‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 16 sur 125 · EXT1UIT · texte numérisé non relu

EXT1UIT

[Brùhl], 30 avril i65i.

Mazarin se plaint de n'avoir pas reçu, depuis trente-cinq jours, de nouvelles de Lionne. H continue en ces termes :

M. Le Tellier me mande tous les changements que la Reyne a taicts comme pourroit faire Renaudot5, par ce qu'il0 m'adjouste que, pour ce qu'il y pourroit avoir de caché là-dedans, qu'il ne le sçait point, et qu'il

1 Marie de Bourbon-Soissons. Voy. cidessus, p. 45, note 1.

2 Ou plutôt Lucinge. La maison de Lucinge appartenait à la Savoie, comme le prince Thomas de Savoie-Carignan, époux de Marie de Bourbon. 11 s'agit probablement ici de Prosper de Lucinge, qui fut nommé, en effet, brigadier des armées du roi de France.

3 Voy. ci-dessus, p. 67. rrLe vieux Senneterre ne manquoit jamais de se trouver chez la Beine, quand Elle sortoit de table, pour l'entretenir; c'est pourquoi on l'appe-

lait Y unis ou le coriandre de la Reine.* (Mém. de Monglat, p. 258, édit. Michaud et Poujoulat.)

4 A la suite de cette lettre, le manuscrit contient les copies de deux dépêches qui devaient être adressées à Milet, l'une du 19 avril et l'autre du 20; mais, comme une note avertit qu'elles n'ont pas été envoyées, il a paru inutile de les reproduire.

s ThéophrasteBenaudot, fondateur de la Gazette de France; il mourut en iC53.

G Puisqu'il semblerait préférable. Parce qu'il doit être pris dans le même sens.

181 KETTRBS

Avril i65i. présuppose que j'en seray informé de vous ou de M. Servien; et pour Milet, il me mande qu'il avoit reconnu en la Reyne une continuation debonne volonté pour moy, et que Sa M10 luy avoit dict, à l'esgard des exilez1, qu'Elle avoit fait revenir, que ç avoit esté de mon consentement.

Vous sçavez en quels termes et à quelles conditions je vous ay escrit sur le retour de M. de Chavigny 2, et comme la Reyne n'en a rien dict à Milet et que vous ne me mandez aucune chose là-dessus, j'ay grand sujet d'en tirer un mauvais augure, et d'attribuer ce silence à ce qu'il n'y a rien de bon pour moy en toutes les resolutions que Sa M,é a prises. Mais, au contraire, n'y ayant pas apparence que M. le Premier Président, M. le Chancelier et M. de Chavigny ayent esté restablis que par un concert secret avec M. le Prince, puisque c'estoient trois personnes entièrement dépendantes de luy, si S. M. n'a eu la bonté, en ce rencontre, de prendre des précautions, au moins pour estre asseurée que M. le Prince et ces rappelez s'employeroient à la réparation de mon honneur, je n'en dois concevoir aucune espérance à l'advenir, quelque bonne volonté que Sa Mle conserve pour moy. Car M. le Prince et ces personnes là, n'estant engagez à rien, et M. de Chavigny estant un de mes plus grands ennemys , si dans l'occasion de son retour il ne s'est engagé positivement à mon esgard, ainsy que je vous en ay escrit diverses fois, ils ne songeront qu'à m'aneantir, et, par eux et par leurs émissaires, auront moyen d'empescher la Reyne de me départir ses grâces soubz prétexte que tout seroit perdu et que le royaume se revolteroit si Elle songeoit à m'en faire quelqu'une. Il se peut faire que je parle de tout cecy mal à propos; mais ne recevant aucune de vos nouvelles dans une rencontre si importante, je n'ay pas sujet d'y donner une interprétation favorable3.

1 Chavigny et Séguier étaient depuis lettres intimes à ia Reine, Mazarin l'engalongtemps exilés de la Cour. Ils entrèrent geait à se tenir en garde contre tous ceux dans le Conseil, comme nous l'avons dit, le qui l'entouraient et particulièrement contre 1 1 avril 1 65 1 . Lionne et Servien ; il leur reprochait de s'en-

2 Voy. ci-dessus, p. 33. tendre avec Condé. * On mande que Servien

3 II ne faut pas oublier que, dans ses et Lionne, lui écrivait-il , travaillent à s'em-

Lit résolution que la Reyne a prise est forl vigoureuse; mais il vau- Avril iC5i; droit mieux ne l'avoir point faict que de ne la pas soustenir à l'esgard de M. le Premier Président, à qui il faut absolument conserver les sceaux1; car si on laisoit autrement, on le perdroit2. Monsieur rcprendroit vigueur, et on feroit une foiblesse. S. A. R. n'a pas grand fondement de se plaindre que la Reyne ayt faict ces changements sans sa participation , puisqu'il a faict beaucoup d'autres choses importantes sans celle de Sa M'\ et entr'autres on n'a qu'à se souvenir de ce qui se passa, durant le voyage de Guyenne, touchant la paix de Bordeaux et la négociation avec l'Archiduc 3 et de ce que Sadicte Altesse a faict contre moy , estant ni es me certain que ses conseils4 l'avoient porté à donner les mains aux moyens qu'on vouloit praticquer pour porter le peuple de Paris à me deschirer. Je n'ay escrit qu'à vous et à M. Servien, c'est à vous deux seuls5 que j'ay ouvert mon cœur sur toutes choses, donné toute la confiance de la Reyne et remis tous mes interests, et quand il y fust allé de mon salut, il est certain que je ne pouvois escrire ny faire parler à la Reyne en termes plus forts et plus pressants que j'ay faict pour ce qui regardoitles advantages de l'un et de l'autre, suivant vos advis aveuglement en toutes choses. Si aprez cecy je ne peux pas mériter que l'on m'accuse seulement la réception de mes lettres, si en mescrivant toutes les depesches se perdent, je suis le plus malheureux des hommes.

parer de l'autorité et des affaires, assistés de M. le Prince." (Lettres de Mazarin, publiées par M. Ravenel, p. 4o.) La défiance du Cardinal contre Lionne et Servien ne fera que s'accroître et finira par amener une rupture complète entre le Cardinal et ces deux personnages.

1 Dès le l 'i avril 1 65 1 , les sceaux avaient été enlevés à Mathieu Mole, comme nous t'avons dit (p. 127, note 3), et rendus au chancelier Séguier.

1 Mazarin ne paraît pas, en cette circonstance, avoir jugé les événements avec

sa sagacité ordinaire. En effet, Mathieu Mole, qui jusqu'alors avait été un partisan zélé de Condé, lui attribua sa disgrâce, s'éloigna de son parti et servit avec ellicacité le parti de la Reine et de Mazarin.

' Voir le tome III, p. 773, note 1, des Lettres de Mazarin.

" Conseils a ici le sens de Conseillers.

'" Les lettres du cardinal à Bartet et à Milet de Jeurs prouvent que Servien et Lionne n'étaient pas, comme il l'affirme, ses seuls confidents.

Avril 16S1. En casque vous soyez trop observé, et que par quelque raison que je- ne sçay point, vous courriez grand risque à entretenir un commerce avec moy et [à] prendre soin de mes plus importantes affaires, j'y pourrois, de concert avec vous, apporter des remèdes qui fussent à vostre satisfaction et qui me deslivrassent de l'inquiétude que je souffre, au lieu que me reposant entièrement sur vous, je suis perdu sans ressources , si je ne puis vous donner et recevoir très-souvent des nouvelles, afin de mettre mes affaires en quelque bon chemin, ou pour estreune fois pour toutes destrompé, si je n'en dois rien attendre.

Jay trop bonne opinion de la Reyne pour avoir le moindre soupçon qu'EHe m'ayt oublié, et je suis persuadé qu'Elle a tousjours la mesme chaleur pour ce qui me regarde qu'EHe a eue par le passé. Mais si, par quelque malheur que je ne puis pas comprendre, vous aviez recognu quelque changement en son esprit, et que cela vous empeschast de l'entretenir souvent de mes affaires, et de luy faire cognoistre à quel point son honneur et les déclarations favorables qu'Elle a faictes pour moy l'engagent à me protéger, ce seroit une cruauté de ne me le pas faire sçavoir; car je seroys par là guery de tout ce que je souffre, quoyque par un remède qui seroit pire que le mal. Mais aux affaires désespérées l'on trouve de la consolation dans la nécessité.

Pour conclusion, jusqu'à ce que la Reyne ou vous ou quelque autre, de la part de S. M., me die qu'Elle ne se soucie plus de moy, il faut par force que je continue à vous escrire; mais si l'on me faict cognoistre que cela est ainsy , non seulement vous serez exempt de la peine que je vous puis donner, mais je vous responds [que] aucun François n'aura jamais sujet de se plaindre d'estre importuné de la moindre de mes lettres. Et en ce cas je n'auroys affaire ny d'abbayes ny d'aucune assistance, et je prieray Dieu de me donner assez de force pour prendre la resolution de me cacher en quelque lieu incognu, puisqu'un homme injurié, deshonoré et persécuté, sans bien et sans repos, comme je seray, ne pourra plus paroistre qu'avec honte.

Je demande à la Reyne la réparation de mon honneur. Quand je seroys un Turc et que Sa Mu eust eu autant de hayne pour moy qu'EHe

aeu de lionne volonté, aprez vingt-deux ans do bons cl fidèles services Avril t65i et avoir esté traitté aussy ignominieusement que je l'ay esté par les factieux, ennemis de l'Estat et de l'authorité* royale, S. M. seroyt obligée, par justice et pour ne laisser pas introduire un si mauvais exemple, à faire reparer mon honneur. Toute l'Europe attend de voir de quelle sorte Elle en usera, et c'est en cecy que sa fermeté recevra des éloges.

xLvm.

AIT. étr. . France, t. 267. f* 565; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du lemps.

A M. DE LIONNE

[Briilil], a 3 avril i65i.

(extrait.)

Mazarin continue de se plaindre du silence de Lionne.

Je suis persuadé plus que jamais qu'il ne tient pas à la Reyne que je ne reçoive tous les jours de ses nouvelles, S. M. me faisant l'honneur de me l'escrire à moy-mesme par une de ses lettres que m'a envoyée Navailles, dans laquelle Elle se remet à ce que vous me manderez, me marquant que vous sçaviez tout,' et qu'Elle vous avoit dict des choses qui me surprendroient, finissant sa lettre par des asseurances qu'Elle avoit une entière confiance en vous, et me disant, avec des termes tresobligeants, que jen'aurois pas sujet de me plaindre de ce costé-là. Je vous laisse ta penser en quel estât je puis estre aprez cecy, et avec quelles inquiétudes, voyant que vous gardez le silence si exactement, et n'y ayant rien de si aysé que de me donner de vos nouvelles et envoyer des duplicata par vingt endroits tous seurs, puisque cela se peut faire par la voye de Hollande, de Liège et de Cologne mesme, par le moyen des marchands, y en ayant cent à Paris qui ont correspondance en ces lieux-là. Et je ne puis inférer de ce que vous et M. Servien ne m'escrivez pas, si non que vous croyez mes affaires sans ressources.

MAZARIN. IV. l8

mPRIMCalZ VATIOTULr.

\vni i65i. Je sçay bien que mes plaintes ne vous plairont pas, qu'on me fera mon procez et que je seray condamné pour inquiet, pour difficile et pour un Jeremie sans fondement et sans raison; mais quoyque je sçache qu'il n'y a rien de si aysé que de conclure contre un absent, j'ay peine à croire qu'on le puisse faire, [et] que j'aye tort quand je me plains à vous-mesme de ce que vous ayant remis tout ce qui me regarde, vous me laissez quarante jours sans que je reçoive la moindre nouvelle. Je m'asseure que la Reyne ne plaindroit pas mille pistolles, pour m'en donner bien souvent, et en tous cas il reste assez de mes hardes à Paris à engager pour une despense aussy agréable pour moyque cellelà.

11 est aysé que vous vous imaginiez quelles lettres on peut escrire de Paris à ceux de ma maison sur le retour de M. de Chavigny et de M. le Chancelier et l'establissement de M. le Premier Président, tous trois estant considérez comme des personnes entièrement à M. le Prince, et sur ce qui se dict que M. le mareschal de Gramont, qu'on croit plus que nul autre attaché à mondict sieur le Prince , aura la charge de M. de Villeroy1, et sur ce que Mmes de Beauvais2 et Danse-3 ont esté restablies auprez de la Pieyne, aprez que Sa Majesté les avoit chassées pour ma considération. Pour Mme de Beauvais, je ne crois pas qu'elle veuille dépendre de M. le Prince, quoyque tout le monde soit persuadé de cela à Paris. Mais je m'estonne que m'ayant escrit tant de lettres que vous sçavez pour me conjurer de m'employer pour son restablissement, aprez que Sa Mte a eu la bonté de me l'accorder et que j'ay escrit à la dicte dame, je n'aye pas receu un mot d'elle ni de Chamarante \ à qui

1 La charge de gouverneur du Roi. d'Autriche; elle est citée dans le testament

; Mm0 de Beauvais (Catherine-Henriette de cette princesse rapporté par Mme de Mot-

Bellier) était la première femme de chambre (eville {Mémoires, tome IV, p. 45 a, édit.

de la Reine; elle vécut jusqu'en 1690. Voyez Charpentier).

le Journal de Dangeau, à la date du \k août 4 Clair-Gilbert d'Ornaison, comte de

1690 (t. III, p. 191), et la note de Saint- Chamarande, premier valet de chambre du

Simon sur ce passage. Roi. Né en 1C21 , il mourut en 1699. Voy.

3 Mme Danse ou Dancé étoit une des per- t. III, p. 526, note 3. des Lettres de Ma-

sonne-> attachées à la domesticité d'Anne zarin.

j'adressa) la lettre, de Douriens, el je vous dis par advance, que si AvHi 1661. elle m'osait aproz que vous aurez rcceu celte dopesche, je n'en l'orav nul cas. parceqaeje l'attribuerav ;\ la diligence que vous aurez faicte pour cela. Pourveu qu'elle satisfasse la Reyne et qu'elle vous serve auprez de S. M., je seray fort content, [n'estant volontiers porté, comme vous sçaves fort bien, à toutes les choses que j'ay cogneu vous pouvoir estre sdvantageuses et vous accréditer de plus en plus.

L'on a faict beaucoup de grâces à M. le Prince : son pouvoir est bien eslevé à un plus haut point qu'il n'esloit avant qu'il fust arresté. Le Conseil aussy bien que les armées dépendent de luy, et je confesse que je ne puis pas comprendre qu'il eust pu refuser à la Reyne ce que Sa M lin suroît demandé pour la réparation de mon honneur, dans les conjonctures où Ton a tant faict pour luy, si vous et M. Servien eussiez pris la peine de conseiller S. M. d'en faire instance Et s'il eust esté difficile, mesine dans la mauvaise satisfaction du Parlement contre le Coadjuteur. de l'obliger à donner un arrestqui reparast les injures qui mont esté laides parles précédents [arrests] qu'il a donnez contre moy, à l'instigation dudict Coadjuteur, je croy que M. le Prince ne se fust pas opposé, au moins, qu'on m'eust envoyé en Catalogne, ou en Italie, comme je vous avois escrit, qui n'estoient pas des employs fort à souhaiter, et par le moyen desquels j'eusse pu cependant mettre mon honneur à couvert dans le monde. Vous eussiez pu aussy vous employer auprez du mareschal de Gramont, afin que, tous deux, fissiez ressouvenir M. le Prince des paroles positives qu'il vous avoit données d'estre de mes amis, et pour luy faire toucher au doigt que je n'avois pas eu la principale part dans sa prison, comme je l'avois eue dans sa liberté, dont MM. le Premier Président, Champlastreux, La Rochefoucauld et le mareschal de Gramont sont bien informez, et que, sans moy, peut-estre qu'il ne se porteroit pas si bien qu'il faict; ce que la Reyne mesme eust pu prendre l'occasion de dire, la première raison que Mm0 de Chevreuse et le Coadjuteur ayent eue, à ce qu'eux-mesmes en disoient, pour résoudre ma perte avec leur cabale, ayant esté que je ne voulois pas pousser àbout M. le Prince, c'est-à-dire le faire empoisonner; de quoy

Avril i65i. ils se sont expliquez eu termes précis, comme vous sçavez fort bien, S. A. H. mesme ayant dict cinquante fois à M. Le Tellier, durant le voyage de Guyenne, que du temps de feu M. le cardinal [de Richelieu] M. le Prince n'auroit pas tant duré, et M. le garde des sceaux ayant tenu très-souvent les mesmes discours, disant à M. Le Tellier que S. A. R. luy enparloil bien fréquemment. M. Le Tellier sçaitaussy que S. A. R. luy a faict encore diverses fois des interrogatoires pour sçavoir si Bar ne se deferoit pas de M. le Prince, en cas que ceux de son party attaquassent Marcoussis1 pour le deslivrer, ou si, en le transférant en quelque lieu, on tenloit de le faire par le chemin. Enfin il me semble que les affaires estant un peu remises, et recognoissant peu de disposition en M. le Prince de continuer à vivre en amitié avec M. le Coadjuteur et Mrae de Ghevreuse, il y avoit beau champ de luy faire cognoistre que jen'ay pas esté celuy qui l'a le plus mal servy, et qu'on luy eust accordé toutes les seuretez qu'il eust pu souhaitter pour ne pouvoir point douter de mon amitié à l'advenir dans le service de la Reyne, puisque je n'ay aucune prétention d'avoir part dans les affaires, mais seulement de faire paroistre que ce que l'on avoit faict contre moy estoit une violence que je n'avois pas méritée.

M. le Prince, estant une fois eslevé et estably comme il souhaittera tous ceux qui dépendront de luy croiront avoir interest, par divers raisons, d'empescher qu'on ne parle plus de moy, de crainte que la réparation de mon honneur ne fust un commencement par lequel je pusse me rapprocher de la Reyne.

Pour passer à présent aux autres affaires, je vous diray que j'avois donné ordre à Milet, comme j'avois faict auparavant à l'abbé Fouquet. de tesmoigner plus fortement que jamais à la Reyne les sujets que j'avois de me plaindre de M. Le Tellier; à quoy Sa Mua respondu qu'Elle l'auroit esloigné, si Elle n'avoit appréhendé par là de tesmoigner de la foiblesse, parceque, M. le Prince, ayant entrepris de le pousser, tout le monde auroit creu que son esloignement auroit esté un

1 Voy. sur la translation des princes de Vincennes à Marcoussis, le t. III, p. y65. note à , des Lettres de Mazarin.

DU CARDIN VI, M \X\lil\. 141

effect du pouvoir de M. le Prince et que Sa AI1, n'aurait | pas] eu lu Avril m; force de le refuser; que par cette raison Sa M1" a fort bien faict de 1»' soustenirel qu'Elle doit continuer de le faire dansla conjoncture présente; car il \aul bien mieux qu'il demeure dans sa charge (pie non pas que l'on die que la Reyne la sacrifié aux instances de M. le Prince, et qu'il entras! un autre en sa place, qui, dans les conjonctures présentes, ne pourrait estre que créature de M. le Prince.

11 faut faire les derniers efforts pour la Catalogne; car, connue je l'ay dicl et escrit plusieurs fois, rien ne peut [mieux] faciliter la paix, que de soustenir les affaires de ce costé-là, ny l'esloigner davantage que si les Espagnols estoient venus à bout de nous en chasser, et je crains fort que l'on [ne s] applique à faire tous les efforts pour la Flandre, et je soustiens encore qu'il qu'il est plus important de les faire en Catalogne que de ce costé-là.

11 ne faut pas douter que la retraite du Coadjuteur1 ne soit simulée et qu'il n'envoyé tous les jours l'instruction à S. A. R. de ce qu'Elle doit faire C'est pourquoy Sa M.li ne doit point perdre de temps à le pousser à bout en le faisant sortir de Paris, et ensuite du royaume, s'il se pouvoit; en quoy, Elle pourra suivre la méthode qu'on a tenue à mon esgard, contre qui on s'est conduit par degrez, jusques à ce qu'on m'ayt tout à fait poussé à bout. Et sur le propos du Coadjuteur, je vousdirav que', s'il est vray ce que l'on dict de la nomination de Pologne2 pour ln\ . et que la Reyne escrivant à la revue de Pologne3, comme je vous ay mandé, Elle ne puisse pas i'empescher, il me semble qu'il seroyt bien aysé de faire déclarer par le Parlement qu'un sujet du Roy ne peut pas accepter la nomination au cardinalat d'un autre prince, à qui il en demeureroit obligé; et en tous cas, qu'il faut, cela estant, que le Coadjuteur aille servir à Rome le roy de Pologne et qu'il renonce à la coadjutorerie à l'archevesché de Paris, n'estant pas raisonnable de

1 11 a déjà été question de celle prélcn- ; Marie-Louise de Gonzague- Nevers , née due retraite dn Coadjuteur, p. i3a. vers 1612, était devenue reine de Pologne,

2 La nomination du Coadjuteur au cardi- en 16 65, par son mariage avec Wladis^nalal. sur la présentation du roi de Pologne. las Vit; elle mourut à Varsovie en 1G67.

Avril i65i. souffrir qu'un archevesque de la capitale ville du royaume eust la plus grande obligation à un prince estranger.

Je croy aussy absolument nécessaire que la Reyne esloigne Mme de Chevreuse et Laigues; car si une fois Monsieur n'est pas obsédé et soufflé par de semblables gens, la Reyne gouverneroit son esprit comme Elle voudroit, particulièrement si Elle peut avec le temps establir auprez de luy quelque personne bien intentionnée et qui ne travaille qu'à le tenir dans son devoir à l'esgard de S. M. Mme de Chevreuse doit toucher, dans le mois de may, par le moyen d'un marchand de Paris, huit ou neuf mille pistolles, pour la rançon du prince de Ligne1. Elle a si peu mérité ce bienfait que je croy que la Reyne le luy pourroit oster pour en gratiffier quelque personne qui en fust plus digne qu'elle. La Reyne me fit l'honneur de me dire, à mon despart, que l'on ne prendroit aucune resolution importante sans mon advis. Vous pouvez croire que je ne suis plus à présent dans cette prétention , ayant escrit en faveur de quelques personnes, et contre d'autres, qui n'estoient pas moins ennemies de Sa Mu que les miens, sans que cela ayt rien produit. Je ne laisseray pas neantmoins de dire à S. M. qu'Elle doit chasser le commandeur de Jars2. C'est un meschant esprit et une vraye peste de cour. Vous sçavez si je n'ay pas tousjours esté dans ce sentiment, et que non seulement par ce que vous m'en avez dict pour m'en destourner, je n'ay pas poussé l'affaire, mais que je l'ay fait combler de grâces. Cependant il m'a payé de la dernière ingratitude, et a bien faict voir, par là, le cas que l'on doit faire de luy. Je vous advoue que, la Reyne le chassant, j'en aurois de la satisfaction; mais je le croy3 aussy nécessaire pour son service, et qu'Elle le doit envoyer, ou à Rome, ou à Malthe, et promptement.

1 Cette rançon lui avait été accordée par dans ses notes secrètes, comme dans sa corla Reine en i65o. Voy. le tome III, p. 83o respondance. J'ai cité ce passage des carnets et 83 1 , des Lettres de Mazarin. dans le tome I de Y Histoire de France pendant

2 Voy. surce personnage, le tome I, p. q3&, la minorité de Louis XIV, p. i4i, note î. des Lettres de Mazarin. Le Cardinal en par- 3 Je crois cette mesure aussi nécessaire l%jt dans ses carnets comme d'une peste de pour le service de la Reine.

cour. Ce sont les termes dont il se servait

Le grand Prévost1 est encore un homme duquel je sçay que la Avril i65* Reyne n'es! pas satisfaite. 11 a tousjoura esté dépendant <Iu Goadjuteur

et de toutes ses cabales; c'est un petit esprit, mais lorl intrigueux (sic), el qui ne fera que brouiller pendant qu'il sera à la Cour. La Reyne pourroit mettre eu sa place une personne qui laserviroil utilement, luy taisant rendre l'argent qu'il a donné pour sa charge. En exécutant ce que dessus, je voy bien que M. le Prince en tirera advantage; mais ayant faictle plus, il est nécessaire d'achever le reste , la Reyne prenant ses précautions avec mondict sr le Prince, atin qu'il soit entièrement attaché à son service; car, pour moy, je déclare que je ne prétends autre chose que ce quej'ay marqué cy-dessus.

Je ne doute point que M. le Prince n'employé tout son pouvoir et son industrie pour faire tomber à Marsin un corps de l'armée qu'on devra probablement laisser en Champagne. La Reyne pour son service le doit absolument empescher, outre que l'on feroit tort au marcsclial de La Ferté de donner le commandement à un autre qu'à luy, qui a le gouvernement de Lorraine, grande authorité sur les Allemands, grand crédit en ces quartiers-là, outre qu'il s'en acquittera fort bien et est entièrement attaché à S. M.

Je ne sçay pas en quel estât sont les affaires, mais par ce que j'en puis juger de loing, il me semble que la Reyne pourroit faire quelque diligence pour attacher lout-à-faictàEUeMmc de Longueville, employant pour cet effect la Princesse palatine et M. de La Rochefoucauld, lequel je vousdiray en passant, aprez ce qui s'est passé entre nous, je ne puis pas m'empescher de croire qu'il n'ayt pas de l'estime et de l'affection pour moy.

Il me semble que la prudence ne veut pas que l'on laisse M. de Chasteauneuf à Montrouge; car estant si prez de Paris, il auroit toute

1 Jean du Bouchet, marquis de Sourches, de Sourches, fut également grand prévôt de

comte de Montsoreau, était, en i65i, pré- France. 11 a laissé des mémoires, dont la

vôt de l'hôtel du Roi et de la grande publication a élé commencée par AI. le

prévôté de France: il mourut en 1677. Son comte Jules de Gosnac (Paris, Hachette);

fils, Louis-François du Bouchet, marquis trois volumes ont paru.

1/j/l LETTRES

Avril i65i, commodité d'y entretenir des praticqucs, d'estre visité tous les jours de ses amis et de former de nouvelles cabales. Puisque la Reyne l'a faict sortir de la Cour, Elle doit l'esloigner encore davantage. La Reyne pourroit faire arrcster soubz quelque prétexte Monthresor1, Saint-Ibar2 et de semblables gens, qui sont capables de faire du mal, particulièrement pendant la tenue des Estats-gcneraux. Ce dernier est allé de Bruxelles à Paris; Pimentel me l'a dict, adjoustant qu'on le cognoissoit bien pour ce qu'il estoit, mais qu'avec tout cela il escroquoit tousjours de l'argent.

La Reyne doit sçavoir que le père Paulin3 est grand amy du président Perraut4, et si on vouloit faire agir celuy-cy pour gaigner davantage l'esprit de M. le Prince, ledict père seroit un instrument fort propre et fort utile pour cela, et s'acquitteroit avec adresse et fidélité de ce que S. M. luy ordonneroit.

Je scay que M. de Mercœur tesmoigne tousjours plus de chaleur que jamais. Cependant vous ne m'en escrivez rien, et ne me faictes point response à ce que je vous ay mandé sur son sujet. J'advoue qu'en nie retirant tout-à-faict , aprez la réparation de mon honneur, ce seroyt une grande consolation pour moy que mes niepees feussent mariées et que la Reyne eust la bonté de le faire en disposant de mes bénéfices, de mon chapeau et de tout ce que je puis avoir au monde, et pourveu qu'il me restast quatre mille escus à despenser par an, j'en aurois suffisamment pour la vie que j'ay résolu de faire.

Suppliez la Reyne, de ma part, de me faire envoyer un ordre du Roy bien exprez et bien raisonné pour n'aller pas à Rome, en cas que le Pape m'escrivist pour me le commander, comme on me mande que S. Sté fera. J'escris au mareschal de Gramont que, la Reyne m'ayant faict espérer autrefois une lieutenance aux gardes pour d'Artaignan, je m'asseure que, s'il en parle à S. M., il la trouvera tousjours dans la mesme disposition.

1 Voy. sur Montrésor, le tome I, p. 967, 3 Jésuite, confesseur du Roi; il mourut des Lettres de Muzarin. en 1 653.

2 Ibidem, p. 957. " Voy. ci-dessus, p. 27, note a.

DU CVKDLVVL MAZÀRIN. 145

Ail', élr., Franco, i. 968, f' <)\: t. ag du recueil des Lettres de Mazarin. —

('.«pie du temps.

A M. BRASSET (l).

| Briihl], 2.3 avril i65i.

y KXÏR.UT.)

Ma/arin exprime le regret do n'avoir pas pu faire pour Brasset tout oo qu'il mérite, frayant depuis si longtemps, servy le Roy avec tant de zèle et de fidélité». Il promet de le recommander très vivement à Louis Majestez et ajoute que Brasse I ne doit pas être étonné de la conduite de Brun2, qui étail alors ambassadeur d'Espagne auprès de la république des Provinces-Unies.

Brun s'est faict assez cognoistre par les libelles continuels qu'il a faicts contre les uns et les austres et par sa manière d'agir, pour que vous fussiez en peine de ce qu'il faict contre vous 3. Je respondrois inesine que M. le Prince n'est pas capable de s'esmouvoir pour tout ce que tasche ledict s1 Brun de luy imprimer artificieusenieut contre vous dans ses escrits, parce qu'il sçait bien que les François4, et particulièrement ceux qui sont consommez dans les affaires comme vous, quelque accident qui puisse arriver, est tousjours incapable de manquer au respect qui est deub à un prince du sang. Tout ce que vous faictes imprimer est parfaitement bien raisonné pour confondre ce que Brun a dict, et j'ay trouvé l'apologie pour l'ambassadeur de Portugal très-bien faicte.

Il n'y a rien de plus véritable et qui puisse donner plus de peine audict Brun (ce qui n'est pourtant touché qu'eu passant dans cette lettre) que de luy reprocher sa vanité, n'ayant rien oublié pour faire co-

1 Brasset étail chargé depuis plusieurs ' Pour rendre celte phrase plus claire, il

années de représenter la France en Hol- faudrait substituer trop à assez : Brun s'est

lande. fait trop cognoistre . . . pour que , etc.

* Antoine Brun avait été antérieurement 4 La copie porte bien les François,

un des négociateurs envoyés par l'Espagne ' quoique le verbe, qui se rapporte à ce

au congrès de Munster. nom , soit au singulier.

M.UABI>. IT. 1Q

Irt r.v:Mi.J.lt 7IATIOMLE.

\iril i65i

\viii i65i. gnoistre en tous lieux et à toutes sortes de personnes que M. le comte de Pegnaranda n'avoist esté qu'un zéro en chiffre dans la négociation de Munster; que cestoitluy, Brun, qui avoit l'aict toutes les intrigues pour séparer MM. les Estais [ des Provinces-Unies] d'avec la France et conclure la paix avec eux1; que ledict sieur conile Pegnaranda n'avoit l'aict que suivre ce qu'il luy disoit de joui- à autre pour conduire les affaires dans l'assemblée; que c'estoit luy qui avoit l'aict tous les papiers qui avoient esté donnez à divers ministres de l'assemblée et au public, etqu'enlin sans luy ledict comte de Pegnaranda n'eust eu lumière de quoy que ce soit et se seroit trouvé si empesché qu'il auroit eu peine à rendre bon compte de sa suffisance 2 et de ses actions en Espagne.

L'on m'a asseuré de plus que Brun, avec ses confidents, inesme à Bruxelles, s'est advancé jusqu'à vouloir faire passer ledict comte de Pegnaranda pour un visionnaire et incapable de conduire une affaire tant soit peu importante, parlant de luy comme d'un docteur plus propre à disputer dans une université qu'à négocier dans une assemblée, et comme chacun sçait bien les grandes qualitez dudict sieur comte, et qu'il n'est pas moins prudent et adroict qu'entendu dans les affaires de son maistre, on a conclu que la présomption de Brun estoit tout extraordinaire.

Aff. élr. , France, t. 267, f° 871; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Brùhl, 28 avril i65i.

(extrait.)

Mazarin se plaint, comme dans les lettres précédentes, de la négligence que

' O11 a vu dans le (orne III des Lettres de l'Empire, ou paix de Weslphalie, ne fut si-

Mazarin que, dès le mois de janvier 1 6^8 , gnée qu'en octobre de la même année, les Espagnols avaient conclu un traité par- a De sa capacité pour suffire au rôle

ticulier avec les Provinces-Unies. La paix de d'ambassadeur.

DU CUtDINAL M VZAItl.Y

montre de Lionne dans sa correspondance. Il lui parle ensuite des propositions Avril

que lui a fait faire M""' de ('.fiévreuse.

Seyron ' s'est rencontré à Liège avec Pennacors2, qui luya dict qu'il venoit iiv pour ses interests particuliers; mais, en effect, c'est le marquis ilo Noirmoustier qui me l'a envoyé avec une Idlre en créance surluy.

Il m'a dict tout ce <|iiise peut dire, eu un rencontre comme celuy-cy, de la part dudicl marquis, <|ui le faisoit de celle [de la part] de Mme de Qhevreuse et de tout ce party-là3, me donnant des asseurances les plus précises qu'il se pouvoit de la passion que ces gens-là avoient de me servir; qu'ils esloient portez à me donner pour cela toutes les seuretez que je pourrais désirer, et que je verrais si clair à l'affaire que je n'en pourrais pas douter, moyennant que je fisse en sorte que la Reyne priât confiance en ladicte dame, et la laissas! a«>ir.

11 serait trop long de vous faire le destail de toutes les choses qu'il m'a dictes là-dessus pour m'embarquer avec eux en suite de la lettre que M"1' de Ghevreuse a escrite audict sieur de Noirmoustier, de laquelle vous trouverez la coppie en chiffre à la (in de celle-cy4. [Il m'a dict] que Mme de Ghevreuse est tout-à-faict asseurée de l'esprit de S. A. R.;

1 Jean de Seyron avait été nommé maréchal de camp en i6&g; il devint lieutenant général en 1 655. {Chronol. milii., t. IV, p. ao&.)

1 Ce gentilhomme, dont il est souvent question dans les Mémoires de Retz, était dévoué à la duchesse de Chevreuse. Il servait d'intermédiaire dans les négociations secrètes de cette dame avec Mazarin.

3 Ce fut à la suite de la rupture du projet de mariage de M"' de Chevreuse avec le prince de Conti que les frondeurs firent à Mazarin les propositions dont il parle dans cette lettre.

4 Le déchiffrement de cette lettre datée

de la dépêche du Cardinal; en voici le texte :

rll seroit trop long démettre icy la rupture du mariage de ma fille par toutes les parlicularitez*. Vous les sçaurez par une autre voye. Celle-cy est seulement pour vous dire qu'estant libre présentement, je vous prie de faire sçavoir en toute diligence à M. le Cardinal qu'en Testai où sont les affaires à la Cour, il y a lieu de le servir par des moyens qui sont indubitables; moyennant qu'il demande à la Reyne de prendre confiance en moy et qu'ENe s'en reserve seule le secret, M. le Cardinal peut s'asseurer désire bien servi dans la con-

de Paris, 17 avril i65i,se trouve à la suite joncture présente. Il le faut presser d'escrire

J'ai rapprit- les détails de celte rupture dans l'Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. IV, p. 3a3 et suiv.

Uril i65i. que le Coadjuteur agira plus fortement que jamais, et qu'il a assez d'amis dans le Parlement et à Paris pour le faire utilement pour moy et pour la Reyne, et qu'il me respondoit aussy que je pouvois faire un estât tres-asseuré de la personne et des troupes de M. de Lorraine, qui est engagé entièrement avec ladicte dame. J'ay recognu aussy que tout ce que Mme de Chevreuse et tous ces gens-là pourront faire imaginablement pour se venger de M. le Prince, ils le feront.

Les instances qu'il [Pennacors] m'a faictes pour avoir la lettre à la Reyne, que Mmc de Chevreuse demande, ont esté extraordinairement pressantes, comme aussy de ne donner cognoissance à qui que ce soit de cecy. Ma response a esté que j'estois surpris de voir que Mmc de Chevreuse pensast que j'estois encore au monde; que je n'escrivois point à la Reyne1, et n'estois pas en estât de le faire; que je ne songeois plus à la Cour, ny aux affaires, mais de vivre en repos, et que je sollicitois seulement, par le moyen de mes amys, la réparation de mon honneur; que je m'attendois que la bonté de la Reyne ne trouveroit point d'obstacle dans peu de temps à me faire rendre cette justice. J'esperois que Mme de Chevreuse mesme et les personnes sur lesquelles elle avoit du pouvoir s'employeroient, par un principe de conscience et d'honneur, à laisser reparer le mien. Voilà la response avec laquelle Pennacors est parti; et il ne faut pas douter que Mrae de Chevreuse, avec toute sa cabale, n'en soittres-mal satisfaicte, et que la hayne que tous ces gens-là avoient contre moy, pour m'avoir tant offensé, ne se rende encore plus forte par le refus que j'auray faict de me prévaloir de leurs offres et de me servir d'eux pour le restablissement de mes affaires; mais leur animosité iroit bien encore au-delà, s'ils pouvoienl pénétrer qne j'en eusse donné part à la Cour. C'est pourquoy je vous

en Loule diligence à la Reyne et qu'il vous si cette lettre et mon chiffre vous ont esté

tasse promptement response, suivant la- rendus seurement. »

quelle on fesclaircira entièrement de toutes ' J'ai déjà dit, ci-dessus, p. 128, que

choses. Je vous prie de m'envoyer un Mazarin était en correspondance avec Anne

homme de confiance le plus tost que vous d'Autriche. M. Ravenel a publié plusieurs

pourrez, afin que vous soyez informé de mémoires adressés par le Cardinal à la Reine

tout ce qui se passe icy. Mandez-moy aussy et datés du mois d'avril 1 65 1 .

DU CARDINAL MAZVIUN. U9

prie, el cela est important par beaucoup d'autres raisons, de ne von- Avril h.., loir on aucune manière, ny \*>ns. ny M. Servien, donner la moindre cognoissance de cecj à qui que ce soit, el de supplier tres-humbie-

ment, de ma pari, la Reyne de garder le inesme secret.

Quand je û'aurois pas eu toute la disj)osition de lier une sincère amitié avec M. le Prince, el que je n'eusse pas souliailté luy avoir obligation plustost qu'au party contraire, ç'auroisl esté assez de voir Testai dans lequel M. le Prince est avec la Reyne pour m'obliger à ne me point prévaloir nv entrer en négociation sur les offres du party de M"* de Ghevreuse. (le n'est pas que je ne voye fort bien que ledict party avec M. le duc d'Orléans et une bonne partie du Parlement, qui dépendent de lu\ et du Goadjuteur, estant uni à la Reyne, n'auroit pas grande peine à reparer mon honneur hautement, obligeant le Parlement à desfaire tout ce qu'il a faict contre moy. Gela ne m'a pas donné la moindre tentation, voulant me résigner entièrement à ce qu'il plaira à la Reyne et vous laisser la conduite auprès d'Elle de cette réparation, quand mesme je verrois de courre beaucoup de liazard par cette voye, et une certitude toute entière de me sauver par l'autre.

J'ay une si haute opinion de la générosité de S. M. que ma présomption va jusqu'à me persuader que la principale raison quelaReyne ayt eue de faire des advances pour gaigner l'esprit de M. le Prince, aprez celle de l'interest du service du Roy et du sien, ça esté pourse venger sur AI. le duc d'Orléans et ceux de sa cabale, de toutes les persécutions que j'en ay receues, el parce que S. M. a creu que M. le Prince auroit les moyens et la volonté de s'employer puissamment pour tout ce qu'Elle pouvoit désirer de luy à mon advantage. Et puisque cela est à la louange delà fermeté de la Reyne, je diray encore que, quelque aversion que S. M. pust avoir pour AI. le diîc d'Orléans et ceux de son party, si Elle a voit cogneu de pouvoir mieux contribuer à ma satisfaction par ce moyen-là, je croy qu'Elle l'auroit embrassé plustost que celuy de M. le Prince. Si vous faictes voir cecy à la Reyne, comme je n'en doute point, je m'asseure que vous recognoistrez qu'en vous l'escrivant j'ay leu dans son cœur, et je suis très-certain que, si Sa Ma-

Uni i65t. jcslé voyoit que M. le Prince n'eust aucune disposition à s'employer favorablement pour moy , elle despartiroit ses bonnes grâces à d'autres (|iii auroient le pouvoir et tesmoigneroient plus de volonté de înobliger.

AIT. élr. , Fiance, 1. 267, f° 376; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

(evtrait.)

Brùlil, 2 mai i65i.

L'abbé Fouquet m'a entretenu des précautions qu'on avoit prises dans le retour de M. de Chavîgny, lesquelles ne sont pas telles que je vous avois mandé qu'il les falloit prendre; mais il ne m'a pu rien dinde ce qui s'est passé de secret clans l'accommodement entre la Revne et M. le Prince.

Il eust esté bon aussy de sçavoir si vous voyiez clair que M. de Cbavigny agisse bien à mon esgard, ainsy qu'il a promis de faire; car je croy qu'il aura beaucoup de pouvoir auprez de M. le Prince et par soy et par le moyen du président Viole1, qui estoit entièrement à luy. Et j'ay sujet de croire que ledict Viole, aprez tant de déclarations qu'il a faictes contre moy dans le Parlement avec des termes si injurieux, n'oubliera rien auprez de M. le Prince pour l'animer contre moy. Je crains la mesme chose d'Arnaud2, d'autant plus que l'evesque d'Angers3, qui a pouvoir sur luy, ne m'a pas escrit ny faict dire un seul mot

1 Voy. sur le pre'sident Viole, ci-dessus, toine Arnauld. Il e'tait ne' en 1 597 et fut p. 20, note 2. d'abord connu sous le nom d'abbé de Saint-

2 Arnauld de Corbevilie. Voy. t. I des Nicolas. Il l'ut chargé de plusieurs missions Lettres de Mazarin, p. y 08. importantes en Italie, comme on l'a vu dans

3 L'évêque d'Angers était Henry Arnauld, le t. II , p. 1 o53 , des Lettres de Mazarin. Le frère d' Arnauld d'Anditly et du célèbre An- Cardinal faisait son éloge (p. 562 du même

DU CARDINAL M VZARIN. 151

depuis tout ce qui m'est arrivé. Et pourtant vous sçavez si j'ay eu de Mai .< l'estime et de l'affection pour lu\ et si je lu\ en ay donné des marques. Je ue compte pas eu cela l'evesché, mais bien de l'avoir soustenu et pris son parlv contre mon frère et M. de Fontenay1.

11 n'y a rien qui me l'ust de telle conséquence à sçavoir, pour mes affaires, que l'assiette de l'esprit de M. le Prince à mon esgard; car cela doit régler ma conduite et celle de ceux qui s'employent à mes interests. Il n'y a rien d'ailleurs qui soit tant à craindre pour moy (pu; si M. le duc d'Orléans et M. le Prince, ou des personnes de leur part, entrelenoient la Reyne, la llaltant de l'espérance du raccommodement de mes affaires et luv promettant inesme que ce sera devant la fin de cette année, pour se rendre par ce moyeu agréables à Sa Mu\ l'avoir favorable clans les autres choses qu'ils poursuivent et gaigner le temps des Estats-generaux pour y faire confirmer les arresls (pie le Parlement a donnez contre moy, particulièrement celuy de mon bannissement de France. Pour l'entrée dans le Conseil, je ne la veux pas, et ce n'est pas mon faict. De cette sorte, Sa M* ne pourroit pas se plaindre qu'on luy eust manqué de parole à mon esgard, puisque ceux qui se seroient engagez à Elle trouveraient une excuse légitime dans la resolution des Estats. et je serois par là perdu sans ressource, quelque innocent que je sois et quelque bonne volonté que Leurs M1" ayent pour moy. Vous et M. Servien conseillerez à la Reyne ce qui pourra le mieux parer ce coup, si on a résolu de me le porter, de quoy je ne doute point aprez les discours qu'on m'a faicts, et les resolutions mesmes qui en ont esté prises dans l'assemblée de la noblesse à Paris, qui estoit toute composée de gentilshommes dependans de S. A. R., de M. le Prince et des frondeurs.

volume). On peut aussi consulter sur l'évoque comme nous l'avons rappelé dans la note

d'Angers les Mémoires de son neveu, l'abbé précédente, pour négocier avec les princes

Arnaukl. publiés dans le t. IX de la -i' séné de cette contrée. Il avait été en lutte, à celte

de la colection Micliaud et Poujoulat. époque, avec le cardinal de Sainte-Cécile.

' Henry Arnauld, avant d'être promu à frère de Mazarin, et avec l'ambassadeur de

l'évêché d'Angers, avait été envoyé en Italie, France à Rome. Fontenay-Mareuil.

Mai i65i.

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