‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 30 sur 123 · GUI · texte numérisé non relu

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\fT. elr. , France, t. 275, f° qh. — Minute d'une réponse marginale à une lettre du Procureur général. (Cette dernière lettre était datée du 5 octobre.)

AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Metz, 16 octobre 1657.

(extrait.)

J'ay esté si cruellement tourmenté par des maux de reins depuis huit ou neuf jours1, que la douleur ne m'avoit pas laissé assez d'intervalle jusqu'à cette heure pour pouvoir lire vostre depesche du 5 de ce mois ; ce qui a esté cause que vous n'avez pas plus tost receu response, et je suis asseuré que, si vous aviez esté tesmoin de ce que j'ay souffert, l'amitié, que vous avez pour moy vous [y]2 aurait faict compatir sensiblement.

On approuve fort la vigueur avec laquelle vous avez parlé aux Intendans pour les obliger d'exécuter ce qu'ils ont proposé à l'esgard du controolle3, mais il ne faut point que vous vous en relaschiez; et, si vous avez besoin de quelque lettre de cachet ou d'autres ordres du Roy pour donner plus de force et d'authorité à ce que vous voudrez faire, vous n'aurez qu'à le mander icy, et on vous les envoyera aussytost.

L'affaire de Barbezieres ' ne pouvoit estre mieux conduitte qu'elle

Octobre 1657.

La maladie de Mazarin à Metz donne lieu à Guj Patin «le manifester contre le Cardinal son humeur satirique. Il écrivait à Charles Sport, le 16 octobre 1 (i 5 7 : »Le Roi est encore à Metz, où le Mazarin a eu de grièves et rudes douleurs néphrétiques. J'ai peur qu'à la fin il n'ait la pierre et qu'il ne le bille tailler, après qu'il en aura tant fait tailler d'autres. Néanlmoins. pour dix qui en pourroient pleurer, je pense que

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cent mille en pourroient rire, voyant la fin de la fortune de cet homme, laquelle a été si constante en lui et si fantasque en tant d'autres."

1 L'y a été effacé, sans doute par inadvertance.

3 Ce mot a été en partie effacé; mais on a vu plus haut, p. 168, que la discussion portait sur ce point.

' Voy. sur ce personnage, ci-dessus.

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IMPIUMCniE BAT li

Oitobro 1657. l'a esté, et je crois aysemenl que, sans les soins que vous y avez apportez, la chose pouvoit tirer beaucoup plus de longue. Il a est»' fort bon de faire imprimer et publier la commission qui a esté envoyée au lieutenant criminel de le juger en dernier ressort; et il auroit esté seulement à souhaiter que l'on eust tiré de luy la confession de ses complices et particulièrement de ceux qu'il marquoit par sa lettre à M. le prince de Condé. J'aurois esté d'advis d'alïicher le placard dont il luy envoyoit un projet.

Je vous remercie des cinq cens escus que vous avez faict advancer m sr Des Clavaux. J'avois desjà donné ordre au sr Picon, en l'absence de Colbert, de luy fournir ce qu'il falloit pour sa subsistance, en sorte que vous les pourriez reprendre, ou on vous en tiendra compte sur le courant.

Quand j'ay tesmoigné que je souhaitois que l'on ne poussast point à bout l'affaire des prisonniers de la compagnie de M. le mareschal d'Hocquincourt, je n'ay eu en cela d'autre interest que le vostre et celuy de M. l'abbé, vostre frère, ne croyant pas que, ledict sr Mareschal estant mal avec vous, il vous fust advantageux que l'on dist dans le monde que cette poursuite n'estoit qu'un effect de vostre animosité; mais, puisque cette raison cesse par vostre reconciliation et que vous luy en avez parlé à luy-mesme, je donne tres-volontiers les mains à tout ce que vous jugerez à propos, et je diray au sr de Peyron de faire tout ce qu'on désirera pour la translation des prisonniers à Amiens.

Je suis bien ayse que vous ayez envoyé les cent mille escus pour Brisach en espèces. Je vous conjure d'envoyer les autres cent le plus

p. 9 1 et 1 66. Guy Patin donne des détails sur cette exécution. Il écrit le 5 octobre 1657 à Charles Spon : « Ce matin, Cliemeraut de Barbezières a été condamné d'avoir la tête coupée à la Grève. C'est celuy qui avoit pris Girardin et qui depuis fut pris près de Cambray. Il a été jugé prévotalement par ordre de la Cour, en vertu de lettres-patentes munies du grand sceau pour un libelle trouvé

dans sa pochette, qu'il avoit écrit, de sa propre main, contre le Roi, la Reine et le gouvernement présent. 11 a été exécuté ce soir, et a reçu un coup du bourreau qui ne l'a qu'abattu ; mais le valet , aussitôt , lui a haché la tête de plusieurs coups. On me vient de dire que tout le monde crioit au bourreau. » Résultat des exécutions qui tournaient en boucheries.

tost que vous pourrez et de la mesme manière, parce qu'il y a plus Octobre i657. d'advantage en toutes façons que de se servir de lettres de change l. Le sr Picon m'a mandé la mesme chose que vous sur celles de crédit de deux cent mille escus; si elles sont acquittées, MM. les Ambassadeurs seront soulagez d'une assez grande inquiétude, et je ne vous ay rien exagéré par ce que je vous en ay escrit.

Lorsque je prends autant de confiance en une personne que j'en a\ en vous, je n'entre point dans la conduite qu'elle a à l'esgard des subalternes, de sorte que, si vous n'estes pas content de celle du sr de Lorme'2, non seulement japprouveray tout ce que vous jugerez à propos de faire sur ce sujet, mais je l'appuyeray, s'il est nécessaire, sans en examiner les motifs, croyant que vous ne ferez rien qu'avec beaucoup de justice et de fondement. C'est un homme que je n'ay cognu que par vous, avec qui je n'ay eu nul commerce et à qui je n'ay procuré de grâces que par vostre recommandation et sur le rapport advanlageux que vous m'avez faict de ses services. Quand il cessera de vous donner matière d'en estre satisfaict, je cesseray de le considérer; et aprez tout, s'il est capable de manquer de recognoissance avec vous, je ne dois pas avoir fort bonne opinion de luy.

1 Eu ce temps-là, les lettres de change coûtaient fort c':er : le change nous était presque partout défavorable ; et souvent, à leur présentation, ces lettres n'étaient pas toujours régulièrement payées.

' De Lorme était un des commis de Fouquet. Le récit de sa disgrâce est contenu en détail dans les Mémoires de Gourmllc (éd. Michaud, p. 523). cM. Fouquet, dil Gourville, ayant laissé aller son autorité à M. fie Lorme, son premier com-

mis, au point de ne regarder presque plus ce qu'il lui faisait signer, le rendit par là maître des gens d'affaires. L'abbé Fouquet, qui n'était pas bien avec son frère et qui trouvait plus de facilité avec le commis pour avoir de l'argent, se mit en tête de faire tomber Monsieur son frère, faute de crédit. M. Fouquet (le surintendant) , m'ay;int parlé de cela, me dil qu'il fallait nécessairement qu'il perdît M. de Lorme... » Cet individu fut . en ofTot, dépossédé de son emploi.

Octobre 1657.

C1V. Bibl. nat. . ms. f. h\, Mélanges de Colberl, t. 5 1 A , f° 385. — Minute.

À M. DE TURENNE

Metz, 18 octobre 1657.

(extrait.)

Le sr de La Berge m'a rendu vostre lettre du 1 1 et m'a entretenu mr toutes les choses dont vous l'aviez chargé. Il auroit esté à souhaiter qu'au moins nous eussions pu prendre Link, d'autant plus que les ennemis n'en doutoient pas et n'auroient faict aucun effort pour le secourir; mais nous ne sommes pas les maistres des saisons1, et je suis fort persuadé que vous avez faict tout ce que celle où nous sommes et le mauvais temps vous pouvoient permettre. Je suis bien aise que l'ambassadeur d'Angleterre ayt veu luy-mesme sur les lieux Testât des choses; car il en pourra rendre tesmoignage à M. le Protecteur etluy l'aire cognoistre que, si nous n'entreprenons rien davantage, cette campagne, du costé de la mer, ce n'est que par l'impossibilité de la chose en soy, et non pas faute de désir de nous conformer à celuy de S. À. et satisfaire à nostre traité. Cependant il faut bien s'appliquer à la conservation de Mardik2 et de Bourbourg, qui est très-importante pour pouvoir continuer nos progrez en ces quartiers-là, la campagne prochaine, et je ne doute point que les Anglois, le cognoissant comme nous, n'y contribuent tout ce qui sera en leur pouvoir et ne fassent venir abondamment de leur pays les denrées qu'on en pourra tirer plus aisément que du costé de France pour la commodité des troupes qu'on y laissera en garnison.

On a desjà envoyé de Paris soixante-six mille livres; sur quoy vous

' Les Mémoires de Turenne (p. 488 de 2 Turenne dit, en parlant de Mardick

l'édition Micbaud et Poujoulat) parlent aussi (p. /187 de l'édition citée) : trLa conser-

(lu mauvais temps qui entravait les opéra- vatiôn en étoit bien plus difficile que n'en

lions militaires. avoit été la conquête. »

pouvez prendre tout ce qui sera nécessaire pour la fortification deBour- Octobre 1667. bourg et pour accommoder les chemins et faire tout ce que vous avez projeté pour establir la communication entre ces postes-là et le Boulonnois, où on laissera un corps considérable de tout, cet liyver, pour estre à portée de les secourir, quoy qu'y ayant dedans une forte garnison; la foiblesse où sont les ennemis ne donne pas lieu de croire qu'ils entreprennent de les reprendre.

Dans une addition à cetle lettre, Mazarin disait à Turenne :

Je ne suis pas trop en estât d'escrire ny d'appliquer [mon esprit] à aucune affaire, estant tousjours tourmenté de mon mal \ Je vous diray pourtant qu'il n'y a rien à adjouster à ce que vous avez faict, et pourveu que nous soustenions Mardik et Bourbourg, comme je n'en doute pas, par le bon ordre que vous y donnez et par la resolution de n'oublier rien de ce costé-là, afin que rien n'y manque, nous pouvons estre satisfaicts, et les Anglais aussy. Le corps de cette nation doit estré partagé entre Bourbourg et le Boulonnois, et l'on aura soin de le payer avec la dernière ponctualité; car, pour Mardik, estant une place qui leur doit demeurer, ce sera à M. le Protecteur à pourveoir à la subsistance de la garnison et à toutes les autres choses pour la conservation.

J'ay faict partir ce matin un courrier en toute diligence avec les depesches nécessaires pour vous faire envoyer de Paris, sans perdre icy un moment de temps, cent mille livres à compte du prochain quartier d'hyver, et solliciteray qu'on envoyé encore quelque autre somme, afin que rien ne manque à l'exécution du [projet]'2 que vous avez faict. Cela s'entend sans compter les soixante six mille livres qui seront desjà arrivées avec les cinquante mille que M. d'Ormesson 3 me mande qu'il

' Voy. ci-dessus, p. i8f>. iG5C intendant de Picardie! Ce l'ut lui qui.

1 Mot écrit en abrégé. On peut lire quelques années plus tard, dans le procès

prix. de Fouquet, refusa courageusement d'opi-

Olivier Le r'èvre d'Ormesson, maître ner pour la mort, et dont le vote entraîna

des requêtes et conseiller d'Etal , était depuis celui de ses collègues.

Octobre 1GD7. a desja recettes. Enfin vous devez estre asseuré qu'on mettra le tout pour le tout pour mettre les choses dans lestât qu'elles doivent estre.

GV.

Bibl. nat. , ms. f. Ir. , Mélanges de Colbert, t. 5 1 A , f ° 388 v". — Minute.

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