V LA PRINCESSE PALATINE
Sedan, 3 novembre i6f)2.
(extrait.)
Je croyois estre plus tost à Paris que vous ne recevrez cette lettre, et pouvoir faire response de vive voix à la dernière que vous m'avez faict 1 honneur de m'escrire; mais les ordres du Roy m'ont esté envoyez si tard, que M. le Prince a eu le temps d'attaquer Rethel, et par ce moyeu de me fermer tous les passages, comme il l'avoit concerté avec M. de Lorraine et Fuensaldagne, à ce qu'on m'asseure, pour apporter des obstacles à mon retour ou me faire courre risque, si je me mets en chemin.
\oy. ci-ilessus, p. 345 el suiv. . une qu'il considère comme les adversaires d*> lettre du ô octobre ibô-2 où Mazarin in- l'autorité rovale. dique à l.e Tellier ses principaux ennemis, 2 Voy. la lettre suivante.
V'iO LETTRES
Novembre i65«. J'entreray donc pins en matière icy que je ne m'estois proposé, et, après vous avoir protesté que je me fie en vous comme en moy-mesme, je vous diray sur le sujet de M. le cardinal de Hetz que vous seavez mieux que personne de quelle sorte les choses se sont passées entre nous, et si je n'ay pas faict tout ce qui estoit humainement possible pour acquérir son amitié, de sorte que ne le pouvant pas obliger si solidement à l'avenir que j'ay faict par le passé, puisque je ne vov rien qui puisse esgaler le chapeau de cardinal que je lu\ ay procuré*, suis qu'il en ayt eu non seulement aucune recognoissance, mais qu'il avt désisté 'à faire le pis qu'il a pu contre moy et auprez de M. le duc d'Orléans et partout ailleurs où il a cru me pouvoir nuire; et ce que vous prenez la peine de me mander n'estant pas si précis que ce qui vous a esté dict là-dessus autrefois par ledict sieur cardinal, aussy bien qu'à Pennacors, qui a eu si peu d'eflfect, je ne sçay si la prudence permet qu'on se fie à présent à des paroles que l'on a esprouvé qu'il observe si mal et que vraysemblablement il donne plus par politique et afin d'avoir de meilleures armes pour nous faire du mal, que par inclination et avec sincérité. Je vous prie d'y faire reflexion, et après que vous en aurez parlé à la Beyne, j'acquiesceray entièrement à ce que Sa Mt<; approuvera.
Quelque resolution que l'on prenne à l'esgard dudict sieur cardinal, j'estime qu'il est important de le mesnager jusques à mon retour et que la Reyne mesme luy parle en sorte que, se flattant tousjours de l'espérance de pouvoir se remettre bien à la Cour, il ne fasse pas tout le mal dont il seroit capable et à quoy il se porteroit indubitablement sans cela; mais quoy que l'on fasse, j'ay peine à croire qu'il diflere tant soit peu à satisfaire son inclination, qui est naturellement portée aux cabales et aux intrigues.
' Voy. l'ouvrage de M. Ghantelauze, inti- dinalat. 11 aurait, au contraire, cherche' à
tulé : Le cardinal de Retz et (a question du l'entra ver.
chapeau. D'après cet ouvrage, Mazarin n'au- 2 Le verbe désister ne s'emploie ordinai-
rait pas concouru sincèrement, comme il rement qu'avec un pronom personnel. Il a
l'affirme, à la promotion de Retz au car- ici le même sens que cesser.
1)1 CVRDÏNAL MAZARIN.
M. de Turenne m'a envoyé u-v le sieur de Varennes1 pour me dire Novembrei65a qu'il avoil veu ledicl sieur cardinal 2, lequel luy avoit protesté qu'il souhaitoit de lier une estroite amitié avec moy, et que, comme vous m'escriviez plus en détail sur cette matière, je vous pourrois faire response. Je n a\ Paictsçavoir là-dessus à M. de Turenne que les mesmes choses en substance que je \ons escris.
M. le Grand-Prévost3 m'aaussyescritsurle mesme sujet, me pressant de ln\ respondre positivement; mais ne sçachant pas si c'est de son mouvement ou par ordre de M. le cardinal de Retz qu'il m'a escrit, je na\ pas laid response à sa dernière lettre, d'autant plus que je dois estre si tost à la Cour.
Tout ce que je crains, c'est que vous ne soyez trompée et que M. le cardinal de Retz, s entendant, comme vous le soupçonnez, avec M. de Chasteauneuf el M""' de Chevreuse, il ne se serve de vous pour amuser la Cour el éluder les resolutions que l'on pourroit prendre à son esgard, en attendant que sa cabale soit tout-à-fait formée et qu'il puisse faire quelque mauvais coup. Je sçay neantmoins que vous avez tant de clairvoyance qu'il est bien difficile de vous surprendre.
Roger de Nagu, marquis de Varennes.
maréchal <le camp en i64a, lieutenant général eu i655, mort en it)58.
Retï ne parle pas. clans ses Mémoires, des démarches qu'il lil faire, à cette époque, par Turenne et par la Palatine, pour se réconcilier avec Mazarin. Il se borne à dire qu'au moment de l'entrée du Roi dans Paris, il se trouva dans le Louvre auprès de Turenne. "Il (Turenne) me demanda bonnement et avec inquiétude si je me croyois en sûreté. - Je lui répondis : -Oui . monsieur, en
tout sens. « (Voy. le t. IV, p. 4o2-4o3, des Mémoires de Retz, e'dit. des Grands Ecrivains de la France. ) Le silence de Retz sur les démarches de Turenne et de la Palatine ne peut faire douter des assertions si précises de Mazarin. Il faut, d'ailleurs, remarquer que la lettre du Cardinal est adressée à la Palatine, et que cette princesse connaissait parfaitement toutes les démarches de Retz.
3 Voy. sur le Grand Prévôt, ci-dessus, p. 108, note 1.
NHZARIN. — v.