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Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 52 , f° 36o. — Minute.
À M. DE TURENNE
Calais, 1 1 juin 1608.
Voilà le troisième jour qui se passe sans qu'on ayt receu aucune
gouverneur de Ton! ; c'est un petit gouverne- 2 François d'Adhemar de Monteii de Griment, qui vaut 1 o à 1 2,000 livres de rente.» gnan, d'abord évêque de Saint-Paul-Trois- 1 Ces deux lettres du 10 juin 1 658 sont Châteaux, avait été' transféré à Arles en indiquées aux Analyses. Eustacbe de Chéri i643 ; il y mourut le 9 mars 1 689, à l'âge fut évêque de Nevers , de 1 6A3 à 1 666. de quatre-vingt-six ans.
nouvelle du camp; ce que j'attribue au vent contraire, qui empesche Juin i65& les bateaux de venir icy. Je n'ay rien à adjouster à ce que je vous ay escrit tous ces jours et à ce qui est contenu en la lettre cy-jointe, si ce n'est que le Roy souhaiteroit fort que vous fissiez publier un ordre rigoureux, par lequel on deffendit aux officiers de l'armée, de quelque condition qu'ils puissent estre, hors ceux qui sont de garde, de s'en aller, comme ils le font à toutes les sorties des ennemis. Le Roy m'a commandé de vous en escrire pressamment, de sa part, et on voudroit bien qu'on se fust advisé auparavant de vous en escrire, parce que peut-estre M. le comte de Guiche n'auroit pas esté blessé1. On en est fort peiné icy; mais j'espère qu'il n'en aura pas de mal.
Vous trouverez bon que je vous recommande de ne commettre2 [pas] M. le comte de Soissons; car, s'il continue la vie qu'il faict, il se fera tuer, et il me semble qu'il devroit estre satisfaict de faire sa charge, dans laquelle il court assez de risques 3.
Le malheur qui est arrivé au pauvre M. de Montpezat, qui a eu la jambe cassée d'un coup de pied de cheval, lorsqu'il avoil passé à [Evin]4, avec les troupes qu'il avoit amenées à l'armée, l'a obligé de revenir à Anlres, et M. du Plessis-Rabutin 5 doit estre arrivé hyer au soir au camp avec ces mesmes troupes, sans avoir couru aucun hazard, puisque M. de Schomberg avoit entièrement asseuré son passage.
1 Les assiégés avaient fait une sortie le 7 juin. Comme toujours, les officiers généraux étaient accourus pour signaler leur bravoure en la repoussant. Le comte fie Sois- MKU et le marquis de Créqtii eurent, ce jour-la, leurs chevaux tués sous eux, et le comte de Guiche qui combattait en volontaire Nil la main percée d'un coup de mousquet.
2 Mot douteux ; il aurait ici le sens d'exposer.
1 Le comte de Soissons qui avait eu, ce jour-là. comme on vient de le dire, un clieval tué, avait en outre été sur le point d'être
fait prisonnier par les ennemis, près des palissades de la contrescarpe.
4 On trouve dans le dép. du Pas-de-Calais, arr. de Béthune, un village nommé Evin-Malmaison. Le nom de lieu donné par le manuscrit est très douteux. Dans une lettre postérieure, le nom est écrit Envain ou Envin.
5 On serait tenté de lire du Piessis-Praslin ; mais le mot ïinbiitin est lisiblement écrit. Il s'agit sans doute de Bussy-Rabutiu .pu dans ses Mémoires, <lil être arrivé au camp le y juin.
Juin t658. Il en sera de mesme aujourd'lmy pour celles que M. de Gadagne1 amené, que j'espère qui sera auprez de vous auparavant que les ennemis entreprennent aucune chose. Je voudrois bien que M. de Schomberg y fust aussy, car c'est un bon officier; et je croy qu'il seroit bien plus utile dans l'armée qu'à Bourbourg, où pourtant il faut tousjours qu'il y ait quelqu'un capable d'y commander.
Dans le reste de cette dépêche, Mazarin parle des mouvements de troupes françaises et des pre'paratifs des ennemies pour secourir Dunkerque.
Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5a, f° 3o6. — Miaule2.
À M. DE BORDEAUX
Calais, 1 1 juin 1 658.
(extrait.)
11 est arrivé une partie des recrues de Douglas et de Roterfort; mais tout n'est pas venu encore, et nous attendons le reste avec impatience. J'ay bien du desplaisir du retardement des trois regimens qui se lèvent au nord d'Angleterre et d'Escosse; car nous sommes engagez icy à une grande affaire, où nous ne sçaurions avoir trop d'infanterie, ayant à faire à des gens qui se deffendent fort bien, et estant à la veille de voir attaquer les lignes. C'est pourquoy je vous prie de haster non seulement ces levées-là, mais l'envoi de quelque renfort considérable, comme M. Lockart m'a tousjours faict espérer, lorsque M. le Protecteur verrait l'armée du Roy attachée à cette entreprise; et cependant toutes les recrues ne sont pas encore arrivées pour le corps qui est à la solde du
1 Charles-Félix de Galéan, marquis de 2 Quoique ce volume des Mélanges de
Gadagne, maréchal de camp en 1 65 1, Heu- Colbert renferme surtout des minutes, il y
tenant général en i 055. D'après les Me- a aussi des copies qui ne portent aucune ra-
moires de Turenne, il était au camp depuis ture. La copie de la lettre adressée à l'am-
plusieurs jours; il est un de ceux qui re- bassadeur Bordeaux paraît d'une époque
poussèrent, le 7, la sortie des assiégés. plus récente.
Roy, quoiqu'il y ayt desjà plus de deux mois et demy qu'on a fourny Juin «658'. l'argent pour cela; et pour des vieilles troupes, il n'en est arrivé que huit cens hommes et dix compagnies. Ainsy il n'y a pas présentement au camp cinq mille Anglois.
Le Roy, de son costé, met le tout pour le tout et n'espargne ny soin ny despense pour faire réussir l'entreprise ; mais elle peut courir grandes risques1, si nous ne sommes assistez d'infanterie, et M. de Turenne me le déclare à tout moment, et il m'a mandé qu'il vous en escrivoit avec liberté pour en parler, de sa part, à S. Alt. [le Protecteur]. Les ennemis assemblent généralement toutes leurs forces, sans laisser un seul homme dans les garnisons, et les chefs sont desja à Ypres, c'est-à-dire le prince de Gondé, don Juan, Caracene, Hocquincourt, le prince de Ligne et Marsin. Ils font prescher par toutes les églises de Flandres que ceux qui iront au secours de Dunkerque mériteront autant que d'aller au martyre2; car ils n'oublient rien pour animer tout le monde et pour grossir leur armée, qui sera certainement de vingt mille bons hommes3, quoyqu'ils publient qu'elle sera de vingt-six mille. Vous pouvez dire hardiment que le Roy y employera toutes ses forces et n'espargnera aucune despense; elles sont desja à un point que vous seriez surpris de le sçavoir; mais il faudra voir ce qu'il plaira à Dieu d'en ordonner.
Il n'y a pas, à l'armée, de petits bastimens. Je me souviens d'avoir plus pressé M. Lockart sur ce point que sur aucun autre; car il est à craindre que, ne réussissant pas aux ennemis de secourir la place à force ouverte, ils taschent d'y jeter du monde par mer sur de petites frégates et des belandres, dont ils ont beaucoup à Ostende.
Je vous prie de considérer tout cecy que je vous escris à la haste, <-i (I en parler dans les termes que vous jugerez plus à propos pour faire
Le mol ristjiir s'employait alors an lé- seraient très heureux de pouvoir réunir
ininin comme au masculin. quinze mille hommes; mais, dans la lettre à
2 Auront autant de mérite que s'ils al- Bouleaux, il en augmente le nombre pour
laienl an martyre, stimuler les Anglais et bâter l'envoi de leurs
Ailleurs, Mazarin dit que h's ennemis renforts.
tfiZABin. — un. 5q
lUpmumiK ratioxaii.
Juin i658. impression. J'en ay entretenu M. le mylord Falconbridge, lequel m'a promis d'en escrire et de rendre tous ses bons offices. Leurs Mlt* l'ont reçu fort bien, et il est servy icy le mieux qu'il est possible, considéré la stérilité du lieu; et je luy ay dict que, pour reparer les incommoditez qu'il souffre à présent, il faudroit qu'il vint passer un carnaval à Paris. C'est un fort bonneste seigneur, et je m'asseure qu'il partira tres-satisfaict de la manière dont il a esté traité et qu'il n'aura pas sujet de se plaindre que je ne luy aye tesmoigné, avec la dernière sincérité, l'estime que j'ay pour sa personne.
En terminant sa dépêche, Mazarin insiste encore sur les levées qui se font en Angleterre, et désire qu'elles soient le plus nombreuses qu'il sera possible.
GGXI.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de dolberl, t. 52 , f° 3op, — Minute, avec une addition au folio 3 1 1 v° du même manuscrit.
À M. DE TUREME.
Calais, 1 1 juin 1 658.
( EXTRAIT
Quoyque j'aye eu le bien de vous escrire ce matin E, je vous depesche en diligence ce gentilhomme, afin que vous ayez cognoissance le plus tost qu'il sera possible des advis que je reçois de Flandres, qui serviront beaucoup pour vous esclaircir de la qualité des forces des ennemis et de leur intention, et pour vous faire bien prendre vos mesures. Je vous envoyé l'original de ces advis que M. Le Tellier vient de deschiffrer, et je vous prie de me renvoyer ce papier par ce mesme gentilhomme'2.
' Voy. ci-dessus, p. /io6. On trouvera pas surpris, les ennemis s'avançaient avec
encore aux Analyses , le résumé d'une autre une négligence que signale un de leurs chefs,
lettre du 1 1 juin î 658, adressée par Maza- Coligny-Saligny dit (Mémoires, p. 5j) :
rin à Turenne. rrNous nous approchasmes de Turenne fort
2 Pendant que, du côté des Français, on imprudemment, sans canon, sans pain, sans
prenait toutes les précautions pour n'être pics ni pelles. Ce fut l'émulation qui esloit
DU CARDINAL MAZARIN. Ml
Vous verrez que je ne me suis pas trompé quand j'ay soustenu que Juin i658. les ennemis ne pourroyent pas entreprendre le secours de Dunkerque avec plus de treize ou quatorze mille hommes, et je suis mesme en doute s'ils pourront avoir ce nombre, parce que non seulement ils n'ont rien retiré de ce qu'ils avoient dans le Luxembourg, mais don Juan y a envoyé Marsin avec quelques troupes h
Je ne fais aucune difficulté qu'ils n'entreprennent du costé de l'estran et des Dunes qui sont de vostre costé, et comme je ne voy pas que ce soit une tentative qu'ils ayent dessein de pousser à l'extrémité, j'espère aussy que non seulement ils n'auront pas un bon succez, mais qu'ils pourront courre risque de quelque chose de pis que de ne pouvoir secourir la place, estant informé, comme vous estes, de la foiblesse de leur armée, et particulièrement si les corps de cavalerie de Beauvezé et de Clerembaut peuvent estre dans le camp auparavant que don Juan ayt rien entrepris.
J'ay esté bien ayse que vous ayez retiré les Suisses de Mardik pour fortifier la ligne de vostre costé, et que, pour le mesme effect, vous ayez encore demandé un bataillon d'Anglois à M. l'ambassadeur Lockart. Je croy que vous y aurez aussy faict passer Montgommery, Bretagne et Grancé, qui sont trois bons regimens; mais je voudrois que vous eussiez encore mille Anglois, quand mesme vous seriez obligé pour cela d'envoyer un régiment d'infanterie française à M. l'ambassadeur Lockart. Si vous prenez la peine d'y employer le sr Talon, afin qu'il luy en fasse instance, de ma part, luy disant que je suis asseuré que l'intention des ennemis est de tascher de forcer la ligne de vostre costé,
entre don Juan el M. le Prince qui causa qui était, à cette époque, un des partisans
tout le mal; car l'un pour l'amour de l'aulre", dévoués de Gondé. 11 devint plus tard son
personne ne voulut représenter la faute qu'on ennemi.
faisoit de s'approcher si pics des ennemis, ' A rapprocher du compte que fait Ma-
eSt&nl si foibles et en si mauvais estât. » Il znrin à M. de Bordeaux, dans la lettre |iré-
a été question (t. V, p. 597, note 2, des cédentc, de l'effectif probable de l'armée
Lettres de Mazarin) de ce Coligny-Saligny, espagnole.
' Le sens est, je crois : l'un , pour ne pas blesser l'aulre.
/il 2 LETTRES
Juin i658. ledict sr ambassadeur vous les donnera et peut-estre les amènera luymesme pour se trouver à l'occasion.
Je vous prie de songer à ce point; car je le tiens capital par beaucoup de raisons, parmy lesquelles il y en a une infaillible : que si les ennemis font effort de quelque costé pour secourir la place, ce sera du vostre , car pour ce que M. de Schomberg mande des bateaux couverts que l'on faict accommoder à Bergues pour venir brusler les ponts que nous avons sur le canal, par un vent favorable, je croy que vous y aurez donné bon ordre, estant aysé de le faire, ou avec des estacades, que l'on peut faire un peu esloignez, ou avec quelques chaisnes et des basteaux pour les soustenir.
Je seray encore fort en repos si je sçay que MM. de Crequy, Scliomberg, Varenne et Gadagne soyent postez du costé des Dunes et que le premier soit à l'estran avec la cavalerie.
Je juge aussy que, pour fortifier de plus en plus les Dunes de vostre costé. vous y aurez fait placer bon nombre de canons, afin que vous ayez plus de facilitez à le faire servir1. Je fais partir, ce soir, le sr de S1 Hilaire, avec trois bons commissaires et. quatre canonniers, et j'envoye par luy l'argent pour le payement des chevaux d'artillerie et pour contenter les officiers, et il fera emporter généralement et avec abondance toutes les choses que le sr de Letancour m'a mandé estre nécessaires; et, outre les fascines et piquets que j'ay faict charger sur des belandres qui partiront avec luy, j'ay faict mettre aussy huit cents boulets à couleuvrine.
Je m'asseure que vous prendrez la peine de bien examiner les advis que je vous envoyé et prendrez bien vos mesures là-dessus, sans que qui ce soit au monde voye le papier que je vous envoyé. Ce n'est pas que je ne croye tres-à-propos que vous publiiez que vous avez faict recognoistre l'armée ennemie et qu'ils n'ont que treize à quatorze mille hommes2; car une telle nouvelle, et [donnée] avec asseurance, ne de-
1 Tel est le texte du manuscrit. Il faudrait servir, il faudrait lue les faire servir; les peut-être lire secourir au lieu de servir. Le se rapporterait à canons. sens serait ainsi plus clair. Si l'on conserve 2 Voy. la page précédente.
plaira pas à nostre armée, et elle fera un tres-bon effect dans l'esprit Juin i658. de tous ceux qui la composent.
Je considère que, quand les ennemis prennent la resolution, avec si peu de forces comme ils ont, d'attaquer les lignes, c'est asseurement parce qu'ils croyent ne bazarder que deux ou trois cens hommes; mais tel accident pourroit arriver qu'estant informé, comme vous estes, de Testât de leurs affaires, ils courussent risque de quelque cbose de pis.
L'on envoyé généralement tout ce que l'on demande pour l'hospital et au delà ; car on ne souhaite rien icy avec plus de passion que d'assister soigneusement les blessez de toutes choses. L'on faict partir encore aujourdhuy deux jésuistes et quatre capucins et huit chirurgiens, et l'on envoyé une belandre chargée de tout ce qui esloit contenu en un mémoire que l'on m'a adressé de Mardik pour ce qui regarde ledict hospital.
GCX1I.
Bibl. nat., ras. f. (V. , Mélanges de Colbert , t. 5s, f" 386. — Minute avec corrections
de la main de Mazarin.