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Bibl. nai., ms. f. fr. , Mélanges de Colberl , t. 5a, f" 60 v°. — Minute de la main de J.-B. Golbert.
À M. DE LUMBRES.
Paris, 7 février 1 658.
(extrait.)
J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du 19 du passé, la continuation des soins de la reine [de Pologne] pour tout ce qui peut estre propre à establir le calme dans la Pologne et advantageux à cette couronne. Les excez des gens de guerre dans ce royaume-là contribuent beaucoup à îadvancement de la paix avec la Suéde, et j'espère qu'à l'arrivée du sieur Akakia, l'on aura pris une bonne resolution et telle qu'elle nous donne lieu d'en espérer promptement un heureux événement, malgré la partialité du vice-chancelier1 et des autres adhérents à la maison d'Austriche, puisqu'il n'y a pas de raison capable de persuader aux Polonois qu'ils doivent continuer de souffrir des misères de la guerre pour plaire à la maison d'Austriche et refuser le repos duquel il est en leurs mains de jouir par la conclusion de la paix avec la Suéde, qui leur faict recouvrer la Prusse2 et Gracovie, et les délivre des oppressions qu'ils souffrent encore plus de ceux qu'ils disent estre en Pologne pour les secourir que de leurs propres ennemis.
La mefîiance qu'a la reyne de voir tomber Thorn3 entre les mains du roy de Hongrie est très-bien fondée; mais je suis bien ayse de voir
1 Probablement Boguelas Leszczynski, 3 Jadis ville libre impériale, Thorn, cité qui mourut, en 1 060, après avoir été pen- fortifiée de la Prusse, appartenait depuis dant plusieurs années chancelier de Po- plusieurs siècles à l'ordre teutonique, lorslogne. qu'en i655 elle avait été prise par le roi
2 La Prusse royale, capitale Dantzick. de Suède.
DU CARDINAL iMAZARIN. 301
que le remède, pour en guérir, soit entre les mains du roy et de la Février i658". reyne, puisqu'en profitant des facilitez que le roy de [Suéde] l apporte pour la conclusion de la paix, Leurs Mtw recouvrent ladicte place et [en outre]2 la Prusse. C'est pourquoy ces justes soupçons doivent estre un [des] principaux motifs pour obliger Leurs Mtcz à gagner des momens pour faire la paix, car si elle [la paix] rencontre des obtacles que le roy de Suéde reconnoisse difficiles à surmonter, il ne faut pas doubter qu'ayant tant d'ennemis sur les bras et voyant le roy de Hongrie le devenir ouvertement, il ne prenne le biais qu'il jugera le plus propre pour l'en empescher, et il estimera que celuy de luy remettre la Prusse, moyennant des conditions advantageuses qu'il exigera, sera le plus propre et le plus efficace.
J'approuve fort l'expédient, proposé par la reyne de Pologne, de remettre les deux places de Thorn et de Hœrft (?) 3 entre les mains du roy; mais comme il est plus à propos que la proposition en soit faicte audict roy de Suéde de la part de ladicte reyne que de celle du roy, il est bon que vous en ayez escrit au chevalier de Terlon, lequel n'oubliera rien de ce qui pourra dépendre de luy pour faire réussir la chose. Je vous réplique pourtant que le plus court et le meilleur pour la Pologne ce seroit de conclure tout simplement la paix et de recouvrer la Prusse toute entière.
Je crois la reyne de Pologne si bien establie dans l'esprit du roy, son espoux, et avec tant de serviteurs en Pologne, qu'aucun mauvais office de la maison d'Austriche ne sera capable de luy faire du mal et d'autant plus que les Polonois ne peuvent plus souffrir les misères qui leur sont causées par les desordres des troupes autrichiennes, et souhaitent avec passion la paix avec la Suéde pour s'en délivrer; outre l'antipathie qu'ils ont toujours eue pour ladicte maison [d'Austriche], je crois qu'ils seroient capables de faire une souslevation générale s ils voyoient que la reyne de Pologne les deust quitter pour rie pouvoir
La minute porte Pologne; mais il est 3 Ce nom est douteux. On trouve une
••vident qu'il s'agit ici du roi de Suède. ville appelle Heeft, sur la Vistulc, au S.-E.
Les mots, en outre,, sont douteux. de Danlzick.
lévrier iG58. résister 1 aux prétentions du roy de Hongrie, irrité contre elle parce qu'elle auroit poursuivi avec fermeté le restablissement du calme dans la Pologne par le moyen de la paix avec la Suéde; mais en cas que, contre mon sentiment et contre toute sorte d'apparence, ce que ladicte reyne craint arrivât, Sa Mlé doit estre assurée qu'elle recevroit du Roy et de la Reyne toutes les marques d'amitié et de tendresse qu'elle pourroit désirer, et qu'en mon particulier je la servirois avec tout le respect qui est deub à une si grande reyne et qui auroit si servy le Roy.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° 120 v°. — Minute de la main de J.-B. Colbert.