CXC1V
Bibl. nat. , ms. f. fr. , t. 6891, f° 3i3; original, en partie chiffre; fin autographe. — Bibi. Mazarine, ms. n° 1719, t. III, f° 2o5 v°. — Copie du temps.
À M. LE TELLIER
Châlons, a5 novembre i65a.
(extrait.)
Je suis ravy de ce que vous me mandez de la resolution de la Reyne d'employer l'authorité du Roy pour prévenir les maux qu'on doit justement craindre par l'expérience du passé, puisqu'il n'y a que cette fermeté qui puisse empescher qu'on ne retombe dans les mesmes inconveniens, desquels l'on a tant de peine à sortir tout-à-faict, et qui ont tant cousté à la France.
En mesme temps que les troupes de Fuensaldagne eurent passé à Yvoy l, je pris resolution de partir de Sedan avec toute la cavalerie que j'ay faict lever et [que] j'ay pu assembler en ces quartiers-là, et d'emmener mes niepces et tout mon esquipage, nonobstant que chacun fust d'advis que je différasse ma marche de quelques jours, à cause
1 Yvoy ou Ivoy, sur le Chiers , était une parlement et de l'intendance de Metz. Cette
place du Luxembourg français, comprise petite ville, à laquelle Louis XIV donna le
dans le duché de Lorraine et située sur la nom de Carignan , est auj. chef-lieu de can-
frontière de Champagne ; elle dépendait du ton du dép. des Ardennes , arr. de Sedan.
que le comte de Fueusaldagne, qui n estoit qu'à trois lieues de moy, en Novembre iG5n.
ayant advis, pouvoit aysement me l'aire insulte, en destachant un grand
corps de cavalerie; mais enfin ledict comte a poursuivy son voyage
avec environ quatre mille hommes (cavalerie et infanterie), à ce que
M. Fabert m'a laict sçavoir, lequel, à ma prière, avoit envoyé des gens
expiez pour les compter aux passages des ponts, et moy j'arrivay icy hyer
au soir, sans avoir rencontré ny amis, ny ennemis, parce que les troupes
de M. le Prince et de M. de Lorraine ont mis si bon ordre à tout ce
pays, qu'il ne s'est pas trouvé un seul homme dans tous les villages par
où j'ay passé.
J'ay esté tres-ayse d'avoir pris cette route; car je croy que la bonne réception qu'on m'y a faicte est advantageuse au service du Roy, puisqu'elle engage de plus en plus ces peuples contre M. le Prince, qui verra par-là que ny luy, ny Persan, ny d'autres encore qui publioient la mesme chose, n'estoient pas bien informez lorsqu'ils disoient que Rheims estoit tout-à-faict Mazarin, mais que, pour Ghaalons, il estoit à la dévotion dudict prince.
Je ne vous dis pas le détail de toutes les démonstrations d'affection qu'ils m'ont faictes, parce que vous le pourrez sçavoir d'ailleurs; j'adjousteray seulement icy que tout le bourgeois en armes est venu audevant de moy, et que les rues par où je devois passer estoient toutes remplies de peuple qui ne cessoit de crier : Vive le Roy ! et tesmoignoit une joye extraordinaire de mon arrivée.
Apres avoir faict tous mes efforts, soit par de nouvelles levées, soit en fortifiant divers regimens, soit en escrivant à MM. les mareschaux d'Aumont1 et d'Hocquincourt, et à divers autres de mes amis des frontières de Picardie et Champagne, afin d'assister le Roy de tout leur pouvoir en ce rencontre, je vous diray qu'outre ce que Gonthery mena à l'armée , après avoir fait entrer le secours à Sle-Menehould et plusieurs compagnies qui s'y sont rendues par mes soins, je croy de pouvoir, dans trois jours, renforcer encore l'armée de prez de trois mille hommes,
1 Voy. ci-dessus, p. lilta et suiv.
Novembrei65s. Seuon venant d'arriver qui en amené quatre cens, sans compter plusieurs gentilshommes et officiers qui viennent avec mov '.
.le fais d'ailleurs toutes les diligences possibles, en cette ville et à lîheims, afin d'y faire préparer tout ce qu'il y peut avoir de propre à servir pour reprendre Rethel et S^-Menehould, en cas que Dieu favorise le dessein de pousser M. le Prince ou de le battre. Et comme, sans me flatter, j'ay recogneu que ma présence pouvoit beaucoup contri- » buer au service du Roy en ce rencontre, et que je suis persuadé qu'il n'y a rien de sy important à l'Estat, ny si décisif dans les conjonctures présentes pour le bien des affaires, tant en dedans qu'au dehors du royaume, et pour l'advancement mesme de la paix générale, que d'empescher M. le Prince d'eslablir ses quartiers d'hyver et de se cantonner en cette province, j'ay creu que je ferois une faute irréparable et que je m'exposerois à un reproche éternel , si, voyant que je puis servir utilement à cette fin, j'eusse seulement hésité à différer de huit jours mon retour à la Cour pour un coup de partie comme celuy-là, d'autant plus que, si j'eusse esté à la Cour, je tiens que Leurs Majestez eussent eu encore plus de raison de me commander de venir icy, que lorsque je fus à Rethel2, parce que, tout bien considéré, il est sans comparaison plus important de bien sortir de cette affaire-cy que de l'autre.
Je croy aussy qu'on demeurera aysement d'accord que le repos de Paris seroit fort douteux, si M. le Prince continuoit à faire des progrez, et que rien n'est capable de le troubler3, si l'on peut avoir quelque advantage et que l'armée du Roy soit une fois maistresse de la campagne. Mon intention pourtant n'est autre que de voir toutes les troupes unies, [de] conférer sur les resolutions qu'on doit prendre et en laisser l'exécution à MM. les généraux qui demeureront à l'armée, pour me rendre ensuite à Paris le plus diligemment que je pourray. Je m'asseure que Leurs Majestez approuveront cette résolution, qui est absolument nécessaire à leur service. Vous pouvez croire que ce n'est pas
' Voy. ci-dessus, p. 4/19, note 3, ce " Au mois de décembre i65o. (Voy. le
que dit 1p duc de Navailies de l'escorte de t. III des Lettres de Mazarin , p. o,33.) Mazarin. ' De troubler le repos de Paris.
1)1 CARDINAL MA/ Mil \ 47?
sans beaucoup de desplaisir de me voir retarder, par là, l'honneur de Novembre! 65$.
leur rendre en personne les tres-liuinbles grâces que je. leur dois de
tant de bontea qu'il leur plais! d'avoir pour moy; niais ces mesmes
bontés m'obligent à préférer le bien de leurs affairés à toute autre
considération, sans qu'aucune peine ny dilliculté m'en puissent empes-
cher. Sur quoy m estant encore expliqué plus particulièrement au sieur
«le Langlade, qui vous rendra cette depesche, je me remets à sa vive
voix, comme au>>\ sur d'autres choses dont je luy ay donné charge de
vous entretenir.
\ ous devez avoir desjà sceu la prise de Bar-le-Duc1, et quoyqu'on ayt dict la mesme chose du chasteau de Void2, l'on n'en n'a pas confirmation. 11 est certain que M. le Prince avoit dessein de s'emparer de Toul: niais il y a grande apparence qu'il changera d'advis, les armées estant m proches, et M. le mareschal de La Ferté y ayant jeté quatre cens dragons de son costé, comme M. de Turenne cinq cens hommes du sien. M. de Nettancour3 a eu nouvelle, ce matin, que M. le Prince estoit aux environs de Conmiercy, que l'armée du Roy estoità deux lieues • le luy et qu'il n'y avoit entre ny bois, ny rivière.
AIT. élr. . France, t. 269, f i 1 7 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin.
— Copie du temps.
\ ONDEDEI
Châlons-sur-Marne, 26 novembre i65a.
( EXTRAIT
Per M. di Chasteauneuf havete detto la verita quando havete assicurato ch' io non [haveva]1 parte alcuna ail' ordine c' ha ricevuto di
1 Condé s'était emparé de Bar-le-Duc le Louis, marquis de Neltancourt, avait 19 novembre i652. été nommé maréchal de camp en 1 638 ; il
2 Void est auj. chef-lieu de canton du mourut en 1673. déparlement de la Meuse. 4 La copie porte havevo.
iuzari>. — t. 60
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LKTTRES
Novembre 1 65a. ri tirarsi ', poiche in efletto non ne hô saputo cosa alcuna; intanto aj)provo la condotta c havete tenuta in questo negotio, e vaglia il vero, nonostante quello mi scrivete che il cardinal di Retz non hà credito alcuno in Parigi, havrei ben più volontieri dato il mio voto per farne allontanare il detto cardinale che 1' altro, e voi vedrete, se non si prende qualclie buona risolutione sopra di cio, che ne arrivera qualche cosa di funesto, sopra di che dovete tener per indubilabile e parlarne in questi termini alla Regina, che il detto cardinale non ha altri disegni, nelle speranze che dà di voler andar a Roma, che guadagnar tempo per mettersi in stato di i'ar qualclie buon colpo; ed io per me non poteva ricevere [afllizione] 2 peggiore in questo proposito che quella di intendere che vuol esser amico mio e che me vuole visitare in arrivando a Parigi 3, poiche assolutamente tutto questo è diretto ad haver più il modo d' ingannarmi, e quando dice che non prétende altro che la sodisl'attione per qualcheduno de suoi amici, prima d' andar a Roma4, sa bene ch' è impossibile di dargliela; e mi vieil scritto c' habbia detto a suoi confidenti che gli era stato offerto, per parte délia Regina, che si gli pagarebbero tutti i suoi debiti e si gli darebbero cento mila scudi, se havesse volutofar il viaggio ; ma che non haveva voluto acconsentirvi. In fine , questo è un negotio che non puol [sic) star cosi, e che, se non vi si prende un pronto rimedio, il tempo lo rendera sempre peggiore. A parlarvi confidentemente, temo che alla prencipessa palatina5 non dispiaccia tirar di lungo questa negociatione:
1 Le marquis de Chùteauneuf avail été exilé d'abord dans sa maison de Leu ville (auj. départ, de Seine-et-Oise, arr. de Gorbeil). Comme on le trouva trop rapproché de Paris , on le relégua en Berri, où il mourut l'année suivante (-26 septembre 1 653), rechargé d'années et d'intrigues», dit M'"e de Motteville.
2 Le manuscrit a laissé un blanc après ricevere. H y a un mot omis , comme ajjlizione. On voit que ce mot était féminin, puisqu'il est représenté dans la suite de la phrase par le pronom quella.
1 A mon arrivée à Paris.
1 Les Mémoires de Guy Jo/y (édit. Michaud et Poujoulal, p. 8a ) prouvent que Retz demandait des gouvernements pour plusieurs de ses amis, tels que le duc de Brissac, le marquis de Fosseuse, le Bâcle d'Argenleuil ; une abbaye de vingt mille livres de rente pour l'abbé Charrier; une charge de secrétaire d'Etat pour Caumartin; de l'argent pour Guy Jolv, etc.
' On voit, par les Mémoires de Guy Joly. ipie la princesse palatine agissait de bonne
onde sara bene che voi siate ail' erla, e procuriate di conoscer il netto Novembre i65a. délia sua intontione sopra questo punto, ch' io stimo di grandissima importanza, non per quello che il cardinal di Relz puô fare presentemente, ma per quello che potrà Tare secundo i disordini che arriveranno.
Voi sapote se Madma d' Aiguillon ni' ha obligato ad havere afîettione per quello la pool [sic) riguardare, e sono persuaso in oltre che lei è cagione di tutti i spropositi, ch' hanno fatto i suoi nepoti1 e del pregiuditio che ne risulta alla inenioria di quel gran Cardinale; ma con tutto questo e con esser vero che il marchese di Richelieu non viveva bene ineco. \i assicuro c' hô un sensibil dispiacere del mancamento c' ha fatto e di vedere gl' heredi di un si grand huomo el a chi io hô più d' obligatione ch' a nessun altro, haver preso cosi belle risolutioni. Voi liavrete veduto per la Jettera ultima che vi ho scritta di Sedan2 i miei sentiment] sopra questo atl'are, del quale Madma di Beauvais non m' ha scritto mai una minima parola. Ho veduto con miraviglia quello mi scrivete intorno l' irnpegno délia Regina a sostenerlo, e, quando questo sia, io non hô da far altro che non intrigarmene, mentre S. Mta mi permetta d' usarne cosi per render questo rispetto alla memoria d' una persona a chi sono tanto obligato, e voi potrete parlarne alla Mla S. in questi termini, s' Ella vi ne dice qualcbe cosa, avvertendo di non impegnarvi in cosa alcuna con Madma di Beauvais; se ben io hô occasione di temere che voi non 1' habbiate fatto e che non habbiate approvato intieramente la cosa avanti la Regina, vedendo la maniera nella quale mené scrivete; sopra di che vi dirô in passando esser bene che voi andiate molto ritenuto nelle cose sopra le quali non sapete la mia intentione, poiche, corne è impossibile c' habbiate notitia délie ragioni che possono obligarmi a prender più tosto un partito che un altro,
foi dans cette affaire et pressait réellement Poussart du Vigeau , et le second , Jeanne- Retz de partir pour Rome. Raptiste de Reauvais. ( Voy. ci-dessus, p. A6o ,
1 Les neveux de la duchesse d'Aiguillon note 3.) étaient le duc el le marquis de Richelieu. Le 2 Voy. ci-dessus, p. 465. Le passage cité
premier avait épousé, maigre sa tante. Anne est à la page h 67.
Novembre 1 65a. puol (sic) succedere che, senza haverne la volonla. lacciale qualche cosa contro il mio senso e per avventura contro il mio servitio.
La Gorte è in possesso di decidere di tutte le cose senza esserne ben informata prima, e percio non mi meraviglio di quello si è detto di M. di Turcnna, il (jualc lia fatto quello doveva , e sicuramente, ><• fosse voluto avanzarsi a Sta Mcnehould, bavrebbe corso gran risquio d' csser disl'atto, poiche tutte le trup])e de! Prencipe e di Fuensaldagna, unité insieme, 1' haverebbero combattuto avantaggiosamente, <•. ben che sia vero che ladetta piazzà sia circondata da bosclii, è anche vero che, prima d'entrar ne i detti boschi, bisogna pussare una gran pianura; ma spcro che, nonostante le disgratie che si sono havute in questa provincia, il fine sarà buono, se piacera a Dio di lasciare operare le cose seconde '. Senza vanita credo d' baver contribuito non poco a rinl'orzare notabilmente 1' esercito del Re. Essendo persuaso chè nessuna cosa importa tanto al suo servitio corne impedire al Prencipe di venir a fine di suoi dissëgni rivolti a eantonarsi e rendersi padrone di questa provincia, ho risoluto di ritardare il mio ritorno per S giorni2, stimando di poterli ulilmente impiegare per il servitio délie MM'1 Loro, essendo indubitabile che, se si da qualche colpo al Prencipe, o -e vien costretlo dal nostro esercilo a ritirarsi in modo che si recuperino le piazze che ha occupate, S. Mla ne retirera un' notabile avvantaggio tanto dentro corne fnori del regno.
CXGVI.
Aff. étr. . France, I. H87, f° 298. — Minute corrigée par Roussereau.
À M. LE TELLIER
Saint— Dizier 3, 39 novembre 16
Je suis arrivé en cette ville sans y trouver aucunes oouveHes de
1 Nous avons déjà signalé celle locution ne revint à Paris que beaucoup plus, tard, empruntée à la théologie pour dire : si dans les premiers jours de lévrier 1 653. Dieu n'intervient pas miraculeusement. ' Mazarin, au lieu de profiter de i'éioi-
2 Mazarin, comme on l'a fait remarquer. gnement de l'armée ennemie pour revenir
1)1 C\I1I)1N\L M \Z\HI\. Ml
M. de Turenne; mais je De m'en estonne point, puisque, de trois Novembre i65i messagers que je lin avois depeschea dé Chaalons, deux oui esté pris, ci l'autre a esté contrainl de revenir avec ses lettres. Je luv en ,i\ envoyé trois autres d'icy, dont j'attens le retour. Je m'y suis arresté, personne u'ayani jugé à propos que je m'advançasse davantage avec les troupes que j'a\ amenées', parce que j'eusse pu aussy ay sèment rencontrer l'armée de M. le Prince «pie celle du Roy, ne sçachant |»as où elle est. On dicl seulement, mais sans certitude, qu'elle a marché vers Vaucouleurs; que celle de M. le Prince a passé au delà de la Meuze. et que MM. les généraux estoient résolus de le poursuivre, dont je ne doute point, puisqu'ils sont en estât de le faire, noslre armée, avec le dernier renfort qu'on y a envoyé, estant plus forte que celle des ennemis, et sçachani que l'intention de M. de Turenne estoil d'en user ainsy, lorsqu'il se seroit fortifié, comme il l'a faict, et que M. le Prince se seroit affoibli par la retraite du comte de Fuensaldagne.
Il court le bruit que M. le Prince veut aller en Bourgogne; mais je n'en crois rien sur ce qu'il ne pourroit trouver son compte dans cotte resolution. Je pense, comme il est aisé d'en juger par sa conduite, (puson dessein est de faire tout ce qu'il pourra pour conserver ce qu'il a pris, se tenant en des postes advantageux où on ne le puisse pas forcer à combattre. Je tiens, neantmoins, qu'il aura de la peine à en venir à bout, et qu'il se trouvera tous les jours plus embarrassé, s'il n'est à présent assisté du mauvais temps, comme il a esté jusques à cette heure favorisé du bon. Enfin, dans quatre ou cinq jours, on verra clairement à quoy cette affaire aboutira.
L'on croid desjà à Bar, qui n'est qu'à quatre petites lieues d'ic\. que ce corps1 doit investir la place. Je ne doute pas que celuy qui \ commande n'en ayt donné l'alarme à M. le Prince; et il se vient con-
à la Cour, suivant l'ordre «lu Roi et con- renne et forcer Comte et les Espagnols à
formément aux instances (t- ses partisans. évacuer ta Champagne, s'avançait vers le Nord, avec un petit corps ' Le corps d'armée qu'amenait Maza-
ile troupes . pour «e joindre à l'armée de Tu- rin.
Novembre 1 65a. tinuellement rendre des soldats qui se sauvent de cette garnison et de celles des autres places qu'ils [les ennemis] tiennent.
CXGVII.
Arch. nat., KK., t. 1075, f° i36. — Copie du temps.
À M. FABERT
Saint-Dizier, 3o novembre 1602.
(extrait.)
Je me suis arresté icy parce que nous n'avons point de nouvelles asseurées de MM. les généraux. On nous dict seulement qu'ils poursuivent M. le Prince qui , apparemment, se trouvera embarrassé par eux. J'ay depesché trois messagers pour sçavoir où se pouvoit faire la jonction de ce corps-cy avec l'armée. Ce renfort n'est pas si peu considérable, puisque, sans compter ce que M. lemarescbal d'Aumont y avoit desjà envoyé, nous y menons encore deux mille bons soldats. Si [d'après] ce que fera M. le Prince nous trouvions lieu d'entreprendre quelque chose, tout le monde est d'advis qu'il faudroit attaquer Sle Menehould. C'est pourquoy, sçachant quel est vostre zèle pour le service du Roy et combien vous prenez [part] aux choses qui peuvent contribuer à ma réputation, je m'adresse à vous pour vous demander vostre advis touchant ce rencontre, et pour vous prier de vivre en bonne intelligence avec MM. de Noirmoustier et de Bussy l, et de sçavoir, si, en cas de besoing, nous pourrions tirer de [leurs] places quatre à cinq pièces de vingt-quatre, les asseurant, sur la parole que je vous en donne, que je les feray remettre aux garnisons où on les aura prises, et l'on pourra mesme destacher de l'armée un grand corps de cavalerie pour les aller prendre et conduire tout droit à Ste Menehould. Je vous prie de me faire response au plus tost là-dessus.
1 Bussy-Lameth était gouverneur de Mézières, et Noirmoutiers, de Gharleville et de Mont- Olympe , comme on l'a déjà dit.
Décembre 1 652.
cxcym.
AH'. t;ir. . Angleterre, i. 6i, f° ioo. — Minute \ L'ABBÉ DE MONTAIGU1.
[Saint-Dizier], 1" décembre i<>5:! 2.
Ou j a> perdu tout-à-faict l'esprit, ou il n'y a rien si important et si nécessaire au service du Roy, au calme du royaume et au repos particulier de Paris , que ce que je fais, et cela l'est à un tel point que je suis persuadé que, si j'avois l'honneur d'estre auprez de Leurs Majestez, je serois obligé de venir icy dans une conjoncture où il y va de tout. Ce que je vous dis, c'est l'Evangile, et lorsque vous serez informé du détail des raisons, vous avouerez que, sans m'exposer à des reproches de peu d'affection et d'imprudence, je n'en pouvois user autrement, et je vous réplique et vous responds que l'affaire, que nous avons avec M. le Prince, allant bien, tout ira de mesme, et nous donnerons un grand coup pour L'a avancement de la paix générale, et, si M. le Prince continuoit à faire des progrez et [à] s'establir, toutes choses retomberoient dans une plus grande confusion et desordre qu'elles n'ont jamais esté. Enfin, croyez-moy, cette affaire ne dépend d'aucune autre, et le bon succez des autres dépend de celuy-cy. Je le crois bien acheminé, M. le Prince se retirant , parce qu'il ne peut tenir teste , et j'espère que Leurs Majestez »'ii auront du contentement, et que je pourrai retourner à Paris et les servir, sans crainte qu'on m'en empesche à l'advenir. Je vous prie de monstrer ce billet à la Reyne, n'ayant autre chose à vous dire pour response au vostre du a/i du passé, si ce n'est que je vous embrasserai plus tost que vous ne croyez.
' \ oy. sur l'abbé de Monlaigu, ci-dessus. l'avons déjà fait remarquer (p. 3oi,notei),
p. 233, uote 1, et p. 3oi, note 1. l'abbé de Montaigu était un des confidents
' Cette letlre est une réponse à ceux d' Vnne d'Autriche. Mazarin le charge de
qui pressaient Mazarin <1<- revenir à Paris. faire connaître à la Reine les raisons qui le
I.a Reine était du nombre, et. comme nous retiennent loin delà Cour.
Décembre 1669.
CXGIX.
A(T. étr. , France, t. 887, f° 299. — Minute de la main de Roussereau.
À M. LE TELLIER
Saint-Dizier, 1" décembre 1602 '.
(extrait. )
Je vous écrivis hyer par Vala voire2. Ce que j'ay à présent à vous adjouster, c'est que j'ay receu aujourd'huy une lettre de MM. d'Elbeuf et de Turenne, dont je vous envoyé l'original, où vous verrez que M. le Prince, marchant nuit et jour, s'est retiré en diligence et avoit quatorze à quinze heures d'advance devant l'armée du Roy, laquelle, par cette raison, ils [les généraux] ont jugé ne le pouvoir poursuivre que inutilement. Auparavant M. de Turenne m'avoit escrit qu'il [s'efl'orceroit]3 de le joindre et de le combattre, s'il se pouvoit. et, tout compensé4, c'estoit la meilleure pensée; mais je n'ay pas douté que M. le Prince n'y donnast bon ordre.
Il est impossible qu'il puisse subsister dans les quartiers où il s'est retiré, et je ne sçay pas le party qu'il prendra; car s'il pretendoit de venir au secours de quelqu'une des places qu'on attaquera, mal aysement il y pourra réussir, n'ayant point d'infanterie, et ayant affaire à une armée beaucoup plus forte que la sienne, qui ne demande autre chose que de combattre.
Je partiray demain matin, avec les troupes qui sont icy, pour m'advancer le plus que je pourray vers l'armée, et je croy de trouver M. le mareschal de La Ferté, qui aura amené tout ce qu'il avoit de troupes en Lorraine, estant débarrassé de Marsal et pouvant retirer
1 II semble que la minute porte i653; voire, nommé maréchal de camp en i65o mais tous les renseignements que contient et lieutenant général la même année; mort cette lettre prouvent qu'elle doit être datée en 1694, à quatre-vingts ans.
de i65q. Mot douteux.
2 François-Auguste, marquis de Vala- ' Mot douteux.
DU (.UiDLWL M VZARIN. 481
tlf Toul el des autres endroits tout ce qu'il y avoit jeté de soldats, Décembre 1 65a. puisque M. le Prince u'esl plus eu estât de songer a rien entreprendre.
M. le Prince, ayant intercepté des lettres que j'escrivois à M. deTu-
renne, en ayant eu advis des amys qu'il a à Chaalons et en d'autres villes (le deçà1, a sceu, à point nommé, mon arrivée icy, et je s<;i\ qu'y a depesché à Puensaldagne pour le presser de revenir a son secours; niais quoyque Fuensaldagne ayt faict halte, avec ses troupes, deux jours avant que passer à Givet pour voir peut-estre s'il y avoit lieu de taire ce que M. le Prince souhaitoit, j'ay des nouvelles, de Sedan et d'ailleurs. qu'A a passé ledict Givet et qu'il marchoit droit à Namur.
M. de Bar m'escrit que toute l'armée s'estoit fort resjouye de mon arrivée icy et qu'elle estoit entièrement disposée à entreprendre tout ce que l'on voudroit, nonobstant la rigueur de la saison; mais il me parie fort de la nécessité d'avoir cinq ou six pièces de batterie, et comme il me marque que M. de Turenne vous avoit escrit par advance d'en faire venir, pour cet effect, de Gorbeil ou d'ailleurs, et que je vous ay mandé la mesme chose, je m'asseure que vous y aurez donné bon ordre. De mon costé, j'ay travaillé à faire préparer toutes les autres choses qui peuvent estre nécessaires pour profiter de l'esloignement de M. le Prince et du bon estât où nous sommes,
Mazarin termine en parlant des troupes du duc d'Orléans, qui, comme on l'a vu. avaient d'abord été réunies à l'armée de Condé, puis rappele'es en vertu du traité conclu par Le Tellier avec ce prince, retiré à Limours.Le Cardinal insiste ensuite sur les moyens de retenir Gaston dans le parti du Roi, et enfin il demande de l'argent pour le payement des Suisses de l'armée royale.
1 Le sens est. : après en avoir reçu avis des amis qu'il a, etc.
MAZARI5. — v. Oi
IMri'IMF.RIE KiriOVâLE.
Décembre 1 65a.