‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 22 sur 123 · REPRÉSENTANT DU ROI DE FRANCE EN POLOGNE · texte numérisé non relu

REPRÉSENTANT DU ROI DE FRANCE EN POLOGNE

Sedan, 17 août 1657.

(extrait.)

.le ne doute pas que les partisans de la maison d'Austriche ne se servent de toutes sortes d'artifices pour vous faire retirer; mais je ne suis pas persuadé qu'ils souhaitent la retraite de la reyne en Silesie; car, ainsy que je vous ay desja escrit, on croit, à Vienne, que c'est elle qui a donné la dernière main à la conclusion du traité1 par lequel le roy et la republique de Pologne s'engagent à asseurer la succession de ce royaume-là au frère du roy de Hongrie. Mais peut-estre que la reyne, ayant reconnu de plus près le peu de fondement qu'elle doit faire en l'amitié des Espagnols, qui sont ceux qui gouvernent et qui disposent de tout à Vienne, et se ressouvenant qu'elle est née en France, que le Roy et la Reyne n'ont rien oublié pour la bien servir, et que Leurs Majestez conservent encore pour elle une parfaite estime et amitié, avec la dernière tendresse, et que rien ne peut empescher qu'Elles ne continuent à luy en donner des marques, pourveu que Sa M1' agisse. de son costé, en la manière qu'il est nécessaire pour les recevoir; peut-estre, dis-je, qu'ayant considéré tout cela, elle vous aura tesmoigné de vouloir estre tousjours la mesme à l'esgard de cette couronne

1 Ce traite entre l'Autriche et la Pologne avait été conclu a Vienne, le -17 mai 1657.

et de vouloir prendre une entière confiance en l'amitié de Leurs Ma- Août 1OÔ7. jestez, et au tres-humble service quejeluy ay voué; ce que je souhaite avec toute la passion imaginable.

Mazarin conclut en déclarant à M. de Lumbres qu'il doit rester en Pologne et travailler, avec tout le zèle possible, à la réconciliation de la Suède et de la Pologne.

Bibl. nat. . ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5 1 A, f° a45. — Minute

À M. DE TURENNE

Sedan, 18 août 1 G ô 7 .

(extrait.)

J'espere que Dieu favorisera la resolution que vous avez prise et que vous serez sur la Lys assez à temps pour y entreprendre quelque chose auparavant que les ennemis vous en puissent empescher. Si Armentieres1 est desgarny, comme il y a apparence, puisque les ennemis avoient retiré toutes les troupes qui estoient de ce costé-là et de ceiu\ de la mer, vous en aurez bon marché2, et je m'asseure que vous ne manquerez de rien; car outre que MM. de Crequy3 et Broglia vous assisteront de tout ce qu'il y aura dans leurs places, dans l'asseu renient qu'on leur rendra sans aucun delay tout ce qu'ils auront foui n\ (en quo) vous pouvez engager ma parole), M. de Mondejeux en usera

Lnnentières, sur la rive droite de la Lys, est auj. chef-lieu de cant. du dép. du Nord , arr. de Lille.

1 Tnreone , en s'avançant vers la Flandre . savait qu'il ne pouvait prendre qu'on jour d avance sur l'ennemi, "lequel, dit-il, pouvant marcher par son pays, ne sérail point retardé. Ce ([ni fut cause qu'il (Tmenne) ii" voulut poinl assiéger Irmentières, pane que l'ennemi oui pu y être un jour plus

lût qu'à Saint-Venantn, que le Maréchal se hâta d'investir. Getlo marche de Turenne à travers l'Artois avait été très rapide, et. lorsque Mazarin écrivait cotte lettre, le 18 août, le siège de Saint- Venanl était déjà commencé depuis deux jours.

1 On a déjà dit que Créquy était gouverneur de Béthone et Charles de Brogli chargé du gouvernement de la Bassée pen liant In minorité do son oeveu.

\oûi 1607. de inesme de son costé, non-seulemenl par le zèle qu'il a pour le service du Roy et par le désir de vous obliger, mais parce que je luv en escris fortement par ce gentilhomme. Je luy mande que je l'ay depesché exprès, et que c'est le mesme que j'employay d'autres fois avec beaucoup de satisfaction dudict Mondejeux. Je le prie mesme de vous prester jusqu'à mille pistoles que vous pourrez faire prendre par Blondot1 à mesure qu'il en aura à faire pour les despenser par vos ordres, et vous me permettrez de vous dire qu'il sera bon que vous en usiez avec ledict sieur de Mondejeux en la manière que vous avez faict en dernier lieu, dont il s'est extrêmement loué.

Mazarin lui annonce que Jacquier est parti pour le rejoindre avec Genlis2 qui conduit de la cavalerie. Il ajoute :

Le régiment de M. le comte de Soissons [y est compris], lequel (comte) a voulu estre aussy de la partie, et depuis j'ay faict joindre encore à ce corps le chevalier de Joyeuse3 avec son régiment, que l'on a retiré de Rethel, de façon qu'il y aura près de quinze cens chevaux; mais si, lorsque ledict sieur de Genlis sera arrivé à Guyse, où il avoit ordre d'aller, il ne reçoit pas les vostres1 de ce qu'il aura à faire, il tardera à vous joindre. J'espère pourtant que, vous ayant escrit de l'informer à l'avance de vos intentions, il aura sceu assez à temps la [marche]5 qu'il devoit prendre pour se rendre diligemment auprès de vous par le chemin le plus seur et le plus court; ce que je souhaite avec passion; car cette cavalerie, avec ce que Seyron me mande qu'il avoit ramassé d'infanterie pour mener à l'armée, vous sera un renfort assez considérable0.

1 Intendant d'armée. lieutenant général, dont il est très souvent

~ Voy. ci-dessus, p. 101, note a. question.

1 Voyez sur le chevalier, plus tard mar- 4 Vo.-; ordres.

' quis. de Joyeuse-Grandpré. dont il s'agit 5 Mot douteux.

sans doute ici, le tome V, page 433, des * Seyron conduisait les bagages; il avail

Lettres de Mazarin. Ce personnage , qui de- eu ordre de Turenne de prendre à Saint-

vint maréchal de France sous Louis XIV, Quentin des outils qui s'y trouvaient, et de

était le frère cadet du comte de Grandpré, s'en venir, par Arras et Béthune, droit à

C'est un grand malheur que, prenant tousjours le soing de faire Août ior.7. venir l'argent nécessaire pour le payement des Anglois, il arrive, par des accidens qu'on ne sçauroit prévoir, qu'ils ne le reçoivent pas si à point nommé qu'on voudroit. Il y a huit jours qu'un commis de l'Espargne est avec cet argent à Rethel, attendant vos ordres, et comme il se pourroit faire qu'il ne les receust pas sytost, je luy escris par deux endroits de partir, avec une escorte que M. de Grandpré luy donnera, pour s'en aller à Peronne, d'où il ne partira que par vostre ordre que vous luy envoyerez, s'il vous plaist, afin que les Anglois soient payez avec la ponctualité qu'on leur a promise.

Vous ne serez pas fasché d'apprendre qu'on a résolu de faire puissamment la guerre à Rocroy, et que toutes les places frontières seront les premières à commencer, le Roy ayant estably pour cet effect trois cens chevaux dans Mezieres, Gharleville et Chasteau-Regnault, et pins de trois cens hommes sur la rivière d'Aisne, à Aubenton, Chaumonl et d'autres lieux, avec trois cens hommes de pied, sans compter ce que fourniront d'infanterie ces places frontières, dont les gouverneurs m'ont promis de donner jusques à quatre ou cinq cens soldats en cas de besoin; le tout sera commandé par M. de Grandpré, et on luy a donné pour agir soubs luy le sr Dieudangcr1, que vous cognoissez. J'espère qu'avec tout cela et une compagnie de cinquante maistres que l'on a envoyée aux environs de Paris, laquelle sera bien commandée et bien payée, non seulement on empeschera les enlevemens, mais on restreindra fort la garnison de Rocroy, et les contributions seront réduites au petit pied; et c'est toute la guerre qu'il me semble que l'on peut présentement faire à Rocroy.

L'on a esté obligé de laisser cinq ou six jours l'armée à Montmedy, parce que la place estoit toute ouverte; et comme on a receu advis depuis trois jours que les ennemis avoient envoyé trois cents hommes à Herbemont2 et que l'on travailloit en grande diligence pour fortifier

Saint-Venant. On verra plus loin comment, ' Ou Dieudauper.

par son imprudence, presque tout ce ba- Voyez, dans les Mémoires de Monttflat

pape tomba aux mains de lennemi. («{d. Mirliaud, p. 3q3), le récit d'une cm-

Wii 1657. ce cliastcau qui est assez bien situé et qui a une demy-iune revestue devant la porte, le Roy, ayant considéré qu'il feroit contribuer toute la Champagne avec la mesme facilité que faisoit Montmedy, et qu'il estoit bon par d'autres raisons de s'oster promptement cette espine du pied, a donné ordre au marquis d'Huxelles de l'attaquer avec le corps d'armée qu'il commande, et pour cet eflect il doit y arriver aujourd'hus avec quatre pièces de vingt-quatre; nous ne sçavons pas la résistance que l'on y trouvera; mais ce que je vous puis dire, c'est qu'à l'instant qu'il (le marquis d'Uxelles) l'aura pris, il aura ordre de marcher droit à Saint-Quentin, et le corps qu'il mènera sera composé de six mille hommes de pied effectif, compris les dragons, sans compter les trois compagnies des gardes que le Roy a auprès de sa personne; et, pour la cavalerie, il y aura plus de deux mille chevaux, y compris les compagnies de gendarmes et de chevaux-legers du Roy, et les autres qui sont à la suite de Sa Mtd.

Leurs Mtez partiront aussy au mesme temps, prenant la route de la Fère, pour s'advancer, après, suivant ce qu'on estimera plus à propos. Il sera bon de recevoir au plus tost de vos nouvelles, tant sur ce que le marquis d'Uxelles aura à faire que sur le lieu auquel vous croiriez que le Roy se dust rendre de la Fère; et vous sçaurez que, comme il veut estre tousjours à l'armée, ou en eslre peu esloigné, l'endroit le plus proche que vous indiquerez sera celuy qui luy plaira davantage. Neantmoins que cela ne vous contraigne point, car il faut regarder preferablement ce qui est le mieux pour le service.

Toutes les troupes qui estoient dans le Luxembourg y sont encore, à l'exception de deux regimens de cavalerie qui ont passé à Givet depuis trois jours; elles sont toutes partagées à Arlon, à Rastoignes1, à Virton et en d'autres postes, dans la crainte que le dessein du Roy ne soit de pousser ses progrez de ce costé-cy, voyant qu'on y laisse la plus

buscade dans laquelle le Roi fut sur le point ' Bastoignes ou Bastogne est aujour-

de tomber, et dont les auteurs étaient trente d'iiui, comme Arlon et Virton. dans le soldats détachés du château d'Herbemonl. Luxembourg belge.

grande partye de l'armée qui avoit faict le siège de Montmedy. Ainsi août 1657. D. Juan ne pourra pas avoir mené sur la Lys l'armée plus forte qu'elle estoit quand elle est venue à Riblemont.

Je vous prie de songer tousjours à la mer1 autant qu'il vous sera possible, ou du moins de faire cognoistre au chevalier Reynolds l'impossibilité de rien entreprendre de ce costé-là , afin qu'il l'annonce à M. le Protecteur.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5i A, f° 2^7; minute. — Aff. étr. , France, t. 272, f° 22/I ; copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Sedan, 18 août 1657.

(extrait.)

Je vous avois mandé que j'avois renvoyé le comte de Wagnée vers M. l'électeur de Cologne pour sçavoir positivement de S. A. El. et de M. ie comte de Fùrstemberg à quoy le Roy s'en devoit tenir touchant l'exclusion de la continuation de l'Empire en la maison d'Austriche; mais lorsque ledict comte estoit en chemin pour Bonn et avoit desjà passé la ville de Liège, il a rencontré le comte Guillaume de Fùrstemberg avec une lettre de son frère2, par laquelle il priait ledict sieur de Wagnée de le vouloir accompagner à la cour, où S. A. El. l'envoyoit, afin qu'il rendist compte de tout ce qu'il avoit négocié à Munich avec le duc de Bavière et de la disposition en laquelle toutes choses estoient pour la prochaine élection.

Il a eu trois longues conférences avec moy, et quoyqu'il m'ayt promis de vous dire en détail toutes les mesmes choses dont il m'a entretenu, et que peut-estre il arrivera auprès de vous auparavant que vous

' C'est-à-dire, à assiéger les places si- pulé l'attaque dans le traité avec les Antuées sur la nier, comme Dunkerque, glais. Mardick, Gravelines, dont on avait sti- 2 Voy. ci-dessus, p. 63.

^UAftlI. — VIII. 1 5

mrMurr.iE watioiui

Wii i<î:.7. receviez celte lettre, j'ay neaiitmoins jugé à propos de vous en informer en substance, d'autant plus que son frère doit desjaestre à Francfort, où son maistre l'a envoyé pour adjuster les préliminaires de l'assemblée.

Premièrement, il m'a ponctuellement informé de ce qui s'est passé dans l'entrevue de MM. les Electeurs ecclésiastiques, et il m'a dict qu ils convinrent de ne se point desunir, quelque chose qui pust arriver, afin de concourir tous trois conjointement à l'élévation de la personne qu'ils jugeroient la plus propre pour le bien de l'Empire. En outre, que l'exclusion seroit absolument donnée au roy de Hongrie, que l'on y avoit parlé du roy [de France], et que, pour plusieurs raisons qu'il m'a desduites et auxquelles il me semble d'avoir assez bien respondu, on n'avoit pas creu qu'il fust à propos que Sa Mtd y songeast, ny possible d'en venir à bout, et qu'enfin il avoit esté conclu entre eux que, si le duc de Bavière ne vouloit prétendre à la couronne impériale, on seroit obligé de l'offrir à l'archiduc Leopold, lequel n'auroit pas le mesme attachement aux Espagnols que le roy de Hongrie, et on le brideroit en sorte, pour tout ce qu'il auroit à faire à l'instant qu'il seroit Empereur et pour toute sa conduite à l'advenir, que non seulement les contraventions, faictes par le feu Empereur ' au traité de Munster seroient aussytost reparées, mais que cette paix seroit, en toutes ses parties, religieusement observée; à quoy l'Archiduc, estant esleu, s'engageroit par toutes les formes les plus authentiques qu'on pourroit pratiquer, consentant mesme que les Electeurs et autres princes fissent une ligue avec la France pour lu y faire la guerre et se porter aux dernières extremitez contre luy, s'il y contrevenoit. 11 a adjousté que ces messieurs estoient aussy convenus que, sy l'Archiduc refusoit la dignité impériale, ils demeureroient fermes à ne la donner pas au roy de Hongrie et à chercher ailleurs un sujet qui en pust estre honoré.

Apres cela, il m'a dict qu'estant allé avec le baron de Bennebourg,

' Ferdinand IH.

DU CARDINAL MAZAR1N. 115

par ordre de MM. les Electeurs, à la cour de Bavière, il n'avoit tenu Aoûi itlâ-j qu'à eux de s'en retourner sans voir le duc, et très- mal satisfaits, puisqu'on les avoitfaict attendre quatre jours sans leur donner audience; mais qu'ils avoient jugé à propos de souffrir ce mauvais traitement, ayant recongnu qu'en usant autrement, ils feroient ce que souhaiteroit le comte Curtz i, lequel, pour favoriser la maison d'Austriche et empescher qu'on ne songeast pas2 à l'élévation de l'électeur de Bavière, avoit pratiqué cette politique de faire traiter incivilement les ministres qui estoient venus ou avoient demandé de venir à Munich pour offrir le service de leurs maistres audict Electeur; qu'enfin ils avoient veu le comte Curtz et S. A. El., laquelle leur avoit parlé, en la première audience, dans la mesme manière que son ministre, c'està-dire en termes généraux, qui ne concluoient rien; mais que, dans la dernière audience, luy, comte de Fiïrstemberg, ayant reconnu que l'Electeur prenoit plaisir à entendre ce qu'il luy disoit, de la part de M. l'électeur de Cologne, il estoit entré bien avant en matière et luy avoit parlé de toutes choses avec une entière liberté, jusques à luy dire que l'on avoit esté surpris que son ministre à Francfort avoit déclaré que S. A. El. ne songeoit en aucune façon à l'Empire pour soy.

A quoy S. A. El. respondit qu'il en avoit menty; qu'il estoit vray qu'il ne s'estoit pas encore engagé à prétendre à la dignité impériale, parce qu'il vouloit estre bien esclaircy auparavant s'il pourroit réussir dans sa prétention, s'il pourroit conserver l'electorat, s'il pourroit estre garanti des extremitez auxquelles la maison d'Austriche se porterait contre luy, se prévalant de la facilité qu'elle auroit de se venger, h ss Estats de Bavière confinant avec les Estats héréditaires de ladicte maison et estant tout ouverts et sans places de ce costé-là; et qu'enfin il vauloii voir comment il pourroit fournir au \ despenses qu'il seroit obligé' de faire pour soustenir l'esclat de la couronne impériale, et particulièrement aux premières despenses de Fenvoy d'un ambassa-

Curta ou Kurtz. (Voy. ci-dessus, p. a.) mer ptu; mais, à cette époque, celle règle Grammaticalement, il faudrait sappri* n'était pas toujours observée.

Août 1657. deur d'obédience à Rome, et de plusieurs autres qu'il faudroit envoyer en divers endroits1.

A quoy le comte ayant respoudu que toutes les choses estoient disposées à le faire Empereur, s'il le vouloit estre; qu'il n'y auroit nulle difficulté à conserver l'electorat dans sa maison, et que tous les Electeurs et princes, qui se seroient unis pour empesclier la continuation de l'Empire dans ladicte maison d'Austriche, le seroient encore estroitement pour garantir, avec toutes leurs forces, ses Estats de l'invasion qu'il craignoit, et qu'on pouvoit aussy engager la France à se déclarer et [à] joindre ses forces aux leurs pour le mesme effect; et pour ce qui estoit des despenses nécessaires pour soustenir sa dignité, tant s'en faut que S. A. El. en deust faire aucune extraordinaire pour cela; qu'au contraire, sa cour estant plus grande et mieux entretenue que celle du feu Empereur, il auroit matière d'espargner, s'il la vouloit réduire sur le mesme pied. M. l'Electeur, à ce que ledict comte m'a rapporté, escouta tout cela avec plaisir, et comme estant intérieurement disposé à s'élever à l'Empire.

Mazarin insiste sur la nécessité de porter le duc de Bavière à l'Empire et sur la nécessité d'écarter tout prince autrichien. H n'admet pas la possibilité de l'élection de l'archiduc Léopold et déclare qu'il en résulterait de grands malheurs pour l'Allemagne. Continuant le récit de sa conversation avec le comte de Fûrstenberg. il ajoute :

Je luy ay déclaré que, si les diligences que Sa Mle avoit faictes pour faire toucher au doigt à MM. les Electeurs que leur interest, le

1 On sait que la dignité impériale ne rapportait absolument rien au delà de quelques milliers d'écus par an. C'était un simple titre, une autorité nominale et morale. Il n'y avait aucun budget, aucune recette, aucune armée d'empire; et, dans les rares circonstances où un empereur avait le droit de se servir de cette autorité nominale , il n'était sûr de la faire pré valoir qu'à la con-

dition de la soutenir avec une armée qu'il payerait de ses deniers. C'est là ce qui rendit si précaire, au moyen âge, la situation de certains empereurs pauvres, et qui eût rendu, au xvu" siècle, celle du duc de Bavière à peu près impossible sans l'appui constant de la France. Le calcul très habile de Mazarin eût consisté précisément à faire bien payer cet appui.

repos de l'Empire et peut-estre celuy de toute la chrestienté despen- Août 1007. doient de faire un Empereur qui ne fust pas de la maison d'Austriche, et la bonté que Sa Mtd avoit eue de vouloir employer pour cela sa personne, ses forces, ses soins et toutes sortes de moyens, en quoy Elle agissoit plus par le motif du bien gênerai de l'Europe que du sien particulier, [que si] ces diligences ne produisoient pas l'effect qu'Elle souhaitoit, MM. les Electeurs se laissant décevoir par les artifices de la maison d'Austriche, ou préférant d'autres considérations mal fondées aux raisons solides que le Roy leur a faict continuellement représenter, Sa Mld estoit résolue de chercher ses seuretez dans sa propre puissance, et, après avoir perdu tout-à-fait l'espérance de la paix, d'avoir recours à ses forces et de former une grande armée pour aller combattre en Allemagne mesme le nouveau (sic) Empereur austrichien, afin de prévenir la nécessité où Elle seroit de le faire en Italie et en Flandre, et en tous autres lieux où le roy d'Espagne en voudra estre assisté; qu'on n'estoit pas si simple que de vouloir seulement escouter ce que l'on advançoit que l'Archiduc pourroit estre engagé par MM. les Electeurs à reparer les infractions de la paix de Munster, à l'observer inviolablement à {'advenir et à n'espouser en aucune façon les interests et les sentimens du roy Catholique. Car nous sçavons fort bien qu il ne sçauroit le promettre que dans la resolution de faire le contraire, et qu'il ne seroit pas en son pouvoir de l'exécuter, quand mesme il le voudroit, et l'on conçoit ayscment qu'il n'y a aucune apparence que ledict Archiduc, qui ne sçauroit subsister que par les bienfaits du roy d'Espagne, et qui aime autant sa maison qu'aucun autre des princes (jui en sont sortis, voulusl ' plustost en sacrifier la grandeur et offenser le roy d'Espagne, en refusant d'embrasser ses interests, que de désobliger les Electeurs en n'exécutant pas ce qu'il leur auroit promis. d'autant plus qu'il auroit tout à craindre du coslé dudict roy d'Espagne et du roy de Hongrie, et fort peu, [tour ne pas dire rien du tout, des électeurs ecclésiastiques, mesme quand ils seroient unis et résolus à

La copie porto voulant; mais il y a voulus! dans la inimité.

\oni i«57. se porter à toutes contraintes pour tirer raison de son manquement de parole.

Mazarin continue d'insister sur la nécessité de choisir l'Empereur dans une autre maison que celle d'Autriche. 11 rappelle que rélecteur de Bavière ne refuse pas, comme on l'avait dit, d'accepter la couronne impériale. Il faudrait seulement chercher à éloigner de lui le comte Curtz.

Aff. étr. , France, t. 27^, f° /j64. — Original signé.

À J.-B. COLBERT

Sedan, 21 août 1657.

Je suis bien ayse de ce que vous me mandez de mon neveu1. Je fais response à la lettre qu'il m'a escrite pour l'exciter tousjours à mieux faire, et il est juste de luy donner quelque extraordinaire pour ses vacances, pendant lesquelles je trouve bon qu'il tire du fusil.

Je vous prie d'aller voir, de ma part, le principal du collège des Grassins 2 et le fils du mylord Inchequin qui m'ont escrit, et de leur dire que le Roy donnera audict Inchequin toute la protection que la justice permettra; mais que l'ambassadeur d'Angleterre se plaignant d'avoir receu un affront par la violence qu'on a faicte en enlevant cet enfant sur la porte de son logis, où il s'estoit venu réfugier de son mouvement, et en excédant3 mesme un de ses domestiques qui vouloit s'y opposer, on ne peut pas refuser de luy en faire quelque réparation, M. le Protecteur ayant desjà tesmoigné beaucoup de ressentiment de cette injure4. On tasche d'accommoder l'affaire, et si l'on

' Alplion.se Mancini. (Voy. ci-dessus, 3 C'est-à-dire, en se portant à des excès

p. 3g, note 2.) sur, en violentant, suivant le seas qu'avait

3 On a vu ci-dessus, p. 81, note 1, et alors le mot excéder, dans la lettre à l'abbé Fouquet du 16 août, 4 La phrase altérée dans la lettre à

que le fils du lord Inchequin avait été mis l'abbé Fouquet (ci-dessus, p. 107) est ici

par son père au collège des Grassins. correctement écrite.

renvoyé cet enfant chez l'ambassadeur, comme on ne sçauroit s'en Août io5-; deffendre, ce ne sera que pour un jour ou deux, et il y aura tousjours une personne qu'on choisira pour demeurer auprez deluy et l'obséder1, en sorte que sa mère ny aucune autre [personne] ne puissent tenter de le corrompre sur le faict de la religion, de sorte que s'il demande aprez cela de retourner dans son collège, l'ambassadeur ne s'y opposera point, souhaitant seulement que l'on repare l'offense qu'il avoit receue. et ne traitant point cecy d'une affaire de religion; et pourveu que Ton dispose l'enfant à demeurer ferme dans les sentimens où il tesmoigne estre à présent, il n'y a nul sujet de s'alarmer du reste.

Aff. étr., France, t. 272, f 234. — Copie du lemps.

À M. DE GRAVEL

Sedan, ai août 16.J7.

(extrait.)

Je suis en quelque inquiétude, ne voyant pas que vous me parliez encore, par vostre lettre du 7, de l'officier que je depeschay à MM. les ambassadeurs et à vous, de Stenay. Je veux pourtant croire que les précautions que je pris afin qu'il fist le voyage en seureté, auront servi pour le faire arriver à bon port, et que vous aurez encore receu la depesche que je vous fis, à mon retour en celte ville, avec les deux lettres2 de trois cens mille escus; car j'ay advis de Saint-Aubin1, de Metz, qu'il avoit receu le pacquet, et qu'il vous l'avoit envoyé par l'ordinaire, qui estoit sur le point de partir. J'attends, neantmoins.

' Il y a bien obséder dans l'original. On achetées à Paris, el dontGravel devail puiserait lente de lire observer; mais, d'après tager le montant entre plusieurs princes létymologie, le mot obséder signifie ici se allemands.

tenir près de lui, et donne un sens conve- ' Il a été question ci-dessus de Sainl-

ii.iUi'. Aubin, qui était à Metz un des représen-

1 Lettres de change que Mazarin avait lants de l'autorité royale.

\on\ 1657. avec impatience d'en avoir des nouvelles, parce que, si, par malheur, ce dernier pacquet estoit perdu, il faudroil vous envoyer le duplicata desdictes lettres.

Je n'ay rien à adjouter à ce que je vous ay escrit pour l'employ de cet argent; car je l'ay desja faict amplement, et j'ay esté bien ayse de voir que vous en aviez donné au résident de Suéde et luy aviez faict cognoistre que vous estiez prest à payer tout ce que vous luy devez fournir, comme vous aurez pu faire aysement en recevant les lettres cy-dessus.

Il est tout-à-faict ridicule de proposer d'offrir l'Empire à l'archiduc Leopold dans l'asseurance qu'on prétend avoir qu'il ne l'accepteroit pas, et j'ay parlé là-dessus au comte Guillaume de Fùrstemberg1, qui m'a entretenu sur ce sujet et sur beaucoup d'autres choses concernant la matière de l'Election, qui tesmoigne partir bien persuadé des choses que je lui ay dictes et des biais qu'il faut prendre pour empescher la continuation de l'Empire dans la maison d'Austriche; sur quoy j'escris au long à MM. les ambassadeurs, qui seront aussy informez en détail par ledict sr comte des entretiens que nous avons eus ensemble.

J'ay curiosité de sçavoir en quelle assiette vous aurez trouvé sur ce point M. l'électeur de Mayence. Ce seroit un grand malheur s'il estoit aussy persuadé qu'on deust faire l'offre de l'Empire à l'Archiduc; car ainsy toutes nos diligences auroient este faictes en vain. Je ne veux pourtant pas croire qu'il soit dans ce sentiment aprez les paroles positives qu'il nous a données au contraire.

Mazarin termine sa de'pêche par des détails sur des chevaux que Gravel a achetés pour lui et sur les leve'es de troupes que doivent faire le prince de Salm ol le comte de Linange.

' Voy. ci-dessus, p. 63 et u3.

AfF. étr. , Fiance, t. 272, f" q36. — Copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Sedan, 21 août 1657.

Le comte Guillaume de Fiïrstemberg, m'entretenant sur les offres et promesses que les ministres de la maison d'Austriche faisoient aux Electeurs et autres personnes pour les avoir favorables dans la présente Election, lesquelles [promesses] estoient assez considérables, il m'a dict que, pour donner des seuretez réelles de l'exécution de ce qu'ils promett oient et prendre aussy leurs précautions afin de n estre pas trompez, ils proposoient de mettre entre les mains d'un banquier la somme d'argent qu'ils lomberoient d'accord de donner, à condition que, sans autre ordre, ledict banquier s'obligeroit de la payer à la personne qu'ils nommeraient, si le roy de Hongrie estoit eslu Empereur. Je le remerciay de l'advis, et je luy dis que je vous le donnerais, afin qu'en cas de besoin vous vous en servissiez, si ceux avec qui vous auriez à traiter soubaitoient que vous en usassiez ainsy.

J'ay adjousté que ceux qui pourraient servir en ce rencontre n'auraient pas grande difficulté à conclure avec vous, s'ils vouloient se contenter de ne recevoir l'eft'ect de ce qu'on leur aurait promis (pic quand ce que le Roy désire pour le bien et le repos de l'Allemagne et pour l'advantage de MM. les Electeurs, princes et Estats de l'Empire aurait reussy; car, s'il arrivoit que le roy de Hongrie, ou l'Archiduc, fussent élevez à l'Empire, il [serait]1 raisonnable que Sa M1' fusl eo liberté d'employer les sommes qu'EHe aurait destinées pour faire tomber l'Election sur un prince qui ne fust pas de la maison d'Austriche, à mettre des armées sur pied, qui la garantissent

Im copie porte : il estoit.

MA7W.lv VIII. 1 (j

ivrMur.nic *atic^»i»

Août 1657. des nouveaux efforts qu'elle (la maison d'Austriche) feroit contre la France.

Pour M. l'électeur de Cologne, ledict comte in ayant dict <ju'il ne recevroit pas d'argent et qu'il faudroit trouver quelque prétexte de le gratifier, comme de luy donner quelque somme pour l'ayder à fortif i< 1 Bonn ou bastir à Briihl, ou qu'on luy fist quelque présent de tapisseries ou choses semblables, je luy ay respondu que luy, ou M. son frère, en pouvoient traiter avec vous autres messieurs, à qui le Roy donneroit ordre avec grand plaisir de faire tout ce qui seroit le plus de la satisfaction de S. A. El., que Sa Ml,i considère comme un de ses meilleurs amys.

Il m'a parlé de la prétention qu'a M. l'électeur de Trêves d'estre payé de soixante mille escus, qu'il dict qui estoient deiïs à un de ses prédécesseurs par Henry IV, et il m'a dict qu'il faudroit donner pour le payement de cette partie toutes les asseuranecs nécessaires, comme aussy promettre quelque chose à son frère, qui avoit desja receu dix mille livres. Je luy ay respondu que vous le feriez de fort bonne grâce.

Pour les interests de son frère, les siens et ceux de toute sa famille, je luy ay promis, de la part du Roy, comme vous le confirmerez et dans la meilleure l'orme qu'ils pourroient souhaiter, qu'au cas qu'ils perdissent quelques biens dans les pays héréditaires1, Sa Mlé leur en donneroit d'autres de mesme valeur en France, dans les lieux qui seroient le plus de leur bienséance, jusques à ce qu'Elle pust obliger le roy de Hongrie à leur rendre ce qu'il leur auroit relenu; que Sa M1'1 gratifiera le comte son frère2 de l'evesché de Metz, qui est une des plus considérables pièces du royaume, valant, en temps de paix, cinquante à soixante mille escus de revenu3, et que, pour cet ell'ect. je donneray ma démission " et envoyeray toutes les expéditions neces-

' G'est-a-dire, dans les provinces qui for- 3 Ce revenu équivalait, au poids de ia

niaient le domaine héréditaire de la maison monnaie, à -2/10,000 francs environ, et,

d'Autriche. d'après la différence de pouvoir des métaux

2 Le comte Guillaume-Egon de Fùrsten- précieux, à A8o,ooo francs de nos jours, herg fut, en effet, nommé évêque de Metz " On a vu qu'en i652, Mazarin. quoi-

en ) 658. qu'il ne fut pas prêtre, ni même engagé

saires entre les mains de vous autres, Messieurs. Je luy avois aussy Août 1657. offert que le Roy feroit en sorte qu'il fust nommé au cardinalat par l'Empereur qui seroit élu; mais j'ay recognu que ce n'estoit pas une chose qui l'accommodast, espérant l'electorat de Cologne, si son maistre, dont la santé n'est pas trop bonne, venoit à manquer1, et parce qu'il m'a faict cognoistre que son frère, qui est au service de Bavière 2, est créancier du roy de Hongrie d'une somme de quatrevingt mille livres, de laquelle il ne pourroit plus faire estât si luy et sa maison servoient la Fiance en ce rencontre; je luy ay dict que le Roy vous donneroit ordre de promettre le payement d'une partie de ladicte somme, qui pourroit aller jusques à la moitié, eu cas que l'Election reussist comme nous le souhaitons.

Il m'a encore tesmoigné, de la part de son frère qui est à Francfort, qu'il souliaiteroit que l'on donnast cinq ou six cens pistoles au chancelier de M. l'électeur de Cologne aprez l'Election, et je luy ay promis que cela se feroit et que je vous en escrirois.

Pour son particulier, je luy ai promis qu'au lieu d'une abbaye, qu'il a présentement à la frontière, je me demettrois de l'abbaye de S1 Arnoul de Metz, qui vaut trente mille livres de rente en temps de paix3, afin que Sa Mt(1 luy en fist un présent. Je luy ai donné une bague qui

dans les ordres majeurs, avait été nommé ' Pour apprécier la porlée de ces mots

par le Roi éveque de Metz: unis le Pape lui a on temps de paix* , il faut se souvenir que,

donna les huiles nécessaires pour qu'il en dans toute la région de l'Est et du Nord,

remplît les fonctions ecclésiastiques. Il s'é- depuis longtemps désolée par la guerre,

tait borné à en toucher les revenus, qui, le revenu des terres avait baissé dune façon

on le voit, étaient fort considérables. formidable. En Lorraine notamment , il était

' (iiiillaume-Kgon de Fiirstenberg fut réduit , dans les dernières années du minis-

promu cardinal en 1686. Il prétendit à la tère de Mazarin, au cinquième de ce qu'il

succession de l'électeur de Cologne en 1688 était à L'avènement de Louis XIII. Le revenu

et fut soutenu par Louis XIV. Ce fut une des abbayes, étant presque exclusivement

des causes de la guerre qui dura de 1 688 à foncier, se ressentait Fort de relie déprécia-

1607. tion des immeubles ruraux. Dans les baux

' Ilerman-Lgon , comte, puis prince de que l'on signait en Champagne et en Lor-

Fùrsteriberg, était grand maître de la mai- raine, à celle époque, on insérait presque

son de l'éleeteur de Bavière. Il mourut à toujours celle clause, que le fermage dou-

quarante ans. en 1674. blerah* à la signature de la paix.

Août i6.r)7. vaut sept à huit cens escus, et deux belles monstres attachées de deux chaisnes d'or1, et je luy ay laissé entendre que, comme son frère et luy faisoient de continuelles dépenses en voyages, si les choses s'acherninoient bien à Francfort pour le dessein que nous avons, il vous trouveroit disposez à leur donner volontiers quelque assistance d'argent; sur quoy il se pourroit ouvrir à vous, comme vous leur en parleriez aussy avec liberté. En effect, le Roy trouve bon que, si vous voyez que ces deux frères agissent bien, vous leur donniez de quatre à six mille risdalles, bien entendu que la plus grande partie doit estre pour l'aisné2. Ce sont des personnes de condition, et je ne sçaurois croire qu'ils voulussent s'engager à prendre nostre argent dans le dessein de nous tromper.

Et sur cette matière de promettre et de donner, je vous repliqueray ce que j'ay desja eu le bien de vous escrire, que le Roy sera satisfaict au dernier point et ne plaindra point ce que vous vous serez engagez de donner, pourveu que les choses réussissent suivant nostre dessein; mais Sa Mt<! désire aussy que l'on prenne toutes les précautions nécessaires pour ne rien perdre, si l'Election n'est pas conforme à nostre désir; car enfin, ou il faut faire un Empereur qui ne soit pas de la maison d'Austriche, ou il faut conserver nostre argent, pour l'employer comme j'ay desjà marqué cy-dessus.

J'avois oublié de mettre dans mon autre mémoire que, ledict comte m'ayant pressé de luy déclarer, en cas qu'on ne pust pas faire sortir l'Empire de la maison d'Austriche, lequel le Roy aimeroit mieux qui fust Empereur, ou le roy de Hongrie, ou l'Archiduc, je luy ay respondu que nous ne faisions aucune différence de l'un à l'autre, et que Sa Mt,; tenoit fort esgaux à l'esgard des interests de cette couronne des princes qu'EHe sçavoit qui feroient aveuglement ce que voudroient les Espagnols. Ce n'est pas qu'à vous parler confidemment, nonobstant toutes les raisons que je vous aye alléguées au contraire pour vous servir auprez de MM. les Electeurs, il n'y en ayt de fortes pour lesquelles

1 II est déjà question de ces bijoux dans la lettre à Colbert du 3o juin précédent. ( Voy. le tome VI, p. 54 1, des Lettres de Mazarin.) — 2 L'aîné était François-Egon.

nous devons croire que l'élection de l'Archiduc seroit moins desadvan- Aoùi 1657. tageuse à la France que celle du roy de Hongrie.

Bihl. nat. , ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5 1 A , f " 25g, v°. — Minute.

À M. DE FARERT.

Liesse ',2 5 aoùl t ( j :"> 7 .

J'ay escrit au sr Zacharie, qui a soin des soldats de mon régiment italien qui sont demeurez malades ou blessez à Verdun, de les amener par eau à Sedan, où il recevroit ordre de ce qu'il auroit à faire. Je vous prie donc, quand il sera arrivé, s'il y a quelques soldats qui ne puissent pas marcher, de les retenir à Sedan, leur faisant fournir ce qu'il (sir) leur sera nécessaire jusqu'à ce qu'ils soient guéris, que je vous rembourseray, et de dire à Zacharie que mon intention est qu'il vienne joindre le régiment avec les autres, prenant les précautions que vous jugerez à propos afin qu'il vienne en seureté à la Fere.

Je prendray cette occasion pour vous dire que toute la Cour est fort scandalisée du s1' de Montai2, qui semble affecter, toutes les lois que le Roy passe dans le voisinage de Rocroy, de dresser des embuscades sur le chemin de Sa Majesté3, ce qu'il sçait ne pouvoir pas produire grand efïect; mais c'en est un (un efl'et) de si mauvaise volonté, qui marque si peu de respect pour la personne de Sa Mt,;, qu'Eile pourroit bien s'en souvenir un jour', et ce pendant cela luy laid désirer

Voy. sur Liesse, ci-dessus, p. io5. dans la circonstance, beaucoup do présence

' CharlosdeMontsaulnin, comte de Mon- d'esprit et avait chargé lui-même les soldais

lai. (Voy. ci-dessus, p. go.) ennemis, accompagné de Montaigu et de

Le récit de cette embuscade est contenu Du Passage. Il n'en était pas ailé de même

tout au long- dans les Mémoires de \Iont- de Monsieur, qui n'avait pas bougé de son

///"' | p. .'523) et dans ceux de M"c de Mont- carrosse, dit le Roi, "parce qu'il il'étail pas

pensier 1 p. 209). Kilo avait eu lieu au bolt<;-.

milieu des bois , dans un endroit qu'on nom- ' Louis XIV n'oublia pas. m effet, la

rn.iii le Trou de Souris. Le Roi avait montré. conduite de certains personnages à l'épo me

Wii 1657. que ion n'oublie rien pour faire fortement la guerre à Rocroy, ains\ qu'il a esté résolu. J'en escrirois à M. de Noirmoustier, si je ne le croyois à Paris, m'ayant dict qu'il partirait hier de Charleville pour y aller; mais je vous prie de le mander au sr de Longuerue1 à Mezieres et à M. de Grandpré2, et de leur faire bien cognoistre quelle est en cela l'intention de Sa Mu;. Cependant je demeure, etc.

P.-S. — Tout le monde crie contre l'insolence de Montai. Il y a eu deilx gardes de la Reyne pris, lesquels il se faut bien garder de demander. On en a aussy fort blessé un, et l'on dict qu'il y a encore un homme tué. Le Roy, de son mouvement, m'a commandé fort de faire la guerre exactement contre Rocroy. C'est pourquoy je vous prie de ce que dessus.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 297; minute. — Passages à chiffrer soulignés dans la minute.

A M. DE TURENNE

(extrait.)

La Fère, a6 août 1637.

Hyer au soir, en arrivant icy, j'appris, par des lettres, le malheur qui est arrivé à une partie du bagage de l'armée3, et voyant, par vostre lettre du 21, que vous ne m'en dictes rien, j'ay jugé que vous n'en aviez pas encore cognoissance quand vous m'avez escrit. Je ne sçay

de la Fronde et pendant les troubles qui la suivirent; Montai ne put jamais obtenir, malgré sa capacité et ses services ultérieurs, le bâton de maréchal de France.

Saint-Simon s'en étonne dans ses Mémoires; mais il ignorait, ou avait oublié, la conduite de Montai, gouverneur de Rocroy.

1 II a déjà été question de ce Dufour de

Longuerue, qui commandait à Charleville en l'absence de Noirmoutiers. (Voy. t. VI, p. 437, des Lettres de Mazarin.)

2 Gouverneur de Mouzon. (Voy. t. VII, p. 57 et 278 , des Lettres de Mazarin.)

3 On voit par les Mémoires de Turenne que les bagages de l'armée française avaient été attaqués et en partie pillés par les enne-

mis.

pas comment la chose s'est passée et qu'elle raison Seyron i alléguera Août 16&7. pour se justifier; mais s'il est vray que Bouteville'2 ayt seul [attaqué]3 avec quinze escadrons, qui pouvoient faire douze cents chevaux, je ne voy pas qu'il [Seyron] se puisse excuser de s'estre laissé battre avec neuf escadrons et deux mille hommes de pied et des chariots qui pouvoient servir d'un retranchement \ Et si c'a esté un plus grand nombre de troupes ennemies qui ayt faict l'effect, il me semble que vous ne luy auriez pas refusé le secours, s'il eust pris la précaution de vous le demander pour mettre tout-à-fait en seureté le convoy qu'il menoit; mais il est superflu de parler d'un mal passé, auquel il n'y a aucun remède que de punir la faute de ceux qui l'ont commis5, afin qu'à 1 advenir on songe mieux à s'acquitter de son devoir. Pour cela vous verrez ce que le Roy vous mande, que je vous prie de faire exécuter avec la dernière exactitude °.

Je n'apprends pas que, hors le régiment d'Alsace et deux escadrons qui faisoient l'arriere-garde, les autres troupes ayent souffert aucun eschec; mais peut-estre que le degoust des ofliciers qui ont perdu leurs bagages est capable, dans la conjoncture du siège que vous faites7, de

' C'était Seyron qui commandait les troupes chargées d'escorter les bagages.

(Voy. sur Seyron, t. IV, p. 1 A7, note 1, des Lettres de Mazarin.)

2 Henry de Montmorency -Bouteville.

(Voy. t. VI, p. 990, des Lettres de Mazarin.) C'était lui qui commandait les ennemis qui avaient pillé les bagages.

1 Mot douteux.

' Les Mémoires de Turenne, où le nom de Seyron est changé en celui de Ciron, n'accusent pas formellement ce général d'imprudence ni d'imprévoyance, mais il semble bien résulter du récit de Turenne que Seyron conduisit les bagages avec lenteur el négligence.

t.niiuiiis est écrit en interligne et corrige, dans la minute, en ont esté cause.

0 pfLe Cardinal, dit Bussy dans ses Mémoires (II, 36), ayant mandé qu'il voulait qu'on mit Siron au conseil de guerre, le maréchal (de Turenne) nous assembla pour cet effel; mais nous ayant dil d'abord que Siron n'était pas responsable de ce qui était arrivé en son absence, nous jugeâmes qu'il voulait faire sa cour au Cardinal; ainsi personne ne le voulut dédire et se brouiller

avec le premier ministre » La lettre

de Mazarin nous prouve que Bussy était dans l'erreur et que ce fut Turenne qui. personnellement, inclina à l'indulgence.

' Turenne avait entrepris le siège de Saint- Venant (auj. dép. du Pas-de-Calais. arr. de Bélhune). Les Mémoires de Turenne donnent les détails de ce siège (|). 685- '180, édit. Micliaud et Poujoulat ).

. nous apporter plus de préjudice que si nous avions perdu trois on quatre mille hommes. J'espère pourtant qu'autant qu'il aura esté dans la possibilité, vous aurez tasché de diminuer leur chagrin, et vous en aurez encore plus de moyen en leur faisant dire, de ma part, que le Roy veut soulager leur perte, soit en donnant présentement quelque argent à ceux qui se trouveront effectivement avoir receu le mal, ou en leur procurant un meilleur traitement qu'aux autres dans le quartier d'hyver; et si vous croyez qu'il soit absolument nécessaire que j'envoye [outre cette mesure]1 jusques à quatre mille escus pour qu'ils lussent distribuez à ceux qui auroient le plus souffert, je le feroy à l'instant, prenant cela sur un petit fonds de mon propre argent que je reservois pour les dernières nécessitez. Je ne me suis ouvert de cela qu'avec vous. C'est pourquoy, si vous croyez qu'on s'en puisse dispenser, [j'espargneray]2 ce fonds, car je prévois que nous en aurons besoing pour d'autres dépenses, auxquelles il faudra nécessairement suppléer.

On m'a dict qu'il estoit passé un officier de Bodwitz3 que vous aviez depesché de l'armée en diligence; mais, ne l'ayant point veu, je ne doute pas qu'il ne luy soit arrivé quelque malheur, et comme, par vostre lettre du 22, vous me pressez de vous envoyer au plus tost de l'infanterie, je ne doute pas que celle que vous m'aviez escrite après l'accident de Seyron n'en fasse encore de nouvelles et plus fortes instances. C'est pourquoy vous devez estre asseuré qu'on ne perdra pas un moment de temps pour faire avancer le corps que M. d'Huxelles amené, et vous aurez, je m'asseure, assez bonne opinion de ma diligence pour croire que j'ay fait toute celle qui se pouvoit, tant pour faire marcher ledict corps que pour le départ de la Cour, dont vous serez encore plus persuadé quand vous sçaurez qu'ayant la goutte bien fort, et Leurs Mlez voulant, différer ledict départ de quelques jours pour attendre que je fusse en estât de les suivre, j'ay mieux ayiné qu'il eust

' Les mots enlre [ ] sont douteux. — ~ Ce passage est surchargé et la lecture douteuse pour les mots entre [ ]. — 3 Du régiment de Bodwitz ou plutôt Podwitz. (Voy. ci-dessus, p. 100, note 2.)

lieu dans mon carrosse, accablé comme je l'estois de douleurs1, que de Aoûi 1657. retarder d'un seul jour le voyage, croyant bien que mon approche ne vous secoit pas inutile; et asseurement il n'y a guieres de malade des gouttes qui eust pris le party que j'ay faict. Je suis encore mal; mais cela n'empeschera pas que vous ne receviez toutes les assistances que vous pourriez espérer si j'estois en une parfaite sauté.

Il semble que tout conspire à l'empescher; car, d'un costé, on nous faisoit de pressantes instances d'Allemagne de ne retirer pas l'armée de Luxembourg et de nous en aller à Metz, estant une chose qui pouvoit fort contribuer à faire réussir les bonnes intentions que les Electeurs bien intentionnez ont pour l'advantage de la cause commune. De l'autre, on nous proposoit et [envoyoit]2 pour nous rendre maistres bientost de tout le Luxembourg, à l'exception des villes de Luxembourg et d'Arlon; et surtout3, depuis le 1 h du mois, le temps a esté si détestable, que l'orage n'a point cessé, et vous ne seauriez vous imaginer ce que l'infanterie a souffert, estant sans souliers, sans armes cl abattue au delà de ce que je vous puis dire. Je prépare pourtant de (|uoy la raccommoder en passant; mais vous devez faire vostre compte que, quoyque le marquis d'Huxelles, persécuté d'un perpétuel orage, comme je vous ay dict, u'ayt pas [faict] halte un seul jour, il ne sçauroit arriver que demain aux environs d'icy.

Pour Genlis", je crois qu'il vous aura joint avec onze escadrons et que Joyeuse arrivera demain à Arias avec son régiment et le fonds pour le payement des Anglois.

Mazariu insiste, dans les derniers paragraphes de sa dépêche, sur tes munitions envoyées à Turenne et fournies par Mondejeux, de Broglie, de Créquj et de Bellebruoe.

' Lo Cardinal soutirait aussi cruellement suite des embarras qu'énumère Mazarin, de la {jravelle. ' Genlis, brigadier <lc cavalerie arriva

1 Ce mot est douteux. On peut lire : on au camp le ->.- août, avec huil escadrons de

voyait. l'armée de la Ferlé. On les lii camper au

Surtout en interligne corrige enfin, village de Hobecque. Il a déjà été question

qui conviendrait mieux pour expliquer la de Genlis, p. 101, note 3.

MAZARIU. VIII.

Août 1657.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f'° 299. — Minute.

À M. SERVIEN

La Fère, 37 août 1607.

(extrait.)

Mazarin iui parle du traité que les plénipotentiaires ont conclu, à Heidelberg, avec l'électeur palatin l. Il exprime l'inquiétude que d'autres princes allemands n'en éprouvent de la jalousie. Il écrit à Servien :

Il est à craindre . . . qu'en prétendant gaigner l'électeur palatin nous ne perdions Mayence et la Bavière, et ne nous attirions mesme encore la haine d'autres princes de l'Empire, qui sont presque tous mal satisfaicts dudict Electeur et fort animez contre luy. C'est pourquoy il faudra bien balancer les advanlages et le préjudice de ce traité avant qu'on envoyé la ratification.

Ce que vous m'escrivez sur l'indulgence que l'on a pour ceux qui sont attachez au prince de Condé et qui jouissent aussi paisiblement de leurs biens que les fidèles sujets du Roy, a beaucoup de fondement. J'ay faict souvent là-dessus les mes m es reflexions que vous, et je me suis diverses fois rescrié sur l'injustice qu'il y avoit que, par de vaines formalitez, on hast les mains à Sa Mté, en sorte qu'Elle ne pust se prévaloir des moyens qu'Elle a pour punir des sujets qui portent les armes contre son service. Je souhaiterois fort qu'il se pust trouver quelque expédient pour se dispenser de ces fornialitez-là, et quand vous autres, Messieurs, serez à la Cour, nous en parlerons plus à fond.

Sa Mlà voyant la diète2 différée a jugé à propos de s'en venir de deçà, son approche pouvant estre fort utile pour le bon succez du siège de Saint-Venant; mais c'a esté dans la resolution de retourner à Metz, suivye d'une armée plus considérable que celle qui estoit en Luxembourg

' On trouve, dans les Mémoires de Gramont (p. 289), les détails des négociations avec l'électeur palatin, Charles-Louis. — ~ La diète pour l'élection de l'Empereur.

pour s'en servir selon la disposition des choses La seule considéra- Août 16.57. tion qu'Elle faict en cela, c'est de ne commettre pas sa dignité et sa réputation en s'advançant sur la frontière d'Allemagne pour avoir la confusion d'estre simplement spectatrice de l'élection d'un Empereur de la maison d'Austriche, quelque diligence qu'Elle eust faicte pour l'empescher. C'est pourquoy on a escrit à MM. les Plénipotentiaires d'envoyer icy un courrier en toute diligence pour faire sçavoir à Sadicte Mté l'assiette des esprits et des [Electeurs]1 à Francfort, affin que là-dessus Elle règle la resolution qu'Elle aura à prendre d'aller ou n'aller pas à Metz, et on pourra recevoir de leurs nouvelles assez à temps, puisque MM. les Electeurs ne se doivent rendre audict Francfort que vers le commencement du mois prochain.

Le Roy fera déclarer à tous les princes de l'Empire qui sont intervenus au traité de Munster que, pour s'acquitter des obligations dans lesquelles Sa Mlé est entrée par ledict traité, Elle est résolue d'assister de ses forces le roy de Suéde pour la conservation des Estais qui luy ont esté laissez par les conditions de la paix, et les conviera de s'unir avec Elle pour la mesure fin, comme estant entrez dans les mesmes engagemens, et escrira en cette conformité à MM. les Plénipotentiaires.

Bibl. mit., ms. f. i'r. , Mélanges du (lolbrrt, I. ai \, t'° 3oo. — Minute.

La Fère, a8 août H>57.

( MTIUIT.)

J'ay receu vostre lettre du ^6. Je complois bien que les circonstances • lu siège le rendraient une entreprise considérable; mais si vous en venez .1 bout, comme je l'espère, ces mesmes obstacles auront servy

Le mot est écrit eu abrégé* et la lecture douteuse. Il pourrait \ 'noir des affaires ou des wëembUet

Wii 1 1> 5 7 . pour l'élever davantage la conqueste. Je croy aussy aisément ce que vous nie mandez des Anglois, et je m'asseure que vous en prendrez tous les soins imaginables, afin de faire reconnoistre le désir que j'ay de les bien traicter, de les conserver et maintenir leur corps en bon estât. J'espère que les ennemis ayant quitté le poste de Montberneuse (sîr) \ le chevalier de Joyeuse sera passé avec le fonds qu'on envoyoit pour le payement desdicls Anglois. M. d'Huxelles, comme je vous ay desjà mandé, porte encore une autre somme, afin que vous n'en manquiez2 point jusques à la fin du siège. Neantmoins, pour plus de précaution, j'envoye deux de mes gentilshommes et quinze de mes gardes commandez par Casau avec mille escus d'or que je fais prendre à Peronne et y rendre les mille [pistoles] que M. de Mondejeux a advancez. Vous voyez bien que de la manière dont nostre marche s'est faicte et dans l'esloignement où nous estions, il estoit impossible de pourvoir si à point nommé comme j'eusse bien voulu à l'argent et aux autres choses qui vous estoient nécessaires, et vous avez pourtant esprouvé que je n'ay pas trop besoin d'estre sollicité à fournil" ce qu'il faut pour le service, ayant assez d'envie et d'interest à ce que les choses aillent bien pour y contribuer tout ce qui peut dépendre de moy. Cependant vous méritez beaucoup de louanges de la resolution (rue vous avez prise de vous servir de vostre vaisselle d'argent dans cette nécessité, et c'est un ellect de vostre zèle que le Roy considérera comme [tant]3 d'autres que vous luy avez desja donnez 4.

1 Montberneux est auj. un hameau de la commune de Snint-Germain-sous-Douc (dép.

de Seine-et-Marne).

2 La minute portait d'abord : afin que vous ne manquiez pas d'argent. La phrase élail plus claire.

3 Mot douteux.

" Turenne ne parle pas dans ses Mémoires de celte circonstance si honorable pour lui. Ce qu'en ditMazarin est confirmé avec plus

de détails dans l'ouvrage intitulé : Voyage de deux Hollandais à Paris, en 1657. Les auteurs racontent que Turenne fit couper pour plus de trente mille francs de sa vaisselle d'argent et fit marquer chaque pièce d'une fleur de lis. On distribua ces pièces aux Anglais, qui réclamaient leur solde avec impatience et menaçaient de se mutiner. trQuand on aura recouvré d'autre argent (p. 352), on reprendra ces pièces.»

===========^=^^^=============================^^ Août 1 (J07.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f" 3o3. — Minute.

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