‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 23 sur 123 · À M. DE FABERT · texte numérisé non relu

À M. DE FABERT

La Fère, 39 août îti-^y.

(extrait.)

J'ay receu vos deux lettres du 26 et du 27 de ce mois. . . Je donueroy ordre à tout ce qui regarde Montmedy quand nous serons à Peronne, le sieur de Termes1 m'ayant trouvé près de partir et mon mal2 me tourmentant trop pour me permettre de le faire icy. J'ay esté bien aise de voir le s1' de Termes; mais sur ce qui regarde le principal sujet de sa mission, si vous avez bien considéré la lettre que je vous ay escrite de Rethel, vous aurez veu que, bien loin d'entrer en quelque traité, pour les contributions, avec Rocroy, le Roy veut plus que jamais qu'on luy fasse fortement la guerre3.

Vous cognoissant, comme je fais, il est assez superflu que vous nie disiez par quel principe vous faictes cette proposition; et les raisons dont vous l'appuyez seroient mesme fort bonnes, si nous avions à faire à un autre liomme que le prince de Condé; mais de l'humeur qu'il est à prendre advantage de tout, si on l'escoutoit, il en deviendroit encore moins traitable; et je suis bien trompé si ce que vous avez escrit au sieur du Mont et ce qu'il aura faict sçavoir au prince [de Condé] avec bonne intention n'est expliqué comme une recherche (jue la crainte et le mauvais estât où nous sommes nous faict faire de quelque accommodement.

C'est pourquoy le mieux, à mon advis, est de couper court à toutes cea négociations et de s'appliquer à resserrer fort la garnison de Ro-

' Voy. sur Termes, t. V, p. 001. des i'aulomne, une crise qui préoccupa l'Eu

Lettres de Mazarin. rope.

Mazarin a parlé ci-dessus de la 3 Voy., ci-dessus, la lettre du 3 5 août à

goutte dont il souffrait, et dont il eut, à Fabert.

croy. A quoy je suis persuadé qu'on réussira si on ne se relasche point, et que c'est le moyen le plus asseuré pour mettre Montai à la raison. Cependant comme le sieur du Mont, dans le malheur qu'il a d'estre contre le service de son Roy \ ne laisse pas de garder ia bienséance et d'en user en toute rencontre fort civilement, je vous asseure que s'il est jamais en estât que j'aye matière de l'obliger, je le feray tres-volontiers, et me remettant du surplus à la vive voix dudict sr de Termes, je demeure de tout mon cœur, etc.

Aff. étr., Pays-Bas, t. 4i, l'° dod. — Copie du temps.

Péronne, 3o août 1 657.

J'ay esté tres-ayse d'apprendre, par le s1' de Montaulieu, la prise de Saint-Venant. Nous avons sceu presque en mesme temps la levée du siège d'Ardres, dont le sieur de Coulanges, qui s'estoit jeté dans la place, nous a apporté la nouvelle, C'est un advantage qui est entièrement deub à vostre diligence, et je ne vous en mande point les particularitez, parce que vous en aurez esté informé sur les lieux et que les ennemis sont Tort i'oibles, particulièrement d'infanterie.

J'attends impatiemment de vos nouvelles, et jusqu'à ce que nous en recevions, on fera faire halte au corps que commande M. d'Huxelles, et le convoy qui devoit aller à Arras ne partira point. C'est pourquoy

' Les Français, enrôlés au service de sait sur la lin de sa vie, à Louis XIV, eu

l'Espagne, n'admettaient même pas que l'on parlant de cette époque : «Sire, c'était du

put dire qu'ils avaient «ce malheur de ser- temps que nous servions Votre Majesté

vil" contre leur Roi». Ils prétendaient distin- contre le cardinal Mazarin.» On avait pu

guer le Roi, auquel, disaient-ils. ils demeu- remarquer un état d'esprit analogue sous la

l'aient fidèles sous les drapeaux de l'ennemi, Ligue, où il semblait, dit un contemporain,

du gouvernement dirigé par Mazarin, qu'ils Hurault, que ce l'ut tuin blasphème, un par-

avouaient combattre. Un célèbre frondeur ricide, que de dire : Je ne suis point du

exprimait bien cette subtilité lorsqu'il di- parti du Roin.

je vous prie de m'en donner au plus tost1 et de me mander ce que Août 1657. vous croiriez que l'on pust faire présentement de plus utile pour le service du Roy, me remettant au surplus à la vive voix du sr de Montaulieu -.

Bibi. nat.. ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5i A, f° 266. — Minute.

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