À M. BLONDEL
[Paris]1, \h novembre 1G57.
(extrait.)
J'approuve fort la resolution que vous avez prise de suivre M. l'électeur de Brandebourg pour nous tenir advertis de ce qui se passera en ce voyage et en l'entreveue qu'il va faire avec le roy de Pologne. Ce que vous avez faict a esté aussy fort à propos pour diminuer sa froideur, qui s'augmentoit tous les jours de plus en plus entre ledict électeur et les Suédois. Vous continuerez à agir en cette mesnie conformité, nonobstant le bruit qui court et duquel personne ne doute point, que ledict Electeur se soit engagé, par traité, non seulement avec la Pologne2, mais avec la maison d'Austriche; car, comme, d'un costé, on aura peine à accomplir les conditions qu'on luy a promises, et de l'autre, la mésintelligence qui commence à naislre entre les Polonois et les Austricliiens, qui ont des interests tout différents, pouvant augmenter et produire l'accommodement de ce royaume-là avec la Suéde, ce roy s'estant déclaré de vouloir rendre la Prusse, il pourra aysement arriver, nonobstant toutes les promesses que cet Electeur a faites à l'Isola, qu'elles ne soyent pas exécutées et qu'il se reunisse plus que jamais avec la couronne de Suéde, à quoy il auroit sans doute
' La copie ne porte pas d'indication de occupait de ce royaume, de la Lillmanie et
lieu. de l'évôcbé de Warmie ; qu'à celle condition ,
LYIrrlrur de l>r,indebourg avait, en la Pologne reconnaîtrait la souveraineté Je
effet , signé le 19 septembre 1 G5y , avec la l'Électeur sur le duché de Prusse. Celli' re-
Pologne, le traité do Wébm dans le duebé nonciation de la Pologne à ses droits sur le
de Prusse. Les principales conditions du duebé ne devait avoir lieu qu'en faveur de
traite «le Wélau étaient que l'électeur de Frédéric-Guillaume et de ses descendants
Brandebooijg rendrait à la Pologne ce qu'il mâles.
Novcmbrei657. répugnance s'il voyoit qu'on ne se fiast plus en luy, et cela seroit mesme capable de le faire précipiter à faire des pas, auxquels il hésite encore.
Mazarin espère que le gentilhomme qu'il a envoyé' de Metz à l'électeur de Brandebourg contribuera à le détacher de l'Autriche. Il engage Blonde! à agir de concert avec lui pour tâcher de gagner le comte de Schwerin, principal ministre de l'Electeur.
Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i A, f° koh\ minute. — Aff. étr. , France,
t. 972, f° 3o6; copie du temps.
À M. DE THOU
AMBASSADEUR EN HOLLANDE
Paris, 16 novembre 1667.
(extrait.)
Le Roy est lousjours de plus en plus satisfait de vostre conduite, et vous devez estre asseuré que je ne perds aucune occasion de faire valoir le zèle et l'adresse avec laquelle vous le servez. H est bon que vous continuiez à prendre la peine d'escrire à tous les ministres1 du Roy et d'advertir particulièrement M. de Comminges2 de tout ce qui peut contribuer à l'accommodement du Portugal avec MM. les Estats [des Provinces-Unies],'continuant en mesme temps à faire, au lieu où vous estes.' toutes les diligences qui pourront despendre de vous pour en advancer la conclusion. 11 sera bon que vous ne vous engagiez à rien contre le sieur Bore!3, c'est-à-dire à demander en public sa révocation,
1 Le mot ministre est pris ici dans le France. On a vu, dans le tome précédent, sens de représentants de la France dans les que ce diplomate s'était montré tout à fait cours étrangères. hostile à la France et avait pris une atti-
2 Ambassadeur de France en Portugal. tude presque agressive dans l'affaire des (Voy. le tome VII, p. 455, des Lettres de navires capturés par Ruyter, affaire que Mazarin.) de Thon parvint à terminer à notre hon-
' Ambassadeur des Provinces-Unies en neur.
sans estre asseuré de l'obtenir; car autrement il en arrivèrent des in- Novembre 1657. convergents qu'il faut esviter dans les conjonctures présentes.
Nous avons tousjours de nouvelles confirmations de la partialité que M. le Rhingrave1 a pour cet Estât2. Il doit estre asseuré qu'en toutes rencontres il recevra des marques de la bienveillance de Sa Mt(i en sa personne et en ses enfans. En quoy je m'employeray comme je dois, par justice, par l'estime que je fais de son mérite et par l'amitié que j'ay pour lu y.
Il ne faudroil pas perdre un moment de temps à gagner la personne que vous me marquez, comme ayant crédit auprez de Mmc la princesse douairière d'Orange3, si cela pouvoit estre utile; car l'on mande de tous costez que non seulement l'électeur de Brandebourg a fait son accommodement avec la Pologne, mais une liaison estroite avec la maison d'Austriclie, à laquelle a eu grande part ladicte princesse, qui en a esté continuellement sollicitée par l'ambassadeur d'Espagne, ainsy que je vous ay mandé. Vous vous conduirez donc, s'il vous plaisl, à l'esgard de ladicte personne suivant les advis que vous recevrez des résolutions dudict Electeur. Car, nonobstant les engagements dans lesquels il est entré avec l'Isola4, il se pourroit faire, par d'autres rencontres, qu'il croiroit à propos pour son service de s'en retirer, et particulièrement s'il voyoit augmenter la mauvaise intelligence entre les Polonois et les Ausfrichiens qui font assez cognoistre, par la rétention de Cracovie, qu'ils n'ont autre but que de se rendre maistres de ce royaume [de Pologne], afin d'en asseurer la succession au frère du roy de Hongrie5. Et voilà ce que produisent d'ordinaire Ions les secours et assistances que la maison d'Austriche donne ! Je vous confirme qu'on ne peut rien adjouster à la passion que ladicte
' Léopold- Philippe-Charles, rhingrave, ' Emilie de Solros , veuve du stathouder
prince de Sa I m, maréchal héréditaire du Pa- Krédéric-Henri de Nassau, latiuat, pril séance, en l654, ù la diète (le \ <>\ . sur [isola, t. VII, p. khi. Il avail
Katislionne et siégea an collège des Princes. été le principal négociateur du traité de
Il ni'.iiriil en 1 (ilj.'J. Wélau.
l'ourla France. ■ Voy. le tome Vit, p. kki et 5.'5<i.
■iZABIH. — vin. 27
Novembre i «57. princesse a pour cette maison, sçachant de science certaine qu'elle ne perd aucune occasion de la servir directement et indirectement, avec une ardeur extraordinaire.
Le roy de Suéde se plaint fort de MM. les Estais, m'ayanl faict représenter non seulement qu'ils n'oublient rien pour assister ses ennemis, mais pour les eschaufler à continuer la guerre contre luy; et, entre autres choses, on m'asseure que la ville d'Amsterdam a donné au roy de Dannemark des vaisseaux et un million de livres, sans quo\ il se seroit certainement accommodé (avec la Suède). Vous voyez de quel préjudice cela est au bien public et aux interests particuliers de cette couronne1. C'est pourquoy je m'asseure que vous vous emploierez de la bonne manière pour empescher la continuation de cette assistance, et à porter MM. les Estats à estre plustost médiateurs entre la Suéde et le Danemark pour un bon adjustement qu'à perpétuer la guerre en fournissant à celuy-cy les moyens pour cela.
Mazarîn termine par quelques détails sur les intrigues de l'Espagne dans les Provinces-Unies.
GXVIII.
Bibl. nat., ins. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f" 4o6; minute. — An", etc., France.
t. 27^, f" 3o8; copie du temps.
À M. DE LUMBRES.
| Paris], 16 novembre 1657.
(extrait.)
Je n'ay rien à vous répliquer touchant la succession du royaume de Pologne, qu'on suppose avoir esté promise au frère du roy de Hongrie, si ce n'est qu'il n'y a rien qu'on croie si véritable à Prague et en toutes les cours des princes d'Allemagne ; mais j'ay tant de vénération pour tout ce qui vient de la part de la reyne [de Pologne], que je n'hésite pas à croire que cela n'est pas, puisqu'elle l'asseure ainsy.
1 De la France.
H est vray que la conduite que les Austrichiens tiennent, ayant voulu Novembre ift57t retenir Cracovie et ayant la pensée de faire la mesme chose partout où les armes du roy de Hongrie entreront, donne de plus en plus sujet à tout le monde de juger que leurs pensées soient1 de s'asseurer du royaume de Pologne, en sorte que la succession ne leur puisse estre contestée2. Et je vous prie, sur ce sujet, de dire à la reyne quelle ne doit pas s'estonner si la maison d'Austriche a tousjours la pensée distendre les bornes de sa domination, puisque le principal but qu'elle a, lorsqu'elle envoyé des secours à quelqu'un, est d'avantager ses interests et d'en tirer le plus de rescompense qu'elle peut aux despends de celuy qu'elle secourt: car c'est une maxime de laquelle ladicte maison se trouve si bien, qu'il n'y a pas apparence qu'elle la veuille changer.
Le plus beau coup que la reyne puisse faire pour sa gloire, poulie bien et les inlerests de son mary, pour son repos et advantage, et pour celuy de toute la Pologne, est d'employer son crédit, sa prudence et son adresse pour faciliter à tout ce qui peut servir à une prompte conclusion de la paix avec la Suéde; car par là tous les projets de la maison d'Austriche pour se rendre maistresse de ce royaumelà seront renversez, et la France luy en aura une très-grande obligation. J'espère que l'arrivée du sieur Akakia vous aura donné moyen de mettre cette affaire en bon estât, puisque vous me mandez que ladicte reyne \ seroit sincèrement portée; etquoyque le roy de Suéde demande quelque rescompense d'argent pour la restitution de la Prusse, c'est un grand point qu'on l'ayt pu faire résoudre à prononcer le mot ; car je ne doute pas qu'il ne se relasche après et ne se contente de quelque chose raisonnable, qui3 soit très advantageux à la Pologne de luy ac-
1 11 y a bien soient dans le manuscrit. noble Polonais, Michel Koributh WiBnio-
Cette éventualité devait en tout cas tar- wiecki. qui était, du reste, une créature
der a se produire, puisque le roi Jean-Casimir de In cour de Vienne, auquel succéda à sou
demeura surle tronc- jusqu'en 1669. A celte tour Sobieski.
époque il eut pour successeur, non point un Le manuscrit porte qui ; il semble qu'il
prince de la maison d'Autriche, mais un faudrait qu'il.
Novembrei657. corder pour se mettre en possession de toutes ses places en un instant, renvoyant les troupes du roy de Hongrie qui ne songent qu'à achever .de ravager ce royaume, [en licenciant]1 les autres qui ne luy seront pas nécessaires, et establir ainsy une tranquillité qui fasse refleurir toutes choses et rende la Pologne aussy heureuse et abondante qu'elle estoit par le passé.
Je vous prie de conjurer la reyne, de ma part, d'y agir de la bonne manière, l'asseurant qu'elle ne sçauroit rien faire de plus advantageux pour la Pologne, ny pour elle, ny qui oblige tant le Roy et la Reyne. Quand il n'y auroit que ce motif, je suis asseuré qu'il feroit grand (sic) force sur son esprit.
Pour ce qui est de l'offre qui vous a esté faicte à l'esgard de la succession, de laquelle elle vous a dict qu'on parleroit bienlost, vous luy pouvez dire, de ma part, qu'en ayant informé Leurs Majestez, Elles m'ont commandé de vous escrire de la remercier et de l'asseurer qu'Elles ne perdent pas le souvenir de l'amitié qu'elle leur tesmoigue en cette rencontre ; et vous luy pourrez dire qu'on employera volontiers la somme d'argent qu'elle vous a dicte pour pouvoir asseurer la succession du royaume de Pologne à quelque prince françois, ou autre qui soit amy et partial de cette couronne, et qu'on se conduira entièrement en celte affaire comme ladicte reyne nous prescrira, sans faire démarche ny diligence que par [ses] advis 2 et de la manière qu'elle nous fera sçavoir estre nécessaire pour conduire l'affaire à bon port. 11 faudroit seulement pouvoir estre moralement asseuré que, moyennant cette despense, la chose reussist.
. ' La copie porte bien à licencier ; mais le ~ La copie porte les advis; mais il est
sens exige un participe. évident qu'il faut ses advis.
Novembre 1667,