‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 26 sur 123 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Bibl. nat. , ms. 1. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i, f° 284; minute. — Les passages à chiffrer sont soulignés dans la minute. — Aff. étr., France, t, 272, f° 25o et suiv.; copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Verdun, i5 septembre 1657. (extiuit.)

Mazarin rappelle les instructions données antérieurement pour forcer l'électeur rie Mayence à se déclarer contre la maison d'Autriche. Il espère que, si rélectrice de Bavière accompagne son mari à Francfort, elle le décidera à accepter la dignité impériale. Il ajoute :

Si ledict sieur duc veut estre Empereur, l'intention du Roy est tousjours que vous concouriez de tout vostre pouvoir à son élection, parce que c'est le moyen le plus seur et le plus aisé pour exclure la maison d'Austriche de l'Empire. Les considérations que les ministres du duc de Neubourg vous ont présentées là-dessus sont des effects de leur zèle pour la grandeur de leur maistre; mais elles sont appuyées sur

un fondement si foible et si aisé à renverser, qu'elles ne doivent pas Sept. 1657. vous empescher de suivre vostre chemin. . . Ce n'était pas que le Roy ne, preferast l'élection du duc de Neubourg à toute autre et mesme à celle de sa propre personne par toutes les raisons que vous sçavez aussy bien que moy; mais comme il s'y rencontre de très-grandes difficiiltez, au lieu que celle de Bavière est comme indubitable, s'il y consent, il faut aller d'abord au plus certain, et, en cas que celuy-cy refuse l'Empire, travailler après, par toutes sortes de moyens, à ramener Brandebourg1 et le faire consentir à l'élévation dudict duc de Neubourg.

Je vous ay desja mandé les diligences que nous faisions d'icy pour nous asseurer du suffrage dudict sieur électeur de Brandebourg. La seconde lettre de M. d'Avaugour me donne lieu d'espérer beaucoup plus de luy que la première, et je croy que les sollicitations du sieur Blondel et les cent mille escus qu'on a promis de donner audict Electeur dont le Roy commencera, dès à présent, de luy faire payer une partie, achèveront de luy faire prendre une resolution favorable pour nous, malgré toutes les sollicitations d'isola 2 et des partisans de la maison d'Austriche. Enfin son ministre est party de la Cour fort satisfait et m'a dict positivement que ceux que son maislre avoit destinez pour l'assemblée de Francfort ne se desuniroient point d'avec nous et agiroient de concert sur la matière de l'élection.

Que si, outre les cent mille escus qu'on luy a promis et les a avantages, qu'on luy feroil trouver dans l'affaire de Juliers 3, en cas que le duc de Neubourg soit esleu empereur, il faudroit (sic)11, pour l'engager à luy donner sa voix, luy promettre encore quelques terres considérables en Alsace5, dont le Boy retiendrait tousjours la souveraineté, ou

On a indiqué ci-dessus la cause de la entre l'électeur de Brandebourg et le duc de

lutte entre les maisons de Brandebourp; e| Neubourg.

de Neubourg. Elle se rattachait à la suc- ' Au lieu de : ilfalloit.

cession de Clèves et Juliers. Singulières vicissitudes de l'histoire :

' Voy. sur Lisola, t. VII, p. A/11. nous offrions, en 1667, à l'électeur de Bran

Pour laquelle il y avait contestation debourg (aïeul du roi de Prusse actuel) des

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sept. i(i57. quelque duché de grand revenu en France, comme vous le proposez, Sa Mlé trouve bon que vous luy en donniez toutes sortes d'asseurances, de sa part, bien entendu en cas que l'élection de Neubourg reussissje. Cela n'aura lieu qu'en ce seul cas, et il faudra stipuler secrètement avec ledit sieur duc de Neubourg qu'il nous en desdommagera après son élection. Un des meilleurs moyens, et dont il est le plus important de se servir pour acquérir ledict Electeur, c'est de gagner les ambassadeurs qu'il devoit (.sic) 1 envoyer à Francfort2. Car il est asseuré qu'il déférera fort à leurs sentimens et qu'ils donneront un grand bransle à ses resolutions touchant l'élection. C'est un advis que M. le comte de Waldeck3 a donné à M. d'Avaugour, duquel il faut profiter, et tout ce que vous employerez pour cela ne le sçauroit estre plus utilement.

Mazarin recommande aux pie'nipotentiaires d'avoir soin de faire ressortir, aux yeux des Electeurs, le contraste entre la conduite de la France et celle de la maison d'Autriche. La France a montré combien elle désirait la paix par les négociations ouvertes à Madrid4. L'Espagne, au contraire, par ses prétentions exagérées, surtout en faveur de Condé, a fait échouer ces négociations.

Si les Espagnols, ajoute Mazarin, ne se fussent pas a n'estez à cette condition [du restablissement de Condé en toutes ses charges, places

terres considérables en Alsace pour lui payer sa voix qui nous devait servir à faire, dans la diète allemande, un empereur de notre goût.

1 Pour qu'il doit.

'" Ces envoyés furent MM. de Canstein et Yèna , ayant à leur tête , comme chef nominal de l'ambassade, le prince Maurice de Nassau. Les deux premiers ne tirent aucune difficulté d'accepter l'argent de ta France.

3 Le comte de Waldeck a déjà été mentionné dans les tomes V, p. 468, et VII, |). 6i et autres des Lettres de Mazarin. L° comté de Waldeck, enclavé dans le land-

graviat de Hesse, fut érigé en principauté par l'empereur Léopold en 1682 ,en faveur de ce ministre de l'électeur de Brandebourg . sur qui Mazarin paraît fonder ici de grandes espérances, mais qui n'en fut pas moins plus tard l'un des principaux chefs des armées impériales. Nommé feld-maréd;al et commandant en chef de l'armée des Provinces- Unies, Georges -Frédéric de Waldeck fut battu à Fleuras, en 1690, par le maréchal de Luxembourg. 11 mourut en 1692, à soixante et onze ans.

'' Lionne avait été envoyé à Madrid , en 1 656 , pour négocier avec don Louis de Haro.

et gouvernements, condition] à laquelle Sa Mk\ sans perdre sa repu- Sepi. iHô7. tation et sans exposer son royaume, ne pouvoit en aucune façon donner les mains, non seulement, comme j'ay dict, l'Europe seroit eu repos, mais nous ne serions entrez en aucun engagement avec le Protecteur d'Angleterre, puisque Sa Mté ne s'y résolut que lorsque, par le retour de M. de Lionne, elle jugea que toute espérance de paix estoit esteinte. . . Et, pour faire encore mieux cognoistre que le désir qu'a le Roy de voir interrompre à présent la continuation de l'Empire dans la maison d'Austriche n'a pas pour objet l'espérance de faire, par ce moyen, de plus grands progrez dans la suite de la guerre, mais, au contraire, d'obliger les Espagnols, par l'appréhension qu'ils en auroient, de se résoudre enfin à consentir à la paix à des conditions raisonnables, Sa Mu; trouve bon que vous donniez là-dessus à M. l'électeur de Mayence toutes les asseurances qu'il pourra désirer, le faisant pourtant en secret, sans que personne en ayt cognoissance. Et si MM. les Electeurs le désirent ainsy, vous pourrez faire toutes les advances et donner toutes les seuretez qu'on se pourra imaginer que, l'Empire sortant de la maison d'Austriclie et le roy d'Espagne s'opiniastrant à vouloir continuer la guerre, cela n'empeschera pas que le Roy ne vive en paix et avec une bonne correspondance avec le roy de Hongrie et tous les princes de la maison d'Austriche d'Allemagne1, pourveu que, de leur costé; ils en veuillent faire de mesme.

Mazarin parle ensuite de la paix générale que l'électeur de Mayence désire voir conclure avant l'élection de l'Empereur. Il promet d'v donner les mains, pourvu que l'on soit assuré que l'Empire sortira de la maison d'Autriche.

Mais, en ce cas, ajoute le Cardinal, il faudra fort appuyer, comme l'on juge à propos, sur l'élévation (du duc) de Neubourg, vous répliquant de nouveau que Sa Mlli l'estiineroit plus advantageuse que celle de sa propre personne, et je m'asseure que vous trouverez pour cela plus grande inclination en M. l'électeur de Mayence, qui le préférera

I.<es prince» autrichien»* de la branche allemande de cette maison.

Sept. 1657. sans doute tousjours à M. l'électeur de Bavière, et concertera peut-estre luy-inesme avec vous les moyens de la faire réussir.

Mazarin l'ait remarquer que le traité conclu avec l'Angleterre oblige la France a prévenir le Protecteur des négociations qui seraient entamées, afin qu'il puisse envoyer ses plénipotentiaires au lieu où se tiendraient les conférences. Mazarin parle ensuite des subsides que la France paye aux électeurs ecclésiastiques, déplore la levée du siège d'Alexandrie, rappelle les succès obtenus à Montmédy et à Saint- Venant, annonce que le Protecteur envoie des secours à la Suède contre le Danemark et la Pologne. H refuse d'entrer dans la confédération proposée par les électeurs ecclésiastiques, si l'on n'y comprend pas le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg, blâme la légèreté de l'électeur palatin et frson esprit volage », qu'il faudra fixer par la ratification du traité conclu par les ambassadeurs, enfin il revient sur la menace de porter la guerre en Allemagne si l'on nomme Empereur un prince autrichien. Après avoir promis de faire envoyer de l'argent aux plénipotentiaires français, exprimé l'espoir <jue l'électeur de Cologne pourrait décider l'électeur de Bavière à accepter l'empire d'Allemagne, et s'être engagé à envoyer des subsides aux différents princes, le Cardinal termine en mentionnant le voyage du Boi à Metz.

Je m'asseure que vous approuverez fort le voyage que le Roy iaict à Metz, quoyque Sa Mu; n'ayt présentement en Luxembourg que six mille hommes; mais Elle a donné ordre à M. de Turenne d'en destaclier douze mille pour le venir joindre, en cas qu'il ne voye pas apparence de rien entreprendre en Flandre1, ou, du moins, après qu'il se sera emparé de la Motlie-au-Bois, et qu'il aura faict le siège d'Àrmentieres2, s'il voit jour à pouvoir y réussir, quoyque les ennemis ayent

jeté trois mille hommes dans la place J'ay remarqué que, dans

vostre depesche, quand vous dictes à M. l'électeur de Mayence que, puisqu'il ne croyoit pas que le duc de Bavière voulust estre Empereur, [puis]qu'il y avoit des difficultez presque insurmontables à l'esgard du duc de iNeubourg et de l'impossibilité à celle du Roy 3, vous voyiez bien

1 Turenne entreprit, en Flandre, le siège 3 Ce siège ne fui pas entrepris par Tu-

de Mardick et s'empara de cette ville. Il ne renne en îôôy.

put aller rejoindre le Roi , comme l'annonçait 3 Ce passage prouve que, dès le mois de

Mazarin. septembre 1657, le Cardinal avait reconnu

qu'elle tomberoit nécessairement sur un prince de la maison d'Aus- Sept. 1657. triche, et qu'ainsy il ne vous restoit qu'à vous retirer pour n'estre pas spectateurs du triomphe des ennemis de la France. Gela produisit un bon eflect. C'est pourquoy, puisque nous reconnoissons qu'il nous est utile d'en user ainsy, il faut continuer à le (aire dans les occasions : quia remédia que applicata juvant , reiterala sanant ' ; et il est vraysembiable que, quand ces messieurs vous verront parler avec fermeté et qu'ils se trouveront pressez, ils s'approcheront davantage et chercheront eux-mesmes des expediens qui nous satisferont.

Nous avons advis, de divers endroits, que les delays que l'on apporte à la tenue de la Diele2 ne sont que pour attendre l'arrivée de Pegnaranda, à quoy il y a beaucoup d'apparence, et nous en devons tirer une meschante conséquence pour nous. Car, si l'on avoit dessein d'élire un Empereur qui ne fusl pas de la maison d'Austriche, on le feroil avant que ledict Pegnaranda se pust rendre à Francfort, pour n'avoir pas à surmonter les nouveaux obstacles que sans doute il y apporteroit '.

Le Roy demeurera à Metz et ne s'advancera pas davantage pour ne point donner de jalousie aux princes d'Allemagne et un prétexte aux Austrichiens de dire que l'on veut oster la liberté de l'élection.

l'impossibilité de réussir dans la pensée qu'il avait conçue un instant, rie faire élire Louis XIV empereur. (Voy. . ci-dessus, la note 3 de la page 97.)

' Il faut réitérer les remèdes, dont une première application a été utile. La seconde, ils opèrent la guérison.

1 I^a diète qui devait se réunir à Francfort pour l'élection de l'Empereur.

Gomme le même acte peut recevoir plusieurs interprétations différentes , les amis de l'Autriche prétendaient, au contraire, que l'ajournement de l'élection étail une machination française. Ils accusaient l'électeur de Mayence de retarder volontairement, à notre instigation. 'Min bien général, comme celui de l'élection, par des intérêts particuliers».

Sept. 1657.

Bibl. nat. ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f" 2p,5; minute. — Aff. étr. , France, t. 272, f° 2Ô3 ; copie du temps.

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