AU PROCUREUR GÉNÉRAL (NICOLAS FOUQUET
La Père, a juillet 1 G 5 7 .
(extrait.)
Je vous advoue que j'ay esté fort surpris des plaintes que vous me faictes par vostre lettre, parce qu'elles n'ont aucun fondement légitime et que vous auriez beaucoup plus de sujet de me remercier de la manière dont je parle de l'administration des finances que de vous en plaindre. Je ne sçay si M. le mareschal de Grainont s'est trouvé présent quand j'en ay parlé à M. Servien et à M. de Lionne; mais je ne leur ay dict que ce que je vous dis à vous mesme, qu'il falloit chercher quelque expédient pour que le Roy espargnast les grandes remises que l'on est obligé de faire aux traictans, parce qu'il estoit à craindre que, ces sortes de profusions continuant à se faire, nous ne tombassions tout d'un coup. 11 est encore vray que je suis souvent cha-
Jnillci 1657. grin sur le sujet des finances, mais c'est par la qualité de la chose en soy et à cause de la disette où nous sommes et non pas contre vous, et si je n'estois pas satisfaict de vostre conduite, rien ne m'empescheroit de vous le tesmoigner à vous mesme, sans m'en expliquer à d'autres.
S'il estoit en mon pouvoir de reprimer cette licence de descrier toutes choses, que les François prennent, je les empescherois premièrement de parler contre la personne de Leurs Majestez, contre l'Estat, contre moy, et puis contre mes amys; mais c'est une liberté qu'ils ont toujours eue, qui s'est encore rendue plus grande dans le desordre des dernières guerres civiles, et particulièrement à l'esgard des gens de finances. Quand S1 Pierre seroit surintendant, il ne seroit pas à l'abri . de leur censure et de leurs médisances, et il me semble que les gens sages, comme vous, doivent peu se mettre en peine de ce que disent les sots1. Personne ne s'émancipe de parler devant moy, et quand je sçay qu'on vous a voulu rendre quelques mauvais offices auprès de Leurs Majestez, je les destruis aussytost par les asseurances que je leur donne qu'il ne se peut rien adjouster au zèle, à la suffisance2 et au désintéressement avec lequel vous servez. Que si de certaines gens, pour vous faire leur cour, vous rapportent le contraire, non seulement vous ne leur devez donner aucune créance, mais les rebuter fort et leur faire cognoistre que vous ne doutez nullement de mon amitié. Et par cette raison je ne veux pas prendre la peine de vous respondre sur ce que vous me marquez que l'on débite des grands remboursemens qui se font des gratifications que reçoivent vos amys, pour des bastimens que vous faictes faire3 et du mariage de vostre fille4. Car je vous ferois
1 Ce passage mérite d'être rapproché du 2 A la capacité', mot célèbre attribué à Mazarin : Ils chantent, s On sait que Nicolas Fouquet taisait donc ils paieront. Le Cardinal, si endurant élever à Vaux-le- Vicomte un château d'une pour son propre compte, sous le rapport des magnificence telle qu'il coûta, dit-on, dixpamphlets, pourvu que leurs auteurs ne huit millions.
passent pas de la parole à l'effet, avait toute '' Nicolas Fouquet avait épousé, en pre-
qualilé pour recommander la même patience mières noces, Marie Foiirclié. Il en avait eu
an surintendant. une fille, qui avait épousé, le 1 2 février 1657,
grand tort et à moy aussy si je croyois qu'il vous fust tombé dans la Juillet iot>7, pensée que j'eusse aucune part à des discours aussy extravagans que ceux-là. Enfin jamais personne, dans le poste où vous estes, n'y a eu tant d'autorité que vous.
Pour ce qui est de mes interests, je vous dis sans aucun chagrin que vous en pouvez user comme il vous plaira sans que j'en aye le moindre mescontentement, et plust à Dieu qu'en sacrifiant ce que le Roy me doit et tout ce qui me reste, je puisse voir les choses en estât qu'il ne nous manquastrien de ce qu'il est nécessaire de despenser pour le bien de son service. Je vous asseure qu'il n'y a Bien au monde que je ne lisse avec si grand plaisir, et à la vérité je ne ferois pas un grand elïort; car ce ne seroit que rendre au Roy ce qu'il luy a plu me donner, pour marquer la satisfaction que Sa Mté a voulu tesmoigner des petits services que j'ay eu le bonheur de luy rendre1.
Aff. étr. , Pays-Bas, t. 4i, f° i/15. — Minute de la main de Roussereau.
À M. DE TURENNE
La Fère, 3 juillet 1657.
(extb.ut.)
Comme je descendois de carrosse, le sr de Poys arrivé de Moule (ils aine du comte de Charost, gouvcr- faire arrêter et la conduile que devraient neur de Calais et un des quatre capitaines tenir ses ami-. Parmi eux, il mentionnait son des gardes du corps. On disait que Fouquet frère, l'abbé Fouquct. H eut, dans la suite. a\ait d'inné six cent mille livres de dot à sa des discussions qui amenèrent sa rupture fille. avec l'abbé Fouquet. Il corrigea les passages Malgré les protestations d'amitié de où il lavait cité, Ce projet a été conservé Mazarin, Fouquet était en défiance, et ce dans les manuscrits île la Bibliothèque nafut probablement eu 1657 qu'il rédigea le lionale (Cinq cents de Collierl, t. 2 35, fol. 8G projet qui fut trouvé plus tard à Saint-Mandé et suiv.). Il a été publié par M. P. Clément et fut une des pièces alléguées dans son et dans les Mémovree sur la vie privée ei puprocès. Il y indiquait les moyens de résister blique du Nicolas Fouquet. t. 1, p. /188 et au Cardinal dans le cas où il voudrait le suiv.
Juiiiei 1657. treuil, d'où il est parti ce mutin à huit heures1, nous a apport <'■ la nouvelle que M. le comte de Charost et M. le mareschal d'Aumonl avoient envoyé à M. le prince d'Harcourt de la retraite des ennemis, qui avoient marché de ce costé-là et s'estoient approchez dArdres dans le desseing de l'attaquer, mais qu'il y avoit desja trois mille cinq cens hommes de pied dans la place; que toute la cavalerie que l'on avoit destachée pour s'y jeter, avec les mousquetaires et mes gardes, estoit à Montholin preste à le l'aire, et que les gardes françoises et suisses esloient arrivées dez hyer à Montreuil, de sorte que le gouverneur, ayant faict tirer cinquante volées de canon sur eux, et voyant bien'2 qu'ils avoient pris de fausses mesures, ils s'estoient retirez dans leur pays, après avoir hruslé quelques maisons qui sont au faubourg de Calais, Guigne et d'autres villages circonvoisins, pour marque de leur rage et de leur desespoir; car, d'ailleurs, il me semble que ce seroit une assez fnible vengeance.
J'ay creu vous devoir donner cet advis en diligence, parce que je m'asseure que, sur cela, vous envoyerez ordre à M. de Gastelnau de ne point sadvancer, et que vous jugerez aussi à propos de ne retirer aucunes troupes du Quesnoy et de Landrecy jusqu'à ce que l'on voye quels rnouvemens feront les ennemis et quelle resolution il y aura à prendre.
AIT. élr. , France, t. 27/1, f° 871. — Copie du temps.
AU MARÉCHAL DE GRAMONT
La Fère, 3 juillet 1657.
(extrait.)
Je vous rends grâces de la peine que vous avez prise de voir, de ma part, Mme la princesse de Carignan3 et Mmo la comtesse de Sois-
1 Ce membre de phrase a été ajouté en interligne. — '2 Le sens est : et les ennemis voyant bien, etc. — 3 Marie de Bourbon-Soissons. (Voy. t. I., p. 916, des Lettres de Mazarin.)
sons \ Il ne se peut rien de plus ponctuel ny de plus obligeant. Je nie resjouis avec vous de l'accueil que vostre secrétaire a rcceu à Francfort2: C'est un bon commencement qui nous doit d'autant plus faire espérer des suites advantageuses.
J'ay veu ce que vous me mandez de la reyne de Pologne. Je croy Sa Ml<i trop équitable pour se plaindre de la conduite qu'on a tenue à son esgard, estant asseuré qu'on ne pouvoit pas en user autrement à moins d'aller ouvertement contre les règles de la prudence.
Inillcl 1 (').')-
Addition de la main de son Eminence ,
J'ay donné ordre au s1* Colbert pour les bagatelles3, et j'envoye à M. de Servien les papiers, afin qu'il vous les remette, lorsqu'il s'en sera servy.
Nous ne faisons que marcher, les ennemis et nous. Ils avoient résolu de nous prendre Ardres; mais les diligences qu'on a faictes poulies en empescher ont produit leur elïect, s'estant retirez en leur pays aprez avoir donné des marques de leur chagrin de nostre peu de complaisance et bruslant quelques maisons d'un faux bourg à Calais, la moitié de Juigné et cinquante ou soixante villages. Les courriers que j'ay depeschez à M. le marescbal d'Aumont et à M. le comte de Charost arrivèrent assez à temps pour advertir le gouverneur d'Ardres et y faire passer de Calais quatorze cens soldais de la garnison, autant des places de Boulogne et Monthulin', et plus de deux mille hommes de milice.
' Olympe Mancini, nièce de Mazarin, née à Rome en i64o, mariée au prince Eugène
de Savoie, comte de Soissons , le 20 février i(i.>y; elle avail élé, comme sa sœur Marie, 1res courtisée par Louis \IV, '-non pas tant pour sa beauté, dit Jiricnnc, que par la familiarité dans laquelle il vivait avec elle». Elle devint plus tard surinlendanlv de la maison île la Heine, lut évitée en i(iC5 à la suite d'une intrigue contre M"' de La Vallière, el Be relira en 167g à Bruxelles, après
l'affaire des poisons 011 elle avait été injustement impliquée. Mile mourut dans celte ville en 1708. (Voy., sur elle, le tome VU des Lettres de Mazarin, p. 669.)
1 Voy., sur l'arrivée «le nos ambassadeurs à Francfort, les Hémoires du maréchal de Gramonl (éd. Michaud), p. a88 et 290.
' On a vu dans le tome VII, p. 54 1, qu'il s'agit ici des présents que devaient l'aire les ambassadeurs.
' Cette petite ville, située sur 1rs fron-
JuiiM 1657. Le marquis d'Hocquincourt1 etLoinville2, que j'avois mandé à M. do Castelnau de destaclier avec quinze cens chevaux et cent soixante dragons , avoient faict une telle diligence qu'ils estoient arrivez assez à temps pour se jeter dans laditete place. Les mousquetaires du Roy et mes gardes, conduits par Baas3, s'estoient aussytost rendus d'icy à Monstreuil en deux jours, et six compagnies des gardes françoises et suisses, que j'avois pris le soin de faire embarquer à Corbie, estoient arrivées assez à temps pour estre de la partie.
Le bruit du siège de Calais sera sans doute parvenu à Paris, où il y aura de bons François qui auront conclud d'abord à la perte, sçachant qu'il n'y auroit rien de plus facile pour les ennemis que de faire la circonvallation du costé de la mer, ayant le roy d'Angleterre en personne avec eux; mais, Dieu mercy, tout est sauvé pour cette fois, et vous ne douteriez pas, je m'asseure, que je ne sois alerte pour tascher qu'il arrive de mesme à ladvenir.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 108. — Minute.
À M. DE TURENNE
La Fère, h juillet 1657.
(extrait.)
J'ay receu vostre lettre de ce matin, et j'ay veu l'ordre que vous avez donné à M. de Castelnau de s'arrester sur le ruisseau de Vermand". Co qui a esté fort à propos, afin que, si M. Reynolds5 le veut, il puisse
tières de la Picardie et de l'Artois, était au- 3 Jean de Castelmore de Baas ou Baats.
Irefois fortifiée. ( Voy. t. III, p. 767, des Lettres de Mazàrin.)
1 Voy., sur le marquis d'Hocquincourt, " Vermand est auj. chef-lieu de cant. du t. V, p. 523. note 4, desLeltres de Mazarin. dép. de l'Aisne, arr. de Saint-Quentin.
2 Anne des Boves-Goutenanl , marquis 5 Le chevalier de Beynolds était, comme de Lain ville, maréchal de camp en 16^9, on l'a vu dans le tome VII, p. ^76, général lieutenant général en 1 653, mort en 1688 des troupes anglaises que Cromwell avait (9 décembre). envoyées en France.
retirer les justaucorps qui sont à Peronne1; mais peut-estre la chaleur Juillet 1657. l'obligera à les laisser là quelque temps.
Je croy qu'il est absolument nécessaire que vous destachiez deux ou trois petits regimens, mais remplis de bons officiers, comme celuy d'Herbouvillc, pour envoyer à Montmedy; car je croy que ce petit secours ne nuira pas à la prise de la place; mais il ne faut pas perdre un moment de temps à les faire partir, donnant les ordres que vous estimerez à propos, afin qu'ils puissent joindre en seureté M. le maresci 1 al de La Ferté. Ce que je vous mande d'autant plus que je viens d'avoir advis que les ennemis avoient regagné la contrescarpe, où le pauvre Couvonges2 a esté tué, et quelqu'un adjouste le commandant de mon régiment italien3. H est vray que M. le mareschal de La Ferté mande à M. de Fabert que, la nuit du icr au 2 de ce mois, il faisoit estât de la reprendre et de la garder en sorte qu'un semblable inconvénient n'arrive plus.
Le Roy fera le voyage dont je vous ay escrit et pourroit bien partir aprez-demain. Ce pendant ce seroit un grand coup si vous pouviez venir à bout de l'affaire dont vous me parlez, et je m'asseure que vous n'espargnerez rien pour cela.
J'ay la confirmation de M. le mareschal d'Aumont de ce que je vous ay escrit cette nuit et j'ay veu que l'alarme avoit esté si chaude pour Calais4, que l'on avoit retiré effectivement beaucoup de monde d'Ardres afin de l'envoyer par mer à Calais. Je voy bien par là que je ne suis pas un grand capitaine; car j'eusse sans doute abandonné Calais sans prendre le moindre soin de le secourir"'.
' Cette phrase nous apprend que les sol- lieutenant général des années, lue en i646
dats anglais étaient habillés, du moins en an siège de Lérida.
partie, aux frais du gouvernement français. 3 Ce commandant était le s' d'Arnolliui.
C'était un fait exceptionnel, à celte époque (Voy. ce nom dans le tome VII, p. 598.) ou L'uniforme n'était pas encore en usage et ' Les ennemis avaient attaqué Calais et
où les soldats ne recevaient de leurs chefs pris un faubourg.
que l'armement et la solde. ' Une note avertit que la lettre suivante
1 le Couvonges était probablement le fils est la continuation de la dépêche adressée a
'I Antoine de Siaia ville, comte de Couvonges, Turenne.
uAiiRiit. — nu. 1
lWfni\!i mr. HATIQSALt.
Juillet 1667.
La Fère, in U juillet au soir.
Je vous ay escrit ce malin pour vous donner advis de la confirmation (]ue nous avions receue de la retraite des ennemis des environs d'Ardres, et je ne vous en envoyé pas le duplicata parce que je croy asseurement que vous avez receu ma lettre. M. de Chaulnes ' nous escrit la mesme chose de la retraite des ennemis; mais il adjouste qu'ils avoient destaché un corps considérable de cavalerie qui marchoit vers Tournay .sans bagage. Si l'advis est véritable, vous en recevrez des nouvelles du Quesnoy et de Landrecy.
Je ne sçay pas si la longueur du siège de Montmedy par la vigoureuse defîense des assiégez pourroit faire venir [aux ennemis] l'envie tout de bon d'y aller, et quoy qu'il n'y ayt aucune apparence, j'estime que, à tout événement, il ne seroit pas mal que vous prissiez un poste, duquel vous pussiez, en cas de besoin, vous rendre au camp de Montmedy avant les ennemis. Je gagerois tout ce que j'ay au monde qu'il ne leur tombera pas seulement dans la pensée d'y aller; mais comme vous n'avez rien à faire, il semble que ce ne sera pas agir contre la prudence de prendre toutes les précautions imaginables.
Je vous ay escrit que j'estimois absolument nécessaire que vous destaschassiez deux ou trois regimens, qui tous ensemble fissent le nombre de sept ou huit cens hommes2, pour envoyer ce petit secours d'infanterie à Montmedy. Je vous réplique la mesme chose et d'autant plus que les nouvelles que je reçois de ce costé-là portent que les attaques ne se faisoient pas avec grande vigueur; mais je vous prie que personne n'ayt cognoissance que je vous en aye escrit.
Le Roy partira après-demain sans faule, et je suis tout-à-fait persuadé que ce voyage sera fort utile; car la présence de Sa Mtd eschauf-
1 Voy. t. V, p. 52 4, noie 2, des Lettres çaises. Les régiments dits étrangers avaient de Maiarin. en général beaucoup plus. Mais Mazarin a
2 L'eft'ectif d'un régiment d'infanterie de- spécifié, au commencement de cette lettre , vait, alors, être régulièrement de cinq cents qu'il s'agit ici rrde petits régiments», c'esthommes au moins, pour les troupes fran- à-dire de régiments incomplets.
fera tout le monde, et je sçay qu'en mon particulier je ne gasteray Juillet 1657. rien. Je vous mets en considération s'il seroit bon que, pour plus grande seureté de la marche du Roy, vous envoyassiez un grand party de deux ou trois cent chevaux auprès de Rocroy, afin d'empescher la sortie d'un grand corps de cavalerie qu'on dict estre dans la place. J'attendray response sur tout cecy, et je vous prie de me mander si vous avez quelque espérance de l'affaire dont vous avez pris la peine de m'escrire ce matin.
Bibl. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, 1° 111 v°; minute. — AIT. élr. , France,
t. 272, f° ikk; copie du temps.
À LA REINE1
Rethel, à juillet 16^7.
Nous allons entendre la messe pour partir tout aussytost, la journée
estant aussy longue que lorsque la Reyne la fit'2. Vous lui direz3, s'il vousplaist, que le Confident'' se porteroit fort bien, s'il n'estoit malade de l'impatience de se rendre promptement au camp de Montmedy; mais il est tombé luy-niesmc d'accord qu'il faut séjourner demain à Sedan. Il a grande tendresse pour vous, et si je ne croyois trop enchérir, je vous dirois qu'il vous aime plus que l'armée. J'espère que nous quitterons bientost celle qui faict le siège; car, à ce que je crois, la place va être dans peu aux abois, et je m'asseure que vous n'en serez pas faschée, ayant pénétré que la haync que vous avez pour le Confident'1 «•si médiocre.
' Dans cette lettre, comme dans la plu- rail indiquer (pic Mazarin s'adresse à une
part des lettres chiffrées, Mazarin parle de personne qui doit servir d'intermédiaire entre
la Reine, tantôt à la seconde personne, tantôt la Heine et lui; mais la suite de la lettre
;i la première. prouve que c'est bien à la Reine qu'il écrit.
1 Se rendit de Rethel à Sedan. (Voy. t. VI, * On a vu dans les tomes précédents que
p. 180.) ce mol désignait le Roi, dans la correspon-
1 ette locution : vous lui direz, semlilr- dance entre Mazarin et la Reine.
Juillet 1657. Il a faicl la plus grande partie du chemin à cheval. On luy a donné des alarmes, qui l'ont obligé à faire advancer des escadrons; mais il n'y a pas eu de sang respandu. Le plus beau régal qu'on luy eust pu faire auroit esté de luy présenter en elfect quelque nombre d'ennemis; mais je prévois que son malheur voudra qu'on n'en rencontre pas en ce voyage. Pour moy, je m'en console, et je m'asseure que vous en ferez de mesme. Il m'a dict de faire ses recommandations à Monsieur, de qui je suis tres-humble serviteur, et le vostre jusqu'à la mort, sans aucune reserve**.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 98 v"; minute. — Aff. étr. , France,
t. 272, f° 1&0; copie du temps.
À M. SERVIEN
(extrait.)
La Fère, 5 juillet 1607.
Nous pouvons faire un estât asseuré des trois électeurs ecclésiastiques, et je ne doute pas que nous ne puissions, à plus forte raison , nous tout promettre de l'électeur de Brandebourg1, puisque son interest et son
1 On verra , par la suite des négociations , que Mazarin s'abusait en se croyant sûr de la majorité des voix dans le collège électoral. Mais l'opinion du Cardinal était celle de la majorité des contemporains. Le sceptique Guy Patin en fournit la preuve : «Des sept Électeurs , écrivait-il à Cbarles Spon le 1 9 septembre 1657, nous avons cinq voix, et le roi de Hongrie ne sera pas Empereur. L'arcbiduc Léopold n'est pas assez ricbe pour l'être; mais si l'on ôte cette plume aux ailes
de la maison d'Autriche, qui sera donc l'Em-
pereur? an Bavarus? an
Sa.
xo ? an ipse pur-
puratus noster?'. Je voudrais l'avoir vu Empereur, entouré de janissaires à la romaine in solio hnperalorio. Lui et Croimvell et le général des Jésuites seraient trois beaux personnages pour représenter l'état tyrannique du misérable temps auquel Dieu nous a reservez. Pour notre Roi , je ne pense pas qu'il voulût s'arrêter à si peu de chose : l'Empire d'Allemagne est au-dessous de sa grandeur.
" Sera-ce le duc de Bavière? on l'électeur de Saxe? ou notre Cardinal lui-même? On sait que Guy Patin aime à railler Mazarin et à lui prêter des idées ridicules. C'est ce qu'il ne manque pas de faire en cette circonstance.
inclination le portaient desja à se conformer aux intentions du Roy. J"iliet ,6r» On a escrit, comme vous sçavez, d'assez bonnes raisons, de ce costélà, pour espérer qu'il s'affermira de plus en plus dans le party qu'il a pris.
Il reste l'électeur palatin1, duquel il se faut asseurer au plus tost, en exécutant ce que vous avez comme ajusté avec son résident.
Je considère [que]2 peut-estre reussiroit-il au duc de Neubourg-"' d'eslever sa fortune en cette rencontre, et pour moy, je croy que son eslevation seroit plus avantageuse au service du Roy que celle de M. de Bavière; mais c'est à luy à s'aider- en cela, s'abouchant, comme nous avions desjà dict, avec l'électeur de Mayence, et taschant de se le rendre favorable preferablement à tout autre, et donnant en mesme temps carte blancbe pour terminer les différends qu'il a avec l'électeur de Brandebourg. Vous en discourrez, s'il vous plaist, avec M. le marescbal de Gramont, et vous me manderez si on juge qu'ils4 doivent faire quelque chose là-dessus. Vous voyez bien pourtant de quelle conséquence il est de tenir en pensées bien secrètes, afin que le duc de Bavière n'ayt sujet de se plaindre.
Mazarin entretient ensuite Servien de questions financières. Il termine par le paragraphe suivant :
Le Roy partira demain pour aller à Montmedy, et la Reyne demeurera icy. Les assiégez font une deffense extraordinaire. Vous donnerez, s'il vous plaist, cet advis à tous ces messieurs, et vous direz que l'occasion plus seure pour escrire est celle de l'ordinaire de Sedan , adressant les lettres à M. de Fabert.
et vingt-cinq mille ecus de rente ne sont 2 La copie porte et. rion an plus puissant roi de l'Europe, et ^ Voy., sur le duc de Neubourg, t. V, p. g néanmoins celle qualité no vaut que cela et lome VII, p. 79, des Lettres de Mazarin. par an à celuy qui la possède» * Mazarin pense aux deux ambassadeurs, 1 Charles-Louis de Bavière, «'lecteur pa- Gramont et Lionne; ce qui explique le plulatin, de 1 648 à 1680. riel.
Bibl. nat. , ras. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 100; minute. — AIT. étr., France,
t. 272, f° 1^2; copie du temps.
A M. DE THOU
AMBASSADEUR EN HOLLANDE
(extrait.)
La Fère, 5 juillet 1 65^
J'espere qu'à la fin, bien qu'un peu tard, vous recevrez mes despesches. J'ay leu avec beaucoup de plaisir la vostre1, par laquelle vous faictes le récit de ce qui s'est passé avec les commissaires de MM. les Estats, de la resolution qu'ils ont prise de réparer l'injure que Ruyter avoit faicte au Roy, en renvoyant les prisonniers et rendant les vaisseaux qu'il avoit pris2. J'ay esté bien ayse que l'affaire se soyt ainsi passée. Sa M16, à qui j'ay faict valoir le zèle, la prudence et l'adresse avec laquelle vous vous estes conduit en cette rencontre, est fort satisfait de vos soins, et chacun est persuadé que Sa Mté sort de cet embarras avec réputation. Je m'en resjouis avec vous de tout mon cœur, et vous prie d'estre asseuré que je ne perdray aucune occasion de faire valoir Vos services.
Je me remets, pour le détail de toutes choses, à la depesche de M. de Brienne. Je vous diray seulement qu'outre les ordres que j'ay supplié
1 Les dépêches du président de Thou pendant son ambassade sont conservées aux Affaires étrangères, dans la correspondance de Hollande. Les minutes des dépêches de cet ambassadeur sont entre les mains de M. le baron d'Hunolstein , ainsi que les originaux des dépêches que lui adressaient Mazarin et Brienne. M. d'Hunolstein a conservé et classé avec le plus grand soin ces
papiers de famille qu'il avait communiqués à M. Chéruel.
2 Voy. la correspondance échangée à ce sujet, dans le tome VII, p. £62 et 5o5 des Lettres de Mazarin. La rupture avait été à la veille d'être consommée entre la France et les Provinces-Unies, et l'on devait principalement au savoir-faire de notre ambassadeur la conservation de la paix.
le Roy de faire donner pour la restitution des deux vaisseaux appar- Juillet 1657. tenant à quelques marchands d'Amsterdam, dont vous m'avez envoyé un mémoire, j'ay escrit fortement à M. de Mercœur et à M. le chevalier Paul1 pour faire tout rendre sans delay et bien traiter les matelots. Je prétends aussy de supplier Sa Mu: de faire lever absolument toutes les saisies à l'instant que les prisonniers2 se seront présentez devant Elle, puisqu'on ne peut pas douter que Ruyter n'exécute l'ordre qu'il a receu de rendre les vaisseaux au premier port de France; et pour ce qui est de la déclaration pour faire cesser toutes hostilitez et pour traiter les vaisseaux de Hollande comme les autres appartenant à ceux avec qui nous avons des traitez, j'ay desja dict à M. de Brienne de la faire expédier et de l'envoyer dans tous les ports du royaume; à quoy je tiendray la main qu'il n'y ait aucun retardement ny faute.
Si vous croyez que, pour obliger d'autant plus ceux qui vous ont parlé des deux vaisseaux d'Amsterdam, il faille leur payer le fret pour un mois qu'ils ont servy, pour porter de l'infanterie de Toulon à Viaregia3, vous n'avez qu'à me le faire sçavoir, et je donneray les ordres nécessaires pour cela.
Sa Mlc: a tesmoigné grande satisfaction du zèle qu'ont tesmoigné pour son service les personnes que vous nommez dans vostre depesche. Il les faut, s'il vous plaist, remercier de sa part et les asseurer que, s'il y a occasion de leur donner des marques de sa bienveillance, ils en peuvent faire estât; et si vous voyez qu'il faille faire quelque chose présentement pour quelqu'un d'eux, je vous prie de me le mander, et je m'employeray pour la faire réussir.
Il faudra, comme vous dictes, travailler à présent à l'accommodement de MM. les Estats avec le Portugal, et ce sera un grand bien,
1 Le chevalier Paul, de Saumur, dont il au service de la France en qualité de chef
a drjà été question dans le t. VII, p. 584, des d'escadre. 11 mourut à Toulon en 1667. Lettres de Mazarin, était alors lieutenant ' Lorsque les Français, faits prisonniers
général et devint plus tard vice-amiral. par les Hollandais, se seront présentés devant
V 80 mer, près du château dTf, eu 1 097, le Hoi.
il commandait un vaisseau pour l'ordre Ou plutôt Viareggio, ville et port du
de Malte quand Richelieu l'avait attaché duché do Luoques.
Juillet 1657. s'ils envoyent promptemenl la conclusion du traité qu'ils ont faict avec le roy de Suéde l.
AIT. étr., Pays-Bas, t. lit, f° 170. — Minute de la main de Rose.
À M. DE TURENNE
Sissonne, 6 juillet 1657.
(extrait.)
J'ay receu vostre billet de ce matin. Je vois l'advis que vous donne M. le marquis de Crequy; mais après ce qui s'est passé en ces quartiers-là et le nombre de troupes que vous y avez, j'ay peine à croire que les ennemis y puissent rien entreprendre. Neantmoins il sera tousjours bon d'avoir l'œil ouvert à ce qu'ils feront et se tenir sur ses gardes.
Le siège de Montmedy va parfaitement bien2. J'ay confirmation que la contrescarpe est entièrement à nous, et M. de La Ferté et M. de Navailles me mandent tous deux que la place ne peut manquer d'estre au Roy dans huit ou dix jours tout au plus.
M. le mareschal de La Ferté avoit destaché douze escadrons pour vous aller joindre; mais, sur un advis qu'il a eu qu'il estoit passé quelque corps à Givet pour venir à luy, il les a retenus. J'attendray de vos nouvelles sur ce que je vous ay envoyé dire là-dessus ce matin par le sr de Chazeron; car si vous jugez que cette cavalerie-là vous soit nécessaire, je vous la ferez envoyer aussytost.
1 Voy., à ce sujet, l'introduction du à cause des rochers qui se trouvaient près tome VII des Lettres de Mazarin, p. xm. Le de la contrescarpe. . . »; on était resté quel- Cardinal redoutait pour le roi de Suède, que temps dans une fort mauvaise opinion notre allié, l'hostilité de la Hollande et s'ap- du siège, crée qui obligea le Roi de s'en appliquait à la prévenir. procher et ensuite la Reine. ..«De fait,
2 Turenne dit dans ses Mémoires (éd. Montmedy ne se rendit qu'après plus de Michaud, p. 484) : «Le siège de Montmedy deux mois de tranchée ouverte et à la suite dura beaucoup plus que l'on ne l'avait cru, d'une résistance opiniâtre.
Juillet 1657.
Bibl. nat., ms. f. fi\, Mélanges de Colbert, t. 5i A , f° m. — Minute.
A LA REINE
Sissonne1, 7 juillet 1657.
Je vous prie de dire à la Reyne que son Confient (le Roi) se porte bien et qu'il partira bientost pour se rendre de bonne heure à Rethel. Il m'a ordonné de vous asseurer plus que jamais de son amitié, et quoyqu'il ne s'en explique pas tout à fait, son appréhension, présentement, consiste [en ce qu'il craint] que Montmedy n'ayt capitulé auparavant qu'il se soit rendu au camp; mais cela ne sera pas, et j'en serais tres-fasché. Les nouvelles, pourtant, que j'ay receues hyer au soir et ce matin, sont fort bonnes, estant maistres comme nous sommes de la contrescarpe et du chemin couvert et les assiégez ayant beaucoup relasché, à ce qu'on m'escrit, de leur vigueur depuis trois jours. Vôylà tout ce que je vous puis dire, en vous priant d'assurer la Reyne de mes tres-humbies respects * *.
Bil»l. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 1 1 1. — Minute.
À M. FARERT.
Sissonne, 7 juillet 1667.
Hyer, en arrivant à Sissonne, je receus vos lettres du 3 de ce mois. Je vous rends grâce des nouvelles et remets à nous en entretenir demain de vive voix.
' Auj. bourg du dép. de l'Aisne, arr. de Laon.
■AI \I\1H. — vin. .'}
mpimir.rtt **Tion*ir.
Juillet 1657. Le Roy partira demain au matin pour aller coucher à Sedan. L'on sera contraint de marcher avec les bagages pour la seureté, et les mareschaux des logis ne pourront arriver que peu d'heures avant la Cour, qui n'est pas trop grosse; mais il y a avec Sa Mld les gens d'armes au nombre de cent cinquante, ses chevaux-legers en pareil nombre et deux cens gardes du corps, cinquante mousquetaires et cinquante de mes gardes, lesquels il faudra loger aux environs de Sedan, et je vous prie de prendre la peine de disposer toutes choses afin que, lesdicts mareschaux des logis arrivant, la Cour puisse estre logée aussytost et lesdictes troupes aussy.
Le Roy veut que je loge à l'appartement de la Reyne l. Pour les gens d'armes et les autres troupes, on pourra les loger comme l'autre lois.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 119; minute. — Aff. étr. , France.
t. 272, f° i45; copie du temps.
Sedan, 10 juillet 1657.
11 ne se passera aucun jour sans que je vous escrive, afin de me donner l'honneur d'informer souvent, par vostre moyen, la Reyne du voyage et de la santé du Roy. Elle est parfaite, et Sa Mté a trouvé bon non seulement de demeurer icy un jour, mais de prendre son logement à Mouzon pour aller, le jour après, disner au camp et coucher à Jametz 2, qui n'en est distant que d'une lieue. Pour le siège, il va tousjours de bien en mieux, à ce que M. le mareschal de La Ferté et M. de Navailles m'ont escrit ce matin; et quoyqu'on nous fasse espérer que la place sera lundy ou mardy, au plus tard, dans l'obéissance du Roy, je me remets à vous e» donner des nouvelles plus asseurces, estant
1 La Reine dtait restée à la Fère. — ' Jametz est auj. un bourg du de'p. de la Meuse, arr. et cant. de Montmédy.
sur les lieux, et je ne doute pas que la Reyne ne soit bien persuadée Juillet i(n>7. que ce ne sera pas sytost comme je voudrois pour avoir l'honneur de me rendre auprès de Sa M,d sans aucun retardement.
Les ennemis, pour ne perdre pas la possession dans laquelle ils sont de tuer et prendre quelqu'un, lorsque le Roy vint de Rethel à Sedan, ils attaquèrent1 hyer seize cavaliers du régiment de Gœuvres à nostre suite, et ils en tuèrent quatre et en emmenèrent huit prisonniers, le tout dans un fonds auprès du bois. C'estoit un parti de Rocroy, qui taschoit, par ce petit essay, de nous faire cognoistre l'intention et ia volonté de ceux qui ont du pouvoir dans ce poste-là'2.
Le Confident est entièrement à vous; il m'a commandé de vous en asseurer de sa part et de vous prier de faire ses recommandations à Monsieur, à qui je prends la hardiesse de renouveler mes tres-humbles respects. Il y a si peu d'asseurance à faire tenir des lettres au lieu où vous estes, qu'il se faut contenter de ne rien escrire qui ne puisse estre veu.
Bibl. nat., ms. f, fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, ï" 120; minute. — Aff. ctr., France,
t. 272, f° i46; copie du temps.
Mouzon, 10 juillet 1O57.
(EXTIUIT.)
Après avoir annoncé à la Reine que le Roi est en bonne santé', Mazarin ajoute :
Je crois que la Reine ne doutera pas que les allées et venues de Jametz9 au camp seront fréquentes. J'ay si grande envie que cela finisse!
Tel es) le texte des deux manuscrits. nison de Rocroy dépendaient du priuce de Malgré la construction irrégulière de la „Condé.
phrase, le sens n'est pas douteux. ' ^e Roi logeait à Jametz. (Voy. la lettre
5 On a déjà dit que la place et la gar- précédente du 10 juillet.)
Juillet 1657. bientost, que les jours me semblent des années; mais j'espère de vous pouvoir mander demain quand cela sera1. Les nouvelles que nous avons reçues aujourd'huy sont que l'on advauce les mines, et que les ennemis, ayant f'aict une sortie avec cinquante chevaux et de l'infanterie en un endroit où le mareschal de La Ferté faisoit travailler à une batterie, ont d'abord surpris les nostres; mais ils ont esté repoussez avec une' telle vigueur, qu'ilz ne sont pas tous rentrez dans la place. M. le comte de Soissons 2 y a l'ait des merveilles, et il a eu son cheval blessé d'un coup de mousquet. Il faudroit que l'abbé Ondedei en donnast advis à Mme sa mère3 et à ma nièce4.
Je vous escris, parce que je vous l'ay promis et que j'y prends plaisir; mais il y a plus d'apparence que cette lettre sera prise autrement5. Le Confident est icy pendant que j'escris, et il esl après du fromage parmesan en la manière que vous sçavez qu'il en use 6.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 120. — Minute.
AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ
Mouzon, 10 juillet 1657.
Je vous renvoyé le sr Talon pour vous dire qu'il n'y a personne icy qui croye que le Roy puisse loger ailleurs qu'à Jametz, car la quantité
1 Le sens est : quand le siège sera ter-
mine.
2 Eugène de Savoie , neveu , par alliance , de Mazaiïn.
3 Marie de Bourbon, veuve du prince Thomas de Savoie-Carignan. Généralement désigné sous le nom de Prince Thomas. Mazarin l'appelle ordinairement la princesse de Garignan. (Voy. la table du tome I.)
4 Olympe Mancini, mariée à Eugène de
Savoie, comte de Soissons, dont il a été question ci-dessus. Mme de Carignan et sa belle-fille étaient alors à Paris, comme on l'a vu par la lettre adressée le 3 juillet au maréchal de Gramont.
5 Le sens de cette phrase est, je crois, que cette lettre paraîtra peu agréable.
6 Mazarin dit, dans une lettre de iG58, que Louis XIV mangeait beaucoup, et pas toujours de bonnes choses.
de blessez qu'il y a à Stenay souffriroit beaucoup du logement de la Juillet 1657. Cour, et la Cour d'eux. Ainsy s'il n'y a quelque raison bien forte qui vous oblige au contraire, Sa Majesté se rendra demain au camp pour disner avec vous à la dragonne1, et après avoir veu ce qui s'y faict, Elle s'en ira coucher à Jametz; et comme le lieu est petit, on pourra partager le monde qui est avec le Roy à Damvillers2 et à la citadelle de Stenay. II seroit à propos que M. de Manimont3 vinst à nostre rencontre et qu'il eust avec luyquelques troupes pour porter le bagage du Roy et le mien à Jametz.
J'ay veu ce que. vous avez escrit à M. de Fabert de la sortie que les ennemis ont faicte et de la manière dont M. le comte de Soissons s'est comporté. Vous sçavez à quel point me touche tout ce qui le regarde. Il eust pourtant esté bon que la moitié de la cavalerie, qui csloit en garde, se fust trouvée bridée.
Aff. élr. , Pays-Bas, t. lit, P fjS. — Copie du temps.
À M. DE TURENNE
Mouzou, 10 juillet 1667.
(evtiuit.)
J'ay receu vostre lettre du 8. J'ay esté très aysé de voir les nouvelles que vous me donnez des ennemis. Ceux que nous avons de ce costé-cv se deflendent vigoureusement. Mais M. le mareschal de I^a Ferté et M. de Navailles m'escrivent que Saint-Amand avoit promis de tenir une grande mine à la demi-lune preste à jouer demain à l'arrivée du Roy au camp; après quoy ils sont persuadez que les assiégez seront forcez <!<• partir avant lundy. Je ne sçay pas si l'envie qu'ils ont d'achever
1 Comme on simple dragon; cette exprès- ' Auj. chef-lieu de canton «lu dép. do In
sion a le môme sons que cette autre plus Meuse, air. do Montmédy. moderne de à la hasarde, c'est-à-dire itaana 1 Jean d'Auger de Manimont, maréchal
cérémonie. de camp depuis 1 653.
Juillet 1657. l'affaire leur faict croire la chose plus petite1 qu'elle n'est pas; et, en tout cas, Jeux jours plus tost ou plus tard feront l'affaire2.
La nuit passée, ils sont sortis avec cavalerie et infanterie dans un endroit où M. le mareschal de La Ferlé faisoit travailler à une nouvelle batterie. Le comte de Soissons estoit de garde avec son régiment et y a fort bien fait son devoir, ayant mené les ennemis battant jusques à la porte. Il a eu son cheval blessé d'un coup de mousquet.
Sa Mt(i partira demain d'icy, à la pointe du jour, pour se rendre au camp, où Elle faict estât de demeurer jusques au soir pour s'en aller, après, coucher à Jametz qu'EHe a choisy pour son quartier, n'ayant voulu en aucune façon prendre celuy de Stenay, pour n'apporter point d'incommodité aux blessez 3.
Cette de'pêche se termine par des détails sur les forces des ennemis dans ie Luxembourg.
Bibl. nat. . ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° ia5; minute4. — Aff. étr. , France,
t. 27Z1 ; copie du temps.