M. DE VENDÔME
[ Paris j, i S mars i (>.">.'i.
Cette lettre vous sera rendue ou envoyée par M. l'evesquede Xaintes '. (|iii pari d'icy, après avoir ajusté tout ce qui regarde le service du li<>\ avec M. le comte du Daugnon. \oussçavez do quelle importance est celte affaire*; ce qui me l'aict vous supplier d'en favoriser et faciliter l'exécution
eu tout ce qui pourra dépendre de vous et d'oublier mesme le passé, puisque lediet comte ne passionne rien tant qued'estre vostre serviteur. Ledicl sieur evesque vous dira ou escrira ledestail de toutes ceschoses; ce (jui me dispense de le l'aire, .le vous conjure, Monsieur, d'y adjouster une entière créance, comme aussy sur ce qu'il vous fera sçavoir de la Litnr*, et combien il est advanlageux que vous le dissiez armer et mettre en estât de servir, parce qu'estant un fort bon vaisseau, ce neseroitpas un mauvais renfort pournoslre armée. Si on pouvoit engager le sieur de Salnovc ' à prendre emplo\ sur la mer. commandant lediet vaisseau, ce ne seroit pas aussy une mauvaise affaire. Comme c'est un fortbon officier, on en pourroit tirer beaucoup de service. Lediet sieur comte du Daugnon m'a faict présent de sa galère et de ses autres petits bastimens5. Je verrai avec le sieur Chapelain0 ce qu'on en pourra faire. Je suis, etc.
1 Louis de Bassornpierre , évêque de de Colbert, publiée par M. P. Clément (t. III, Saintes. (Voy. ci-dessus, p. 55g, note i, 2e partie, p. aa5), d'ADge- Rodolphe Bides Lettres de Mazarin.) daud, sieur de Salnove, enseigne de vais-
s L'importance de cette affaire tenait sur- seau en 1 665 et capitaine en 1676, mort
tout à ce que les princes, privés du secours en 1700. C'est probablement le fils de celui
du comte du Daugnon. ne pouvaient se main- dont parle Mazarin.
tenir à Bordeaux. Le duc de Vendôme, charge ' Mazarin obtint en outre le gouverne-
de soumettre celte ville, avait donc le plus ment du port du Brouage et les salines de
grand intérêt au succès de la négociation la Sainlonge, dont le revenu était considé-
en lamée avec du Daugnon. rallie.
3 Du vaisseau lu Lune. 6 On a déjà vu que ce Chapelain élail
Il est question dans la correspondance un secrétaire du duc de Vendôme.
Mars 1 653. —
Aiï. clr. , France, l. 891, f 91. — Minute.
\ M. DE FABERT
Paris, a3 m;irs 1 653.
Je dois adjouster à ce que le sr de Bouteville vous a porté, par escril ou de vive voix, sur le sujet du cardinal de Retz et de MM. de Noirmoulier et de Bussy, que, le jour d'après son départ, il arriva icy une personne, de la part de ces messieurs, qui me présenta deux lettres, et vous en verrez la teneur par la copie que je vous en envoyé; elles sont assez pressantes, mais la response que j'ay faicte, dont je vous envoyé encore la copie, vous fera voir que j'ay usé de grande modération, souhaitant, autant qu'il pourra dépendre de moy, soit pour le service du Boy, soit pour l'inclination que j'ay de servir ces messieurs, qu'ils se tiennent dans le devoir et continuent à estre de mes amis, comme ils m'ont promis positivement en beaucoup de rencontres.
Pour cet effect, j'ay conféré trois ou quatre fois avec Mme de Clievreuse, pour laquelle je sçay que M. de Noirmoutier a les derniers respects, et qu'ainsy il déférera à ses conseils en toutes choses plus qu'à ceux de tous ses amis ensemble. D'ailleurs ladicte dame n'ayant nul sujet d'estre satisfaicle de la manière dont le cardinal de Betz a traité avec elle, on ne doit pas appréhender qu'elle prenne grand interest à ceux1 dudict cardinal, et surtout, comme elle vit admirablement bien avec moy, cela me donne lieu de prendre confiance en elle et [de] croire que, si elle se mesle de cette affaire, ce n'est pas pour l'amitié quelle ayt pour ledict cardinal, mais pour celle qu'elle a pour le Roy et pour moy et pour ledict sieur de Noirmoutier, qu'elle ne voudroit pas voir embarqué en des choses qui luy puissent estre préjudiciables, et pour cet effect, je suis asseuré qu'elle s'employera seurement auprez de luy pour l'empescher de rien faire de mal-à-propos.
1 Aux intérêts du cardinal de Retz.
.le vousoscris le détail de lout cecy, afin qu'estant informé, vous puis- ilfars i653 siezagir. de vostre costé, en la manière que vous jugerez plus à propos, sans tesmoigner pourtant d'avoir aucune cognoissance des diligences qne faid M"10 de Ghevreuse.
Il est certain qu'il y a des négociations entre M. de Noirmoutier et le comte de Fuensaldagne et des gens du party de M. le Prince, et nous avons veu cela encore plus clairement, depuis l'arrest de Groissy1, par des papiers qui ont esté pris.
Il est aussv certain (pie l'abbé Charrier0, qui estoit au cardinal de Retz, et qui est à Rome, a parlé au Pape, de la part des parens et amys du cardinal de Retz, et particulièrement de celle de MM. de Noirmoutier et de Bussy, asseurant Sa Sainteté qu'ils se porteront à toutes les extrémités pour la liberté dudict cardinal; mais, pour moy, je ne crois nullement que ces messieurs luy en ayent donné aucun ordre, mais plustost que ledict abbé se soit advancé pour escbaulTer le Pape et l'obliger à prendre quelque resolution vigoureuse, croyant3 estre assisté de tant de personnes considérables. Enfin, nonobstant ce que ces messieurs mont escril des négociations qu'ils ont, [et] de la croyance universelle que tout ce qu'ils feront pourroit ayder à la délivrance du cardinal de Retz, je croy tousjours qu'ils ne manqueront pas a ce qu'ils doivent au Rov et à la Reyne, à qui ils ont les premières obligations de toutes les grâces qu'ils possèdent; et je me souviens fort bien que M. de Noirmoutier a dict à beaucoup de personnes et à moy-mesme que, si jamais le cardinal de Retz estoit en peine et qu'il crust que son honneur l'obligeast à faire des choses extresmes en sa faveur, il commenceront tousjours par la remise de sa place4 au Roy, ainsy qu'il en avoit usé lors de la guerre de Paris5, qu'ayant quitté S'-Germain pour s'y rendre6,
1 Croissy-Fouquet. (Voy. t. IV, p. 795, 5 Lors de la guerre de la première Fronde
des Lettres de Marazin.) - eniG&g.
- Voy. ci-dessus, p. 678, note 1. ' Pour se rendre à Paris. On se rappelle
3 Parce que le Pape croira qu'il est assisté. que le Roi et la Cour occupaient alors Saint-
1 De la place dont il était gouverneur, Germain-en-Laye , pendant que les fron-
Charleville. deurs étaient maîtres de Paris.
58/i LETTRES
Mars 1 653. il m'envoya I;» commission de sa charge de lieutenant gênerai d'Anjou.
Les affaires de Guyenne vont si bien que, tout estant desjà conclu avec le comte du Daugnon, et la plus grande partie des troupes de M. le Prince estant defaicte, ou par des combats, ou pour s'estre rendue au Roy, et nostre flotte estant toute ensemble ' auprez de Bordeaux • où nous avons grand monde qui tesiuoigne ne soubaiter autre chose que de revenir au Roy, nous avons sujet d'espérer une révolution entièrement favorable pour Sa M** de ce costé-là. Je m'asseure que vous croirez aysement que je fais ce que je dois pour ayder à cela2, estant fort encouragé de voir que, depuis mon retour, toutes eboses sont allées à soubait, que l'authorité se restablit puissamment, et que je crois de voir clair que le Roy aura des armées fort considérables pour la prochaine campagne.
GGLII.
Arch. nat. , KK, t. 1221, f° 37A. — Minute.