‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 28 sur 123 · À M. D'AVAUGOUR · texte numérisé non relu

À M. D'AVAUGOUR

Metz, 20 septembre 1657.

(extrait.)

Mazarin s'afflige d'apprendre que la santé de M. d'Avaugour a e'té altérée par les longs voyages qu'il a dû faire 1. Promesses de secours d'argent et d'autres faveurs. Il ajoute :

On escrit, de tous costez, que non-seulement M. l'électeur de Brandebourg estoit convenu de son accommodement avec la Pologne, mais aussy qu'il avoit donné parole à l'Isola d'une estroite liaison avec la maison d'Austriche et de servir le roy de Hongrie sincèrement dans la prochaine élection, et quoyque je ne veuille pas croire le mal si grand et qu'un prince de cette qualité soit capable de changer, en un moment, du blanc au noir, sans esgard aux engagements dans lesquels il est avec cette couronne et avec la Suéde, ny au peu de confiance qu'il doit prendre en une maison qui a tousjours tesmoigné de l'aversion pour sa personne et pour ses interests, je vous advoue neantmoins que j'en ay beaucoup d'appréhension, le voyant sollicité de toutes ces princesses qui sont auprès de luy, et de tous ceux de son conseil qui ont présentement plus d'ascendant sur son esprit. Car, à ne nous pas tromper, je ne croy pas que nous ayons autre personne, en cette cour-là, qui nous soit favorable que le comte de Waldeck, lequel,

1 D'Avaugour était mort à Lubeck , le les bonnes grâces du roi Cbarles-Gus-

11 septembre 1657. (Voy. t. V, p. 795, tave, qui, étant ivre, lui dit un jour avec

des Lettres de Mazarin et, dans la Grande une cordialité pleine de vin : «Tu es un

Encyclopédie, l'article très complet que bon et très valeureux gentilbomme que

M. Louis Farges a consacré à ce diplo- j'aimerais tout à fait, sans une qualité

mate éminent et jusqu'alors trop peu que tu as : c'est que tu es né Fran-

connu.) D'Avaugour était très avant dans çais.n

comme vous sçavez, n'a pas à présent grand crédit, parce qu'il parle Sept. 1057. en homme d'honneur et non pas dans le sens des autres.

Mazarin annonce qu'il a donné ordre de surseoir le payement des cent mille risdalles promises à l'électeur de Brandebourg pour qu'il tînt les promesses faites au roi de France. Il continue ainsi :

J'estime que vous ne devez rien oublier pour porterie roy de Suéde à l'accommodement avec le Danemark, quelque advantage qu'il a\t remporté sur luy, et quelque apparence qu'il ayt d'en avoir encore de plus grands; car, si le Ragotsky1 est accommodé2 et Gracovie rendue, je ne doute pas que Brandebourg ne s'adjuste avec la Pologne, et que ce roy-là (Casimir Wasa , roi de Pologne) , avec toutes ses forces et celles de la maison d'Austriche, qui seront renforcées de celles qu'elle avoit destinées contre le Transylvain, ne vienne en Pomeranie et en Prusse et n'y fasse des progrez, et qu'en mesme temps cela ne relevé le cœur des Danois et ne donne lieu à un changement de la face des affaires au préjudice du roy de Suéde. Je parle de cecy avec la mesme affection et la mesme liberté que je ferois en des choses qui toucheroient la personne du Roy, mon maistre, et je m'asseure que vous n'oublierez rien pour représenter à Sa Mu: les raisons que vous estimerez avoir plus de force pour le porter à diminuer le nombre de ses ennemis et ne songer présentement qu'à faire teste et se venger de ceux qui mettent toutes pièces en œuvre pour [le ruiner], s'ils pouvoient. Quelque chose qui puisse arriver, le Roy assistera, tout autant qu'il luy sera possible, le roy de Suéde publiquement et sans aucune retenue, et Sa Ml(i en a faict escrire en cette conformité à ses ambassadeurs à Francfort, pour le déclarer à MM. les Electeurs et aux ministres des princes qui sont assemblez dans ladicte ville.

Promesses d'hommes et d'argent. Oidre donné au chevalier de ïerlon de rester près du roi de Suède.

1 Waywode de Transylvanie. — * Avec l'Autriche.

Sept. ]<ï">7.

Bibl. nal., ms. f. fr., t. 23,202, f° 2^1. — Original signé.

A L'ABBE FOUQUET

Metz, 30 septembre 1657.

(e\thait.

Vous pourrez sçavoir par M. le Chancelier la resolution que le Roy a prise à l'esgard de Barbesieres1, qu'il est très-important qui soit exécutée prompternent, et. s'il se peult, avant qu'on ayt avis en Flandres de l'instruction de son procez.

M. de Turenne a Lien faict de refuser le congé à M. de Nangis'2, parce que le Roy luy avoit ordonné de ne l'accorder à qui que ce fust; mais sur ce que vous m'en escrivez, j'en ay parlé à Sa Mtd, qui a trouvé bon qu'on le luy envoyast, et je l'ay dict de sa part à M. Le Tellier.

Je vous advoue que j'ay esté un peu surpris de recevoir une lettre de remerciement de M. Le Tillier3; car il n'a pas sujet de m'en faire que de nia bonne volonté, puisque, les Intendans [des finances] voulant prendre le contrôle, le Roy persiste à vouloir absolument qu'on préfère ce party-là à tout autre.

' Rarbezières fut condamné, comme on l'a dit, par le Parlement, à avoir la tête tranchée. On le iraita autrement que les autres prisonniers laits sur le prince de Gondé, cpie la crainte des représailles envers les nôtres empêchait Mazarin de punir comme des rebelles au Roi. Il n'en était pas de même de Barbezières , qui était l'ami du financier Girardin, dînait souvent chez lui à Paris, et qui, pour le mieux rançonner, l'avait enlevé sur le grand chemin et conduit en Flandre où <■<• il s'était déclaré du parti de M. le Prince ». Ce dernier ne songea

pas à se formaliser de l'exécution d'un pareil brigand.

2 Claude-Alphonse de Brichanteau , marquis de Nangis, fils d'un maréchal de camp du même nom et petit-fils d'Antoine de Brichanteau en faveur duquel la terre de Nangis avait été érigée en marquisat, était alors mestre de camp du régiment de Picardie, l'un des quatre rr vieux * de l'infanterie française. Il mourut le i5 juillet

3 Voy., p. i65 et 166, sur l'affaire de M. Le Tillier.

Bibi- nat. , dis. f. t'r. , Mélanges de Colbert, t. 5 1 A, 1* 35a. — Minute.

Sept. i(i.r>;.

A M. DE TURENNE

MelE, a3 septembre i G ."> 7 .

(extrait.)

Vostre lettre du 1 3 de ce mois ne m'oblige pas à grande responce et me donne seulement de l'impatience de sçavoir ce qu'aura produit vostre voyage vers la Golme l. Les derniers advis que j'ay encore recrus de Flandres se conforment entièrement à ceux que je vous ay desjà donnez de la foiblesse et de la consternation des ennemis, et vous serez sans doute assez satisfaict de voir un de ces advis qui porte que2, dans le pays, on parle maintenant avec beaucoup de crainte de celuy que ion disoit, l'année passée, qui faisoit la guerre à la hollandoise \ et ils conviennent tous plus que jamais qu'ils ne sçauroient vous empéscher de venir à bout de ce que vous voudrez entreprendre à la fin de cette campagne. Je suis fort persuadé que vous profiterez, autant que vous pourrez, d'une si favorable conjoncture, et que vous ferez quelque chose de considérable pour peu que vous voyiez de jour a \ réussir. Ce que j'appréhende seulement, c'est le mauvais temps que

' Rivière que l'on considère comme un bras de l'Aa. \njour(l'hui le canal de la liante Colme commence à Watten (Nord) et M termine à Bergues. Comparez les Mémoires de Turenne (p. £86, édition Micliaud et l'oujoulat ).

' Depuis dans le pays jusqu'à de cette campagne, le passage est souligne et devait être chiffré.

1 La tactique hollandaise était alors démodée; sa grande faveur datait des premières années de la guerre de Trente ans el

même du règne de Henri IV; en ce tempslà, les officiers d'avenir alhicnl en Hollande l'aire l'apprentissage des procédés compliqués avec lesquels on restait, un an. deux ans, le pied dans l'eau, à bloquer scientifiquement une méchante place. La tactique de Gustave -Adolphe, celle de Till\ el de

\\ allenslein avaient depuis low changé (oui

cela. Au reste, la rapidité des mouvements

de Turenne. quand les circonstances l'exigeaient. D-'avail rien de la lenteur hollandaise.

Sept. 1657. je sçay qui donne plus de difficulté d'agir en Flandres que dans tons les autres endroits.

Je vous avois, dans la dernière [depesche], confirmé la resolution que le Roy a prise de reflbrmer de la cavalerie à la fin de la campagne, estant impossible que Sa Ml(-: puisse entretenir près de onze cens cornettes] \ qui cousteroient trente millions pour le quartier d'hyver. L'intention de Sadicte Mte, en reflormant plusieurs compagnies, seroit de mettre celles qui seront conservées à quarante vedettes2 au lieu de trente. On croit icy qu'il faudroit commencer la relForme par les compagnies dont les capitaines ont esté absens et de ceux que l'on sçait manifestement qui n'ont pas l'aict leur devoir et qui sont venus à l'armée avec moins de vingt maistres; mais comme la refï'orme en gênerai peut aller à un nombre considérable, on songe, au lieu de refformer des corps entiers, d'oster deux compagnies de tous ceux qui en ont plus de quatre, conservant la subsistance aux capitaines retl'ormez et promettant de leur donner les premières compagnies qui viendront à vaquer dans leur corps. Je vous prie de me mander vostre sentiment là-dessus, sans que personne en ayt cognoissance.

L'advis que vous avez eu du destachement que les ennemis avoient laict de quelques compagnies pour passer à Rocroy [et qu'ils] y ont envoyé huit cens chevaux estoit véritable. C'est pourquoy vous avez bien laict de destacher aussy en mesme temps Beauvezé3 avec plusieurs regimens pour s'advancer versRethel. Car, avec ce secours, M. de Grandpré sera en estât d'empescher les ennemis d'entrer en Champagne, ou de leur donner encore un eschec, s'ils l'entreprennent.

S'il se vérifie que le combat qui s'est faict entre des capitaines de

' C'était le nom du drapeau de la coin- deux ans auparavant, le régiment de Pre-

pagnie de cavalerie, et ce terme servail ménecourt; il fut l'ait prisonnier en i656.

aussi à désigner la compagnie. au siège du château de Boisin . près du

5 On a déjà vu que le mot <r vedette « dé- Quesnoy et échangé avec le commandant de

signait un cavalier. cette forteresse, qui lui-même était tombe

1 M. de Beauvezé, gentilhomme de Pro- enlre les mains des troupes françaises. (Voy.,

vence, meslre de camp d'un régiment qui sur Beauvezé. le tome Vil, p. hod. 607

portait son nom. avait en outre acheté. et autres des Lettres de Mazarin.)

la Gardonniere et de Mondejeux1 soit un duel2, il y faut faire une Sept. i(i57. punition severe, faire donner les compagnies des deux qui sont morts au sr de Premont3 et au chevalier d'Esclainvilliers 4. Pour la troisième, je suis fasché de ne pouvoir pas la demander pour le gentilhomme que vous me recommandez, parce que l'on se trouve si engagé envers quelques capitaines refformez, qui suivent la Cour depuis longtemps, à les placer dans les premières occasions, que l'on ne peut pas se dispenser de le faire.

Je vous envoyé le congé que le Roy a accordé, à ma supplication, à M. de Nangis3, qui a quelques affaires importantes et pressées à Paris.

Vous trouverez cy-joincl un billet pour recevoir douze mille livres à Paris. C'est un petit secours que le Roy vous donne, et je vous fais des excuses si le mauvais estât des finances ne permet point de donner les assistances que vous méritez.

1 Des régiments de La Cordonnière et de Mondejeux.

Le duel continuait à être interdit sous les peines les plus sévères, en théorie du moins, car, en pratique, les combats singuliers furent extrêmement fréquents à cette époque. D'après les Mémoires de Ponlis (éd. Michaud, p. 655), neuf cent trente gentilshommes furent notoirement tués on duel (Gramont dit neuf cent quarante) pendant la régence d'Anne d'Autriche, sans compter cens dont la mort fut attribuée à

d'autres causes, bien qu'ils eussent réellement péri dans des rencontres. Comme on le voit par la lettre de Mazarin, il n'est pas facile de vérifier les causes de la mort.

3 Je n'ai trouvé aucun renseignement sur le sr de Prémont.

" La Chronologie militaire mentionne deux d'Esclainvilliers : i° Timoléon de Séricourt, marquis d'Esclainvilliers ; -x" sou fils , Charles-Timoléon de Séricourt. Le premier était mort en janvier 1657 ; il ne peut être question ici que du second,

« Ut vr.iv — vin

[V PI i"i 111 làTIVI

Sept. 1657.

Aff. étr. . Pays-Bas, I. lu, F 353. — Bibl. nat., ms. f. l'r.. Mélanges dp Colberl,

À M. DE TURENNE

Metz, nh septembre i<>57.

L'ambassadeur d'Angleterre vient daf river tout présentement, estant venu en grande diligence de Paris, suivant l'ordre qu'il en a voit de M. le Protecteur, pour me dire, de sa part, qu'ayant appris la foiblesse [et] l'estonnement - dans lequel sont les ennemis, les progrez que vous avez faicls sur la Lys, et que vous vous advancez tousjours dans ce pays-là, il croyoit que jamais il ne se presenteroit une occasion plus favorable pour attaquer Dunkerque avec toutes les apparences d'y réussir. H luy commande de faire de vives instances, afin que Sa M1' vous en donne l'ordre, et il offre, à l'instant qu'il en sera requis, de vous envoyer deux vieux corps d'infanterie des meilleurs qui soient dans ses troupes, composez de deux mille soldats elfectifs, et deux mille autres, outre3 deux reginiens nouveaux, ou pour servir de recrues au corps anglois qui est desja dans l'armée, qu'il pourvoiera, de plus, de canon, de boulets et des autres choses nécessaires, autant qu'on en aura besoing et avec plus de facilité que s'il les falloit transporter de la Lys à l'armée.

Tout ce que dessus ayant esté représenté au Roy, Sa Mw m'a commandé de vous escrire que son intention est que vous fassiez tous les efforts imaginables pour exécuter ce dessein, quand mesme il faudroit

1 Le manuscrit des Affaires étrangères date du 2/1 est bien la seule admissible,

porte à tort la date du 1/4 septembre; le s La copie porte : la faiblesse de l'eston-

fait d'avoir e'té écrite de Metz , et le voisi- nement ; c est une erreur évidente,

nage de la lettre suivante datée du 9.6, où 3 La copie porte bien outre ; mais je pense

Mazarin rappelle la même entrevue avec qu'il faudrait lire : composant deux regimens

l'ambassadeur d'Angleterre, indique que la nouveaux.

pour cela hazarder quelque chose, afin de donner cette satisfaction à Sept. 1657. M. le Protecteur, et de faire aussy une action tres-glorieuse pour les armes de Sadicte Majesté et pour vous, et fort advantageuse au bien de ses affaires.

Et comme la chose est de très grande importance et que ledict ambassadeur sçait qu'elle touche sensiblement son maistre, il a voulu luy-mesme estre le porteur de cette lettre pour [vous]1 en entretenir plus en détail et pouvoir exécuter, aprez, ce que vous aurez résolu ensemble, m'ayant faict cognoistre que vous serez assisté à point nommé de tout ce dont il conviendra avec vous.

Je me remets donc à tout ce qu'il vous dira, et il est bon que vous sçachiez que, luy ayant faict difficulté sur ce que la saison est fort advancée, il m'a respondu qu'elle l'estoit encore davantage quand M. le prince de Coudé attaqua la mesme place2; que les ennemis estoient plus forts alors qu'ils ne sont à présent, et que ledict prince n'avoit pas une si belle armée, comme il est asseuré que sera celle du Roy avec" le renfort qui viendra d'Angleterre.

Si la matière ne parloit pas d'elle mesme, je pourrons bien adjouster quelque chose en mon particulier; mais je suis fort persuadé que, pour peu que vous voyez de jour à tenter cette entreprise, vous le ferez avec beaucoup de joye. sçachant (pie vous ne sçauriez rendre un plus grand service au Roy ny faire une chose de plus grand esclat.

Je vous diray seulement que je m'engage à faire fournir l'argent pour les travaux abondamment; que nous avons transporté six mille outils à Calais, que j'ay faict acheter en Angleterre, et qui valenl mieux que vingt mille des nostres ; que nous \ avons de plus de la farine pour faire quatre cens mille râlions de (tain, comme sçait Jacquier'5, et quantité de biscuits.

1 On util, parce passade, que l.orkart 19 octobre îfi/ifi et reprise pur les Ksp.i

porta lui-même la lettre à Turenne. jrnols le 16 septembre 1 653.

' \t>\. lotne II, p. 3ftO, îles Lettres (!>■ Miinilionn.iire des armées, dont il a

Mazarin. On se souvient que Dnnker<|iie été toovenl (|iiesimn riaas le imn«' precé i\;nl été prise par te prince de •'-onde' le dent.

sepi. 1657. Je vous diray en outre que, pour la viande, bière et poisson, fromage et choses semblables, il y en aura eu plus grande abondance qu'en quelque autre endroit, M. l'Ambassadeur m'ayant dict qu'il y auroit quantité de vivandiers qui passeraient d'Angleterre pour apporter ces denrées-là au camp.

La flotte d'Angleterre, qui est composée de quarante gros vaisseaux, sans tous les petits bastimens qui sont prests pour une semblable entreprise, viendra devant la place aussytost qu'on le désirera, comme vous apprendrez plus particulièrement par ledict sieur ambassadeur, auquel je vous prie de donner entière créance.

XGVII.

Bibi. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f'° 335; minute. — Les passages à chiffrer sont soulignés dans la minute.

À M. DE TURENNE

Melz, a(î Septembre 1657.

(extrait.)

J'ay esié tres-aise de voir, par vostre lettre du 19 de ce mois, que m'a rendue le sr Raulin1, de quelle manière vous poussez les ennemis, et la facilité que vous y trouvez 2 vous faict bien cognoistre que ce que je vous ay escrit de leur foiblesse et de leur estonnement est fort véritable. On me le confirme tousjours davantage; mais il serait superflu que je vous en mandasse le détail, puisque vous le voyez sur les lieux. Pour moy, j'espère qu'avec le secours que les Anglois nous offrent, quoyque la saison soit desjà assez advancée, nous ne laisserons pas de faire encore quelque chose de considérable avant la fin de la campagne; et si vous ne pouvez exécuter l'entreprise de Dunkerque, de laquelle je vous ay escrit au long par une lettre que vous aura rendue

1 Secrétaire du duc de Lorraine. les détails de cette campagne. ( Voy. aussi le«

2 On trouve , dans les Mémoires de Bussy- Mémoires de Turenne, p. ^186 - 4 8 7 [édit. Babutin(t. II, p. 43 et suiv. ,édit. Lalanne), Micliaud et Poujoulat]).

M. l'ambassadeur d'Angleterre, dont vous trouverez ci-joint le dupli- Sept. i057. cata, il faudra se rabattre sur Mardik l, afin de satisfaire M. le Protecteur et luy faire voir que nostre principal dessein est d'agir du costé de la mer, comme on est convenu avec luy. J'entre mesme fort dans la pensée que vous avez de faire, après, une circonvallation devant Gravelines2 pour bloquer la place par terre, pendant que les Anglois enipesclieront qu'il n'y entre quoy que ce soit par mer de tout l'byver; et comme les ennemis, voyant travailler à la circonvallation, seront persuadez que nous la voulons attaquer de force, asseurement ils ne retireront rien des quatre mille hommes qu'on dict qu'ils ont mis dedans, lesquels n'y pouvant pas subsister longtemps, il faudra qu'ils y périssent et que la place tombe par nécessité.

Je croy que M. l'ambassadeur d'Angleterre et M. le chevalier Reynolds approuveront fort ce dessein. J'ay dict audict ambassadeur que les soldats anglois du corps qui est dans l'armée esloient fort abattus, et que l'on ne pouvoit guère compter présentement sur le service qu'ils rendroient. 11 faudrait luy proposer s'il y auroit moyen de les faire relever par d'autres que l'on y envoyast d'Angleterre avec le nouveau renfort qu'ils offrent. Car ainsy l'on auroit un corps considérable, que Ion prendroit bien soingdebien maintenir pendant l'hyver pour s'en servir à la campagne prochaine, quoy qu'il me semble que ceux qui sont desja accoustumez à l'air de la France y devroient mieux subsisler que les autres.

Je vous ay envoyé aussi par ledict ambassadeur un billet pour prendre douze mille francs à Paris. Je seray bien ayse de sçavoir si vous l'avez receu et d'avoir au plus tost de vos nouvelles sur toutes les autres choses.

' D'après les Mémoires de Turennc i On se souvient que Gra vélines, prise

(p. £87), l'initiative du projet d'assù'ger [taries Français en i6A4, avait été reprise Mardiek appartenait à ce mare'clial. par les Espagnols en i6!>9.

17/j LETTRES

XGVIII.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 336; minute. — Les passages à chiffrer sont soulignés flans la minute.

À M. DE TURENNE

Compiègne, 27 sopterabrf 1657.

(extrait.)

Comme j'estois sur le point de faire partir un courrier pour vous porter la lettre cy-jointe ', le s1" Fisica2 [sic) est arrivé, qui m'a rendu la vostre avec l'instruction donnée au sr Talon3; et quoy qu'estant près de minuit et devant partir demain à cinq heures du matin pour accompagner le Roy qui va voir Thionville, je sois obligé à vous remettre d'escrire au long par le retour dudict Fisica, je ne laissera) pas de vous dire à présent qu'il a esté fort à propos que vous ayez envoyé ledict Talon à Londres pour informer M. le Protecteur de toutes choses, et vous ne devez pas douter que vous ne tiriez de luv généralement toutes les assistances que vous pourrez souhaiter, et particulièrement s'il v a lieu d'entreprendre quelque chose de grand, de quoy vous serez encore plus esclaircy lorsque vous verrez M. l'Ambassadeur, qui m'a offert beaucoup plus que vous ne demandez, et en un mot il m'a laict cognoistre que M. le Protecteur donneroit non seulement le nombre d'infanterie qu'on luy demanderoit, mais généralement tout ce qui seroit nécessaire pour entreprendre quelque chose de considérable et profiter du mauvais estât dans lequel les ennemis se trouvent présentement.

Ainsi vous n'avez qu'à prendre bien vos mesures, car pour les assistances vous les aurez telles que vous les pourrez souhaiter. J'ay esté

' La lettre du 26 septembre. ' Turenne avait envoyé en Angleterre

2 Ce nom étrange est encore indiqué Talon, intendant de son armée, pour

dans la lettre du 1" octobre à Turenne se concerter avec Cromwell sur le siège

comme celui d'un courrier. de Mardick, dont il vient d'être question.

tres-ayse de voir, par vostre lettre, que nous nous rencontrons dans la Sept. 16S7. niesme pensée : qu'il ne se présentera de longtemps une occasion si favorable que celle-cy d'entreprendre du costé de la mer. C'est pourquoy il faut mettre le tout pour le tout pour en profiter, et quoyque vous sçachiez mieux que personne qu'il y a des conjonctures dans lesquelles on faict plus en un jour qu'en d'autres en six mois, et qu'il n'y ayt personne qui [sçaclie]1 mieux que vous à prendre tous ses advantages sur les ennemis et les pousser vigoureusement quand il y a lieu et raison de le faire, neanlmoins vous trouverez bon que je vous prie, en ce rencontre, d'hazarder [sic) quelque chose pour l'amour de moy. Car asseurement vous vous en trouverez bien, et vous verrez que i'estonnement dans lequel sont les ennemis est encore plus grand que, vous ne vous figurez, dont vous avez veu une espeiïence2 par la redoute qui s'est rendue sans que vous eussiez dessein de l'attaquer et quoiqu'il fallust du canon pour la prendre3; et dans la suite vous esprouverez qu'il n'y aura pas grand obstacle à Mardik, estant assiste de la flotte angloise; et pourveu que l'on pust aller a Dunkerque. quelque monde qu'il y eust dedans, je vous responds qu'il n'y a point de place si meschante4 que celle-là, et que si, au lieu de quatre mille Anglois, vous en voulez dix pour cette entreprise, on vous les donnera: ce qui est un point, comme vous voyez, de très grande considération, ayant affaire à un ennemy qui a fort peu d'infanterie, laquelle est remplye d'appréhension et se trouve repartie en six on sept places.

H est vray que le prince de Condé, don Juan et Caraeène sont de grands capitaines, capables de prendre les resolutions les plus hardyes et [de] se porter à toutes sortes d'extremitez pour soustenir l'affaire:

1 Ce mol êen\ en inlerfigde est très ' Je pense qu'il s'agit de la prise de

doutent; le sens de la phrase ne l'est pas. Bourbonrg. Bussy-Ralnitin dit ilans ses

- mois, dont vous avez veu une espé- Mémoires (t. II, p. 46) : "Le u8, le inan-

rience (exemple), sont en interligne et sur- chai envoya Schomberg se saisir de Bour-

rharges. La ledaut eal liés douteuse, sur- Itnurg que les ennemis a\oienl abandonne. -

tout pour le mot rsprrience. ' En aussi mauvais éïat.

5epi. 1657. mais comme il faut des troupes pour cela et qu'ils en ont fort peu et 1res abattues, ils courent grand risque de voir quelque chose de bien funeste pour eux si on ne les marchande pas et qu'on entreprenne quelque dessein hardy, quand mesrne ce seroit contre l'ordre, parce * j 11 on peut et on doit passer pardessus les formes en certaines conjonctures, comme celle-cy.

Enfin, après vous avoir dict mes sentimens avec liberté, dont j'use avec d'autant moins de scrupule que je voy qu'ils se conforment aux vostres, je vous déclare, de la part du Roy, que Sa Majesté se remet entièrement à ce que vous jugerez plus à propos pour son service, approuvant dès à présent toutes les resolutions que vous prendrez.

Je tombe aisément d'accord avec vous que, si j'estois en ces quartiers de delà, vous auriez à point nommé et abondamment toutes les choses qui vous seroient nécessaires ; mais je m'asseure que vous croirez aussi que je ne gaste rien icy, et j'espère que tout ira à souhait par le moyen du secours que vous tirerez d'Angleterre de toutes les choses dont vous aurez besoing, M. l'Ambassadeur s'estant offert d'y aller en personne pour vous les faire venir, et par les ordres précis qu'on donnera afin que les gouverneurs des places qui sont de ce costé-Ià vous assistent de tout leur pouvoir et que vous ne manquiez d'aucune des choses que vous demandez par vostre lettre.

On vous envoyé des lettres pour M. le mareschal d'Aumont1, M. le comte de Charost et le gouverneur d'Ardres, afin qu'ils vous assistent généralement de tout ce qui pourra dépendre d'eux. Vous tirerez particulièrement de M. le mareschal d'Aumont un grand secours pour les voitures, et le gouverneur d'Ardres vous trouvera d'autant plus volontiers.mille boulets de vingt-quatre qu'il y a dans sa place, qu'il n'a point de pièces de ce calibre-là; mais si vous en vouliez de vingt, de toutes sortes, vous en pourrez avoir aisément d'Angleterre et de la flotte mesme.

1 Le maréchal d'Aumont était gouverneur de Bouiogne-sur-Mer, le comte de Charost , fie Calais et le marquis de Rouville, d'Ardres.

Le reste de la de'pèche est consacre' aux moyens qu'aura Turenne de se pro- Sept. 1607. curer toutes les ressources nécessaires pour le siège.

AIT. étr., France, t. 275, f° 66. — Minute.

AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Metz, 3o septembre 1657.

(extrait.)

M. de Longueville a envoyé icy le sr d'Antonville pour représenter que la levée du droit de Maubouz l [sic) et la forme qu'elle se laict'2 dans la province de Normandie cause quelque altération dans les esprits et pourroit avoir des suites préjudiciables au service du Roy, el comme il adjouste en mesme temps qu'il est aisé d'y remédier en sorte que , sans diminuer aucune chose de ce que ledict droict peut apporter aux coffres de Sa Mtd, le public sera soulagé, et tout le monde content, Sa Mlé m'a commandé de vous escrire ces lignes pour vous faire sçavoir qu'EIle désire que vous confériez là-dessus avec ceux qui vous seroni envoyez de la part de mondict sieur le duc de Longueville, et que, si les expediens qu'on vous proposera sont tels qu'ils puissent produire l'effect marqué cy-dessus, vous y donniez les mains et fassiez délivrer toutes les expéditions nécessaires. Elle entend aussy que vous adjustiez ce qui regarde le sel blanc de la mesme province3.

' La forme ordinaire est Maubougc. Ce- tr quart-bouillon», était à la fois une indu-

tait un droit qui se levait sur les boissons strie à laquelle se livraient les riverains de

qui entraient ou que l'on brassait dans les rAvranchin et du Cotent in et une faveur

lieux où il y avait foire ou marché. (Dict. de dont ils jouissaient sous forme de modéra-

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