‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 27 sur 123 · À M. DE GRAMONT · texte numérisé non relu

À M. DE GRAMONT

Verdun, iG septembre 1657.

(extrait.)

Je suis fort persuadé que les asseurances que vous me donnez de vostre amitié ne sont point des compliments. Je m'asseure aussy que vous me rendez la mesme justice, et qu'il seroit assez superflu que je vous fisse de nouvelles protestations de la mienne. Je vous remercie de ce que vous me mandez touchant le gouvernement de l'Alsace et de Philipsbourg1. Ce que je puis vous dire la-dessus, c'est que M. le comte d'Harcourt s'est mis eu teste d'en tirer des rescompenses exorbitantes2, et vous sçavez que mon humeur n'est pas de me presser trop et de faire les choses de cette maniere-là, de sorte que chacun s'en tient à ce qu'il a.

Si Mme la princesse de Garignan avoit esté à la Cour, je luy aurois monstre ce que vous m'escrivez de M. le. prince de Baden3, et vostre lettre auroit peut-estre adouci son esprit et produit plus d'effect que tout ce qu'on luy a pu dire jusqu'à présent sur ce sujet.

Je vous prie d'estre asseuré que vous n'aurez jamais serviteur plus asseuré que moy; et ce pendant je vous diray que tout présentement il vient d'arriver un garde de M. de Turenne, qui nous porte la nouvelle de la prise de la Motte-aux-Bois 4, et qu'il songe à entreprendre quelque autre chose. Je suis, de tout mon cœur, etc.

1 Mazarin qui avait déjà le gouvernement où ii demeura jusqu'à sa mort, en 1666. de Brisach, était en négociation avec le comte 3 Le prince ( Louis de Bade) était gendre d'Harcourt pour acheter celui de l'Alsace et de la princesse de Garignan (Marie de Bourde Philipsbourg. bon-Soissons) , mariée au prince Thomas de

! L'arrangement finit cependant par se Savoie-Carignan.

conclure, ear le comte d'Harcourt se retira * Turenne s'empara de la Mothe-aux-Bois

peu après dans le gouvernement d'Anjou le 12 septembre. (Mém. de Montglat, p. 826.)

- Sept, i tj r> — .

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 319 v°; minute. — Aff. étr., Franco.

t. 272, f° 264; copie du temps.

À M. DE GRAVEL

Verdun, 1G septembre 1 <j T> 7 .

(extrait.)

J'ay esté très aise de voir ce que vous me mandez de l'électeur de Mayence; mais il seroit à souhaiter qu'il voulust s'expliquer davantage, estant certain qu'il s'est bien plus ouvert à vous sur le point de l'élection qu'il n'a faict depuis l'arrivée de MM. les ambassadeurs; ce qui me donne beaucoup d'inquiétude, ayant tousjours asseuré le Roy, en conformité de ce que vous m'en aviez escrit, que l'intention dudict sieur Electeur estoit de ne donner son suffrage à aucun prince de la maison d'Austriche dans la prochaine élection, de façon que, s'il arrive autrement, je ne sçaurois esviter le reproche qu'on me pourroit faire là-dessus avec beaucoup de raison.

Je vous prie donc de voir S. A. El., de ma part, pour luy représenter en quelle confusion je tomberois si, après avoir porté le Roy à déférer entièrement à ses conseils, à envoyer ses ambassadeurs à Francfort, à faire agir son armée en Luxembourg et à s'advancer en personne à Metz, et à faire toutes les autres diligences que S. A. El. a tesmoigué cslre nécessaires, il arrivoit que tout cela n'eust servy qu'à donner plus d'esclat au triomphe des Espagnols. Et, à la vérité, s'il eust pieu à S;i dicte Altesse de vous tenir une seule fois le mesme discours qu'elle a faict à MM. les ambassadeurs, leur disant qu'elle recognoissoit comme impossible l'élévation de Bavière et de Neubourg ', et encore plus cell<> du Roy, Sa Ml,; n'eust eu garde d'envoyer ses ambassadeurs et d'entrer ••ri des engagements qui ne peuvent servir qu'à donner de notables

L'élection à l'Kmpirc de l'électeur «le Bavière H du dur de Neubourg.

Sept, ni.r)7. ad vanta ges à ses ennemis. Je veux pourtant espérer que Sa dicte Altesse, touchée des raisons qui regardent le bien et le repos de sa patrie et celuy de toute la chrestienté, de la considération du Roy (jui a pour elle de l'amitié et une confiance toute entière, et du hazard dans lequel je suis de voir condamner la conduite que j'ay tenue dans cotte affaire, nous donnera tout sujet d'estre satisfaits de la sienne.

Mazarin insiste sur les dangers de l'élection d'un prince autrichien pour l'Allemagne; il passe ensuite aux promesses à faire aux conseillers de l'électeur de Mavence. rappelle les ordres qu'il a donnés pour le payement des sommes promises, parle des levées de troupes, d'achats de chevaux, de l'arrestation de deux Français, de Croissy, ami et agent de Retz, etc.

XGI.

Bibl. nat. , ms. f. t'r. , Mélanges de Colbert , t. 5i A, f° 3ss5. — Minute.

À M. DE TURENNE

Verdun, 16 septembre 1657.

(extrait. )

J'ay receu vostre lettre du 12, où j'ay esté bien aise de voir que vous vous estiez occupé de la Motte-au-Bois, et la resolution que vous avez prise de le raser1. Pour vous remercier du soin que vous avez eu de Saint-Venant, il faut s'appliquer tout de bon à mettre cette place en estât de la pouvoir conserver, et je vous prie d'y contribuer tout ce qui pourra dépendre de vous. Je feray payer ponctuellement les regimens de la Fere et d'Alsace, et toutes les autres troupes qu'on mettra dans cette garnison, et desjà j'ay donné des ordres là-dessus au sieur de La Haye2, ne luy procurant pas seulement les trois sols qu'il vouloit donner aux soldats3, mais luy permettant daller au delà, s'il le falloit.

1 De raser ce château, qui était un danger times au poids et à 5o centimes actuels,

pour Saint-Venant. d'après te pouvoir de l'argent. C'était la

5 Gouverneur de Saint-Venant. solde d'hiver donnée, outre le logement et

1 3 sols par jour, équivalant à a5 cen- le pain, par le gouvernement.

Tous les advys que j'ay de Flandres portent que les ennemis sont Sept. h»:»;. dans une très-grande faiblesse et qu'eux-mesmes croyent qu'il leur sera presque impossible de parer les coups que vous voudrez leur porter. Ge que je vous dis seulement, parce que je le sçay de science certaine; car, du reste, je suis persuadé que vous n'avez pas besoin d'estre excité pour faire tout ce qui peut estre le plus advantageux pour le service du Roy et vous prévaloir de la conjoncture présente, qui est asseurement tres-favorable ; et sy je pouvois vous monstrer les advis que j'ay là-dessus, vous verriez clairement qu'on ne peut rien adjouster à l'appréhension dans laquelle sont les ennemis, M. le prince de Gondé autant que pas un.

J'ay des nouvelles contraires aux vostres touchant Rocroy, d'où l'on me mande que Raxenel J s'en estoit retourné avec toutes les troupes extraordinaires2 que les ennemis y avoient envoyées. Neantmoins, comme ils peuvent faire des destachemens, dont vous n'aurez point de cognoissance, et que, le Roy estant en ces quartiers-cy, il est tousjours bon qu'il y ayt quelque corps considérable de troupes qui n'en soit pas esloigné, je croy que vous aurez jugé à propos de laisser joindre M. de Grandpré par les trois regimens que vous aviez destachez les premiers; et par les autres auxquels vous aviez donné ordre de s'arrester à Saint-Quentin, vous pourriez aussy en laisser advancer quelqu'un à Rethel, bien entendu qu'il ne vous seroit pas nécessaire. Car, dans ce cas, vous ne devrez pas vous affaiblir dune seule compagnie.

Les mousquets et les piques que l'on a envoyez à Arias estoient destinez pour vous. C'est pourquoy je mande à M. de Mondejcux d'en user en la manière que vous luy escrivez; mais je suis surpris et fasché du mauvais estât où vous me mandez que sont les Anglois. On a envoyé de l'argent pour leur faire paver le reste de ce mois-cy, et comme ils Bçauront qu'on prend soin des malades, qu'ils [ne] fatiguent pas

Je ne puis lire que ce nom. On trouve ' C'est-à-dire, envoyées comme secours

dans la Chronologie militaire de Pinard extraordinaire. La minute, où beaucoup

Jaequee de La Hivière de Ravenel, nomme de mots sont <:crils en abrégé, porte maréclial de camp en i65i.

■AIARIR. - VIII. Il

IMPMMCMÇ lAflOfltl

s.pt. 1657. actuellement1 et qu'on les paye ponctuellement, j'espère qu'ils se pourront remettre et reprendre leur première vigueur. Au moins, je m'asseure que, de ce costé-cy et du vostre, on n'oubliera rien pour cela.

Ail', etc., France, t. 275. f° 36.

Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Metz, 18 septembre 16.57.

(extrait.)

J'ay esté bien surpris de voir, par vostre lettre, que vous vous soyez si fort hasté de faire signer et sceller la commission du controolle pour M. Le Tillier2, quoy que les intendans se fussent radvisez et eussent offert de le prendre3 et d'en donner douze cens mille livres; car quand je vous ay dict que le Roy approuvoit que l'on conclust avecledict sr Le Tillier, ça esté, parce qu'il n'y avoit personne qui voulust donner de cette charge le mesme prix que luy et dans la presupposition que les Intendans n'en vouloient point; mais puisqu'ils avoient changé de sentiment : que Sa Mt,: y trouvoit cent mille francs4 de plus de proffit; qu'il estoit, d'ailleurs, plus utile pour son service de leur donner

1 C'est-à-dire, qu'ils ne sont plus exposés maintenant à d'aussi grandes fatigues.

3 Ce personnage ne doit pas être confondu avec le secrétaire d'Etat, Michel Le Tellier. Jacques Le Tillier, sieur de La Chapelle -en -Brie, était un intendant des finances.

3 De prendre le contrôle.

4 11 y eut en circulation, dans toute la première partie du xvue siècle, une monnaie réelle d'argent appelée irfrahfr», qui datait du règne de Henri III : elle valait originairement une livre; mais, par suite de la hausse de l'or el du changement de rapport

entre les deux métaux précieux qui , de 11.75 en 1602 s'éleva à 1^.75 en îô'io, le franc d'argent était arrivé peu à peu à valoir -2b. 28, 3o sous et davantage. Il disparut, ou du moins devint fort rare sous la minorité de Louis XIV et le ministère de Mazarin , mais on continua d'employer parfois ce mot de franc, dans la conversation, les correspondances et la littérature, jusqu'à la fin du XVIIe siècle (Molière, par exemple, dit souvent franc au lieu de livre) comme une monnaie de compte équivalant à la livre tournois dont il était synonyme.

le controolle que d'en faire de nouveau une charge ', et que vous sça- Sept. 1657. viez que cette résolution seroit beaucoup plus approuvée de tout le monde que celle du choix de M. .Le Tillier, qui est un homme qui n'a pas l'approbation générale, et enfin comme j'ay dict positivement à Leurs Majestez que, si les intendans vouloient le controolle, . on ne pouvoit pas se dispenser de le leur donner preferablement à tous autres, je serois fort embarrassé, et M. le Procureur gênerai aussy, s'ils se venoient plaindre qu'ayant voulu la prendre et en donner cent mille livres2 plus que M. Le Tillier, on avoit neantmoins rejeté leurs offres.

C'est pourquoy, en cas que l'on n'ayl pas encore délivré ladicte commission, l'intention du Roy est qu'on ne le fasse poinct, et, si on l'a délivrée, qu'on la retire de quelque manière que ce soit, et qu'on fasse l'affaire avec les intendans, s'ils persistent dans leurs offres. Ce que je vous prie de dire à M. vostre frère, quoyque je luy escrive la mesme chose en subslance, et que le bien des affaires du Roy devant marcher devant toutes choses, je le prie de sortir le plus honncslement qu'il pourra, aussy bien que vous, de l'engagement dans lequel vous pouvez estre entré là dessus.

Dans une addition ;; celte lettre. Wazarin dit à l'abbé Fouquel qu'il vient de recevoir une lettre de J.-B. Colberl, par laquelle il lui annonce que les intendants ont de nouveau offert douze cent mille livres pour avoir le contrôle ot que la commission de cette charge n"a pas encore élé remise a M. Le Tillier. En conséquence, il recommande à l'abbé de faire donner aux intendants le cou I rôle des finances, aux conditions indiquées.

' En principe, le contrôle général devait Vendre le contrôle général ;mx huit inten être une -commission», c'est-à-dire une danls des finances, qui l'exerceraiert colfonction analogue à celles de nos jours lectiveinenl . équivalait à le supprimer, puisdonl le titulaire est nommé par le gou- iju'ils se contrôlaient ainsi eux-mêmes.

reniement et révocable a volonté. En fait. * Le mol rlivres confirme ce que nous

ce fut presque toujours un ^office», une disons dans la noie 'i de la page, précérdbarge» c'est -a -dire un emploi vénal. dente.

XGIII.

Bibl. nat. , ms. f. fi'.. Mélanges de Colbert, t. 5i A, (' 32 5 v°; minute. — Aff. étr. , France,

t. 272, f° 269; copie du temps.

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