AU MARÉCHAL DE L'HÔPITAL
Sedan, 16 août 1667.
Vous m'avez obligé de me mander franchement l'incommodité que Paris souffre des courses de ceux de Rocroy û, et vous ne pouviez jamais vous adresser à personne qui prist plus de part que moy à sa seureté et à son repos. Sur ce que j'ay eu l'honneur de représenter là-dessus au Roy, Sa Mt(ï, aprez avoir faict examiner en sa présence les moyens les plus propres pour remédier à ce mal, a commandé tout aussy tost à Gharleville et à Mezieres pour faire puissamment la guerre à la garnison de Rocroy, logeant, pour cet effect, dans les deux places plus de trois cens chevaux. Outre cela, Elle faict mettre un bon nombre de cavalerie à Retel, Aubenton5, Chaumont et autres lieux, y adressant
1 Le mot d'un a été omis par le copiste, que ie successeur du titulaire d'un office et cette distraction s'explique parce que le devait lui payer, lorsqu'il s'en démettait, mot celle termine une page et que le mot i II a été' question ci-dessus de l'enlèvegouverneur commence la suivante. ment du financier Girardin aux portes de
2 La copie porte du pair. Paris. (Voy. p. 91 , note 3.)
Le brevet de retenue stipulait une somme 5 Voy. ci-dessus, p. 45, note 2.
de l'infanterie en quelques endroits, afin de boucher les passages, autant Août 1657. qu'il sera possible, avec ordre aux uns et aux autres de se bien entendre entre eux, et tenant bonne correspondance avec les plus advancez, mesme avec la Capelle et Chasteau-Regnault, où il y a aussy quelques troupes de renfort, courir sus à tous les partis qui sortiront de Rocroy.
Pour commander tout ce corps, tant cavalerie qu'infanterie, le Roy a faict choix de la personne de M. le comte de Grandpré et d'oiïiciers expérimentez, pratics1 du pays, et sages, qui feront vivre lesdictes troupes dans une discipline d'autant plus exacte qu'elles seront bien payées. Et, pour affaiblir tousjours la garnison de Rocroy, en luy retranchant les advantages qui ont le plus servy jusqu'icy à l'entretenir et [à] augmenter et faciliter ses courses, Sa Ml'; a faict deffanses à tous ses sujets, demeurant au delà de la rivière d'Aisne et des marais de Liesse2 et de Pierrepont3, de contribuer4 à ladicte place ny d'y avoir aucun commerce, à peine de la vie.
De plus, afin d'appuyer l'exécution des arrests du Parlement contre ceux qui, se glissant dans Paris et à l'entour, plus tost en espions qu'en gens de guerre, enlèvent les personnes pour les rançonner, le Roy a faict faire un fonds pour donner moyen à quatre prevosts des mareschaux de tenir leurs compagnies bien complettes, et mesme de les augmenter, et de quatre postes differens, qui leur seront assignez dans l'Isle-de-France, battre continuellement la campagne et se saisir des vagabonds et autres désignez par lesdicts arrests.
A toutes ces précautions le Roy veut encore adjouster rentretenement d'une compagnie de cinquante maistres, proche Paris, qui tiendra tous les environs par les divers partis qui seront tous les jours à cheval, et qui estant composée do gens choisis de toute l'armée, entre les meilleurs hommes de parti elles mieux disciplinez, et payée régulièrement tous
Connaissant, à fond le pays. ' Village, anj. dép. de l'Aisne, an*. dp
' Notre-Dame-de-Liesse, aoi. dép, de Laon. l'Aisne, air. de Laon. ' De payer des contributions.
MAZAMIV VIII I k
Août i657. les jours, contribuera notablement à la seurelé publique, sans commettre le moindre desordre.
J'espère que toutes ces choses bien exécutées, comme elles seront. par le soin qu'on y apportera et l'application avec laquelle, en mon particulier, j'y tiendray la main, produiront l'effect qu'on s'est promis. Neantmoins, si, dans vos conférences, i'on trou voit qu'il y eust encore quelque autre diligence à faire, je vous prie de m'en advertir, offrant, de bon cœur, mon entremise auprez de Sa Wé et tout ce qui pourra dépendre de moy pour asseurer le repos ou la liberté de la ville.
Bibl. nat. , ras. f. fr., t. 2.3,203, fn a34; original. — Aff. étr. , France, t. 274, f° /i53 v°; copie du temps.
À L'ABBÉ FOUQUET
Sedan, 16 août 1607.
11 ne se peut rien de plus obligeant que ce que vous m'escrivez sur la prise de Montmedy. Je scay bien que je peux compter sur vous pour toutes choses. Aussy devez-vous estre fort persuadé de mon amitié, dont je ne saurois donner une plus véritable marque qu'en vous disant sincèrement ce que je crois estre de vostre bien et de vostre interest.
Puisque vous n'avez point eu d'autre interest dans raccommodement que vous avez faict de l'abbé de Guitaul1 avec l'abbé de Grasse2 que de faire cesser la poursuite que celuy-cy faisoit au Parlement, je vous diray qu'il est fort indiffèrent au Roy où leur procez soit jugé et lequel des deux le gaigne, et du reste je vous advoue que je seray bien ayse
1 L'abbé de Guitaut était Bertrand de sieurs abbayes en France portant le nom de Pechpeirou-Gominges, abbé de Saint-Mi- Grâce ou Grasse; mais il est plus probable chel de Bessan, au diocèse d'Aucb.. que l'abbé dont il s'agit ici appartenait à la
2 La copie porte Grâce. Il y avait plu- famille provençale de Grasse-Tilly.
de ne me mesier point des interests des personnes que je sçay n'estre Août 1667. pas bien intentionnées ny pour le Roy, ny pour l'Estat, ny pour moy, et que je souhaiterois que mes amis en usassent de mesme.
Vous n'avez pas esté bien informé de ce qui s'est passé touchant ]e fils de M. Inchequin '. Vous sçaurez que l'ambassadeur d'Angleterre ne l'a point envoyé prendre au collège des Grassins2, mais qu'il est allé chez luy de son mouvement, et qu'estant sur le pas de la porte, il en tut enlevé de force par des gens qui frappèrent mesme un laquais dudict ambassadeur qui estoit avec luy3; et comme c'est une injure que l'on a faicte à un ministre d'un prince estranger, où la religion n'a point de part et dont M. le Protecteur a tesmoigné mesme du ressentiment d'en faire faire quelque prévention (sic)11 aussy audict ambassadeur, qui s'est, ce semble, mis à la raison, en se contentant que l'on [le] renvoyé5 chez luy, et pour un jour ou deux, et que, dans cet intervalle, ou mettra auprez de luy telle personne que l'on désirera pour empescher que sa mère, ou d'autres, n'essayent de le corrompre sur le faict de sa religion; aprez quoy, s'il veut retourner au collège et qu'il persiste dans les sentimens où l'on dict qu'il est, ledict sieur ambassadeur a déclaré qu'il ne s'y opposeroit point, et il ne prétend cette démonstration que pour une satisfaction à l'affront qu'il a reçeu.
Vous sçavez les soins que l'on a pris pour empescher doresnavant les «ourses de Rocroy ° et restablir la seureté publique. Quand vous aurez nouvelles de l'homme de la Franche-Comté7, je vous prie de
Nom de cet Anglais dont il a été ques- Avec le fils de M. Inchequin.
tion ci-dessus, page 81. Cette affaire tou- ' Tel est le texte de la copie; il y a évi-
cliait aux intérêts religieux , quoi qu'en dise demment erreur, au moins pour le mol
plus loin Mazarin. dans un temps où la prévention. Il faudrait plutôt creuse ou ré-
toléranee n'était encore admise par per- parution. goone. ' Que Ion renvoie chez lui le jeune In-
Ce collège de rancienne Université de chequin. Paris était situé rue de la Montagne-Sainte- Voy. ci-dessus, p. 10, et 80.
lii-ni-vièw. Pierre Grassin, conseiller au Probablement Retz, que l'on disail
Parlemenl «le Paris, l'avait fondé en i5(»ç). s'être retiré en Franche-Comté.
wu i(>57. m'en donner part et de croire que j'ay pour vous toute la tendresse d'un véritable amy.
On n'est pas encore tout-à-faict convenu de ce que dessus avec l'ambassadeur d'Angleterre; mais on taschera de l'en faire contenter, et le Roy ne se relaschera [à] rien de plus.
Aff. etc., France, t. 272, f° 222. — Copie du temps.
À M. DE LUMBRES,