f. IV.. (. 6891, f° 285; original signe, en partie chiffré. — Bibt. Mazarine, ras. Qa 1719, t. III, f° 176 v°. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Sedan, :>. novembre 1 652.
(extrait.)
Seyron m'a rendu vostre depeschedont la dernière lettre est du 27e du mois passé, avec les imprimez et les autres pièces qui y sont énoncez. Je vous remercie de tout mon cœur du soin que vous prenez de me donner part de toutes les nouvelles. Pour le reste, il me semble que tout se peut réduire à deux points : c'est-à-dire, à l'accommodement que vous me mandez estre conclu avec S. A. R. et à l'ordre que le Rov m'envoye de me rendre à la Cour.
Pour le premier, comme je croy qu'on aura recogneu que S. A. R. se veut sincèrement reunir à Leurs Majeslez el renoncer de bonne l'oy à toutes les ligues et associations qu'il pouvoit avoir contractées au préjudice du Roy. ainsy que je ne doute pas qu'on luy ayt faict promettre positivement, j'ay receu beaucoup de joye de sçavoir qu'une affaire si importante soit heureusement terminée, et quoyque j'aye receu deux lettres de M. Banville, sans qu'il me dise un seul mot de la bonne volonté de Sadicte Altesse pour ce qui me regarde, ce qui me faict aysement
1 Ale\an<lrp île Joyeuse <le Montgobert. nommé maréchal (Je camp en 1601.
N.n.ini.i.' iiir.i. juger qu'il n'a rien d'advantageux pour moy a me mander Là-dessus, je veux croire que cela n'est point contraire à la sincérité de ses bonnes intentions à l'esgard de Sa Majesté, bien qu'il nie semble un peu dur cl capable mesme de donner quelque mesfiance de voir qu'avant résolu de s'attacber entièrement au Roy, et de restablir une parfaicte intelligence avec la Reyne, ainsy qu'il a dict à M. Danville. il avt tant insisté en laveur des exilez du Parlement et principalement pour Broussel. et tesmoigné si peu d'affection pour mon particulier. J'espère aussv que le bruit qui court en ces quartiers, qu'à Sissonne ' il a\l esté résolu par M. le Prince et par M. de Lorraine, en présence de Fuensaldagne, de faire response à S. A. R. qu'elle pouvait faire son accommodement sur l'asseurance qu'elle demeureroit liée d'amitié avec eux. se trouvera faux dans la suite, et je le soubaite de tout mon cœur: car. ainsy que je vous ay desjà mandé, ce seroit le plus grand malheur qui nous pust arriver, si cela n'estoit pas, et que M. le duc d'Orleanfust accommodé avec mauvais dessein pour faire ses affaires et celles de ses amis, et estre plus en estât de nuire à celles du Hov et de ses serviteurs. Et je vous laisse à penser quel préjudice ce nous seroit, si cet accommodement ne devoit servir qu'à fournir des armes à nos ennemis pour nous faire plus de mal, celuy que nous recevrions par là estant incomparablement plus dangereux que tous ceux qu'ils nous auroyent pu faire, en demeurant déclarez, comme ils estoyent. contre le service du Roy. J'attends avec impatience ce qui se sera passé en vostre voyage à Limoux2; car vous aurez pu recognoistre mieux que personne ce que l'on doit espérer de ce prince, et en cas que. par malbeur, vous ayez sujet de croire qu'il ne soit pas tout-à-laict revenu . mon advis est qu'il faut travailler incessamment, et se servir de tous
1 Aujourd'hui cliet'-lieu de canton du dé- houillel. Le château qu'y possédait le duc
parlement de l'Aisne, arrondissement de d'Orléans a >été démoli. Gaston s'était relire
Laon. à Limours, après avoir quitté Paris sur
'' Limours, que l'on écrivait souvent Li- Tordre du Roi (a 9 octobre iG5-3). Le TVI-
utonx , est aujourd'hui chef-lieu de canton lier axait été chargé de se rendre auprès de
de Seine-et-Oise, arrondissement de Ram- lui et d'obtenir qu'il rompit avec Gondé.
DU C\IU)INAL MAZAItlN.
les biaia qu'on jugera los plus propres pour ramener sou esprit . eu sorte Novembre 165 ■me Leurs Majestés n'en puisseul avoir aucune inquiétude; car nous serions bien pris pour dupes si , par cet accommodement, l'on reslablissoil S. A. R. et ses amis dans le Ponl-S'-Kspril , (laivassonne, Relhuue, la Charité, Gergeau et Imboise; [si] on luv donnoil moyeu de se faire payer à rEspargne et dans les provinces des sommes considérables qui lu\ sont deues, el on estoit aussy obligé de donner des quartiers aux régisiens qui portent son nom, lesquels seuls formeroyent pour la campagne prochaine un corps de trois à quatre mille hommes, au lieo que, présentement, je sçav de science certaine qu'unis avec ceux de M. le Prince, ils ne font pas cinq cens hommes, et qu'aprez toutes ces choses, M. le duc d'Orléans s'enlendist encore avec les ennemis; et cequi seroit encore pis. c'est, ainsy que je vousay desjà escrit, que S. A. R., raccommodée en apparence, porteroit grand coup dans l'esprit du peuple en ' trouvant à redire à toutes les resolutions que le conseil du Roy prendroit, et en descriant le gouvernement, au lieu qu'en Testât où elle estoit, tout ce qu'elle pouvoit dire estoit receu dans I<> public comme suspect, et ne l'aisoit plus nulle impression dans ces derniers temps.
Je na\ pu m'empescher de m'estendre sur ce point, parce que c'est sans doute un des plus importons qui soyent à présent sur le tapis, et auquel je vous réplique qu'il faut travailler incessamment, -.m- y rien espargner, afin que, s'il est possible, nous en ayons l'esprit en repos.
Lorsque j'ay receu l'ordre de partir1, Ghasteau-Porcien estoit pris,
' La lettre du lïoi qui rappelle Mazarin à la Cour porte la date du 26 octobre i65s. -Mon cousin, lui écrivait le Roi, vous avez désiré vous retirer d'auprez de moy pour satisfaire à l'opinion de ceux <pii a voient estimé que vostre esloignement advanceroit le repos de mon Estât et apaiserait les troubles dont il est agité; en quo\ von- ;wf7. , par un zèle lout-à-faict extraordinaire et louable, préféré l'interest de mon service à vostre
fortune particulière, et, dans cette espérance, j'y avois donné mon consentement, quoyque chacun jugeast, dez lors, que vostre absence ne produirait pas ce bon effect-là. Depuis ce temps, il a paru clairement à tout le monde que les auteurs des troubles presens ne vous avoient meslédans les sujets de leurs plaintes que pour couvrir, par ce prétexte, le dessein qu'il avoient formé auparavant, avec les Espagnols, de prendre les armes en leur faveur et
LKTTRKS
Novembre i65t. ci il \ avoit desjà quatre jours que Rethel estoit attaqué, et une bonne
partie de la cavalerie des ennemis csloit sur la gauche | de I Aisne), de sorte qu'à moins de in exposer à un perd emiiient (sir)1 d'estre pris. je ne puis me mettre en chemin, d'autant plus qu'il est tout public qu'il a esté résolu, dans leur conférence, de ne rien obmettre pour me prendre ou pour m'empescher d'aller à la Cour. S'il n'eusl esté question que du risque de ma personne, je n'eusse pas laissé de tascher à passer; mais considérant que ma perte pourroit causer quelque préjudice au bien de l'Estat, j'ay creu qu'il estoit de mon devoir de surseoir mon départ jusqu'à tant que je visse jour à le pouvoir faire avec quelque apparence de seureté. Si, lorsque le Roy estoit sur le point d'entrer à Paris, j'eusse eu ordre de m'advancer à Rheiins ou à Chaalons pour attendre celuy de me rendre auprez de Leurs Maj estez, j'eusse pu le faire commodément et sans rien bazarder.
Je ne doute pas que les cabales n'augmentent tous les jours de plus en plus dans Paris, et particulièrement contre moy, y avant force gens qui par divers interests remueront ciel et terre pour apporter des obstacles à mon retour ou au moins préparer les choses en sorte qu il en
d'allumer la guerre civile dans mon royaume. Il ne se trouve plus personne qui en puisse douter après qu'on les a veus manquera toutes les déclarations et promesses, qu'ils avoient faictes publiquement, de poser les armes et de rentrer dans l'obéissance qu'ils doibvent, aussylostque vous seriez esloigné; mais, au lieu d'accomplir leur parole, ils oui fàict venir de nouvelles forces de Flandres; ils ont tasche', par tous les moyens, d'assujettir ma bonne \ille de Paris; ils ont ravagé toute la campagne, et au lieu de se porter à des conditions raisonnables d'accommodement , il n'y a point d'engagement qu'ils n'ayenl pris avec les ennemis, point d'hostilité qu'ils n'ayent exercée conjoinctement avec eux dans mon royaume. Aprez cela, il ne seroit pas raisonnable que, pour plaire à des
esprits obstinez dans le dessein de continuer la guerre et qui se sont si ouvertement déclarez les ennemis de leur patrie, je me privasse plu-- longtemps de vos bons conseils, etc.») Le Roi, en conséquence, ordonnait à Mazarin de revenir sur-le-champ, en ajoutant : ffJe désire, sur Imites choses, que vous preniez garde à la seureté de vostre voyage, r Cetle lettre était signée du Roi et contresignée du secrétaire d'État, de Guenegaud. L'original se trouve aux archives des Affaires étrangères; une copie, à laquelle on a mis postérieurement une date erronée, es) conservée à la Bibliothèque nationale, manuscrits f. IV. . I. 689a. Mazarin explique, dans la lettre à Le Tellier, pourquoi il ne revint pas immédiatement à la Cour.
' Pour imminent.
Dl CARDINAL MAZARIN. 433
arrive quelque inconvénient, afin d'en rejeter la hayne sur moy; mais Novembre i65i
je m'asseure aussy que Leurs Majesté/, el mes lions amys n'oublieronl
rien pour l'empescher, et <|iù'ls ironl mesme au-devant pour dissiper
les intrigues qu'on pourrait former pour cet effect, si Tant est qu'ils
soyenl persuade/ que mon prompt retour soit utile au service du Roy;
car je vous réplique de nouveau, comme je \oiis a\ mandé plusieurs
lois, et quej'ay donné char;;»' à Sevron de vous rapporter de vive voix,
que je n'ay pas la moindre démangeaison désire à la Cour, et que je
seray mille fois plus satisfaict et plus heureux en estanl es! oigne, si je
\»i\ que. par ce moyen, les affaires de Sa Majesté en puissent recevoir
quelque advantage.
.I'a\ depesché divers courriers à M. de Turennepour liaster sa marche et pour luy donner part de lestât où toutes les choses sont en ces quartiers, et je lis partir Seyron hyer au matin pour le mesme effet, et pour conférer avec lu \ sur l'expédient que ' j'avoissongé pour sortir d'ic\. lorsque l'armée du Roy s'advanceroit. Je suis dans toutes les inquiétudes imaginables de n'avoir nulle nouvelle de ce qu'elle faict présentement, et ce qui me donne plus de peine, c'est de voir que. si elle esloil fortifiée (\vs troupes de Normandie et de Picardie, et qu'elle approchas! de Rethel, M. le Prince seroit contraint de lever le siège, lequel dure desjà plus qu'il ne s'estoit proposé, puisqu'il s'estoit laid tort, dans leur assemblée, de s'emparer [de cette ville] en vingt-quatre heures. J'av donné au sieur Le Rasle2 toutes les assistances que j'ay pu .luy envoyant le plus de soldats qu'il m'a esté possible d'en tirer des places de cette frontière, et le chevalier de Joyeuse3 avec cinquante maistres bien choisis; d'ailleurs ledict sieur Le Rasle est capable au point que chacun sçait, et m'ayant promis qu'il tiendroit jusqu'à i'extre-
Le manuscrit porte bien que pour auquel. la note de Saint-Simon , qui n'avait connu le
Le Rasle commandait dans lîelliel. maréchal de Joyeuse que dans sa vi-illesse.
Probablement Jean-Armand de Joyeuse- et en porte un jugement défavorable. Il ler-
Grandpré, qm fat nommé maréchal de camp mine sa note sur Dangeau par ces mots :
en i t)T):i . lieutenant général en 1 677 et ma- • Le maréchal ë"toit fort vieux et ressembloit
récbal de France en 171 o. 1 Journal de Dan- à un roi des Huns. » (Journal de Dangeau .
geau,'a la date du 1 "juillet 17 10. ) [ Voy. aussi t. Mil, p. 197)].
■ A7.ARIV V. .).'.
ItfPniiiiME i\
/i3/i LETTRKS
Nnv.nibr.' i65a. mité, si les hahitans luy tiennent parole, il ne faut pas douter qu'il ne le fasse, et que, s'il avoit seulement cinq cens hommes de guerre, il ne contraignis! M. le Prince à lever le piquet. Il est vray que les habitants ont beaucoup d'estime et d'affection pour ledict sieur Le Hasle, et lorsqu'on a parlé de les attaquer, ils ont tesmoigné grande bravoure et resolution à se bien détiendra; mais je ne sca\ pas si les elïects respondront à ces belles apparences, et s'ils ne feront pas comme les habitans de toutes les autres villes qui l'ont assez les braves, quand ils ne sont pas encore assiégez, et qui ont acconstumé de saigner du nez. quand ce vient au faire et au prendre, particulièrement quand ils sont les maistres; et quand mesme ils feroient leur devoir, il ne faut pas s'attendre que des bourgeois soustiennent des assauts, de sorte que, \ ayant deux batteries contre la place, et [les ennemis] faisant trois attaques, il faut croire que, de moment à autre, l'on apprendra la reddition, et quoy qu'il arrive, l'on n'aura pas grand sujet de se plaindre de la deffense que le sieur Le Rasle a faicle l;
Ce de quoy j'ay fort pressé M. de Turenne est de donner ordre à Ste-Menehould, Sle-Maure2 n'ayant rien pour la deffendre que les habitans, parmy lesquels on croit qu'il y en a quelques uns des principaux affectionnez à M. le Prince, lequel nous avons advis y avoir envoyé le comte de Pas3 avec douze cens chevaux. S1, -Maure ma envoyé un paysan pour me dire qu'il estoit investy de toutes parts4 et me prioit de considérer quelle résistance il pourroit faire, n'ayant pas un homme de guerre, nonobstant toutes les instances qu'il avoit faictes pour avoir ses regimens d'infanterie et de cavalerie qu'il auroit pu raccommoder \ et en outre cinq cens hommes.
J'espère que M. de Turenne, qui sçait mieux que personne de quelle
1 La ville de Relhel s'était rendue le ' Charles de Pas. maréchal de camp 3o octobre. Mazarin, qui était cerné dans depuis 16/19, mor' en i6i>3,à trente-in>i< Sedan, n'en reçut, la nouvelle qu'au moment ans.
d'expédier cette lettre. (Voy. p. 637.) ' La ville de Sainte-Menehould avait été
2 Charles de Menisson de Sainte-Maure investie le 1" novembre i65g.
était gouverneur de Sainte-Menehould. (Voy. ' Le sens est : qu'il auroit pu irtunntt>r ri
sur Sainte-Maure, ci-dessus, p. 3aq, note 1 .) compléter.
DU CARDIA VI. M IZARIN. 435
importance il est de conserver S1, -Menehould . n'oubliera rien pour, s'y Novembre ►66 rendre plus tost que M. le Prince, puisque la résistance de Rethel luy donne le temps de le faire, et que, quand niesine les troupes de Picardie ne lauroieut pas joint, se pouvant couvrir [du régiment] de marine, il a moyen de s'\ rendre et y demeurer en toute seurele; et, en ce cas. bien que l'on eusl perdu Bethel,M. le Prince auroil. grandi peine a olablir ses quartiers dliyver, quoyque vous ne sçauriez vous iinaginer à quel point ce pays est plein de bleds. Je croy qu'à Retliel seul, il y en a grande quantité; à Grandpré1 et à Buzancy 2, il y en a pour plus de cent mille eseus. sans compter les autres chasteaux qui sont aux environs, lesquels en regorgent aussy ; et si Ton ne sauvoit Sle-Meneliould. nous ne pourrions enipescher que tout cela ne i'ust perdu.
J'av depesché aussy à M. de La Ferté, afin que, s'il arrive à Chaulons plus tost que M. de Turenne à Espernay avec l'armée, il voye ce qu'il pourra faire pour jeter dans Sle-Menehould le régiment irlandois qu'on ni asseure estre arrivé à Chaalons; et pour cet efl'ecl, j'ay fait arrester de ce costé-là Gontherv avec prez de trois cens chevaux, et j'ay escrit à Besançon3 d'y faire joindre aussv ceni ou six vingts chevaux de diverses compagnies qui estoient dans cette province. J'ay mandé, en outre, à M. de Beaujeu ' de marcher en diligence droit à Chaalons avec cent cinquante chevaux qu'il m'a mandé avoir levez. Si cela est une fois tout ensemble avec les trois compagnies que M. le mareschal de La Ferté a amenées avec luy, je ne doute pas qu'ils ne fassent quelque tentative pour jeter du monde dans Sle-.Menehould; mais je veux espérer que nous serons assez heureux pour voir arriver l'armée à temps pour garantir ledict poste, dont la pinte est l'establissemenl solide des quartiers de M. le Prince.
M. le comte de Grand pré faict la guérie de ce costé-cy, avec quatre
' Aujourd'hui chef-lieu de canlon du dé- Duplessis-Besauçon. (Voy. le tome III.
nartement des Ardennes. arrondissement p. Ô7, note 1, des Lettres de Mazariit. 1 de Vouziers. * Voy. sur Claude-Paul de Viiliers, comte
1 Aujourd'hui chet-lieu de canton du de Beaujeu, le tome III , p. 33q. note 2 .demême arrondissement. Lettres de Mazorin.
Novembre i65a. cen« chevaux et dragons, assez heureusement, puisque la quantité de prisonniers qu'il amené tous les jours est fort considérable. Il ira joindre M. de Turenne, lorsque nous aurons nouvelle qu'il soit prez de Sl'-Menehould, et j'espère qu'il pourra estre fortifié alors encore de deux cens chevaux que j'atteus de Liège de moment à autre, et de la compagnie de M. de Marolles ' avec vingt cavaliers que j'ay faict lever en ces quartiers-là pour ma compagnie de chevaux-legers. Je croy que Leurs Majestez me feront l'honneur d'estre persuadez que je n'oublie rien icy pour le bien de leur service, et que je me tourmente assez pour diligenter tout ce qui y peut en quelque façon contribuer.
J'ay desjà depesché trois fois en Picardie, afin de faire assembler le plus de forces qu'on pourroit pour joindre l'armée, et mesme j'ay escrit aux gouverneurs, chacun en particulier; mais, si l'on n'a [pas] envoyé des personnes exprez de la Cour avec des ordres bien précis sur ce que M. d'Elbeuf et M. le mareschal d'Aumont auront à faire, je ne présume pas que tous ces soins fassent grand effecl. Si tout ce qui est espars en divers endroits, comme aux environs de Paris, à Soissons, à Laon, et la levée de M. de Longueville, et le corps qui est en Picardie, estoit joinct à l'armée du Roy, je vous asseure, sans exagération, que les ennemis n'oseroyent pas seulement songer à s'arrester en France; car Fuensaldagne n'a jamais amené que trois mille hommes de pied et trois mille chevaux, et les troupes des princes et de M. de Lorraine, lorsqu'elles ont descampé d'auprez deVilleneuve-S'-Georges2, nestoyent au plus que de dix mille hommes; sur quoy il en faut desduire plus de deux mille que M. de Lorraine faict aller en Flandres, et qui passent présentement à Givel3, et plus de deux mille hommes qu'ils ont perdus, tant par désertion, ou que nous avons faicts prisonniers, presque tous les François ayant quitté pour prendre party dans les vieux corps, lesquels vous pouvez sçavoir combien ils en sont renforcez. Le seul
' Joachini de Lenoncourt, marquis de avaient quitté Villeneuve-Saint-Geor"gesdans
Marolles, était gouverneur de Thionville. la première quinzaine d'octobre 1 652. (Voy.le t. I,p. 273, desLettres de Mazarin.) 3 Auj. chef-lieu de canton du déparlement
2 Les troupes de Lorraine et des princes des Ardennes, arrondissement de Rocroi.
Régiment de Piedmont en a eu plus de deux (-eus, et eu a renvoyé Novembre i65a. deux lois autant, les habilans ne les ayant pas voulu laisser entrer. craignanl que ce ue Insi une ruse de M. le Prince pour surprendre la ville. Or je vous laisse a juger si M. le Prince, avec douze mille hommes, pourroit seulement avoir la pensée de prendre des quartiers d'Iiyver, ayant en leste une année plus forte.
L'advis, que je vous donnas dernièrement que Fuensaldagne se retirerait, estoil véritable, et la resolution en estoit prise; mais M. le Prince en tit tant de bruit qu'il le lit consentir à demeurer avec tout ce qu'il avoit amené, jusqu'à tant qu'il eust pris Hethel et Sle-Menehould.
L'Ondedei m'escril que M. de Vendosme souhaitoit d'emmener avec lin Monsieur de Beaufort pour commander l'armée navale pour le secours de Barcelone; mais je croy, par beaucoup de raisons, qu'on ne le doil pas permettre; car si ledict sieur de Beaufort a envie de bien faire, il pourroit estre utile en quelque chose de ce costé-cy, et, s'il a les mesmes intentions que par le passé, il pourroit faire eschouer aisément cette entreprise. Je croy pointant que, quand mesme le Boy voudroit qu'il y allast, Madame de Montbazon ', qui a des interests contraires, seroit plus puissante pour l'en empescher.
Kii signant celte lettre, je reçoy nouvelle que Hethel s'est rendu, parce que les habitaus n'ont pas voulu se deffendre davantage. Gomme je n'ay pas veu ledict sieur Le Rasle, je ne vous en puis mander les particularitez. M. le Prince marche en diligence avec toutes ses troupes vers S'-Menehould pour s'en saisir et faire ses efforts aprez, afin de s'asseurer le Bassigny 2 et asseurer par ce moyen, avec grande commodité, ses quartiers d'hyver. On nous asseure aussy qu'il réserve pour la fin l'attaque de Jametz3 et de tous les chasteaux qui sont aux
' Tous les mémoires du temps parlent au département de la Haute-Marne, moins
de M°" de Montbazon comme il.' la mai- l'arrondissement de Vassy. tresse dû duc de Beaufort. a Aujourd'hui bourg du département de
5 Le Bassigny faisait partie du gouver- la Meuse, arrondissement de Montmédy. nenient de Champagne et avait pour villes Jamelz faisait, au svn" siècle, partie du Barprincipales Langres el (lliaumont. Il répond rois français.
438 LETTHhS
Novembre t65». environs de Stenay ' et des autres places qu'il tient. Je vous laisse à juger en quel chagrin je suis de tout cecy, voyant que M. le Prince s'eslablil ainsy sans aucune opposition, et sans que j'ave encore aucune nouvelle de l'année du Roy.
CLXWI.
Ail', étr. . Franco, t. a6g; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin, f° 35y v\ —
Copie du temps.
\ ONDËDEI.
Sedan, 3 novembre iôô?.
(extrait.)
Mi dispiace d'esser obligato a rispondere aile vostre lettere delli 26 e 27 del caduto, mentre credeva di poterlo far àxvivavoce; ma non vedo che il Prencipe et i Spagnuoli mi voglino permittere d' obedire alli 01dini che tengo del Rè di rendermi appresso la M13 Sua, havendo preso Chasteau-Porcien, attacato Rethel, e sparso grau corpi di cavaleria da ogni parte in modo che sarebbe volermi esporre ad una perdita manifesta, se intraprendessi presentemente il viaggio e non difterissi a prenderne la risolutione.
Mazarin se plaini de la duchesse d'Aiguillon, qui s'entend avec ses ennemis :
Vi prego di dire alla Regina, per niia parte, che di nessuna persona io mi dilfido tanto, e stimo di dover più temere gl' artificii, che délia duchessa d' Aiguillon, la quale, con un falso pretesto del bene dello Stato, si fa lecito di dire quello che crede in elïetto poter esser utile a suoi interessi particolari. Sapendo d' havermi oft'eso non puol (sic) risolversi a pardonarmi e consentire che il mio ritorno appresso le Loro MM,a e la quiète del regno possino convenire insieme. Questa donna è unita con tutti quelli che si oppongono più tieramente allô ristabilimento dell' au-
1 Aujourd'hui chef-lieu de canton du déparlement de la Meuse, arrondissement de Montmédy.
Dl CARDINAL MAZAMIV 439
ihorita reale1, e tisogm cbe la Régirai sth hou avvertita perche dbpo Ntfvetnhw rôsia
élit' si sara insinuata cou discorsi oho in appareuza saranno a mioavvan-
taggie, «'lia nrendera il bempo per far il peggio che potra, ed in-
lende assai la f-orle per far dit' oeil' islesso tempo molli si adoprino a
Car riuscire i suoi dissc^ni. Ha grand intelligenza eon il duca d' Orléans
e non ha dimentirala cosa alcuna per mantenerlo nella cattiva disposi-
tione che ha contro di me. Il conte di Brienne è tutto suo, e sara bene
stalo che voi havessi detto alla Résina che vi haveva risposto intorno
al mio ritorno.
Dans le reste de celle dépêche, Mazarin revient sur ce qu'il a écrit à Le ïellier relalivemenl au traite' conclu avec le duc d'Orléans, et à ta nécessité de secourir Rethel et Sainle-Menehould, Barcelone et Casai. Il recommande à Ondedei de parler à la princesse palatine et de lui remettre une lettre de sa part'-.
CIAXM1.
UT. étr. . France, t. -'lio: t. 3o du recueil des Lettres de Mbzitrih, 1° 36A v°. —
Copie du temps.