‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 31 sur 123 · À MM. LES DIRECTEURS DE L'HÔPITAL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

À MM. LES DIRECTEURS DE L'HÔPITAL GÉNÉRAL

Metz, 20 octobre 1667.

J'ay esté tres-ayse de voir le plan que vous avez pris la peine de m'envoyer de l'establissement de l'hospital gênerai. C'est un dessein fort grand dans son commencement et dans ses suites; mais, puisque Dieu a inspiré le désir de l'entreprendre à ceux qui en ont jeté les premiers fondemens, nous devons croire qu'il leur donnera encore les moyens de le conduire à sa perfection. Je m'estimerois fort heureux d'estre un des instrumens dont sa sainte Providence se voudra servir pour la perfection de cet ouvrage2, qui donnera beaucoup de gloire et dans le temps et dans l'éternité à ceux qui y auront contribué. Je remets à vous en entretenir bientost en détail à nostre retour à Paris, et ce pendant je vous prie de croire que je suis avec beaucoup d'estime, etc.

1 L'hôpital général ou de la Salpêtrière . ainsi quon le nommait plus tard, avait été fondé en 1 656 par une association à la tête de laquelle était le premier président du Parlement de Paris, Pomponne

rie Bellièvre. Il fut ouvert le 7 mai 1 65y. 2 Mazarin donna ceot mille livres pour l'iiôpital général et légua, par son testament, soixante mille livres à cet établissement.

— Octobre it>&7

GV1.

Bibl. nal., ras, f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 390 v°; minute. — Aff. étr. , France.

t. 272, f° 286; copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Metz, 21 octobre 1657 '.

(extrait.)

Mazarin parle d'abord des conditions que Lionne avait proposées à Madrid en 16 56 2, et qui ont été communiquées à 1 électeur de Mayence :

Je me contenteray de vous dire qu'il auroit esté bon qu'en informant M. l'électeur de Mayence de ce qui s'est passé dans la négociation de Madrid, on ne se lust pas si fort advancé qu'on a faict sur la restitution de la Lorraine, puisque, quand j'en parlay au comte Guillaume de Fùrslemberg, je luy dis bien que le Roy consentiroit à reprendre le traité de la paix sur le fondement de ce qui avoit esté offert par M. de Lionne à Madrid, mais qu'il y avoit le point de la Lorraine et quelques autres dont on n'estoit pas encore convenu. Quelque confiance que nous fassions paroistre en M. de Mayence, elle ne doit pas s'eslendre jusques à luy dire d'abord nostre dernier mot louchant la paix. La prudence veut qu'on voye auparavant si Pegnaranda a pouvoir et envie d entrer en négociation3, et de quel pied il y marchera; et, en tout cas, si nous avons à nous relascher d'un point aussy important que celuy de la Lorraine, en la manière qu'on donna pouvoir à M. de Lionne de faire à Madrid, ce ne devrait estre qu'à un coup près4, quand la conclusion du traité ne seroil arrestée que par là, en sorte que Sa Ml,; s'acquière, au moins, le mérite envers le public

Le minute porte la date du 21 octobre. de May-nn s, a\nil comeati à ouvrir, à Franc-

'■t la copie celle du 20. fort, des négociations pour la paix avec

1 Voy. I. VII, p. 2f).'5, des Lettres de l'Espagne, sous la médiation de cet électeur.

Mazarin. * Au dernier moment, à la dernière ex-

HaiarÎD, mu- la demande de lélecleur trémité.

Octobre res?. d'avoir sacrifié une conqueste de cette considération à l'establissement du repos de toute la chrestienté.

Puisque le mal est fait, il faut tâcher d'obtenir de l'Electeur qu'il garde le secret sur ce point. Mazarin se plaint aussi de ce que l'électeur de Mayence a dit au Nonce des dispositions de la France à la paix. Mazarin parle ensuite de la mission d'Atto à Munich et ne paraît pas satisfait du re'sultat. Il ajoute :

Si, par malheur, la chose ne réussit pas pour Bavière, il ne faut pas se rendre pour Neubourg, mais mettre le tout pour le tout pour son élévation, n'espargnant quoy que ce soit de ce qui y pourra contribuer. En cas que M. de Lionne eust avec luy, ou pust l'aire prendre, à point nommé, à Paris, la copie d'un escrit espagnol que je luy envoyay à Rome pour le faire voir au Pape, qui contenoit les propositions par les ambassadeurs d'Espagne à M. le Protecteur, et signées d'eux, pour luy faire prendre Calais, et autres choses semblables qui y sont contenues, il seroit advantageux de la publier en ce rencontre, commençant par la monstrer à M. l'électeur de Mayence.

Mazarin leur parle ensuite du changement de l'e'lecteur de Brandebourg, qui, sous l'influence de l'Isola et du baron de Schewrin, s'était lié avec l'Autriche et la Pologne, à condition qu'on lui céderait la Prusse et Elbing, une des principales places de la Prusse royale, occupée alors parles Suédois.

Je croy, ajoute Mazarin, qu'on luy l'aict espérer encore de le laire rentrer dans la partie de la Pomeranie, qu'il céda à la couronne de Suéde par le traité de Munster, quoyqu'il en ayt tiré rescompense en exécution du mesme traité; moyennant quoy, outre qu'il s'engage dans tous les interests de la maison d'Autriche, il promet particulièrement de donner son suffrage au roy de Hongrie dans la prochaine élection, et l'on me mande que cestoit de concert avec Isola qu'on publioit un traité de neutralité pour endormir le roy de Suéde et ses amis et pouvoir ainsy leur donner une botte plus franche et plus impreveue.

— Octobre 1657.

GVII.

Bibl. nat. , ms. fonds Baluze, t. 876, f" 36i. — Original.

À J.-B. COLBERT

Metz, 2 3 octobre 1657.

Réponse marginale de Mazarin à une dépêche de J.-B. Colbert en date du 20 octobre l. Le Cardinal , à l'occasion des accusations que suscitait contre lui l'alliance anglaise, écrivait à Colbert :

Il seroit à souhaiter qu'il n'y eust uy mal intentionnez ny de ceux qui, sous prétexte de dévotion, sont pires que les autres, mais sont des gens qu'on ne déracinera jamais, et il se faut mettre l'esprit en repos de toutes leurs extravagances, taschant de punir celles qu'on pourra. Le Roy n'a remis aux Anglois que le fort de Mardik, où il n'y a personne, et, pour Bourbourg, S. Mtd l'a faict fortifier et le garde, et l'on a pris deux mille hommes de pied, de toute l'armée, et quatre regimens de cavalerie, qu'on y a desja establis. Peut-estre on y mettra cinq cens Anglois de ceux qui sont à la solde du Roy, qui y demeureront en la mesme manière que firent les autres dans le Bonlonnois et ailleurs.

Voilà la vérité qu'on ne peut cacher, et il est estrauge que, la guerre s estant faicte près de cent ans conjointement2 avec les Hollandois, la France ayt continuellement assisté ceux-cy pour leur faciliter la conqueste de tant de places, sans que personne en ayt murmuré, et qu'on crie à présent à cause des Anglois qui n'ont encore rien et qui sont

: On trouve une grande partie de celle Le texte de M. I'. Clément porte conli-

dépêehe et de la réponse de Mazarin dans nuflkmciit , au lieu de conjointement. Ce clian-

I" recueil de M. I'. Clément (t. I. p. >.88); gemenl rend le passage peu intelligible,

mais comme il y a des lacunes et des alté- Mazarin veut justifier son alliance avec les

rations du texte, il m'a paru nécessaire de Anglais en alléguant l'exemple de l'ancienne

reproduire cette réponse de Mazarin aux at- alliance de la France avec la Hollande, puis

I iqaes contre l'alliance anglaise. sance protestante comme l'Angleterre.

MAZARI.N. VIII. Q5

!-!!■ r.mrni r.

m LETTRES

Octobre 1657. obligez par un traicté à des conditions plus advantageuses, pour les catholiques, qu'on n'avoit jamais songé d'exiger des Hollandois, ny des Suédois, en cas qu'on prist1 [quelque ville], et en leur donnant Dunkerque2, comme il est aysé de voir dans le mesme traicté, quoyque les Espagnols ne se fussent pas trop mis en peine là-dessus3 lorsqu'ils sollicitoient l'attaque de Calais avec les Anglois pour les mettre en possession de la place.

GVIII.

Bibl. nat., ms. f. fir., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 378; minute. — Aff. étr., France

t. 272 , f° 290; copie du temps.

À M. DE THOU

AMBASSADEUR EN HOLLANDE

Metz, 2/1 octobre 1657.

( EXTRAIT

Mazarin commence par se plaindre de l'état de sa santé, qui ne lui a pas permis de répondre plus tôt aux dépêches de M. de Thou. Il continue en ces termes :

L'advis que vous avez receu de Londres ne peut avoir aucun fondement pour ce qui regarde la mauvaise satisfaction que le Protecteur a de nous \ Car je vous puis asseurer qu'il est fort content de nostre procédé et qu'il a touché au doigt qu'il a esté faict, de nostre costé, tout ce qui se pouvoit imaginablement pour exécuter ce qui avoit esté projeté au commencement de la campagne, et à présent qu'on a remis aux Anglois Mardick, où ils se fortifient en grande diligence, avec l'assistance de l'armée 5, M. le Protecteur aura sujet de croire de plus en

1 Le texte de M. P. Clément porte : en ' Olivier Cromwell s'était plaint de l'incas qu'on le pust. exécution du traité de Paris, conclu le

2 11 faut sous-entendre qu' en cédant Dun- 2 3 mars 1657, comme on a pu le voir dans kerque aux Anglais, on a stipulé des con- le tome précédent, mais avant la prise de ditions en faveur des catholiques, comme Mardick.

on peut le voir dans le traité. 6 De l'armée française que commandait

3 Sur le maintien de notre religion. Turenne.

plus qu'on n'a pas non seulement envie de le tromper, mais de luy Octobre 1657. donner la moindre meffiance.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5i A, f° 379. — Minute.

À M. DE TURENNE

Melz, a5 octobre 1657.

(extrait.)

Je croy qu'avant que vous receviez celle-cy, le sieur Jaquier aura fait toutes les choses que vous pouviez souhaiter tant pour la fourniture qu'il fallait faire à l'armée que pour les cinq mille sepliers que l'on avoit jugé nécessaire de mettre en magasin à Bourbourg; et afin d'asseurer de plus en plus la chose, quoyque je n'aye pas veu jusqu'icy qu'il ayt manqué de faire ce que j'ay marqué de vouloir de luy, M. Le Tellier luy escrit de nouveau, de ma part, de la bonne manière, luy déclarant, comme vous me mandez, qu'il est nécessaire que, poulie payer de la farine et de ce qu'il fournira extraordinaircment, il n'aura affaire qu'à nous qui nous chargeons de solliciter la chose et de payer sans retardement ce qui luy sera deub pour ce regard-là.

Je luy escris mesme la lettre cy-jointe pour le prier de satisfaire avec ponctualité tout ce que vous luy ordonnerez, me remettant du surplus à ce que M. Le Tellier luy mandera.

L'intention du Roy est que les Anglois soyent payez ponctuellement. Les srs d'Ormesson et Talon feront ce payement. Je vous prie de tenir la main à ce que cela ne se fasse pas1, non seulement pour empescher les inconvénients, qui peuvent arriver, de mescontcnter ce corps, ne luy donnant pas à point nommé la satisfaction qui luy a esté promise, mais aussy pour l'obliger à servir agréablement et à n'avoir pas d'aversion à demeurer en France.

' Cette phrase UTOjjiitièrc est conforme an mnnuscril. Le sens est : à ce qu'on ne manque juin de tes payer ponctuellement , non seulement . etc.

(idoine iG57. Je ne croy pas que l'on puisse prétendre que le Roy paye la garnison angloise que M. le Protecteur establira à Marclik, car c'est un poste qu'on luy remet ainsy qu'il est porté par le traité, et comme il doit estre possédé par eux sans que le Roy y ayt aucune prétention, l'on ne neut pas mettre en doute que la despense pour la garnison et pour les autres choses ne doive estre faicte par luy. Il sera bon d'en dire un mot à M. l'Ambassadeur, quoyque je ne pense pas qu'il leur puisse estre tombé dans l'esprit d'en user autrement. Ainsy le payement1 devra regarder le corps commandé par M. Reynolds; à quoyje vous conjure de nouveau de donner ordre, en sorte qu'il soit payé préférablement à toute autre chose2. M. Le Tellier doit mesmement avoir escrit là-dessus à M. d'Ormesson, et qu'afin que l'argent ne manquast pas il ne se remboursast pas sur les premiers vingt mille livres des voitures et des autres choses exécutées par vostre ordre.

Je ne doute pas que vous n'ayez receu, il y a desja quelques jours, les soixante six mille livres, car il y a longtemps qu'elles sont parties de Paris, et qu'on ne vous fournisse la quantité d'avoyne pour distribuer à la cavalerie, qui luy a [esté] ordonnée. Je ne doute pas aussy que les cent mille livres que je vous ay escrit qu'on envoyeroit, de Paris, à M. d'Ormesson à compte du quartier d'hyver, n'arrivent en mesme temps que cette lettre; et je vous puis respondre qu'ayant depesché hyer un courrier à Paris, à Colbert qui faict mes affaires, pour luy mander qu'à quelque prix que ce fust, après en avoir dict un mot au Procureur gênerai, il fist partir à l'instant six vingt mille livres et les envoyast au mesme M. d'Ormesson, dont il poursuivra le remboursement sur le fonds du quartier d'hyver, cette somme sera envoyée en toute diligence, et vous pourrez avec tout cela remédier au plus pressant, estant au desespoir que la misère dans laquelle nous sommes ne m'ayt pu permettre de vous envoyer quelque fonds pour assister les officiers, tant de cavalerie que d'infanterie, qui le méritent bien, et que je suis fort persuadé qui sont en nécessité; mais je vous

1 Le payement que la France aura à faire. — s A toute autre dépense.

jure sans exagération que jamais je ne me suis veu dans Testât où je Octobre 1657. suis à présent, car il nous manque plus de deux cent mille livres pour pouvoir fournir au payement de tout ce que je me suis obligé de payer moyennant le fonds que j'arresloy l'hyver passé, avec MM. les Surintendans, qu'ils donneroient pour l'année 1657, quoy qu'à mon grand regret il ayt esté impossible d'envoyer de l'argent pour assister l'armée de Flandres durant la campagne, ainsy que l'on avoit accoustumé de faire les autres années; mais il y a des choses qui, ne dépendant pas de l'industrie ny de l'application, il faut par force se soumettre à la possibilité de souffrir, malgré les accidens qu'il arrive de ne pouvoir pas faire tout ce qui seroit nécessaire; en quoy les ennemis nous donnent un bel exemple.

Je cognois fort bien qu'il n'y a rien de si difficile que de soustenir Mardik et Bourbourg, comme vous avez entrepris; mais j'espère que vous aurez la gloire d'y réussir1 et que, moyennant cela, vous aplanirez le chemin pour faire de grandes choses la campagne prochaine et avec facilité, vous asscurant que l'on ne manquera pas de s'appliquer de la bonne manière pour vous donner toutes les assistances qui pourront dépendre de nous.

Je suis bien marry de la maladie de M. l'ambassadeur d'Angleterre ; car il est fort actif et zélé, et il vous eust pu soulager en beaucoup de choses et faciliter les assistances que vous attendez d'Angleterre. J'espere que son mal ne sera rien.

J'avois destiné Blondeau- pour S'-Venant, et il seroit bien neces-

1 Les fortifications de Mardick étaient in- postal 3oo volontaires, sous peine de voir

signifiantes, celles de Bourbourg étaient en- cette place retourner aux Espagnols. Le

fièrement rasées. Turenne aurait été d'avis mauvais temps, le séjour dans un pays tout

de démolir le peu qu'il y en avait à Mar- ouvert, en partie inondé et traversé de ca-

dick, mais il n'osait le l'aire de crainte «le naux bourbeux, le voisinage de l'armée en-

meconlenter Lockart et Cromwell, puisque Demie, le manque de fourrages dans la

la place devait demeurer à l'Angleterre. sienne qui paralysait sa cavalerie, tout cela

Cependant les Anglais ne paraissaient pas rendait la situation très critique pour notre

-i' BOUcier beaucoup d'y mettre, comme le général en chef.

demandait Mazarin, une garnison à leur ' (le nom est écrit ordinairement Blon-

• " 1 pte. Il fallut finalement (pic Turenne y dot.

Octobre 1687, sain; qu'il y allast, croyant qu'à Bourbourg le sieur de Brigny, que je vous depeschay dernièrement, se pourroit bien acquitter des mesmes choses que Blondeau y faisoit. Neantmoins il est remis à vous d'en user comme vous jugerez plus à propos pour le service du Roy, vous priant- seulement, en cas que Blondeau demeure à Bourbourg, de faire donner advis au sieur de La Haye qu'il ne le doit pas attendre à S1- Venant.

Je vous prie de faire retirer deux capitaines, de ceux de mon régiment italien, qui ont esté faicts prisonniers. La chose sera aisée en donnant deux autres Italiens, qui ont esté pris à Mardik.

En vostre considération, le Roy a trouvé bon que je mande à M. de Bar1 de traiter M. de Cugnac différemment des autres prisonniers2, quoyque la manière dont le prince de Gondé en a usé et continue d'en user avec nous sur le faict des prisonniers ne devroit pas nous obliger de relascher tant soit peu de la resolution qu'on a prise icy d'en user de mesme.

Je croy que Leurs Mtez partiront d'icy dans deux ou trois jours pour retourner à Paris, après avoir donné ordre à tout ce qu'il y avoit à faire en ces quartiers, particulièrement pour les affaires d'Allemagne3, et je vous confirme que, dans le voyage, et lorsque nous serons à Paris, l'on songera sérieusement à tout ce qui peut regarder le bon succez des choses auxquelles vous travaillez ; et ce pendant je ne doute pas que vous ne mettiez le tout pour le tout à obliger les Anglois à mettre promptement Mardik en estât que les ennemis perdent l'espérance de le pouvoir reprendre, lorsque vous quitterez ces quartiers-là. Sur quoy je vous dois dire que je suis adverty" et de tres-bon lieu que, les

1 Guy de Bar était gouverneur d'Amiens. à Nancy, revint à Metz, d'où il partit le (Voy. sur ce personnage, t. VII, p. 12/i, 28 octobre pour coucher à Malatour. Il alla, des Lettres de Mazarin. ) par Verdun et Sainte-Menehould , à Châlons ,

2 Pierre de Cugnac était de la maison de où il passi la Toussaint, et se rendit en- La Force et par conséquent allié de Turenne, suite, par Montrnirail et Meaux, à Paris, qui avait épousé une fille du maréchal de où il arriva le 5 novembre.

La Force. " Cet avis et le suivant sont indiqués sur

3 Le Roi , après avoir été passer un jour la minute comme devant être chiffrés.

ennemis espérant que vous vous retirerez bientost, leur intention Octobre 1657. est de rattaquer Mardik et de l'emporter en cinq ou six jours, et ils appréhendent fort que les Anglois ne travaillent pour raccommoder les vieilles fortifications, parce qu'en ce cas, s'esiargissant pour avoir communication avec la mer, ils voyent bien qu'ils n'y devroyent plus songer.

J'adjousteray encore à ce que dessus un advis que je viens de recevoir tout présentement en confirmation de ce que je vous ay dict cydessus, c'est que les ennemis sont résolus d'attaquer, à quelque prix que ce soit, le fort de Mardik, lorsque l'armée du Roy se sera retirée, si ce n'est qu'on ayt travaillé à restablir les vieilles fortifications. Il sera bon que vous preniez la peine de dire cecy .confidemment à M. l'ambassadeur d'Angleterre et au chevalier Reynolds, afin qu'ils redoublent leurs soins pour mettre le fort de Mardik en bon estât, leur donnant pour cela toutes les assistances qui peuvent dépendre de vous1.

GX.

Bibl. nal. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° 3g5; minute. — A(T. étr. , France, t. 279, f° 299.

AU MARÉCHAL DE GRAMONT

Mclz, 27 octobre 1 (3 5 7 .

(extrait.)

Mazatïn annonce qu'il souffre des atteintes de la gravelle. Il ajoute :

Je souhaiterois fort qu'elles me laissassent la force et la liberté de pouvoir pratiquer le remède du comte de Fùrstemberg de me faire suivre en poste par un tonneau de vin de Moselle; mais ce mal est si

1 En effet, pressé par le roi d'Angle- ranl toute la nuit, et Turenne, averti par la

terre qui était venu rejoindre l'année espa- canonnade, arriva, le 2 novembre au matin ,

gnole, don Juan, le 1" novembre, à hait au secours de la place, ce qui obligea les

beures du soir, tenta de reprendre Mardick. Espagnols à te retirer derrière les murs de

Les assiégés se défendirent vaillamment du- Dunkcrque.

Octobre l65ç. peu Imitable, qu'il ne me lionne trêve que pour quelques instans et semble estre fort opiniastré à ne me laisser pas sytost en repos. Je ne laisse pas de partir demain par un excez de complaisance pour bien des gens qui souspirent icy après nostre retour à Paris, et quoy qu'on me dise que c'est fort m'exposer dans Testât où je suis, je ne veux point retarder le voyage, et j'espère que peut estre l'agitation du carrosse soulagera mon mal, au lieu de l'augmenter.

Mazarin entretient ensuite te Maréchal fie ia charge de procureur général au parlement de Pau, que Gramont demandait pour un de ses clients. Le Cardinal lui promet son appui. 11 termine en exprimant le regret que létal de sa santé' le mette hors d'état de répondre, sur le même ton, aux aimables plaisanteries du Maréchal.

Afl'. étr., France, t. 272 , ('" 95. — Minute.

AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Sainle-Menehould , 3i octobre 1 6 . j 7 .

(extrait.)

Quoy que les douleurs de mon mal soient moins violentes que dans le commencement, elles ne cesseront pourtant point que je n'aye jeté quelque pierre, et elles me tourmentent assez pour ne me permettre pas de pouvoir vous faire response de ma main, comme j'ay accoustumé. Il est superflu que vous me fassiez compliment sur mon indisposition. Je suis asseuré que vous y compatissez sensiblement et que vous avez pour moy toute la tendresse que mérite l'amitié que j'ay pour vous.

Je suis bien ayse que l'affaire du Conseil se soit terminée en sorte qu'on ayt faict cognoistre aux Intendans qu'on se pouvoit passer d'eux, et à ceux qui faisoient des cabales pour le1 leur faire refuser, qu'ils prenoient de fausses mesures.

1 Aucun substantif n'accompagne te pronom h; mais je crois, d'après ce qui précède, qu'il s'agit du contrôle des finances. (Voy. ci-dessus, p. 1 6 3 . )

Je ne croy pas qu'il y ayt eu aucune difficulté à sceller la commis- Novembre 1657. sion d'intendant du sr de Caumont; mais, s'il est nécessaire, vous en pourrez parler, de ma part, à M. le Chancelier.

Je voy bien que vous n'avez pas sujet d'estre satisfaict de la conduite du lieutenant criminel dans le jugement de Barbezieres, et j'approfondiray un peu la chose quand nous serons à Paris.

Je parleray aussy à M. le Chancelier, à nostre arrivée, de l'arrest pour les secrétaires du Conseil , et je luy en escrirois si nous n'estions si proches du retour.

Vous aurez veu, par la depesche de M. de Brienne, les intentions du Roy sur ce qui se passe aux Estats de Bretagne. J'escris, en mon particulier, sur le mesrne sujet à M. de La Meilleraye l et à M. Boucherat2. Le Roy est résolu de soustenir vigoureusement son autorité; il ira en Bretagne exprez, s'il est nécessaire pour cela et si les Estats persistent dans la mesme conduite qu'ils ont commencé de tenir3.

AIT. étr. , France, t. 277, f° 101. — Copie du temps.

AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Je vous ay desja escrit que le Roy estoit résolu de soustenir vigoureusement l'affaire des Estats de Bretagne4. Depuis, le gentilhomme de M. le mareschal de La Meilleraye est arrivé icy, qui m'a rendu

1 On trouvera, aux Analyses, l'indication autres mesures fiscales cjue la province îv-

de ces lettres. l'usait d'accepter. Celte discussion recom-

Le maréchal de La Meilleraye était gou- mençail presque à chaque réunion des trois

M'iiiciir do Bretagne, et Boucherai . com- ordres et, chaque fois, l'on ne parvenait à

missaiiv du Boi pour la tenue des Liais de tirer de la Bretagne le faible impôt auquel

cette province. elle était assujettie qu'après d'épineux mar-

II s'agissait du vote, par les États, du chandages. rrdon gratuit* et de l'adoption de diverses * Voy. la lettre précédente.

IAZA1IH. VIII. >li

iwpntm ni* nationale.

"W'inbreiG57. vostre lettre du 3o octobre, et aussy lost j'ay faict trouver bon à Sa M" que M. le comte de Brienne escrivist à M. le mareschal de La Meilleraye les deux lettres que vous jugerez nécessaires, l'une de la part de Sa Mtd pour séparer les Estais et en remettre rassemblée au mois de septembre prochain, et l'autre, en son particulier, pour luy faire cognoistre que ce n'est point une menace, mais, en ell'ect, que le Roy veut que cet ordre soit exécuté sans réplique en cas que, dans les vingtquatre heures, lesdicts Estais n'accordent pas un don gratuit aussy considérable, au moins, que celuy de l'année dernière, et sans stipuler aucune des conditions qu'ils demandent, ny entrer dans les interests du parlement [de Bretagne] ou d'autres officiers1 de Sa Mld.

Vous recevrez lesdictes lettres par ce gentilhomme que l'on renvoyé en diligence, et je remets à vous entretenir de vive voix sur toutes les autres choses.

Je vous recommande ce qui regarde la somme que je vous ay prié d'envoyer en Italie.

GX1II.

Bib!. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f" 399; minule. — Ail. étr. , France .

t. 272, f° 3oo; copie du temps.

\ M. DE GRAVEL

(Jhàlons-siir-Marne, 1" novembre 1657.

(evtrait.)

Le Roy ayant désiré que M. le prince de Hombourg s'en retournast à Francfort pour continuer à Sa Mu- en ce lieu et aux autres endroits, où il va estre utile, ses services, ainsy qu'il a faict jusques à présent avec beaucoup de zèle et d'affection, je vous fais ce mot afin que vous disiez, de ma part, à MM. les Ambassadeurs d'avoir toute confiance audict sieur prince, comme au plus asseuré et partial serviteur qu'ayt

1 Titulaires d'offices.

Sa Ml(- et à un de ses meilleurs amis. Je prie aussy MM. les Ambas- Novembre 16.57.

sadeurs de le vouloir assister, afin qu'il puisse retirer l'argent qu'il a

donné à diverses personnes pour faire des levées, parmy lesquels il y

en a un qui a l'honneur d'estre parent de M. l'électeur de Mayence,

lequel asseurement sera le premier à vouloir que ledict prince reçoive

la satisfaction qu'il poursuit.

Le Roy luy accorda, l'hyver passé, une pension de quatre mille escus, que1 Sa Mlé veut que, toutes les fois qu'il fera instance à MM. les Ambassadeurs d'en estre payé, vous retiriez ordre d'eux de luy en payer une moitié et, trois mois après, l'autre moitié.

Aff. étf. , Pays-Bas, I. 4i, f" 453. — Minute corrigée <!e la main de Rousserean.

À M. DE TURENNE

Paris, 9 novembre 1687.

(extbait.)

J'ay receu les deux lettres que vous avez pris la peine de m'escrire par les srs Fisica et de Brigny, qui m'ont encore rendu un compte particulier de Lestât des choses et de tout ce que vous les avez chargez de me dire. J'ay esté fort ayse d'apprendre que la tentative que les ennemis ont faicte pour insulter'2 Mardik n'ayt pas reussy et que les Anglois ayent esté satisfaits de la vigueur qu'ont tesmoignée 3 les soldats français que vous y avez envoyez très à propos, et je ne considère pas faut, en ce rencontre, la conservation de Mardik et l'affront que les ennemis y ont receu. que ladvautage d'affermir de plus en plus nostre union avec les Anglois et leur oster les petites mesfiances qu'ils avoient conceues sans aucun fondement4.

1 II faudrait grammaticalement : pour I -es mois de ta vigueur qu'ont tesmoignêr

laquelle. sont de la main de lîmissereau et en inter-

1 Le mol insulter est écrit en interligne ligne. et corrige reprendre. * Depuis et je ne considère pas jusqu'à la

Novembre 1*157. Les advis que j'ay par mes correspondais de Flandres sont que les ennemis, aprez s'estre retirez de Mardik, avoient publié, dans le pays, qu'ils n'y estoient allez que pour raser les travaux que nous avions commencé de faire au fort bas, et non pour attaquer la place, et qu ils avoient exécuté leur dessein; ce qui ne s'ajuste guère avec la quantité de1 fagots et des2 grenades qu'ils laissèrent en partant, et qui marquent assez que, q'uoy qu'ils disent, ils estoient venus dans la resolution d'attaquer. On adjouste qu'ils furent fort estonnez quand ils sceurent que vous vous estiez desja advancé avec l'avant-garde de l'armée jusqu'à Bourbourg, et qu'ils ne l'ont pas moins esté d'apprendre que, le mesme jour dont ils s'estoient retirez la nuit3, on avoit recommencé à travailler avec plus de diligence et de chaleur qu'auparavant à la fortification du fort bas, qui leur donna plus d'inquiétude que je ne sçaurois vous dire \ estant persuadez que, si une fois il est en deffense et que nous y mettions le nombre de soldats qui sont nécessaires pour cela5, il leur sera, aprez, impossible de le reprendre, et qu'ils se trouveront dans un grand embarras; ce qui nous doit encore exciter davantage à faire les derniers efforts; et les Anglois ont grand tort d'y avoir apporté tant de nonchalance dans le commencement et différé si longtemps à faire venir les palissades, les planches, les matériaux et les autres choses nécessaires pour cette fortification. Il faut fort les solliciter de reparer le temps perdu ; mais le principal c'est que vous demeuriez de ce costé-là avec l'armée le plus longtemps qu'il se pourra; car les ennemis, vous voyant si prez de Mardik, iront plus bride en main et nous donneront peut-estre le temps d'accommoder ce posle, en sorte que nous en aurons l'esprit en repos, et je vous asfin du paragraphe, ce passage est écrit en sens est : pendant le jour qui suivit la nuit interligne et en marge de la main de Rous- dans laquelle ils s'étaient retirés, sereau. ' Les onze mots depuis leur donna jus-

1 Les mots la quantité de ont été ajoutés qu'à dire sont écrits en marge de la main de sur la marge par Roussereau. Roussereau.

2 Et des a été écrit en interligne par Rous- 5 Depuis deJJ'ense jusqu'à pour cela, le sereau et corrige les. passage a été écrit en interligne par Rous-

3 Cette phrase étrange se comprend. Le sereau.

DU CARDINAL MAZAR1N. 205

seure de nouveau que, si vous aviez creu que mon voyage à Calais Novembre 16&7. eustpu contribuer à advancer les choses, je serois party à l'instant pour m'y rendre, quoyque mon mal ne m'ayt pas encore quitté.

Vous ne pouviez pas mieux agir que vous avez faict avec l'ambassadeur d'Angleterre. On a fort approuvé tout ce que vous luy avez dict pour luy faire comprendre que les difficultez qu'il y a à la conservation de Mardik ne se sçauroient surmonter si, de leur costé, ils ne font pour cela, aussi bien que nous, les derniers efforts, et le Roy a aussy trouvé bon l'ordre que vous avez donné à M. Reynolds de commander dans ladicte place pour Sa Mld, puisque M. le Protecteur l'a souhaité ainsy,

Je ne vous dis rien pour les vivres, parce que le s' de Goulanges porta les ordres nécessaires à Jacquier1 afin qu'ils ne manquassent point, et, après mon arrivée à Paris, M. Le Tellier a parlé à Jacquier [et] a Laisné, et moy2 à M. le Procureur gênerai, en sorte qu'il n'y aura point de difficulté ny pour ce qu'il faut mettre dans Bourbourg.

Mazarin promet que l'argent ne manquera pas, et il termine en lui parlant de la charge de grand chambellan achete'e par un neveu de Turenne.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5i A; minute. — Aff. élr., France, t. 272 , f" 3oi ; copie du temps.

AU CHEVALIER DE TERLON

[Paris]3, 9 novembre 1 007.

(extrait.)

Il y a tantost six semaines que je suis fort travaillé de la gravelle,

Jacquier, munitionnaire général, n'é- grâce à ou grand nombre d'ouvriers venus

tait pas seulement chargé des vivres, il eut de Calais.

aussi la mission de rendre les canaux du 2 Depuis le commencement du parapays navigables, afin qu'ils pussent servir graphe jusqu'à et moy, ce passage est écrit aux transports de toute sorte que l'on devait en marge de la main de Koussereau. effectuer. Il y parvint, nous dit Turenne, a La copie ne porte pas d'indication de

Novembre 1667. CU quoyque je me porte mieux, je ne suis pas encore en estât de rn appliquer aux affaires comme je voudrois. C'est pourquoy il m'a esté impossible de faire une response si particulière que j'eusse voulu à vos depesches depuis la mort de M. d'Avaugour1; me remettant donc de vous escrire au long sur toutes choses la semaine prochaine, je vous diray seulement que vous pouvez asseurer le roy de Suéde que j'av desjà travaillé conformément à ce qu'il vous a dict.

Pour ce qui est des assistances, quoy que les finances du Roy soient en très-mauvais estât, je fais tout ce que je puis pour lu y envoyer quelque somme d'argent. J'espère, dans la semaine qui vient, de vous mander positivement ce que j'auray faict là-dessus. Ce que je demande de tout mon cœur à cette majesté est de ne rien oublier de ce qui peut despendre d'elle pour diminuer le nombre de ses ennemis. Vous luy direz aussy que l'on me mande comme une chose asseurée que le roy de Hongrie, pressé par les Espagnols qui voyent leurs affaires en mauvais estât en Flandres, leur doit envoyer tout d'un coup six mille hommes de pied et quatre mille chevaux, sous prétexte d'aller combattre les Anglois qui ont pris pied à Mardik; et quoy que cela reculera sans doute les affaires en ce pays icy, nous en sommes bien aises, puisque par là les forces que la maison d'Austriche employé contre la Suéde viendront à estre affoiblies.

Espoir d'un prochain accommodement entre la Pologne et la Suède. Le chevalier de Terlon doit rester en Suède jusqu'à nouvel ordre; on lui envoie de l'argent. Le Cardinal termine ainsi sa de'pêche :

Vous sçaurez aussy qu'après la mort de M. d'Avaugour, j'ay faict payer quatre mille risdalles qui luy estoient deues, et que le sieur Massé les a recettes. J'auray aussy soin de ses parens, car on n'en sçauroit assez faire pour une personne qui a si bien servy, comme a faict ledict sieur d'Avaugour.

lieu; mais, au 9 novembre, la Cour était à était mort, comme on l'a dit, à Lubeck, le Paris. 1 1 septembre 1657. (Voy. t. V, p. 795, des

1 Cet ambassadeur de France en Suède Lettres de Mazarin.)

Novembre i CS 7.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colberl, t. 5i A, f° £o3 v°; minute. — Aff. ëtr. , France,

t. 272, f° 3o3; copie du temps.

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