‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 2 sur 123 · PENDANT SON MINISTÈRE · texte numérisé non relu

PENDANT SON MINISTÈRE

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 90, minute. — Aff. élr., France, t. 29, f° 3.89; original signé, avec post-scriptum autographe.

À M. SERVIEN

La Fère, a juillet 1C07.

Je vous escris cette lettre à part pour vous dire que j'ay esté sur- Juiliet lli57pris d'en recevoir une de M. le Procureur gênerai sur ce qu'on luy a dict que je me plaignois de sa mauvaise administration des finances et que toutes choses manquoient faute d'argent, me représentant que ces bruits le decreditent et le mettent hors d'eslat de continuer à servir utilement; et comme je sçay que ledict Procureur gênerai faict tout ce qu'il est dans la possibilité; que, si j'estois mal satisfait de luy, je le luy lesmoignerois à luy-mesme, et que je n'ay parlé à qui que ce soit des finances qu'à vous, en présence de M. de Lionne, vous disant une chose que je ne ferois pas scrupule de dire à tout le monde : rrque je rvoudrois bien que nous fussions plus au large; que nous eussions de rrquoy pourveoir à tant de despenses nécessaires qu'il y a à faire de crtous costez, et qu'il ialloit songer aux moyens de faire venir au profit rrdu Roy ce que l'on cstoit obligé de donner avec profusion aux gens (r d'affaires, parce qu'autrement nous manquerions tout d'un coup-»1,

1 Le vœu de Mazarin ne devait pas 80 millions de livresqui représentent 3a omii-

ie réaliser silùl. puisque Mallet, dans ses lions de francs d'aujourd'hui, rr En réduisant

Comptes rendus , nous apprend que, de i65G les remises [des traitantsjà 10 ou 12 p. 0/0,

à 1009, les ir traitants» reçurent plus de disaient déjà, en i6A4, les trésoriers de

iupniMr.nic >ationali.

Juillet i(;:>7. vous adjoustant que j'en avois parlé aiusy audict sieur Procureur gênerai, j'ay creu qu'eu l'entretenant là dessus vous auriez peut-estre trop exagéré et que cela luy auroit faict croire ce qui n'est pas, et je suis d'autant plus marry de son inquiétude que je sçay fort bien que je n'ay rien dict qui la pust causer.

J'ay leu les lettres et les mémoires du prince de Hombourg, par lesquels il me paroist deux choses : la première, que ledict prince, soubs prétexte de faire rapport de toutes les raisons que luy a dittes le comte de Fiïrstemberg pour l'eslevation du duc de Neubourg1, nous les insinue luy-mesme, parce qu'il désire plus que personne l'advantage dudict sieur duc, pour lequel vous sçavez bien que nous n'avons pas besoin d'estre excitez, et que le Roy souhaiteroit qu'il fust empereur preierableinent à tout autre, s'il y avoit lieu de le porter à cette dignité, parce que, asseurement, il a de plus grandes qualitez que le duc de Bavière, et qu'ayant desjà beaucoup d'all'ection pour cette couronne, laquelle [affection] s'accroisteroit par l'obligation qu'il luy auroit de celte eslevalion, nous en pourrions espérer des eifects très considérables, sans craindre qu'il en fust destourné par une mère , ou par un favory2. La seconde, c'est qu'il va bien viste en matière d'argent, ne lui coustant rien de conseiller de donner des millions, comme si nous nagions dans l'argent, ce qui vient asseurement du cbanoine

France à Paris, dans un mémoire au rrtinis- étaient un vaste compte « Profils et Pert"s~ (ère, il y aurait moyen d'épargner plus do de la grande maison française. i5 millions. » Ces prêteurs occultes étaient ' On a vu dans le tome précédent qu'il payés sur les « comptants »; les intérêts s'agissait de l'élévation du duc de Neubourg incroyables qu'ils exigeaient et qu'on n'eut à la dignité impériale. osé faire figurer dans les comptes publics se 2 Allusion à l'influence qu'exerçaient sur réglaient au moyen d'un rr acquit au conq)- le duc de Bavière sa mère, princesse autant n. Indemnités aux fermiers des impôts, triebienne , et son ministre favori, le comte courtages aux financiers, les «■ comptants a Kurtz*.

" Voy., dans les Mémoires du maréchal de Gramonl (éd. Micliawl, p. 997), le récit de l'inl-rvcnlion de Kurtz dans l'entretien que notre ambassadeur eut avec le due de Bavière : «Le comte de Kurtz, rapporte Gramont, commença tout d'un coup à dire que, pour lui, il ne voulait tromper personne; qu'il n'avait point conseillé à son maître d'accepter l'Empire, qu'il ne le lui conseillerai! jamais; et que ses raisons étaient si fortes et si bonnes sur ce sujet, que s'il les pouvait confier à quelqu'un, il était bien assuré que ce quelqu'unlà s'en paierait et trouverait qu'il avait grande raison de penser de la sorle.n

Arnaud, qui en est tout-à-fait persuadé ; car dans i'accez qu'il a eu JuiMe n».,7. chez vous, comme on n'y parle que des grandes sommes que l'on despense et des grands partys que l'on faict, qui sont le plus souvent des choses en l'air, il croit qu'il n'y a qu'à parler pour avoir de grands Iresors. Je remets à vous de luy faire la response que vous jugerez la meilleure, luy faisant cogno islre les bonnes intentions du Roy à l'esgard de M. de Neubourg, et la resolution de Sa M'd d'employer tous les moyens imaginables pour l'eslevatiou de M. le duc de Bavière, ou pour la sienne.

Post-saipium autographe :

Je vous envoyé les copies des deux letttres que j'ay escriptes à MM. de Turaine (sic) et de La Ferté, par lesquelles vous verres ce que il y a icy de nouveau. Il vous prie de les communiquer à MM. le Chancelier et Procureur gênerai et publier ce que vous estimerés à propos.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbcrt, t. 5i A, f° 91. — Minute.

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