A CHANUT
[Paris], 8 mars i65-'i.
(f.\tr \ r r. )
Mazàrin répond d'abord aux plaintes de Chanut, qui avait reçu de l'ancien Surintendant, La Vieuvilte, des assignations, ou mandats, que les nouveaux Surintendants ne faisaient pas payer. li lui parle ensuite de la reine de Suède. Christine.
Ii semble que la rëyne de Suéde ayt quelque penchant pour les interests de M. le Prince; ce qui seroit d'un mauvais exemple. Je veux bien croire que, dans le fond, cela n'est point, et cette princesse est trop sage et trop intelligente pour ne sçavoir pas que l'interest commun des princes qui ne sont point en guerre, c'est de n'appuyer ni favoriser jamais la rébellion des sujets des autres princes à cause de la conséquence pour les leurs.
Outre cela, elle n'ignore point que l'interest de tous les princes, qui ne sont point de la maison d'Autriche, ne soit d'einpescher que la France, qui est un de ses plus grands contrepoids, ne salloiblisse par quelque guerre estrangere ou civile; que ce ne soit encore le particulier interest de la Suéde, que celte maison- souffre si mal volontiers
1 Jean Silhon, qui fut un des premiers 1667. Silhon a laissé plusieurs ouvrages qui
membres de l'Académie française, servait traitent de questions politiques et philoso-
de secrétaire à Mazarin pour les affaires de phiques. l'Europe septentrionale. Il vécut jusqu'en 2 La maison d'Autriche.
dans la possession dos Estats qu'elle occupe en Allemagne1, sans parlée Mars i653. de l'estime tres-particuliere que Leurs M1" Tout . comme Elles lo doivent . de la personne de la reyne, et des grandes et continuelles marques d'amitié <|iie les deux couronnes se sont rendues par le passé.
Je nie persuade donc, sur ce fondement, que la chose n'est point, et qu'il ) a en co^\ de l'équivoque et du mal entendu, qui peut avoir pris son origine de ce que peut-estre il sera arrivé que la reyne de Suéde, parlant du maniement de ce royaume et du parti où M. le Prince s'est jeté, aura plaint le malheur de ce prince et en aura parlé avec Je- paroles d'estime, à cause des belles et des grandes choses qu'il a faictes; ce qu'on ne peut point nier; mais pour cela elle ne peut ni approuver ni ne condamner pas ses dernières actions, ni son emportement contre ses princes et sa patrie. Vous mesnagerez cet ad vis, comme je vous ay dict, avec vostre discrétion et vostre adresse accoutumées, et me croirez tres-veritablement, etc.
CCXLVU.
Arch. nal., KK. I. 107Ô, f° 170. — ■ Minute.
\ M. DE FABERT
Paris, 1 2 mars 1 653.
(extrvit. )
Leurs Majeslcz croyent que. si M. le Prince est véritablement décidé à î-entrer dans son devoir. Elles ne peuvent point mettre cette négociation en de meilleures mains que les vostres; mais, comme d'autres personnes, qui parlent souvent, de sa part, sur lé mesme sujet, font tousjours entendre qu'il ne se départira, pour raccommodement, d'aucune des conditions sur lesquelles il insistoit pendant qu'il estoit à Paris, quoyqu'il soit vray de dire que les affaires ont fort changé de face en faveur du Roy, Leurs MM'" sont persuadées que tout ce qui se dict, de la part de M. le Prince, pour introduire une négociation, est
1 Ces États comprenaient les duchés île Brème el Verden. la principauté deWismar ■■[ la plus grande partie <le la Poméranie.
LKTTRKS
Mars i65S. plus pour satisfaire son parti que par aucun dessein qu'il avt de conclure, sçacliant d'ailleurs qu'il entre continuellement en de nouveaux engagemens avec les Espagnols, nonobstant que le traitement qu'il reçoit d'eux ne responde pas, à beaucoup prez, aux promesses qu'ils luy ont faictes.
Je sçay de source certaine que l'abbé Lamelh1 a -esté envoyé à Mezieres, de la part des amis du cardinal de Retz qui sont icy, pour tascher de mesnager M. de Noirmoutier2 et M. de Bussy3 et les porter à prendre quelque résolution en faveur dudict cardinal; mais, cognoissant les cboses telles que je fais, je puis vous asseurer que, lors mesmc qu'ils souhaitent le soulagement du cardinal de Retz, ils sont incapables de faire la moindre chose qui puisse blesser le service du Roy.
Dans les papiers qu'on a pris à Vineuil4, on a veu que la resolution de M. le Prince est de faire tous ses efforts pour acquérir entièrement les amys du cardinal de Retz et d'agir, de concert avec Fuensaldagne, pour attirer à leur party MM. de Noirmoutier et de Bussy, en s'obligeant de ne faire jamais la paix qu'à condition que ledict cardinal soit mis en liberté. Je sçay mesme que M. le Prince estoit en soupçon que le comte de Fuensaldagne pust conclure quelque chose avec eux à son insceu.
Cependant tout cela ne faict rien craindre : ces messieurs-là sont des plus zelez serviteurs que le Roy ayt. J'ay parlé là-dessus à diverses fois à Mmc de Chevreuse et à Mme de Noirmoutier5.
Pour ce qui est de la proposition qu'ils vous ont faicte toucbant le cardinal de Retz, elle ne me donne aucune peine; au contraire, elle
1 Adrien-Augustin de Bussy-Lamelh , né en 1621, reçu docteur en Sorbonne le 3 1 mai 1 6 5 1 , était un partisan dévoué du cardinal de Retz. Il mourut le 10 juillet 1691 et fut inhumé dans l'église de la Sorbonne.
2 Louis de la Trémoille ou Trémouille, marquis, puis duc de Noirmoutiers. (Voy. le tome lit, p. 267, note 3, des Lettres de Mazarin.)
3 Ce comte de Bussy était Antoine-Fran-
çois de Bussy-Lameth, qui mourut en juin i653.
* Louis Ardier, sieur de vineuil, dont parlent Tallemant des Réauxft. IV, p. 23 1 et 2 32 , édit. Techener, in-8°). et M"" de Motteville (t. III, p. 367 et hùo, édit. Charpentier). Il était attaché au parti de Condé.
5 Renée-Julie Aubery, femme de Louis de la Trémoille. (Voy. ci-dessus, p. 36o. note 2.)
me faict voir les généreux offices qu'ils rendent à leur aniy, et jV serois Mars l66! raw de taire quelque chose en sa faveur.
CGXLVIII.
BibJ. M&zarine, ms. 1719, t. V, -2' partie, f°' a5-3i. — Copie dû temps.