‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 76 sur 145 · GC · texte numérisé non relu

GC

Bibl. nat. , ms. f. fr. , t. 6891 , f" 3^2. — Original.

À M. LE TELLIER

Rumij;ny-aux- Vaches ', 3 décembre i65a, (extrait.)

Tout ce que vous m'avez mandé avoir esté discuté entre M. le prince Thomas, M. Servien et vous à l'esgard du cardinal de Retz et ce que vous estimez, tous trois, devoir estre faict pour l'advantage du service du Roy, est fort bien2. Je vous advoue que je voudrois avoir donné de mon sang et que la conduite dudict cardinal ne contraignis! point Leurs Ma j estez à prendre des résolutions si fortes pourluy oster les moyens à l'advenir de jeter Paris dans le desordre et d'y exciter de nouveaux troubles, qui empescheroient le restablissement de l'authorité royale et serviroient d'aliment pour perpétuer la guerre civile dans le royaume. Mais il laudroit estre ennemy de l'Estat pour hésiter tant soit peu à estre de vostre advis, lequel je ne doubte pas qu'il ne soit avec grande rai-011 approuvé de Leurs Majestez.

11 me semble pourtant vous avoir escript de telle sorte sur cette matière, tant de Chaalons que de Saint-Dizier, outre ce que je vous ay mandé par toutes mes autres depesches, que j'ay subjecl de croire que l'on n'aura pas jugé à propos d'attendre cette response pour exécuter ce qui avoit esté projeté et en la forme que vous me marquez.

L'abbé Fouquet et l'Ondedei m'ont escript sur celte matière, et je ne leur ay faict autre response sinon que j'estimois nécessaire de ne rien négliger pour obliger ledict cardinal de Retz d'aller à Rome, et que, de

1 Auj. chef-lieu de canton du dép. des Une avait été chargée par la Heine de lui Ardennes, arr. de Rocroi. offrir, comme on l'a dit ci-dessus. On peul

2 II s'agissait d'arrêter le cardinal de comparer les Mémoires de Guy Joly (p. 81 Retz qui avait refusé d'accepter l'anibas- et 82 de l'édition Michaud et Poujousade extraordinaire de Rome, que la Pala- lai).

1)1 CARDINAL M\ZARIN. 488

façon ou d'autre, la Reyne debvoil prendre resolution là-dessus, puis- néoembrei65t.

qu'il ii v a\oil pas lieu d "espérer qu'il tinst un autre procédé à l'advenir que par le passé.

S\ l'on se sert de l'abbé Fouquet j>our le faire agir en quelque chose qui regarde l'exécution de ce qui aura esté résolu, je responds qu'il le fera fidèlement et franchement1. Cependant c'a esté très-bien d'entretenir la négociation, par le moyen de l'Ondedei, avec Mmp la princesse palatine, non seulement pour les raisons que vous me mandez, niais aiiss) parce «pie l'offre d'un si bon traitement pourroit porter ledict cardinal à l'accepter; et quand cela ne seroit pas, ce sera tousjours un grand advantage et une justification tres-plausible pour toutes les Jutions qu'on aura prises.

Et, en effect, je crois cela sy important, que j'eslimerois à propos qu'on donnast à Mme la princesse palatine un mémoire par escript qui continst le détail du bon traitement que Leurs Majestez veulent faire au cardinal de Retz, afin qu'il les aille servir à Rome. Ce qui pourroit consister, à mon advis, dans l'assurance de luy faire toucher par an soixante mille livres d'appointemens , qui luy seroient ponctuellement payez de trois en trois mois; qu'on se souviendroit de luy dans les occasions qui se pourroient présenter de vacance de bénéfice; que le Roy prendroit un entière confiance en luy, et qu'il auroit la principale part en toutes les affaires de Sa M.1^ en cour de Rome etmesme dans l'Italie, lesquelles, dans les conjonctures présentes, sont, par la conduite du Pape et d'autres princes encore et particulièrement par les progrez des Espagnols en ce pays-là2, d'une extraordinaire importance.

Je vous propose cela; car, en tous cas, il me semble qu'il sera trèsutile de pouvoir faire paroistre au public ce refus qu'il aura faict de tant de grâces sy considérables et effectives, et qu'il ayt abusé des bontez de Leurs Majestez, qui, par des moyens sy honorables, le retinrent de l'engagement où il s'estoit mis de nouveau d'allumer la sédition dans Paris.

1 L'abbé Fouquet avait été chargé de prendre toutes tes mesures nécessaires pour t'arrestation de Retz. — * Le verbe sont est répété, dans le manuscrit, après ce pays-là.

Décembre 1 65a. Je croirois aussy absolument nécessaire que l'on tinst toute preste la lettre bien raisonnée pour envoyer aux gouverneurs et aux parlejuens, à l'accoustumée, par laquelle on [leur] fist cognoistre l'obstination du dict cardinal à mal faire sans que l'excez des boutez, dont Leurs Majestez ont usé en son endroit, ayt pu ramener sou esprit tout-à-faict porté à la faction et à la révolte.

Et je jugerois qu'il seroit bon d'y spécifier en détail tant les grâces qui luy ont esté desparties dans la Régence, commençant par la coadjutoreriedel'archevesché [de Paris], par les maux qu'il a faicts en desbauchant M. le prince de Gonty, quantité de conseillers du Parlement et quantité d'autres personnes pour porter le Roy et la ville de Paris aux extremitez où on fut reduict en l'année 1 668, et il ne faut pas oublier qu'il prit cette resolution après avoir dict publiquement qu'il se vengeroit de ce qu'on luy avoit refusé le gouvernement de Paris.

On ne doibt pas y obmettrc aussy les sermons portez à la sédition, sa vye scandaleuse, ses advis dans le temps de la guerre de Paris tousjours tendant au meurtre, ses artifices pour se rendre maistre de la personne de M. le Prince, lorsqu'il insista avec tant d'opiniastreté pour le faire admener du bois de Vincennes à la Bastille l; ses intrigues pour engager Monsieur et beaucoup d'autres personnes à se déclarer pour sa liberté, croyant, comme il ne s'y est pas trompé, que c'estoit le moyen infaillible pour brouiller la maison royale et bouleverser tout le royaume; ses intelligences continuelles avec les ennemis de TEstat, estrangers et domestiques; les profusions qu'il a faictes en despenses: ses advis pour engager à la révolte et à toutes sortes de violences ceux qu'il croyoit propres à ses desseings et pour faire composer et imprimer tous les jours des libelles séditieux et capables d'inspirer un esprit de republique.

Comme cbacun est bien informé de la manière dont Leurs Majestez l'ont obligé et de tout ce qu'il a faict contre leur service, je ne m'estendray pas davantage. Je vous diray seulement qu'il faut bien faire

' Voy. le t. III, p. 7G9. note 1, des Lettres de Mazarin.

un narré de tout le passé, mais il faut l'onde r les résolutions qui seront D&embrei65a. prises contre lu> sur les fautes qu'il a l'aides depuis qu'il a eu l'honneur de voir Leurs Majesté/, à Gompiegne ', où il fui si bien receu; car, outre que. par ci' moyen, on ne fera rien de contraire à l'amnistie2, on le rendra d'autant plus odieux qu'estant comblé de nouveaux bienfaits et reveslu d'une dignité si relevée que le cardinalat, il n'a pas laissé d'avoir des pensées auss\ criminelles qu'auparavant.

Vous sçavez ce qu'il a laict pour empescher que le Roy n'àllast à Paris, pour obliger S. A. R. à n'en point sortir, pour fomenter les mal intentionnez du Parlement, et les rentiers, et les diligences qu'il laict, par le moyen de Dannery3 et d'autres de ses émissaires, pour faire assembler la noblesse et la porter à faire des propositions contraires au service du Roy.

J'estimerais qu'il seroil de la dernière conséquence qu'on ne laissast aucun soîng en arrière pour se saisir de quelqu'un de ceux que probablement le cardinal [de Hetz] a pratiquez depuis l'arrivée du Roy à Paris. Car il ne pour roi t y avoir rien de plus advantageux que sy on pouvoil prouver, par les formes, qu'il n'a rien obmis pour eschaulï'er les factieux à de nouveaux attentats contre le service du Roy et la tranquillité de la ville.

,bi croirois aussy qu'on ne debvroit pas laisser le père de Gondy4 dans Paris, et que, sy la Reyne ne jugeoit pas à propos de parler Ellemesme à M. l'archevesque de Paris5, on pourroit envoyer quelque personne capable vers luy pour luy dire les raisons qui auroient obligé le Roy à en uzer comme il auroit faict à l'esgard de son nepveu, et que

1 En septembre i65-2. (Voy. ci-dessus, * Pierre-Emmanuel de Gondi, père du

p. 2&0, note i.) cardinal de Hetz, était entré à l'Oratoire

5 L'amnistie avait été publiée, comme on après la mort de sa femme et avait pris

l'a dit, dans la séance du Parlement que le lés ordres sacrés. Il mourut en 1 6 0 a , à

Roi avait tenue au Louvre, le 22 octobre 81 ans. ih')-2. '' L'archevêque de Paris était Jean-

1 Voyez ci-dessus, p. 463, note 3. Ce François de Gondi, oncle du cardinal &'

nom est écrit tantôt Anaery, tantôt Dannery Retz; il mourut le -21 mars i654, âgé de

mi d'Anncry. 70 ans.

Dôcembret652. Leurs Majestez, ayant sceu depuis peu qu'il luy avoit promis solemnellenient, sur la sainte hostie, de ne songer jamais au cardinalat du vivant dudicf archevesque, et qu'il luy avoit manqué, Elles l'asseurent qu'EHcs (Leurs M[n) en sont bien marryes, et qu'elles ne souhaitent que de luy donner des marques de la satisfaction qu'Elles ont de sa conduite, le priant de s'appliquer aux choses qu'il pourra faire pour le service du Roy dans Paris, avec la fidélité et le zèle qu'il a tesinoignez en leur rencontre '.

11 faut se souvenir de porter l'affaire bien haut à Rome et avec le Nonce, qui est à Paris, s'expliquant en sorte que, sans le dire, on cognoisse que le Roy est capable de se porter à toute sorte de justes ressentimens sy le Pape, pour favoriser les Espagnols et pour continuer à tesmoigner sa mauvaise volonté contre les François, pensoit faire quelque chose de mal à propos en cette affaire.

Il faut prendre garde que je ne soys point nommé dans la lettre que je propose de faire, et il faudroit aussy examiner s'il seroit à propos que le Roy mandast au Louvre les agens du clergé et les prélats estant à la Cour, pour leur dire le regret que Sa Mu: a d'avoir esté obligée pour le bien de l'Estat de prendre cette resolution.

Surtout il importe de tourner la lettre en sorte qu'elle ne blesse point l'amnistie et qu'au reste elle fasse cognoistre que l'ambition et les intrigues dudict cardinal ont esté la principale cause des maux que Paris a soufferts et que le Roy ne s'est porté à la resolution qu'il a prise que pour empescher de nouveaux troubles qu'il (Retz) vouloit exciter.

Bibl. nat., ms. f. fr., t. 6891, f° 346. — Original signé.

À M. LE TELLIER

Rumigny-aux- Vaches, U décembre i65a.

Les dernières nouvelles que nous avons de M. le Prince sont qu'il 1 A leur égard.

estoil à Connnercy. L'année du Roy a quitté Saint-Mihiel1 et repassé Décembre 1 65 s la Meuze. On a pris résolution d'attacquer Ligny ' et Bar que l'on espère d'emporter bieutost, nonobstant qu'il y ayt six à sept~cens hommes danseette dernière place avec des chefs de réputation. M. d'Elbeuline mande que M. le marescbal de La Ferté-Senneterreavoit joinct l'armée avec un renfort considérable, et Talon que j'y avois envoyé m'escrit que jamais on n'a veu des soldats mieux intentionnels; qu'encore qu'ils n'ayent point eu de pain, pas un ne s'en plaignoit, et tous unanimement ne pensoient qu'à reprendre au plus tost les places dont M. le Prince s'est emparé. M. de Turenne me faict prier instamment par luy de liaster le canon. Je n'oublie rien de ce qui peut despendre de mes soings pour en trouver en ces quartiers; mais comme je nesçay pas asseurement si j'en pourray avoir, je vous prie de donner des ordres bien précis afin qu'on amené à Cbaalons, sans perte de temps, les pièces qu'on a faict partir de Corbeil, et, en cas qu'on leur lasse remonter la Marne, il tant prendre garde qu'il y ayt quelque escorte qui les puisse asseurer de la garnison de Hethel 3.

Je vous prie aussy d'envoyer en toute diligence à l'armée le tonds que vous m'avez desjà mandé qui avoit esté faict pour les travaux. Cependant je feray fournir tout ce qu'il sera nécessaire, comme j'ay desjà faict pour quantité de choses qui sont nécessaires et préparées, et mesme pour le pain, ayant encore aujourdhuy donné ordre qu'on en tienne prestes jusques vingt mille rations en ce lieu-cy et en deux autres de l'entour, estant impossible que Sainct-Dizier puisse fournir ce qui est nécessaire à l'armée. M. de Champlastreux '' m'assiste beaucoup en cela et en diverses autres choses, et il ne se peut rien adjouster au zèle qu'il a pour tout ce qui concerne le service.

' Auj. chef-lieu de canton du dép. «le In ' Jean-Edouard Mole, seigneur de Gliani-

Meuse, arr. de Coniniercy. plâtreux, t;lait intendant de l'armée. Mole

2 Ligny-en-Rarrois, auj. chef-lieu de eau- de Champlàtreux était le second fils de Malondudep.de la Meuse, arr. de Bar-le-Duc. thieu Mole; il fut reçu président à mortier

3 Mettre à l'abri des attaque* de la gar- en 1657 el mourut le 6 août 1082, d'après uison de Rethel. le Dict. de Moreri.

/j88 LETTRES

Décembre 1 65a, Je verray ce soir, ou demain malin, M\l. les généraux. Quoyque le temps se soit gasté et mis tout-à-faict à la pluye, l'on laschera, par la disposition on tout le monde est de bien servir le Roy, à surmonter ees obstacles et tous les autres qui se pourraient présenter.

Si l'on trouve jour à pouvoir dissiper l'infanterie que M. le Prince a jetée dans les places qu'il a prises, l'on n'en' perdra pas l'occasion; car si l'on pouvoist oster ladicte infanterie aux Espagnols qui en ont desjà tant de besoin, et tres-peu, l'on n'auroit pas tant de subject de les appréhender, la campagne prochaine.

Mazarin insiste ensuite sur la ne'cessite' pour lui de rester à Tannée et sur l'importance des avantages qu'il pourra assurer au Roi :

Estant certain que le succez qu'elle aura donnera le bransle à toutes les autres [affaires], tant dedans que dehors le royaume, vous verrez à quel poinct celles du Roy se restabliront, sy l'on empesche M. le Prince de prendre en France ses quartiers d 'h y ver et sy l'on le reduict en estât que d'estre gênerai dune armée du roy d'Espagne1, sans le pouvoir servir d'autre chose que de sa personne et des places qu'il avoit desjà avant tous ces mouvemens.

$ibl. nat. , ms. 1. fr., t. 6891, f° 346, — Original signé,

À M. LE TELLIER

LongeviHe s, 6 décembro i65a.

(extrait.)

Ayant esté obligé d'attendre jusques à nostre arrivée en ce lieu pour achever de faire mettre en chiffres la depesche que je vous fis hyer.

1 Fuensaklagne, en se séparant de Condé, : Village du dép. de la Meuse. Les dé-

lui avait laissé des lettres patentes du roi pêches du même jour sont datées, tantôt

d'Espagne, qui nommait ce prince généra- de Runiigny-aux- Vaches, tantôt de Longe-

lissime de ses armées. ville.

DU CARDINAL MAZARIN. /i89

parce qu'on n'y pou voit travailler à cause de la marche, je profite de Déeemb*ei65s ce retardement pour adjoustei icy les nouvelles que j'ay eues ce soir de l'armée, qui sont que la ville de Ligny1 a esté prise, après disner, classant, et que la garnison s'est retirée dans le chasteau où commande le sieur de Verduisant; que Commercy fut surpris liyer par les nostres qui taillèrent en pièces ou firent prisonniers presque tous les soldats de la garnison, en sorte qu'il ne s'est pas sauvé plus de trente ou quarante hommes dans le chasteau, que l'on pressera aussy bien que celuv de Ligny; et que M. de Turenne doibt marcher demain en deçà pour attaquer Bar-le-Duc avec une pièce de canon de seize et une de douze, que je fais venir de Sainct-Dizier, où je m'avisay de faire faire de nouveaux alTusts et de les mettre en estât de servir, dans la croyance qu'on en pourroit avoir besoing. J'ai sujet de croire que les ennemis feront en tous ces lieux-la plus de résistance qu'on ne pense; car il est constant qu'il y a prez de quatre cens hommes dans le chasteau de Ligny et six cens dans Bar et grande quantité de vieux officiers; mais il n'v a rien qu'on ne doive attendre de la bonne disposition en laquelle chascun tesmoigne d'estre de bien faire.

AIT. étr. , France, (. 888. pièce 167; original signé, en partie chiffré.

À M. SERVIEN

De Rumigny-aux- Vaches, 5 décembre i652.

(extrait.)

J'estois trop obligé à feu M. le cardinal de Richelieu et sa mémoire m est trop chère pour ne voir pas avec desplaisir la conduite que tiennent ses nepveux2, et qu'ils s'estoient si mal formez sur un si beau modèle;

' Ligny- en -Barrois, auj. chef-lieu de et non les neveux du cardinal de Richelieu,

canton du dép. de la Meuse, arr. de Bar- La sœur de ce cardinal, Françoise du Ples-

lo-Duc. sis-Richelieu, mariée à René de Wignerot,

1 Mazarin aurait dû écrire les petits neveux sieur du Pont-de-Courlay, en avait eu un mazarin. — v. 6a

IMI'MUEME NATIONALE.

'i90 LETTRES

DécembfoiôôB. mais cela n'empesche pas que je n'entre lout-à-faict flans les senlimeiis (|ue la Reyne a tesmoignez sur le procéder du marquis de Richelieu, qui est loul-à-faict indigne d'un homme qui porte ce nom '.

Je suis tres-hien informé de ce que vous avez contribué et des soinque vous prenez encore tous les jours pour remettre de plus en plus Paris dans l'assiette qu'il doit estre, et, outre la satisfaction que vous devez avoir de servir le Roy en une chose de cette conséquence, je vous en suis fort obligé en mon particulier.

11 est certain, comme vous me manquez, qu'il est de la dernière importance pour le service du Roy d'envoyer quelqu'un en Angleterre, en Allemagne et en Italie. Je vous prie d'en parler publiquement à Sa Mt,; et de luy représenter la nécessité de cette mission en présence mesme de M. le Surintendant, afin qu'Elle (SaMu) luy donne des ordres si précis de donner sans delay de quoy faire ce voyage à ceux qui seront destinez pour cela, qu'il n'y puisse pas manquer.

Il est vray que M. de Vautorte2 se conduisit très-mal, et j'en fus fort estonné; car je ne le croyois pas capable de faire une aussy grande imprudence que celle qu'il fit. Mais cela n'empesche pas que je ne demeure d'accord qu'il seroit très-propre pour envoyer à la diète de Ratisbonne, et que Sa Mtë en pourroit faire choix avec asseurance qui!

lils et une fille. Cette dernière fut la du- moires de M"' de Monlpensier [L II, p. 2 36chesse d'Aiguillon. Le fils, nommé François 287, de l'édit. Charpentier) disent que ce de Wignerot, eut deux fils, que le cardinal fut la duchesse d'Aiguillon qui s'efforça de Richelieu substitua au nom et aux armes de séparer les nouveaux époux. r-Dès le de sa famille. L'aîné, qui portait le titre de lendemain, dit Mademoiselle, M"" d Aiduc de Richelieu, avait épousé, en 16 4g, guillon l'enleva et l'envoya en Italie pour la marquise de Pons, malgré sa tante, la voir s'il persévérerait à l'aimer; mais, au duchesse d'Aiguillon, et avait pris part aux bout de quelque temps, il revint et l'a toucabales des princes en 1602. Le second, ap- jours fort aimée.»

pelé le marquis de Richelieu, venait d'épouser " Cassette de Vautorte. membre du con- M'u de Reauvais, fille de la première femme seil du Roi, avait été chargé, avec Gronde chambre de la Reine, comme on l'a dit lard de la Court et le baron d'Avaugour, ci-dessus, p. h 60, note 3. des négociations relatives à l'exécution de 1 D'après ce passage, le marquis de Riche- la paix de Westphalie qui présentait de lieu , après avoir épousé Jeanne-Raptiste de graves difficultés. (Voy. le t. III, p. 448. Reauvais, l'aurait abandonnée. Les Mé- des Lettres de Mawin.)

DU i:\l\Dl\ \L MAZAItliN.

s'en acquittera forl bien, .le crois pourtant que le baron d'Avaugour1, DéoembreafiS»i qui est desjà en Allemagne, et qui y a beaucoup d'habitude et de crédit, particulièrement avec les électeurs de Mayence'2 et de Trêves3, pourrait auss\ avoir part dans cette mission, en cas que M. de Vautorte ne pusl ou ne voulust pas \ aller. Je croy que M. de la Court'1 servirait aussy bien (pie luv et qu'il ne refuseroit pas de donner au Roj une nouvelle marque de son zèle.

Pour ce (jui est de M. le cardinal de Hetz, je n'ay qu'à me remettre a ce que jeu ay desjà mandé, de Cliaalons et de Saint-Dizier, à M. Le Tellier et à ce que je luy escris encore présentement.

Quoyque je ne présume pas beaucoup de moy, je suis persuadé que je ne serois pas tout-à-làict inutile auprez de Leurs Majestez dans les conjonctures présentes5, et vous croirez, d'ailleurs, aysement que je n'ay point de plus forte passion que d'avoir plus lost cet honneur-là; mais considérant celte afl'aire-cy G comme la principale et dont le succez bon ou mauvais donnera le bransle à tout le reste et particulièrement à Paris, je crois que Ton ne doit rien oublier pour y réussir; et, quand je vous en diray le détail, je m'asseure que vous trouverez cjue j'auroi> esté un fort mauvais serviteur du Roy, si j'en avois usé autrement que j'ay faict. J'espère pourtant que, dans peu de jours, je seray à la Cour; car, selon toutes les apparences, M. le Prince sera bientost fort esloigné des projects qu'il avoit faicts.

Los d'Avaugour étaient une branche bâtarde des anciens ducs de Bretagne. Le baron d'Avaugour, dont il a été souvent question dans les lettres de Mazarin, avait figuré comme représentant de la France auprès du roi de Suède, Gustav e-Adolpbe, et des généraux suédois, Torstenson et Wrangel.

* Jean-Philippe de Schœnborn fut électeur do Mayence de 1 6^17 à 167.3.

Philippe-Christian de Scetern, élu électeur de Trêves en 1 6q 3 , mourut en 1 662 .

' Henri Groulart, sieur de La Court, fils de Claude Groulart, premier président du parlement de Normandie, avait été un des représentant de la France à Osnabrùck pendant les négociations de la paix de Westphalie. Il mourut en 1 698.

r' Mazarin répond ici à un appel pressant que lui adressait Servien pour l'engager à revenir à la Cour.

0 La guerre contre Condé, les Espagnols et les Lorrains.

Décembre 1 6 5 2 . =========c=^=============

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