À M. D'ESTRADES
Péronne, 3i août i G 5 7 .
Vous ne devez pas douter que je n'aye eu beaucoup de desplaisir de la levée du siège d'Alexandrie3 et que je n'aye fort compaty à celu\ [au desplaisir] que MM. les généraux en auront reccu; ce qui nous doit consoler, c'est que nous avons seulement manqué à gagner et qu'on nous donnera tousjours la gloire d'avoir tenté avec quelque fondement une si grande entreprise, dont le bon succez auroit mis en confusion tout le Milanois'. Ce vous sera sans doute encore un soulagement dans ce malheur de sçavoir que le gros de l'Estat se soustient avec plus d'esclat et de prospérité que jamais, et que, de ce costé-cy, les armes du Roy donnent la loy partout à celles des ennemis.
Apres la prise de Montmedy et celle de Saint-Venant5, on leur a
1 De me donner au plus tôt de vos nouvelles.
1 Dans une addition <pù se trouve au f" 3o5 v°, Mazarin parle de la délivrance d'Ardres et des prisonniers qui ont été faits.
1 Ce siège commencé le 17 juillet 1G57 fui levé le 22 août de la même année. Le duc de Afodène et le prince de Conti commandaient l'armée franco-italienne. Mazarin avait placé près du prince de Conti Godefroy d'Estrades, lieutenant général des armées du Roi. (Voyez sur d'Es-
trades, t. I, p. q-j4, des Lettres de Mazarin.)
1 On trouve le récit de ce siège d'Alexandrie dans les Mémoires de Montglat (éd. Micliaud , p. 3a5), \prcs avoir levé le siège, l'armée française marcha vers Monlralvo dont elle s'empara, passa la Sesia où eut lieu une escarmouche entre le comte de Vérue et les Espagnols et entra ensuite dans la I.omcline où elle demeura pendant le mois
de n ptembre.
La |>lace de Saint-Venant s'était rendue le 27 août iG.r>7.
Sept. 1657. faict lever honteusement le siège d'Ardres ', n'ayant osé attendre M. de Turenne qui les alloit attaquer, quoyqu'ils eussent faict une bonne circonvallation et qu'il y eust desjà quatre mineurs attachez au corps de la place. Ils ont perdu cinq cens hommes dans leur retraite, et s'il v eust eu quelque cavalerie proche pour les suivre, on auroit aisément défiait une partie de leur armée, qui est assez forte particulièrement en infanterie.
Je veux croire ce que vous me mandez de la désolation de la vostre; mais j'ose bien vous dire que vous aurez veu une grande résurrection en peu de jours par le retour au camp d'un grand nombre de soldats qui, pendant le siège, s'estoient retirez en Piedmont ou dans le Montferrat. Il faut tascher d'y donner ordre à l'ad venir, principalement pour l'infanterie, et je ne sçay pas comment l'entendent les officiers, mais le Roy est résolu determinement de ne laisser pas repasser dans le royaume ny un cavalier ny un soldat l'hyver prochain, puisqu'ils seroiit aussy bien traitez en Italie qu'en France 2. Ce que je vous prie de publier et de me croire tousjours le meilleur de vos amys.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 267 v°; minute. — Aff. étr. , France, t. 272, f° 238; copie du temps. — D'après la minute, c'est à de Lionne seul que cette lettre est adressée.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)
Péronne, 2 septembre 1657.
Je vous fais ce mot à part pour vous donner des advis de tres-
' Auj. dép. du Pas-de-Calais , arr. de dène mit une partie des troupes en quartier
Sainl-Omer. (Voy., sur la délivrance d'Ar- d'hiver dans le Montferrat, frpour manger
dres, les Mémoires de Turenne, p. 486.) le pays du duc de Mantoue» qui avait dé-
* En effet, le prince de Gonti, seul, re- serté notre cause au printemps précédent .
tourna passer l'hiver à Paris. Le duc de Mo- et il mena le reste vers le Parmesan.
grande importance dans la négociation que vous avez entre les mains, Sept. 1657. lesquels nous avons eus, ou par les lettres qui ont esté interceptées à divers courriers que l'on a pris, ou par des endroits qui ne nous permettent pas d'en douter. Us portent que l'archiduc Leopold et Schwartzemberg1 sont engagez à l'esgard du roy d'Espagne au delà de ce que pourroit estre mesme le roy de Hongrie'2, que le prince d'Auersberg3 est ennemy irréconciliable dudict Schwartzemberg, et par conséquent opiniastrement contraire à l'élection de l'Archiduc, contre laquelle il escrit en Espagne tout ce qui se peut imaginablement alléguer; que le roy Catholique donne pouvoir à Pegnaranda'1 et au marquis de la Fuente5, avec défense particulière de s'en servir qu'à la dernière extrémité, de donner les mains à l'élévation de l'Archiduc plustost que de voir sortir l'Empire de la maison d'Austriche; mais il leur est fort enjoint que ce secret ne soit sceu de qui que ce soit, et moins du roy de Hongrie et dudict Archiduc que de tout autre, et ils ont seulement ordre, lorsqu'ils verront impossible l'establissement du roy de Hongrie, pour lequel ils ne doivent espargner ny promesses, ny menaces, ny aucun expédient, qu'ils croiroient propre pour le faire réussir, de dire à l'Archiduc que Sa Mt,; Catholique veut qu'il soit eleu Empereur et de prendre en mesme temps avec Idy certaines précautions pour la seureté de ce que luy et Schwartzemberg ont faict proposer en Espagne.
Il ne faut pas s'estonner que l'Archiduc prosne partout qu'il consi-
' Probablement Jean-Adolphe, comte de Schwartzemberg, né en 161 5, créé prince • le l'Empire en 1671, mort en 1 683.
' La minute et la copie portent : le mesme roy de Hongrie; c'est un lapsus évident.
Le comte d'Auersperg était nu des principaux ministres du roi de Hongrie, Léopoid.
Voy. sur Penaranda. I. 11. p. 10V1.
des Lettres de Mazarin.
Gaspard Tello de Guzman, marquis de la Fuente, était alors ambassadeur d'Espagne à Francfort. Ce fut lui qui vint en France, en 1665, faire amende honorable pour l'insulte que le baron de Walteville avait faite, à Londres, à l'ambassadeur de France et promettre à Louis XIV qu'à l'avenir les représentants du roi d'Espagne ne disputeraient plus le pas à ceux du roi de France. Le marquis de la Fuente mourut en 1673.
MA7.MUX. — VIII.
mrnwitot mi
Sept. 1667. dorera comme son ennemy coluy qui travaillera pour son élévation et qu'effectivement il soit persuadé de n'y devoir pas songer, parce qu'on ne luy a pas donné, du costé de l'Espagne, le moindre rayon d'espérance pour luy, mais qu'on luy a mandé seulement qu'il n'y aura point d'Empereur si le roy de Hongrie ne l'est pas.
En outre, nous apprenons, de tous costez, que Mayence1 a, pour le moins, autant d'inclination pour l'Archiduc que d'aversion pour le roy de Hongrie, estant persuadé que, s'il est une fois Empereur, les Espagnols n'auront point de pouvoir sur son esprit et qu'il ne songera qu'à reparer les infractions faictes au traité de Munster, [qu'à] le maintenir tousjours en sa force et vigueur, et conserver, à quelque prix que ce soil . la paix dans l'Empire et la bonne intelligence avec ses voisins, et enfin que ledict sieur électeur [de Mayence] est prévenu- là-dessus des erreurs dont je vous ay desja escrit au long; ce qui nous a esté bien confirmé par l'envoy du comte de Fiirstemberg, qui m'a parlé nettement de proposer l'Empire à l'Archiduc, dans la croyance qu'il ne l'aecepteroit pas, et qu'après, Bavière y pourroit estre élevé.
Mais ce qui me faict le plus de peine en tout cecy, c'est la certitude que j'ay d'une lettre que ledict Electeur a escrite de sa main au prince d'Auersberg en créance3 sur le ministre que son S. A. El. tient à Vienne, lequel a entretenu au long ledict prince, de la part de son maistre, pour luy dire ses raisons qui dévoient obliger à élire Empereur l'archiduc Leopold et les difïicultez insurmontables qu'on rencontreroit en la personne du roy de Hongrie, et je sçay que la response d'Aversberg, qui a la dernière appréhension de l'élévation de l'Archiduc, a esté remplie de quantité de considérations pour monstrer audict Electeur qu'il estoit du tout impossible de songer à l'Archiduc; mais ces contestations ne font pas. qu'on ne voye l'électeur de Mayence déterminé en faveur dudict Archiduc, si ce n'est qu'il ayt quelque arrière pensée en cette affaire; sur quoy il ne sera pas difficile d'estre bientost esclaircy, si vous ne Testes desjà.
1 L'électeur de Mayence. ■ — 2 Le sens est : a l'esprit rempli des erreurs, etc. — ' Pour donner créance au ministre, etc.
Mazarin insiste sur ia nécessite de pe'nélrer ies intentions de l'archevêque de Sept. 1G57. Mayence, dont l'influence sera prépondérante dans l'élection de l'Empereur.
Il faut, ajoute-t-il , prendre celte occasion pour tirer dudict sieur Electeur une déclaration décisive et sçavoir positivement à quoy nous nous en devons tenir; car, en un mot, l'Empereur sera tel sujet que l'on voudra \ s'il [l'électeur de Mayence] veut agir sincèrement et comme il faut, et autrement, quelque soin que nous y apportions et quelque despense que nous puissions faire, tout cela n'empescliera pas que l'Archiduc ne soit eleu, si c'est le dessein de M. de Mayence, et s'il est vray, comme je n'en doute pas, qu'il soit asseuré que les deux autres électeurs ecclésiastiques suivent son advis et sa resolution. Il faut donc s'appliquer entièrement à faire prendre une bonne et ferme résolution à Mayence, après luy avoir faict toucher au doij>t , comme il vous sera aisé, qu'il n'est plus question de faire des diligences, mais (juil despend purement de sa volonté de rendre à toute la Chrestienté un service si signalé que celuy d'exclure la maison d'Austriche de l'Empire, puisqu'il pourroit en mesnie temps, par ce moyeu, faire conclure la paix générale, Sa M"' vous ayant ordonné de luy déclarer qu'Elle la désire passionnément et qu'Elle y apportera toutes les facilitez imaginables; ce qui, à mon advis, le pourroit beaucoup toucher par la considération du bien qu'il procureroit à sa patrie et de la gloire qu'il s'acquereroit en se rendant le principal instrument du repos de toute l'Europe; et comme 1 on est persuadé que tout despend de luy, le Roy approuvera tous les engagements dans lesquels vous entrerez, soit pour faire à sa personne et à ses proches de plus grandes gratifications en argent que ce que Gravel luy a faict espérer, ou pour l'as* seurer de la protection du Iloy envers tous et contre Ions et pour accorder des advantages d'une autre nature, comme des domaines, des abbayes et autres biens, a luv et à sa famille, on au baron de Bennebourg, avec la seureté qu'il désirera [tour ne pouvoir pas douter «juil en ayt la possession, quand il aura rendu ce service que Ion
i- est-è-dire, t/tie la France voudra.
Sept 1667. souhaite: En quoy vous verrez bien que, quel([iie considérable que j)uisse estre ce que nous ferons à son esgard, nous en aurons tousjours bon marché, puisque nous viendrons à nostre but; ce qui autrement nous seroit absolument impossible.
Si vous recognoissiez cependant que toutes les offres que vous lu\ ferez pour sa gloire, pour les advantages de sa personne et de sa maison et pour sa seureté, ne produisissent pas dans son esprit l'effect que nous pouvons souhaiter, il est remis à vostre prudence d'entremesler quelque chose qui luy fist comprendre quelle seroit l'indignation de Sa Ml% si, ayant eu la dernière confiance en luy et n'ayant pas voulu que ses ministres tinssent aucune conduite que celle qu'il leur prescriroit dans cette affaire, Elle voyait enfin qu'il n'auroil faict que l'amuser pour servir plus solidement la maison d'Austriche; et, à la vérité, si cela arrivoit, il n'y a personne qui ne conseillast à Sa M*' de se porter à toutes sortes d'extremitez pour se venger d'une pareille trahison et d'une si grande injure.
Mazarin exprime ensuite l'espérance que Ion pourra rétablir la paix entre la Suède, la Pologne et le Brandebourg. Jl croit que l'on pourra gagner rélecteur de Brandebourg moyennant cent mille écus. On se prépare aussi à l'aire un présent à l'Electrice. Il ajoute :
Comme je ne veux rien cacher de ce qui me tombe dans l'esprit, je vous diray que j'ay songé que Mademoiselle1 pourroit peut-estre nous servir en quelque chose pour l'élection d'un prince qui ne fust pas de la maison d'Austriche. Car, si on jetoit les yeux sur quelqu'un à qui il ne manquast que le bien pour soustenir cette dignité, comme le frère de M. l'électeur de Cologne2, ou autre, on pourroit lever cet obstacle en la mariant avec luy, en cas qu'il ne le fust pas desja, puisqu'elle a deux cent mille escus de revenu 3 et pour deux millions de
' M"e de Monlpensier, fille aînée de Gas- 3 Soit environ 2 millions rie francs de
ton, duc d'Orléans. rente aujourd'hui, en tenant compte du
2 Cet Electeur était de la maison de Ba- pouvoir de l'argent. C'était la plus grande
vière. fortune foncière du royaume
DU CARDINAL MAZARÎN.
là
bois prests à couper, et quoyque je ne sçache pas ses intentions là- Sept. i65dessus, je ne cloute pas qu'elle ne fust bien ayse d'estre impératrice l. Monsieur2 et M. le duc de Savoye sont encore des sujets qui ont toutes les qualitez que l'on peut désirer pour estre eslevez à l'Empire, et on pourroit aussy, en ce cas, marier Mademoiselle avec celuy des deux qui seroit esleu. Ce sont des pensées informes que je n'ay point digérées, et que je vous mande, sans les examiner davantage, de la manière qu'elles me tombent dans l'esprit.
J'ay permis au sieur Atto3 d'aller faire un voyage à Francfort. C'est de luy de qui je me suis servy assez utilement pour le commencement de la négociation que l'on a introduite avec la Bavière, et, quand il sera auprès de vous, s'il y a quelque chose à faire de ce costé-îà. vous l'y pourrez envoyer, et il exécutera vos ordres sans que l'on en conçoive aucun soupçon. Il vous dira en destail le principal motif que j'ay eu pour luy faire faire ce voyage, et je vous envoyé cy-jointe la copie de la lettre dont il est chargé, que le Roy escrit à Mme la duchesse de Bavière '. Sur quoy pourtant et sur toute sa conduite, il a ordre de se conformer entièrement a ce que vous luy prescrirez. J'ay creu. d'ailleurs, que vous ne seriez pas faschez de le voir et de pouvoir régaler vos amis du plaisir d'entendre chanter des airs italiens par une si belle voix.
1 11 est intéressant rie rapprocher ce projet dune conversation que le Cardinal avait rue. quelques semaines auparavant, à Sedan, avec Mademoiselle; en disposant ainsi de la main de celte princesse, il ne parait pas devoir être désavoué par elle. On sait que l'héroïne de la Frondé venait de se réconcilier avec rrle Mazarin*, comme dit do lui-même le premier ministre : itCe Mazarin qui faisait tant de mal!'» Au cours de l'entrevue, Mademoiselle lui dit : irDieu m ;i voulu laisser en état «le n'avoir d'établissement (de mariage) qui- par vous et
vous en laisser la gloire; pour moi, je suis persuadée qu'il me sera fort avantageux, et qu'avec l'affection que vous me témoignez vous me mettrez (bri bien." (Mémoires de Montpenfier, p. 260. )
2 Philippe de France, duc d'Anjou.
1 C'était un castrai italien qui faisait partie de la musique du Roi , ifdrôle, dit Gramont, qui ne manquait pas d'intelligence», et don I Mazarin, comme on le voit dans ce passa;'/' se servait pour des missions secrètes.
' Henriette-Adélaïde de Savoie, dont il a été question ci-dessus, p. 0,5, note ■>.
Sept, i r>r>-
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 29^ v"; niuiute. — Aff. e'tr. , France, t. 272, f° 2^2 ; copie du temps.
ALIX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)
Péronne, a septembre 1657.
(extrait.)
Apres la prise de Saint-Venant1, qui fut emporté presque à leur vue (à la vue des ennemis), M. de Turenne, ayant sceu qu'ils estoient allez assiéger Ardres, dont la garnison estoit assez foible et que la place estoit pressée, marcha en diligence droit à eux pour les combattre2; mais, quoyque l'armée de Luxembourg, commandée par M. d'Huxelles, ne l'eust pas encore joint, que leur circonvallation fust fort bonne et qu'ils eussent desja quatre mineurs attachez au corps de la place, au premier advis qu'ils eurent de son approche, ils levèrent le siège à la haste et perdirent, dans cette retraite, cinq cents hommes avec plusieurs officiers et onze mineurs, outre ce qui avoit esté tué aux attaques. Ils ont mis, dans leurs gazettes de Flandres, qu'ils avoient pris, près S'-Venant, tout le bagage de nostre armée et tué beaucoup de monde; mais je vous puis asseurer que tout cela se reduità la perte de cent cinquante charrettes et de deux cents hommes du régiment d'Alsace. Ces derniers advantages, avec la prise de Montmedy, me consolent un peu de la disgrâce qui nous est arrivée en Italie par la levée du siège d'Alexandrie; mais les Espagnols ont. peu de matière de nous insulter là-dessus, puisqu'elle s'est faite sans aucun desordre; que l'on peut dire que nous n'avons manqué qu'à gagner et que nous y sommes encore les maistres de la campagne.
Le Roy ce pendant s'estoit advancé de deçà pour donner plus de chaleur aux choses par sa présence, et quoyque je fusse attaqué l'orte-
' On a vu que Saint-Venant s'était rendu 2 Voy. les Mémoires de Turenne (p. 486,
le 6 août 1657. éVIit. Micliaud el Poujoulat).
ment de la goutte la veille du départ de Sedan et que Leurs Majestez Sept. 16.07. voulussent avoir la bonté d'attendre que je fusse en estât de les suivre, je n'ay pas laissé de marcher depuis continuellement, par un temps effroyable et avec de grandes douleurs, qui ne m'ont pas encore tout-à-fait quitté, et j'aurois esté bien fasché que le soucy que j'aurois peu prendre de ma conservation eust apporté le moindre retardement au service du Roy. Sa Mt(' est tousjours dans l'intention de rebrousser chemin et de s'en aller à Metz; mais nous voudrions bien auparavant avoir receu vostre response sur ce que je vous ay escrit du scrupule qu'EHe (Sa M'1-) avoit, en cas que les choses ne fussent pas bien disposées pour nous à Francfort, de ne s'advancer proche de l'Allemagûi que pour avoir le desplaisir de voir triompher la maison d'Austriche. si elle venoit à bout de ses desseins dans la présente esleclion.
Bibl. nat. . ms. t'. iï. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 3o3 v°; minute. — AfT. étr., France, t. 972. f° 2^4; copie du temps.
À M. DE THOU
Péronne, a septembre 1GÔ7.
(ewfiait. )
L'on m'a escrit, de Bruxelles, que Gamarra avoit chanté victoire de la rencontre qu'il avoit eue avec l'ambassadeur de France1, contant la chose tout différemment de ce qui estoit arrivé, et |»qu'il avoit | marqué, entre autres choses, que non seulement il avoit en l'avantage dans l'affaire, mais que Dieu avoit permis que cela arrivasl pour faire voir la haine que tout ce peuple-là2 a contre les François. Comme ce
' On voit, par ce passage, <]ue la dis- plusieurs années. De Thon et Gamarra repute de préséance entre les ambassadeurs présentaient, en 1G57, la France et l'Esd<; France et d'Espagne qui se renouvela pagne auprès des Provinces-Unies, avec éclat, à Londres, en îfiGs, datait de Le peoplfl des Provinces-Uni'-
Sept. ni. 7 n'est pas d'aujourd buy (ju'ii commence à mentir, et qu'il n'y a pas d'apparence qu'il veuille estre plus véritable dans l'employ des ambassades qu'il [n']a esté dans celuy de la guerre, je ne suis nullement surpris de ses suppositions.
Je croy seulement d'estre obligé de vous dire, en cette rencontre, que MM. les Estats ' n'ont pas raison de ne se point vouloir déclarer pour la prééminence de cette couronne sur celle d'Espagne, veu que, dans la cour de Rome, qui a tousjours servy d'exemple aux autres, à Venise et en Savoye, les ambassadeurs du Roy jouissent en tout et partout de cette prérogative, laquelle ne leur pourroit estre disputée sans que le Pape, la Republique et le Duc leur donnassent toute assistance pour la maintenir2.