LUI
Aff. étr. . France, t. 268, f° 101 verso; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. MILET
Briilil, 2 mai i65i.
Je suis de plus en plus fasché que vous n'ayez point vu M. le Premier Président, ou M. de Champlastreux1, ou au moins le dernier, pour
' Jean Mole, fils du Premier Président. Voy. t. I, p. 916, des Lettres de Mazarin. Le nom de Champlâlreux a été ajouté en interligne.
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vous acquitter envers eux de ce que je vous dis à Bouillon; mais Mai i65i. puisque vous vous estes conformé en cela au sentiment de M. le mareschal de Gramont, ainsy que je vous l'avois ordonné, je ne puis pas \ous en blastner. J'a\ tousjours laid une estime singulière de ces deux personnes, et jay eu de la vénération pour le mérite du père. Jay aussy, extrêmement considéré le lilspar ses bonnes qualité/.; mais particulièrement par la fermeté qu'il a dans ses amitiez, et jay souhaité, il v a longtemps, d'obliger l'un et l'autre à en avoir une tout entière pour moy. M. de Champlastreux, (pie vous sçavez qui me devoit accompagner au Havre, me promit que M. son père et luy seroient tout-à-faict de mes amis, si je metlois MM. les princes hors de prison. Il sçait si la chose estoit en mon pouvoir ou non, si j'ay marché de bon pied dans cette affaire, et si je ne lui ay pas ouvert mon cœur làdessus, devant mesme que de faire le voyage de Champagne1. Je sçay aussy avec quelle passion M. le Premier Président et luy Tout souhaité, et ont agi pour cet eflect. Je- compte comme si je n'avois rien i'aict, et que le président Viole et Arnaud sont ceux qui se sont donnez toute la gloire de la sortie de M. le Prince, et qui sont à présent le mieux dans son esprit.
Je n'ay pu apprendre qu'avec beaucoup de desplaisir qu'après le tesmoignage public que la Reyne avoit rendu à la vertu de M. le Premier Président en luy donnant les sceaux, Sa Mt<s se soit relaschée làdessus3. Je ne sçay pas le destail de cette affaire; je veux croire qu'il y ayt eu des raisons tres-pressantes qui ayent obligé la Reyne à en user ainsy; mais puisque j'avois eu cette pensée de longue main4, et que j'en avois parlé à la Reyne devant que sortir de Paris, comme je fis aussy à M. le Prince au Havre, avant qu'il sortist de prison, croyant de ne luy pouvoir donner une meilleure nouvelle , et que je pris la hardiesse
1 C'est-à-dire avant te mois de décembre danl on me compte comme si je n'avois rien
i65o, où Mazarin partit pour aller corn- fait.
battre les Espagnols, qui occupaient la 3 Voy. ci-dessus, p. 127, note 3.
Champagne. 4 La pensée de donner les sceaux à Ma-
5 Le sens de cette phrase est : Cepen- thieu Mole.
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Mai i65i. encore d'en escrire de Doulens, M. le Premier Président et M. de Champlastreux n'auront pas grande peine à croire à quel point il m'est sensible de voir que cela ne soit pas, parce que, outre l'advantage que la Reyne eust tiré, pour le service du Roy et pour le sien, du zèle, de la fermeté et de la resolution de M. le Premier Président, en mon particulier je suis asseuré qu'il ne pouvoit y avoir dans ce poste une personne de qui je deusse espérer plus d'assistance dans mes affaires. C'est tout ce que je puis faire à présent que de former des désirs impuissants pour leur advantage et leur satisfaction, et je suis bien fasclié que cette impuissance m'empesche de les servir comme ils méritent1.
Il faudra que vous cherchiez occasion de leur tesmoigner ces sentiments, et si vous ne pouvez pas voir secrètement M. le Premier Président, vous vous acquitterez, au moins, envers M. de Ghamplastreux de vostre commission, lequel prendra la peine d'en informer M. son père, et il sera bon que vous luy fassiez sçavoir qu'il n'y a qui que ce soit qui ayt cognoissance de ce que vous luy direz, et mesme, si vous le jugez à propos, vous luy pourrez monstrer ce que je vous escrispar ce chiffre. Vous ferez aussy sçavoir à mondict sieur le Premier Président que je me promets qu'il ne me desniera pas son assistance pour la réparation de mon honneur. Si je suis aussy coupable que l'on m'a voulu faire passer dans l'esprit de tout le monde, il faut que je sois condamné; mais si je suis innocent, comme il sera aisé de le voir par les informations que l'on a desjà commencé de faire contre moy , on ne peut pas me refuser toutes les déclarations que je pourray désirer pour le restablissement de ma réputation , que l'on m'a voulu oster avec tant d'esclat aux yeux de tout le monde. C'est tout ce qui me manque pour vivre content dans ma retraite, et M. le Premier Président doit estre bien ayse d'avoir une si belle matière de signaler sa justice et sa générosité en prenant le party d'un innocent, qui souffre une persécution qu'il a si peu méritée par la violence de ceux que je suis asseuré qui ne l'ayment pas mieux que moy, et qui ne luy ont pas faict le mesme
1 Les sceaux ne furent rendus au Premier Président, Mathieu Mole, qu'en septembre i65i, après la proclamation de la majorité du Roi.
DU CARDINAL MAZVIUN. 165
traitement, parce qu'ils ne l'ont pas pu entreprendre. J'espère donc Mai 16S1 qu'il me despartira son assistance en ce rencontre, sans appréhender le desplaisir qu'en pourroient recevoir ceux qui, m'ayant poussé avec tant d'injustice, ont interest à ma dernière perte; et, quand les assurances
qu'il m'a tousjours données de son amitié et que la profession que je lais désire son serviteur ne l'y porteroient pas, l'équité de ma cause ne luy permettroit pas de me la refuser. Gela ne diminuera pourtant en rien la gratitude que j'en conserveray avec une extrême passion de la luy pouvoir faire coguoistrc et en sa personne et en celle de M. de Ghamplastreui, en quelque lieu et en quelque estât que je me trouve. Vous prierez M. de Champlastreux de vous vouloir dire quelle conduite M. son père et luy seraient d'advis que l'on tinst pour mettre mon honneur à couvert, et, en cas qu'il vous dist quelque chose d'essentiel là-dessus, vous verrez de le faire parvenir à la Reyne, qui, par sa bonté, s'en pourra servir, sans faire cognoistre qui aura esté autheur de ces ad vis, pour ne pas faire tort audict sieur Premier Président.
AU', étr. , France, t. 2G7, t 3Ô2; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.
A M. DE LIONNE
Bruhl, 9 mai i (>."> i .
(eitiuit.)
J'ay veu les motifs que la Reyne a eus dans les changements qui se sont faits à la Cour ' et dans l'accommodement et la reunion de M. le Prince à S. Mle. Il se trouve que, dans le mesme temps, le bruit s'estant respandu d'un accommodement dans lequel tout le monde a creu qu'on avoitmesnagé le mien, j'ay receu des complimens de beaucoup de gouverneurs de places, mareschaux de France et autres personnes de con-
1 Voy. sur ces changements, ci-dessus, p. 127, note 3.
Mai i65*. dition, dont quelques-unes mont mesme depesché des gentilshommes pour me féliciter de mon retour comme d'une chose qu'on tenoit asseurée. .le n'en ay pas neantmoinsconceu plus d'espérance, et j'aybien creu que l'opinion de ces gens-là estoitsans fondement, puisque vous ne m'en mandiez rien. Je dois rendre grâce à Dieu de n'avoir pas creu de léger: car si je me feusse laissé flatter de cette pensée, j'aurois esté bien plus sensiblement mortifié, quand j'ay veu, dans vos depesches, que non seulement, dans l'accommodement avec M. le Prince, on n'a rien stipulé là-dessus, mais que l'on a mesine consenti à l'exception qu'il a demandée de mon retour1, et que par là, l'affaire est bien en pire estât, puisque auparavant la Reyne avoit, au moins, la liberté d'en parler et presser M. le Prince là-dessus; ce qu'EHe ne peut plus faire à l'advenir sans luy donner juste sujet de se plaindre qu'on le sollicite d'une chose qu'il a absolument exclue lorsqu'il s'est attaché à S. M1'.
Et quand je ne verroys pas si clair d'ailleurs en cette affaire, ce seroit assez pour me faire voir qu'elle est sans ressource, de voir qu'auparavant l'accommodement de M. le Prince vous la jugiez favorablement, et qu'après qu'il a esté conclu vous ne me dictes plus un mot qui marque espérance de voir finir mon exil.
Je ne comprends pas pourquoy, ayant cette cognoissance, vous m'avez envoyé le duplicata de la depesché du mois de mars, où vous me dictes que M. le Premier Président auroit veu la Reyne en particulier, et qu'après luy avoir promis toute assistance , de la part de sa compagnie, pour luy faire reprendre l'authorité, il ne luy avoit demandé qu'une chose, en cas qu'elle fust en son pouvoir, qui estoit que S. Mu fïst en sorte que je m'esloignasse plus que Bouillon - et que je demeurasse comme une personne morte encore pour quelque temps. Vous m'interprétez favorablement ces paroles : pour quelque temps, et inferez qu'elles sont une marque certaine du jugement que faict le Premier Président, que la Reyne ayant repris l'authorité et les princes s'estant divisez, comme il estoit, dictes-vous, infaillible que cela arriveroit selon
1 Le sens est que M. le prince de Condé\ en stipulant le retour des autres exilés, avait fait une exception pour Mazarin. — ! Plus loin que Bouillon.
DU CARDINAL If-AZARIN. 167
les dispositions que je vo\ois. S. M1' seroit la maisl losse de me rappeler Mai iG5i
dans les affaires. V quoy vous adjoustez ensuite que vous ne croyez pas que mon restablisseinenl soit une chose prompte et facile, mais que, devant Dieu, unis estes persuadé que tost ou lard il arriveroit, suppose que la Revue se pusl soustenir, et que pour cela Elle, n'avoit à gagner que fort [peu| de temps et surmonter Forage que luy suscitoiL le Coadjuteur pour l'obliger à commencer1 les Estais généraux dans la Minorité.
Je me suis assez esloigné de Bouillon; je suis demeuré comme une personne morte: la division que vous croyiez infaillible entre les princes est arrivée; la Revue a repris l'autliorité, et cependant je suis tousjours accusé, malt rail le et bauny; et bien loin que S. Mlc m'ayt rappelé. Elle a consenti à l'exception formelle que M. le Prince a faicte de mon retour clans son accommodement, et au lieu du Premier Président, qui avoit si bonne opinion de mon rappel, on a estably dans le Conseil M. le Chancelier et M. de Ghavjgny, qui asseurement n'ont uy l'opinion que cela puisse estre ny aucune (lisj)osition à s'y employer. Vous avez ereu qu'il seroil plus aysé de faire mon accommodement avec M. le Prince qu'avec S. A. Pi. , et je vous advoue que j'estois du mesme ad vis; mais nous nous sommes trompez tous deux, puisque le premier a voulu stipuler qu'on n'en parleroit point, et que Mmc de Chevreuse m'a recherché et ollert la protection de l'autre; et ce qu'il y a de surprenant en cela, c'est qu'une des plus fortes raysons que vous me marquez qui vous faisoil croire plus aysée ma reconciliation avec M. le Prince, est que linterest, estant la règle de sa conduite, le pourroit obliger à se reunir avec moy, et cependant, quand il adjuste ses interests par son dévouement à la Reyne, il a stipulé l'exception de mon retour. Ce qui se peut dire seulement à cela, c'est qu'il a creu qu'il n'estoit pas moins de son interest de barrer toutes les advenues à mon rappel et de mettre la Reyne en estât de ne luy en pouvoir plus parler que d'obtenir les autres advantages qu'on luy a accordez.
1 Le manuscrit porte commencer; il semble qu il faudrait convoquer.
Mai i r>5 1 . Enfin, je me voy bien loîng de mon compte; car j'avois creu que si l'union de M. le Prince avec la lîeyne ne pouvoit produire mon retour, elle produiroit au moins la revocation de mon exil ou l'asseurance que cela seroit dans quelque temps, et vous voyez que tous ceux qui ont creu cette union, ont publié mon retour et m'en ont faict compliment. De mon costé, ne sçacliant ce qui se passoit, j'ay rendu mon exclusion encore bien plus certaine en refusant l'offre si précise que S. A. R. me iaisoit faire par Mmc de Chev.reuse de l'accommodement de mes affaires par des voyes que ladicte dame m'asseuroit infaillibles1.
Sur le sujet de M. le Prince, je ne sçay pas quel estât vous pouvez faire de son amitié; car comme il sçait que vous estes extrêmement homme d'honneur, quel est l'attachement que vous avez à moy et à mes interests, il ne croira jamais devoir prendre une entière confiance en vous, et je juge la mesme chose de M. de Chavigny2. Ma consolation seroit grande, ne pouvant plus revoir la Reyne, si je vous voyois avec M. Servien dans la direction et confiance des principales affaires et establi en sorte auprez de Sa Mlé qu'il n'y eust pas lieu de craindre aucun changement.
Quand je vous ay proposé plusieurs fois que l'on pouvoit m'employer, par quelque moyen secret, à faire la paix, et que M. le Prince y pourroit consentir, je ne croy pas m'estre fort escarté de ce qui pouvoit estre, puisque je fonday ma proposition sur la cognoissance que j'ay que la hayne des François n'estant jamais de longue durée, et la pitié succédant d'ordinaire dans leurs esprits avec un peu de temps, je pouvois espérer qu'ils reviendroient à moy. Je presupposois, outre cela, que, la Reyne faisant un accommodement avec M. le Prince, où il trouveroit ses advantages, S. Mté n'auroit pas peine à le faire consentir à un expédient pour la réparation de mon honneur. Je croyois d'ailleurs que S. Mtë ayant grand interest que tous les peuples recognoissent de ses soins3, et non pas d'aucun autre, la conclusion de la paix, Elle
1 Voy. ci-dessus, p. îlt'j, note h. 3 Le sens est qu'ils doivent à ses soins la
2 C'est-à-dire : Je juge que M. de Cha- conclusion de la paix. vigny tiendra la même conduite.
ne pouvoil praticquer un expédient plus propre pour cola que de m'en Mai iC5i. commettre la négociation, el de faire qu'elle pust estre effectuée par mon ministère, el enfin de la manière si précise que Pimente! m'avoit parlé, m'asseuranl que c'estoient les sentimens du comte de Fuensaldagne, j'avois lieu de croire que les Espagnols avoient résolu de faire la paix, en laquelle ils pouvoient espérer des conditions advàntageuses dans une conjoncture où il y avoil tant de brouillerie à la Cour. Car si j'eusse >eeu que la rage des peuples est lousjours si grande contre moy qu'ils ne voudroienl pas mesme recevoir la paix, après laquelle il y a si longtemps qu'ils souspirent, si elle leur venoit de ma main, comme vous me mandez, en ce cas véritablement j'aurois esté mal advisé de proposer qu'on me donnast cet employ, et la Reyne eust eu trèsjuste sujet de dire que je m'cscarlois bien loin du but. Il arrive presque tous les jours dans les affaires que des propositions et des pensées prises par un certain biais semblent ridicules, et estant considérées d'une autre façon sont reconnues tres-prndentes, comme il me semble qu'il paroist plus clair que le jour en ce rencontre. Je me suis estendu un peu sur ce point; car comme je ne soubaitte rien tant au monde qui' de conserver la bienveillance et l'estime dont la Reyne m'a bonoré jusqu à présent, je ne voudrois pas faire ou dire quoy que ce soit qui m'en pust faire descheoir.
Je vous remercie de tout mon cœur de la repartie que vous avez faicte à M. Le Tellier sur ce que Pimentel avoit publié que j'avois promis de lu y dire des choses de la dernière importance, avant que nous nous séparassions. Vous m'avez en cela rendu justice. Je vous asseure que l'on peut imprimer tout ce que j'ay dictau sieur Pimentel; car j'ay pesé toutes mes paroles et non seulement dans l'intention, mais dans tout le reste, je n'ay faict que ce que je devois, et on m'a faict grand tort d'en prendre aucune allarme. Pleust à Dieu que la Reyne n'eust jamais permis qu'on eust donné part dans les secrets de l'Estat'qu'à des personnes aussi zélées et aussy fidèles que moy. Je vous dis du meilleur de mon cœur que le plus grand malheur qui me pourroit arriver et qui me laisseroit un desplaisir sensible le reste de mes jours, ce seroit