‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 3)Chapitre 68 sur 123 · CXC1X · texte numérisé non relu

CXC1X

Bibl. nat. , ins. f. fr. , Mélanges de Colbert, 1. 5-2 , f° 24 1. — Minute.

À L'AMBASSADEUR LOCKART.

Mardik, 3) mai î 658.

La conduite des ennemis, qui font escouler toutes les eaux et s'advancent en corps d'armée vers Saint-Omer, faict assez cognoistre que

' Les Lcllres de M"" de Sévignc parlent souvent de M"" de Fiennes, qui s'appelait Mh de Fruges, avant son mariage avec des Chapelles, donl elle ne porta jamais le nom. M de Montpensier(Me/«., I. III, p. g65) iale son avarice. M"" de Fiennes exerça but le frère de Louis XIV une funeste influence. Il en scia question plus loin à l'occasion de la maladie du Roi.

HAZABIH, - VIII.

On \oil que nous avions pris le parti de rire île noire échec à Oslende; les Espagnols nous avaient devancés dans les relations qu'ils en avaient rédigées et qui couraient l'Europe; car Gramont, à Francfort, dit irqu'ils en faisaient des comédies perpéluelles et axaient tourné la chose sur un tel burlesque, qu'il n\ avait pas moyen d'y résister».

INlftinr.RiE RAT]

Mai i658. leur intention est de nous donner jalousie de tous costez pour entreprendre le secours1 par l'endroit où l'on sera moins préparé à l'erapescher; et il y a grande apparence que ce sera de ce costé-cy, aprez s'estre mis en posture de se donner la main avec Gravelines par la prise de Bourbourg.

H est donc nécessaire, s'il plaist à V. Exe, de ne pas perdre un moment de temps à se retrancher et de la bonne manière, et, pour cet effect, M. de Turenne voudroit que V. Exe. y employast deux mille hommes commandez du corps anglois. Je la supplie donc de vouloir donner les ordres, comme je le feray de mon costé, afin que les outils soyent prests et ce qui sera nécessaire pour advancer le travail, le Roy faisant estât d'y estre en personne.

Je croy aussy à propos de luy représenter 2 que nous sommes engagez en une très-grande affaire, à la veue de toute la Ghrestienté, et ainsy il me semble qu'il faut mettre le tout pour le tout pour conserver la réputation des deux royaumes. V. Exe. doit estre persuadée que je n'[y] oublie rien 3 ; mais elle me permettra de luy représenter et de la faire ressouvenir que j'ay tousjours creu que nous aurions deux mille Anglois, sur ce que V. Exe. m'a faict espérer qu'estant une fois engagez dans cette entreprise, nous ne manquerions pas de troupes. Je la conjure donc de depescher de nouveau à S. A. S. 4 pour la supplier de nous envoyer, au moins, deux mille hommes, outre les mille5; et parce que toutes les raisons de gloire et d'interest la persuaderont de donner sans delay cette assistance, je ne doute pas que S. Alt. ne l'accorde, pendant que le Roy depesche aussy de tous costez pour faire advancer des troupes, afin que, cette armée estant de plus en plus fortifiée, les ennemis perdent l'envye de tenter le secours, ou, le faisant, n'en ayent que la honte. Les fascines et les boulets sont absolument nécessaires. C'est pourquoy il sera bon de faire une recharge6 et gagner des momens

' De Dunkerque. ' Au Protecteur.

- De représenter à Votre Excellence. ' Déjà arrivés en France.

1 Que je n'oublie rien pour le succès du " De faire de nouvelles instances pour en

siège. obtenu-.

en une chose si nécessaire. Je ne dis rien des tonneaux, car je ne doute •'"•» I(^* pas que V. Exe. n'ayt ordonné ce qu'il faut là-dessus.

Il faut estre préparé tousjours à de grandes difficultez dans l'entreprise de grandes choses; car ainsy on les surmonte avec plus de facilité. J'espère qu'il nous arrivera de niesme, V. Exe. continuant à agir comme elle faict et S. A. S. donnant les assistances qu'elle peut [donner] et sans retardement. V. Exe. m'excusera des peines que je luy donne, parce qu'elles sont principalement causées de1 l'envie et la passion que j'ay de voir réussir cette entreprise à la gloire et à la satisfaction de S. Alt. Ser. et de V. Exe.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5-3, f° 0.I11. — Minute.

À LA REINE

Mardik, ici juin iG58.

J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu de m'escrire par M. de Montpezat, lequel m'a dict la chaleur avec laquelle vous avez pris la peine de vous employer pour l'exécution des choses que nous souhaitions, et le Confident vous en est tres-obligé. Je luy ay faict voir vostre lettre, et quelque chose qu'on luy2 ayt pu dire, il n'a rien faict jusqu'à présent qui vous donne sujet de vous plaindre qu'il ayt manqué à ce qu'il vous a promis; et s'il l'avoit faict, j'aurois esté le premier à vous en advertir, afin <i'\ pouvoir remédier par vostre assistance.

Comme je croy que cette affaire ira de long3, j'ay proposé au Confident de unis aller faire une visite, laissant tout icy, pour s'y en retourner aprez; et quoy qu'il voudroit [sic) tousjours estre avec vous, je vois <pi il a quelque peine à quilter, pour deux ou trois jours, cecy. Neantmoins j'insisteray avec espérance d'en venir à bout. Cependant je suis, du meilleur de mon cœur, entièrement à vous.

De dans !<■ Béas il'' par. — ~ Il y n bien luy dans la minute. Il semble qu'il faudrait — Traînera on longueur,

Juin 1 658. ___^

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° ah 5. — Minute.

A LÀ REINE

Mnrdik , 2 juin i658.

J'espere de pouvoir disposer le Confident à faire un voyage à Gaiais, nonobstant tous les engagemens, dans lesquels il est entré avec le Dieu de la guerre, de ne la quitter pas un seul moment; et il se pourra bien l'aire que vous l'ayez demain à disner avec vous. Ce voyage est d'autant plus nécessaire qu'il est nécessaire l de recevoir le beau-fds de M. le Protecteur, qui doit partir demain de Londres pour venir complimenter le Roy et la Reyne. Il aura plus de cent gentilshommes avec luy, à ce que M. de Bordeaux m'escrit, et comme il les faudra traiter et loger, on sera bien empesché les deux ou trois jours, demeurant à la Cour2. Il sera bon que vous ayez la bonté de prendre la peine d'ordonner que quelqu'un songe à leur logement; car ce sera aux officiers du Roy à se préparer pour les traiter le plus honorablement qu'on pourra.

La nuit passée, est entrée dans Dunkerque une petite barque, sans qu'on l'ayt pu empescher. On croit qu'il y avoit des officiers; et c'est tout ce que je vous diray pour cette fois, souhaitant avec passion de n'estre pas obligé à vous escrire demain.

1 La répétition du mot nécessaire est bien ~ Pendant les deux ou trois jours qu'ils

dans la minute. demeureront à la Cour.

===^=^==^======^===== Juin iC5S.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5a, f° a 'i 5 . — Minute.

AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX

Mardik, a juin i658.

( EXTRAIT

J'ay receu presque en mesme temps vos lettres du 99 et du Sa du passé. Vous ne pouviez mieux insister que vous avez faict auprez de M. le Protecteur pour l'obliger à nous donner une plus grande assistance de troupes que Son Alt. n'a faict jusqu'à présent; mais quoyque je compatisse entièrement aux raisons qui l'empeschent d<* le faire, je suis bien fasché de voir les armes du Roy et sa personne engagez à cette entreprise sur le fondement qu'il nous seroit envoyé d'Angleterre des hommes et d'autres choses bien au-delà de ce que M. l'ambassadeur Lockart nous avoit promis, et que cela manque d'une telle façon que les recrues mesme du corps anglois, pour lesquelles j"a\ faict donner l'argent à Paris, il y a plus de deux mois, ne sont pas encore seulement arrivées, et que lorsque nous attendons trois ou quatre mille hommes de vieilles troupes, il n'en soit arrivé, ce matin, que deux cent soixante dix et trois compagnies de vingt1, que M. l'Ambassadeur m'avoit desjà mandé, il y a desjà quinze jours, qui estoienl embarquez pour venir icy.

On avoit aussy faict estât sur ce que M. l'Ambassadeur m'avoit asseuré <|ii on tireroit de la flotte tant de carions de batterie et de boulets qui seroient2 nécessaires pour ce siège, et cependant on n'a mis à terre que quatre pièces de vingt-quatre, et je voy pas qu'il y ayt quatre cens boulets de ce calibre-là, quoyque nous en ayons dix ou douze pièces. Il est vray qu'il y a dcsja trois ou quatre jours que M. l'Ambassadeur a depesché en diligence aux Dunes3 une personne expresse, afin de faire

1 Le mot vingt est douteux. ' Il y a bien ici aux Dunes. On désigne

- Il y a bien qui seroient nécessaires, au SOU8 renom, en Angleterre, une grande rade

lieu de qu'il seroit nécessaire. au nord de Douvres, dans le comté de Kent.

Juin 1 658. venir, sans delay, dix ou douze pièces de batterie et une quantité considérable de boulets, et qu'il ne se peut rien adjouster au zèle et à la passion qu'il tesmoigne pour le bon succez de cette entreprise et le desplaisir qu'il a de ne nous pouvoir assister comme il voudroit et de ne voir pas arriver les choses qu'il présuppose avoir esté promises.

La nuit passée, est entrée, à la faveur du vent et de la marée, une barque à Dunkerque, que nous ne savons pas encore si elle est chargée de munitions ou d'oificiers, mais nous croyons que c'est de l'un et de l'autre. Les vaisseaux, qui estoient à la rade, ont tiré une grande quantité [de coups] de canon ; mais cela ne l'a pas empeschée d'entrer. J'ay bien faict comprendre à M. l'Ambassadeur que les ennemis y en jetteroient tant qu'ils voudroient, si l'on n'a de petits batimens armez, qui prennent peu d'eau, pour les empescher, et je luy fis ressouvenir ce que je lui ay dict ou escrit cinquante fois, qu'il estoit plus nécessaire de pourvoir à cela que d'avoir de grands vaisseaux.

L'on fera tout ce que l'on pourra pour surmonter les diiïicultez de venir à bout de ce dessein ; mais je suis asseuré quelles sont bien plus grandes qu'on ne peut s'imaginer, et qu'à présent que les ennemis se mettent en corps d'armée pour venir tenter le secours, elles augmenteront aussy ; mais enfin nostre armée se renforce tous les jours, et, sans y comprendre le corps anglois, elle est composée de plus de vingtsix mille hommes, cavalerie et infanterie, et le Roy a donné ordre de faire advancer encore six mille hommes, qui seront, dans la fin de celte semaine, auprez d'Ardres, et vous pouvez asseurer hardiment S. A. S. qu'on mettra le tout pour le tout pour sortir heureusement de cette entreprise; mais au mesme temps il faut le supplier fortement de nous vouloir assister de son costé, comme elle le doit pour toutes sortes de raisons.

J'ay sujet de croire que, par les pressantes instances que M. l'Ambassadeur a faictes, on aura envoyé le canon et les boulets qu'il a demandez; mais, en tous cas, si cela n'estoit encore exécuté, je vous prie d'en parler fortement, comme aussy pour avoir présentement des . . . l

' Je n'ai pu lire le mot laissé en blanc. Il semble qu'il y a des hommes.

et de ces petites barques armées pour empescher qu'il n'entre rien au port de Dunkerque.

Leurs Majestez sont informez de la resolution que M. le Protecteur a prise de les envoyer complimenter par M. le vicomte de Fokembrige [sic) l, et le Roy part d'icy demain pour le recevoir à Calais. Vous devez estre asseuré qu'on n'oubliera rien pour luy faire cognoistre l'estime que Sa Mk; faict de la civilité de M. le Protecteur et de la personne dudict sieur vicomte; et en un mot, pour le reste, on le traitera aussy bien que la stérilité de Calais et le peu de logement qu'il y a le pourront permettre; et Sa Mlé envoyra, aprez, une personne de condition pour remercier M. le Protecteur du compliment que S. A. S. luy aura faict faire par ledict vicomte, et pour l'asseurerde sa véritable affection2; de quoy je ne doute pas que S. A. ne soit tres-persuadée par la manière dont Sa Mlc; agit pour venir à bout de cette place.

Je vous remercie de tout mon cœur du beau présent que vous m'avez faict3, et, pour me prévaloir de la liberté que vous voulez que je prenne, je vous prie de m'envoyer, par la première occasion, de [l'aie]4 qui me semble beaucoup meilleur que de la bière, vous asseurant que je ne perdray pas le souvenir des soins que vous prenez pour m'obligev aussy bien dans les petites choses que dans les grandes.

Juin i(358.

' Falcon bridge, gendre de Cromwell.

a La personne envoyée fut le duc de Crequi ; le neveu de Mazaiin fut au nombre des gentilshommes qui l'accompagnèrent.

n II s'agissait probablement de friandises anglaises, dont il a été" question ci-dessus p. 384, dans une lettre à la Reine.

4 Le manuscrit porte de taille.

Juin iC58.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, l. 52, f" 2^17. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 3 juin 1 058.

(extrait.)

En arrivant icy, j'ay [fortement pressé]1 pour faire charger toutes les belandres (bateaux plats), qui estoient au port, de fascines, de piquets, de boulets, de sacs-à-terre, de madriers, et autres choses, dont le commandant de l'artillerie avoit envoyé un mémoire au sr de S1 Hilaire2; s'il y avoit assez de bateaux, vous ne manqueriez pas de fascines; mais outre qu'il n'y a pas le nombre qu'il seroit à souhaiter, j'ay esté fort surpris quand j'ay veu que de grands vaisseaux de deux cens tonneaux ne pouvoient pas charger deux mille cinq cens fascines. Enfin vous devez estre asseuré qu'on surmontera, à quelque prix que ce puisse estre, toutes les difficultez, et je seray fort trompé si vous manquez de quoy que ce "soit qui puisse estre nécessaire pour venir heureusement à fin de l'entreprise, à laquelle les armes du Roy sont engagées.

Vous trouverez ci-joint un mémoire de tout ce qu'on vous a envoyé, la nuit passée, et de ce qu'on fera partir encore par la marée prochaine; et l'on chargera pressamment de fascines tous les vaisseaux qui arriveront dans le port, voyant bien que nous sommes plus en estât de manquer d'embarquemens 3 que de fascines.

Je feray embarquer demain deux pièces de 33, que je tire de la citadelle avec les affusts nouveaux, et j'ay pris cette resolution parce que je voy que je puis tirer d'icy, d'Ardres et de Montreuil, autant de boulets de ce calibre qui vous peuvent estre nécessaires, dans ce siège, pour faire tirer pressamment les quatre pièces que vous en aurez, et

1 Les mots entre crochets sont écrits en 2 Voy. ci-dessus, p. 376.

abrégé et douteux; mais le sens général de 3 De navires pour embarquer les fas-

la phrase ne l'est pas. cines.

pour plus grande précaution , je depesche exprez au Havre, où Mme d'Ai- Juin i658. guillon est à présent, pour la prier de m'envoyer en diligence quatre ou cinq mille boulets de 2&, quoyque je ne doute pas que vous n'en avez d'Angleterre une très-grande quantité, aprez ce qu'en dict hyer au soir M. l'ambassadeur Lockart.

GCIV.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbcrt, t. 5a, f° 338. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 5 juin î 658.

(extrait.)

Je ne reçoy que présentement vostre billet du 3 à midy, et vous avez veu par ce que je vous ay escrit, en arrivant icy, et par le mémoire que j'ay joint à la lettre, que je gagne des momens, afin de vous envoyer pressamment tout ce qui vous peut estre nécessaire1.

J'espère faire partir aujourd'huy deux belandres et deux vaisseaux chargez de fascines, de piquets, de madriers, de sacs-à-terre, de paniers, de boulets de 2/1 et de 33, avec les deux pièces de ce calibre et les affusls nouveaux. Je me suis souvenu qu'il y avoit, pour le moins, quinze cens boulets de 33 et de 2 4 à Ardres. J'ay envoyé un gentilhomme et escrit à M. de Rouville2 de les faire charger, et devant qu'il soit deux heures, ils seront arrivez icy et mis dans les vaisseaux qui doivent partir ce soir. Vous aurez plus de 600 boulets pour les quatre pièces de 33 et pour celles de 26, et quoyque je ne doute pas, par la parole positive que m'en a donné M. l'Ambassadeur, qu il n'en soit arrivé une grande quantité d'Angleterre, avec les fascines et les pièces

1 Dans la nuit du h au 5 juin, on avait ou- sortie d'infanterie et de cavalerie qui fut revert la tranchée contre Dunkerque par trois poussée.

endroits, deux du côté des Français, le troi- ' Hercule lxmis, marquis de Rouville,

simie, du côté des Anglais. \ l;i pointe du Domine maréchal de camp en i65l, mort

jour, le 5 juin, les assiégés firent une grande en 1 677. Il était gouverneur d' \rdres.

UAZARUS. VIII. 00

ivrnni' rit lATmt m i

Juin i658. de ih qu'il avoit demandez par une personne qu'il avoit despeschée exprez, neanlmoins je ne manqueray à aucune précaution dans un point qui peut estre très-important dans la suite du siège. J'ay depesché un gentilhomme à Dieppe et au Havre pour en tirer cinq ou six mille [boulets], et j'ay donné les ordres nécessaires pour les faire charger sur des belandres, sans perdre un moment de temps.

Je fais encore escrire, par un marchand d'icy, à Flessingue, pour en faire acheter deux mille1 de 26, et vous les faire envoyer droit au camp. C'est le comte de Moret qui a adverti de la chose; et le marchand a asseuré que, le temps estant bon, vous les recevrez asseurement avant qu'il se passe quatre ou cinq jours.

Il y a encore un commissaire2 de l'artillerie à Montreuil, qui attend le retour de M. le duc d'Elbeuf, lequel m'a promis de m'en envoyer la plus grande quantité qu'il pourra, et j'espère que ce ne sera pas moins de douze à quinze cens. Je ne vous parle pas de boulets à couleuvrine, parce que, outre les six cens qui sont dans le magasin de Mardick, M. l'Ambassadeur m'a asseuré qu'il vous en feroit fournir de l'armée3 la quantité que vous voudriez.

Je ne veux pas oublier de vous dire, en passant, que M. le duc d'Elbeuf, ayant faict cognoistre à M. Le Tellier de vouloir aller à l'armée pour vous obliger de m'escrire en sa faveur, afin de luy obtenir diverses choses qu'il pretendoit, je luy ay faict dire qu'il ne devoit pas se donner cette peine, mais s'en aller en toute diligence à Abbeville et aux autres endroits de la province [de Picardie], où sa présence pourroit estre utile pour le service du Roy; et pour les grâces qu'il demandoit, je vous diray, en un mot, que je luy ay faict donner les expéditions de toutes, parmy lesquelles il y avoit celle de la contribution4 et une ordonnance de quinze mille livres pour employer aux fortifications de

1 H s'agit toujours de boulets, comme manuscrit. N'est-ce pas un lapsus pour de

plusbaut. l'Angleterre?

- Ce mot est écrit en abrégé et dou- 4 Je pense qu'il faut entendre par contri-

leux. bution le droit que payaient les villages en-

3 Ces mots de l'armée sont bien dans le nemis pour s'exempter du pillage.

Montreuil, et asseurement je feray, de mon costé, tout ce qui sera Juin «658. possible pour son advantage, mais il est à souhaiter qu'il s'applique plus qu'il ne faict à la conduite du gouvernement qu'il a \ et qu'il se contente de prendre les biais pour cela qui peuvent estre plus propres pour le service du Roy et pour la satisfaction de ceux qui ont la principale part à la direction des affaires de Sa Mté.

Vous auriez des fascines au-delà de ce qu'il vous en faudroit pour le siège, si nous avions des bateaux pour les charger. J'ay despesché, pour cet effect, à M. de Longueville, à Saint-Valéry et à Abbeville, pour nous faire envoyer la plus grande quantité de gribanes2 et de belandres qu'il se pourra, et M. d'Elbeuf a ordre du Roy de donner les siens si précis qu'on ne manque pas de les exécuter sans delay.

Cependant je vous conjure d'ordonner au s1' Talon3 de s'appliquer preferablement à toute autre chose à faire descharger les bateaux qu'on envoyé d'icy, afin que, revenant sans retardement, on puisse les recharger de nouveau.

Il est bon que vous sçachiez les nouvelles que je viens de recevoir de Flandres, afin qu'en estant informé, vous puissiez mieux prendre vos mesures sur toutes choses. Je vous dira y donc que la consternation est grande [parmi nos ennemis], et que lorsque la nouvelle est arrivée à Bruxelles de vostre passage de la Golme, de ce qu'on avoit abandonné les réduits4 et les forts qui sont entre Bergues et Dunkerque5, les réclamations ont esté furieuses contre le chef qui avoit ordre de don Juan de deffendre ce passage jusqu'à l'extrémité; mais il aura une valable excuse en ce que les troupes qu'on avoit détachées pour le joindre, afin de luy donner moyen de faire cette deflense, n'estoient pas arrivées.

1 Le duc d'Elbeuf avait, comme on l'a ' Turenne nous apprend dans se Médit, le gouvernement de Picardie. moires que ces forts, situés sur la digue de 1 Barques à mâts et à voiles, de cin- Bergues à Dunkerque el distants l'un de quante à soixante tonneaux. l'autre d'une portée de canon, n'étaient pas Intendant de l'armée. en état de défense, ('-'est pour cela que les Les postes où l'ennemi pouvait se re- ennemis avaient été contraints de les abantirer. donner.

Juin i658. Qn ne doute pas , à Bruxelles, du siège de Dunkerque aprez avoir eu la nouvelle de vostre passage, et je vous diray, en un mot, qu'on me mande positivement que les ennemis ne croyent pas le pouvoir sauver1; que neantmoins on faict amasser toutes les troupes en Flandres, mais que l'armée de M. de La Ferté les obligeoit à laisser un corps du costé de Namur et un bon nombre de troupes à Rocroy; que, depuis que l'on faict la guerre en Flandres, jamais on n'avoit veu un si foible corps d'infanterie que celte année, n'ayant pas un homme, ny d'Espagne, ny d'Allemagne, ny d'Italie, et que, faute d'argent, il n'avoit pas esté possible de former encore le train d'artillerie, ny payer une partie de ce qui est deub à la cavalerie pour le quartier d'hyver, ny donner aucune assistance aux officiers généraux et subalternes de l'armée.

On adjouste que don Estevan de Gamare2 et le prince de Ligne avoient eu ordre de partir en diligence; que le marquis de Garacene les suivroit; que don Juan n'estoit pas en estât de le faire sytost à cause de sa maladie; mais que M. le Prince, nonobstant une fièvre tierce qu'il avoit encore, estoit résolu de partir, enragé, à ce qu'on m'escrit, que les ministres d'Espagne n'ayent donné un meilleur ordre pour la deffense des passages de Bergues.

Le mareschal d'Hocquincourt devoit aller à la teste de ces troupes, mais sans grande approbation de Bouteville et des principaux officiers du corps de M. le Prince.

Voilà toutes les nouvelles que j'ai de Flandres, sur lesquelles vous pourrez faire un fondement certain et régler là-dessus les resolutions que vous aurez à prendre pour le plus gran bien du service du Roy.

Mazarin termine sa lettre en revenant sur l'envoi de munitions de guerre à Tannée. (On trouve une addition dans le même sens au f° 3&2.)

1 Le 3 juin, un conseil de guerre avait avait résolu de tout hasarder pour sauver

été tenu à Ypres par don Juan d'Autriche, Dunkerque.

assisté du prince de Gondé et des principaux ~ Sur Gamare ou plutôt Gamarra, voy.

chefs de l'armée espagnole, dans lequel on ci-dessus, p. 357.

' Juin i658.

Bibl. nat. , nis. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5 -a, f° 2 85 v°. — Minute.

À M. DE TURENNE

(lulais, 6 juin 16&8.

(extiuit.)

Je ne pus pas faire hyer une response à vostre lettre du k; mais j'escrivis bien quelque chose au sr Talon l et particulièrement sur le point des outils, afin de vous en donner part2; et je vous repliqueray à présent qu'il n'est pas possible que vous en manquiez, si on descharge ce qui estoit dans le grand vaisseau, où on avoit mis les quatre petites pièces, et ce qui a esté envoyé, aprez, sur des belandres, parce que, de compte faict, il y en a quatre mille deux cens et tant, et tous sont de louchets, ou de pelles de fer ou de pelles de bois forcez et non forcez3, et je ne compte pas en cela ce que l'on avoit de reste à Mardik, et les douze cens pelles de fer ou de bois que l'on avoit envoyez, le jour avant nostre départ, à M. de Castelnau pour faire travailler à la circonvailation du costé des Anglois.

On a fourny vingt-deux mille outils, compris ceux qu'on donna à Amiens. Nous en avons encore icy; mais comme il n'y a plus de pelles, je vous supplie de donner ordre que l'on mesnage soigneusement ceux (sic)k que vous avez au camp, car je voy de la difficulté et de la longueur pour en recouvrer, quoy que je n'oublieray rien pour cela.

J'ay bien considéré tout ce que vous me mandez de la qualité de la place, de la défense que les ennemis pourroient faire, de la quantité de canons que les ennemis ont mis à l'endroit que vous attaquez et la

; La lettre à Talon, en «laie du 5 juin cirait pcut-êlrc lire. foret au lieu de forcez.

1 658, est indiquée aux Analyses. 4 Le pronom est bien au masculin et

1 Min qu'il vous donnât part. parait se rapporter au mot outils, qui se

Tel est le texte du manuscrit. Il tau- trouve au commencement de la phrase

Juin i658. nécessité que vous avez d'avoir un grand nombre de canons et de boulets et de munitions pour vous en servir, et tout ce que je vous puis dire là-dessus, c'est que je n'oublie rien de ce qui est dans la possibilité et qui dépend de la diligence et de l'application, afin que vous ayez abondamment tout ce qui vous peut estre nécessaire pour le bon succez de ce siège, et j'espère que vous aurez sujet de vous louer de mes soins.

Je ne trouve pas à redire que vous ayez obligé M. l'Ambassadeur d'Angleterre de faire revenir les six pièces de 68; mais je suis bien surpris que les dix de 2/t qu'il y a si longtemps qu'il a envoyé demander par un homme exprez, avec quatre ou cinq mille boulets de ce calibre, et dix ou douze mille fascines, ne soyent pas arrivez. Je ne puis pas pourtant m'imaginer que vous ne les ayez aujourd'huy ou demain au plus tard, et qu'ainsy vous vous trouverez bien au large pour ce qui est du canon et des boulets, desquels vous recevrez, dans ce jour, une bonne quantité par un vaisseau qui partira aprez-midy, dans lequel il y a beaucoup de fascines, les deux pièces de 33 et six affustz nouveaux, et j'espère qu'il sera accompagné de deux belandres chargez aussy de beaucoup d'autres choses.

Je vous conjure de presser instamment M. l'Ambassadeur, afin qu'il fasse instance à M. le Prolecteur d'envoyer à l'armée un nouveau secours de deux mille hommes de vieilles troupes, luy donnant adroitement de l'appréhension, comme je fais de mon costé, que, sans estre rafraischi d'infanterie l, l'entreprise sera en grand hazard; et il seroit à propos que vous escrivissiez à M. de Bordeaux une lettre ostensible à M. le Protecteur2, dans laquelle vous luy parliez de la chose bien precise[ment]3, luy tesmoignant que vous n'avez pas douté de tirer de grands secours d'infanterie d'Angleterre pour la conqueste de Dunkerque, puisque, pour la prise et conservation de Mardik, M. le Protecteur en avoit envoyé plus qu'on ne luy en avoit demandé. Cette

1 Si l'armée ne reçoit pas de nouvelles 3 On ne peut lire que précise; mais la fin

troupes d'infanterie. du mot paraît avoir été couverte par la re-

" Qu'il pourrait montrer au Protecteur. liure.

lettre, avec les instances que vous ferez à M. l'Ambassadeur, feroit un Juin i658. bon effect certainement. Je vous prie de vous souvenir de l'escrire, sans y perdre un moment de temps, obligeant ledict sieur Ambassadeur à l'envoyer par un exprez à Londres.

C'a esté une grande imprudence à ceux qui commandoient mes compagnies de gens [d'armes] et de chevaux-legers de se commettre à passer à Bourbourg sur des dunes sans avoir de l'infanterie et sans en en advertir M. de Schomberg, auquel on doit asseuremenl le bonheur d'avoir sauvé lesdictes compagnies et le bagage. Ce n'est pas que je n'aye perdu quinze ou seize chevaux légers et geus d'armes.

Aprez avoir bien examiné le chemin qu'on pouvoit faire prendre au régiment de mousquetaires et aux trois cens hommes de recrues des gardes qui sont icy, avec quelques soldats de la marine, l'on a veu de la longueur et de la difficulté à les envoyer par l'estran \ et de l'impossibilité à les faire embarquer avec leurs chevaux et charrettes, desquelles les officiers se séparent mal volontiers. C'est pourquoy on a résolu d'envoyer dez aujourd'huy à Ardres ce que nous avons icy, où il faut que les regimens de Clerembaut et de Bretagne soyent arrivez, quoyque l'on n'en ayt pas de nouvelles, et comme ce corps ne courra aucun risque pour se rendre à l'armée, si vous résolvez de l'y faire passer, et si vous donnez ordre à M. de Schomberg de l'aller recevoir à [Enquin]2. Vous pourrez résoudre là-dessus ce que vous jugerez plus à propos.

On a depesché de nouveau pour faire haster le corps qui est sur la Somme, lequel sera conduit, par le sr de Beauvezé, M. de Grandpré ne s'estant pas trouvé en estât de venir. Il y a deux compagnies de cavalerie [de] moins, que l'on a laissées pour empeschcr les courses [de la garnison] de Rocroy, où il y a un corps de cavalerie assez considérable. J'ay escrit aussy pour solliciter la marche du régiment de Montauzier royal et [de] celuy de cavalerie de Glcrambaul; mais, pour

' Voyez, sur ce mot, la page suivante. l'as -de-Calais, air. de Monlreuil. Ou trouve. Le texte porte Enouin. C'est probable- dans le mairie département, un second vilment une erreur pour Enquin, village du lage dEnquin, nrr. de Saint-Onicr.

tain i658. ceux-cy, je ne croy pas qu'ils puissent joindre l'armée de douze ou quinze jours. Je n'ay pas de nouvelles de celuy de Grancey; mais je ne doute pas qu'il ne soit en marche, et que, dans quatre ou cinq jours, il ne soit arrivé à Ardres.

La fin de cette dépêche est remplie de détails relatifs aux munitions déjà envoyées, aux mesures à prendre pour hâter le succès du siège, prévenir les désertions et assurer le passage des convois adressés à l'armée.

CGVI.

Bibl. nat. , ms. f. l'r. . Mélanges de Colbert, t. 52, f° 345 v". — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 7 juin 1 658.

(extrait.)

J'ay esté bien ayse de voir que le travail s'advance; mais jay esté tres-fasché de la blessure du pauvre Droiïay J, dont les bonnes qualitez sont trop cognues pour ne le pas faire regretter d'un chacun.

L'on a depesché encore hyer Cayeux2, major de la Fère, pour haster la marche de ce corps de cavalerie qui estoit à Riblemont [sic)3. Vous ne pouvez pourtant faire eslat d'avoir cela que dans quatre ou cinq jours, et cependant on ne perdra pas un moment de temps à vous envoyer ce corps-là par l'estran4, lorsqu'il arrivera icy, si ce n'est qu'il se confirme que les ennemis ayent jeté trois à quatre mille hommes dans Gravelines, comme m'a rapporté le gentilhomme que je vous avois despesché.

On fera, à l'esgard d'Ardres, ce que vous mandez. Je leur depesché

' Probablement lsaac de Régnier, baron 3 Auj. Ribemont, village du dép. de la

de Droué, maréchal de camp en 16/10. Somme, arr. d'Amiens. Plus haut, Mazarin

2 Nicolas-Joachim Rouault ou Rouhaull, a parlé de ce corps comme étant sur la

comte de Cayeux, puis marquis de Gama- Somme.

ches, maréchal de camp en 16^9, mort en 4 On a dit, ci-dessus, que ce mot signi-

1687, à soixante-huit ans. liait une côte plate recouverte par la mer.

tout présentement pour faire partir tout ce qu'il y a d'infanterie, aprez Juin i65& que M. de Schomberg en aura esté adverti et aura faict response qu'elle peut partir, qu'il luy aura prescrit le chemin qu'elle devra tenir et aura mandé qu'il est en estât de la recevoir.

Je supplieray mesme le Roy de vous envoyer ses compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers et de leur faire prendre le mesme chemin, afin qu'elles puissent aller de conserve avec l'infanterie, et Sa Mt<; pourra envoyer en mesme temps à Ardres la cornette1 de ses gardes, composée de cent cinquante maistres, pour y demeurer. Je feray partir aussy quarante de mes gardes pour se tenir auprez de la personne de M. le comte de Soissons et entrer dans la tranchée, quand il y entrera.

Au surplus, s'il est vray que les ennemis ayent jeté à Gravelines un corps si considérable que l'on dict, je ne croy pas que leur intention fust de tenter le secours de Dunkerque à vive force du costé de l'estran, mais bien de donner une grande alarme pour tascher de jeter un secours, [venant] de Gravelines, par le camp des Anglois. Ce qui les doit obliger2 de travailler puissamment à leur ligne et à l'estran, afin que le tout soit bientost achevé et dans la perfection.

Je ne sçaurois rien adjouster aux pressantes instances que j'ay faictes en Angleterre par le moyen de M. Lockart et de M. de Bordeaux pour avoir un renfort d'infanterie, et je vous manday h ver ce que je croy que vous deviez dire audict sr Lockart3 et de vous plaindre sur le mesme sujet.

Je n'ay aucune nouvelle du régiment de Grancey; mais je ne doute pas qu'il ne soit en marche, ayant envoyé un gentilhomme exprez pour cela, il y a desjà huict jours, et j'espère, à tout moment, d'apprendre qu'il soit arrivé à Boulogne. Et comme je songe à tout ce qui vous peut donner lieu de vous fortifier, quand ce ne seroit qu'en vous envoyant cent hommes davantage4, j'ay résolu de vous envoyer les cinq cens cinquante hommes qui sont venus de Brouage, quoyqu'ils fussent des-

Le mot cornette désigne ici In comp.i- ' Ce qui doit obliger les Anglais, etc.

j;ni'' qui portait le drapeau du corps, i Voy. Voy. la lettre précédente, p. 3()7-

ci-dessus, p. 383, note 3.) De plus que vous n'avez.

HAZABIR. — VIII. !î l

lueriMrrir. natiobah.

Juin i658. tmez pour Saint-Venant, où il n'y a pas la moitié du monde qu'il f'audroit pour la deffense de cette place. Je prétends les partager entre le régiment de la marine et celuy que commande Riberpré l, c'est-àdire entre les capitaines qui ont de meilleures compagnies; car il ne seroit pas juste d'assister ceux qui en ont de mauvaises par leur faute, et qui méritent plustost d'estre cassez, ainsy qu'on a résolu de faire2.

Après avoir déclaré à Turenne qu'on s'en remet à lui pour prendre toutes les dispositions relatives à l'armée et lui avoir annoncé l'envoi de nouvelles munitions de guerre et de bouche, Mazarin termine ainsi :

Je vous conjure avec la dernière chaleur de n'en vouloir pas user comme vous faictes, vous exposant continuellement plus que qui ce soit. Faictes-le au nom de Dieu, pour donner au Roy cette marque de zèle que vous avez pour son service, et à moy de l'amitié que vous m'avez promise, et considérez, je vous prie, en quel estât on seroit si vous veniez à estre blessé. Pour moy, je vous advoue que, quoyque tout ce qui regarde l'Estat me touche beaucoup3, ce qui me touche le plus, en ce rencontre, c'est le seul interest de vostre personne, dans lequel je prends asseurement plus de part qu'aucun de vos serviteurs.

GGVII.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colberl, t. 5a, f° 35i. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 9 juin 1 658.

(extrait.)

Je n'ay receu que ce matin vostre lettre du 7, le vent contraire ayant empesché le garde d'arriver plus tost. Par les advis que j'ay, l'armée des ennemis ne peut estre forte de plus de quatorze mille hommes,

1 Charles de Moy, marquis de Riberpré, " Les capitaines recevaient annuellement

avait été nommé maréchal de camp en i6/kj de l'Etat une somme fixe pour les recrues,

et lieutenant général en 1 656. H mourut en 3 Deux ou trois mots non déchiffrés. Le

1678. sens, du reste, n'est pas douteux.

n'ayant rien retiré de Luxembourg ny de Gravelines, et ayant laissé Juin i658. divers regimens d'infanterie et cavalerie à Avesnes et Rocroy, et deux d'infanterie qu'ils ont laissé au dehors de Hesdin; mais, [cette armée] s'approchant de vos lignes, vous en pourrez avoir des advis plus certains.

Vous devez estre persuadé que je n'oublie rien de ce qui peut dépendre de mes soins et de ma diligence pour presser toutes les troupes qui marchent pour joindre l'armée, et auparavant d'avoir receu vostre lettre, j'avois depesché deux gentilshommes, l'un aprez l'autre, au rencontre du corps de cavalerie, qui estoit campé auprez de S' Quentin, qui doit estre conduit par Seyron, ou par Beauvezé, afin de les presser à se rendre icy sans aucun delay, d'où je prétends les faire passer par l'estran \ ainsy que vous me mandez, et comme on a envoyé l'ordre de laisser leurs bagages derrière, je suis, à tous momens, dans l'espérance d'avoir la nouvelle de leur arrivée à Boulogne; mais vous vous souviendrez qu'en partant de Mardik, je vous dis que vous n'en deviez faire estât que [dans]2 sept ou huit jours.

J'avois prévenu vostre désir, ayant faict partir M. de La Salle3 avec les compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers du Roy et quatrevingts mousquetaires de Sa Mt(i ou de mes gardes ou autres regimens de cavalerie et infanterie [qui estoient] à Ardres; et quoyque je n'aye pas de nouvelles de son passage, je ne doute pas qu'il [n'ayt]4 esté heureux et qu'il ne soit arrivé dez hyer au soir à l'armée, puisque M. de Schomberg a voit receu le billet par lequel je luy mandois de prendre les postes nécessaires pour asseurer le passage des troupes. Je l'ay encore adverti aujourd'huy, par deux différentes voyes, pour faire la mesme chose pour celles qui doivent partir demain matin d'Ardfes, lesquelles seront conduites au camp par VI. de Montpezal, le Roy lux ayant donné l'ordre de se rendre ce soir à Ardres avec tous les officiers des chevaux-legers et [des] gens d'armes qui sont icy, afin de les faire

On a écrit in \eslrang. Louis Caillebon, marquis de La Salle.

1/' manuscrit porte de au lien dr ' On a écrit par distraction sans doute :

dans. qu'il ne soii tttê,

hOà LETTRES

Juin i(>58. passer, aprez, à Bourbourg, avec le régiment de Bretagne, d'autres recrues des gardes et de cavalerie et cent chevaux lorrains.

Le vaisseau de Brouage n'a pu partir que ce matin à quatre heures, à cause du grand orage qui a duré deux jours; mais comme il sera arrivé, ce matin, de bonne heure, à la Fosse de Mardik, je suis asseuré que ces cinq cent cinquante hommes [qu'il porte] seront dez ce soir, au camp, partagez entre le régiment de la marine et celuy de Riberpré, et que tout cela arrivant auparavant que les ennemis entreprennent rien sur vos lignes, vous aurez un moyen, par ce secours, de les fortifier beaucoup mieux qu'elles ne l'estoient auparavant.

Je croy que le régiment de Grancey, qui partit l'autre jour, 7me [du mois], d'Abbeville, arrivera demain au soir à Ardres et que peut-estre il y trouvera aussy le régiment de Clerambaut, ayant advis que l'on l'avoit contremandé de Paris et qu'il marchoit en diligence de ce costé-cy.

Je feray partir, ce soir, quatre belandres chargez de fascines, piquets et boulets, et Jacquier en recevra deux chargez d'avoyne de laquelle j'en envoyeray pressamment, voyant bien que, si les ennemis approchent'les lignes, il en fatfdra distribuer presque à toute la cavalerie, si vous voulez la conserver pour vous en servir aprez le siège. Je vous prie de vouloir ordonner qu'on en donne aux chevaux-legers du Roy, aux miens, aux mousquetaires et à mes gardes.

J'ay nouvelle, de Dieppe, du gentilhomme que j'y avois depesché, qu'il faisoit charger quantité de fascines, de sacs-à-terre et de boulets, et que, si le temps estoit bon, il esperoit d'estre, au plus tard, aprezdemain, à vostre rade.

On a faict partir quantité de chirurgiens et toutes les choses qu'on a demandées pour l'hospital , de façon que j'espère que les blessez seront bien traitez, ayant fourny tout ce qui estoit nécessaire pour cela et donné dès ordres tres-precis de n'espargner aucune chose.

M. de Schomberg me prie de luy envoyer trois cens palissades et deux scieurs de long, et je luy ay faict response de s'adresser à vous, afin que vous donniez les ordres pour cela, y ayant beaucoup plus de

charpentiers qu'il ne faut à l'armée, et de palissades à Mardik1, de Juin 1 658. quinze à seize pieds, qui doivent estre partagez en deux, et si on luy envoyoit cent cinquante, il aura les trois cens qu'il demande.

Si je pouvois estre asseuré que les travaux de l'estran et du costé des Anglois fussent aussy bons que ceux de vostre costé, j'aurois fort l'esprit en repos; mais, me doutant du contraire, je suis en inquiétude, et je vous conjure de mettre toutes pièces en,œuvre pour les mettre, s'il est possible, à la perfection de ce costé-là.

Il faut aussy, s'il vous plaist, advertir M. le Vice-Admiral d'estre alerte pour empescher qu'il n'entre rien par mer dans Dunkerque, parce que, asseurement, si les ennemis ont le vent favorable, ils hazarderont d'y jeter de l'infanterie et des belandres, qu'ils ont en grande quantité à Ostende.

CGVI1I.

Bibl. nat. , nis. f. fp. , Mélanges de Colbert, t. 52, f° 358 v". — Minute.

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