MEMOIRE TOUCHANT LE MARIAGE DE M. LE DUC DE MERCŒUR
[Brûlil], îa mai 1 05 1 .
(extrait.)
11 n'y a rien à ajouter à la manière généreuse et obligeante avec laquelle M. le duc de Mercœur1 a tousjours traitté avec moy et continue de le faire dans le temps le plus fort de ma persécution, dont il doit estre asseuré que je ne perdray pas le souvenir, et j'espère de la bonté de la Reyne qu'elle suppléera à l'impuissance où je suis de le servir.
1 Louis de Vendôme, duc de .Mercœur, p. 345, îles Lettres de Mazarin). On trouve né en 161a. mort en 1G69. Il avait été dans le même volume, p. &09, note 3, linquestion de son mariage avec Laura Man- dication des causes qui s'opposèrent à cette fini, «lès ie mois de juin 1669 1 voy. t- III- époque à la conclusion du mariage.
Mai je,:,,, ni qu Elle le considérera et luy despartira, dans les occasions, des marques de son estime et de sa bienveillance, d'autant plus que S. M. nous faict l'iionneur à tous de tesmoigner avoir agréable et mesme de souhaitter l'entier accomplissement du mariage, quijusques à présent a lousjours esté empesclié par de nouvelles dilïicultez qu'on ne pouvoit pas prévoir.
Aprez avoir rendu des grâces tres-particulieres à M. le duc de Mercœur de l'instance qu'il m'a faict faire par le moyen du sieur Flein, 1 un de ses gentilshommes \ pour l'achèvement de son mariage avec ma niepce , je confirme et réitère volontiers et avec une entière satisfaction le consentement que j'ay desja plusieurs fois donné; mais comme il seroit bon aussy, pour divers respects, d'avoir la confirmation de celuy de M. le duc de Venclosme, que tout le monde sçayt qu'il a accompagné de pressantes sollicitations auprez de la Reyne, de S. A. R. et mesme envers moy pour la perfection de cette affaire, je croiroisfort à propos que la Reyne en parlast à M. de Senneterre, afin qu'il dist de la part de Sa Mté à M. le mareschal d'Estrée que, ces jours passez, Elle avoit touché quelque chose de ce mariage à M. le mareschal de Gramont avec dessein d'en donner, par ce moyen, cognoissance aux personnes avec lesquelles ledict Sr Mareschal a beaucoup d'accez et de confidence; mais que S. M. désirant que cette affaire, qui estoit passée par ses mains, parust asseurée en sorte qu'on n'en pust plus douter et que l'on ne l'ust plus obligé à en parler en secret, Elle avoit songé d'employer en cela M. le mareschal d'Estrée, afin qu'insinuant à M. le duc de Vendosme que c'estoit une chose desja faicte il taschast de le disposera en parler à la Reyne et à rattifier de bonne grâce le consentement qu'il y avoit desjà donné, lequel S. M. ne desiroità présent que pour la réputation mesme dudict s1' duc et pour la satisfaction de son fils, puisqu'il s'agissoit d'un mariage qui ne pouvoit plus estre empesché.
M. le mareschal d'Estrée pourroit représenter à M. le duc de Vendosme que c'est luy qui a embarqué son fils dans cette affaire, que la
1 On voit, par plusieurs lettres du recueil publie' par M. Ravenel, que Flein fit souvent le voyage de Briihl pour porter à Mazarin les dépêches de ses partisans.
lleyne s'y trouve aussy engagée par les articles qu Elle a signez, connue \i.n 1661. aussv l'a laid luy-iuesine ledict s1' duc, et que, ce mariage estant desja faict, comme l'on croit, ou ne se pouvant plus empesclier, ce seroit causer peut-ostre quelque préjudice considérable a sa maison, s'exposanl par son reins à la disgrâce de la Reyne, qui, aprez s'estre despouillée Ellemesme |)our faire dos grâces si considérables à lny et a M. de Beaufort ', ne perdroit pas ayscmcnt le souvenir ny le ressentiment de le voir manquer à sa parole, sur le fondement de laquelle S. AI. avoit permis que les choses allassent si avant. S'il réussit à M. le mareschal d'Estrée2 de persuader M. de Yendosmc, on obtient ce que l'on désire; sinon, on aura tousjours satisfaict à un certain devoir et osté tout prétexte au dict sieur duc de se plaindre, et on ne laissera pas de passer outre à l'accomplissement du mariage.
On remet de delà d'examiner s'il seroit bon que la Reyne dise un mot à Mmc de Montbazon3 sur le mesme sujet comme de chose faicte pour l'obliger à persuader M. de Beaufort de parler de celte affaire à S. M.; car cela produirait, à mon advis, un fort bon effect, et il est à croire que ladicte dame pour plaire à la Reyne s'employeroit asseurement volontiers pour porter M. de Beaufort à faire encore en cela ce qui seroit de la bienséance. Si la ratifïication de M. de Vendosme donne lieu à M. de Mercœur de venir icy publiquement pour ramener aprez sa femme en France, il pourra prendre le chemin de Sedan avec un passeport des Espagnols; sinon, il pourra venir par Dunkerque incognito et en toute seureté. Et si, en conformité de ce que j'ay escrit on me permettoit de m'advancer vers la frontière pour avoir plus de commodité d'adjuster mes affaires particulières, en ce cas, M. de Mercœur devant venir incognito le pourroit faire par le droit chemin, sans passer par la Hollande.
' La Reine, qui avait pris pour elle- tome I, p. 92.5, des Lettres de Mazarin. Il
même l'amirauté de France, à la mort du était frère deGahriellc d'Eslrées et par con-
duc de Brezé en i646, l'avait donnée, en séquent oncle du duc de Vendôme. i65o.au duc de \ endôme avec la survivance 3 Voir sur la duchesse de Monthazon le
pour un de ses fils, le duc de Beaufort. t. I, p. 9/17, des Lettres de Mazarin. Ses re-
' Voir sur ce maréchal d'Estrées, le lations avec le duc de Beaufort sont connues.
18/i LETTRES
Mai i65i. • J'approuveray entièrement tout ce qui sera arreslé à Paris touchant le mariage, les moyens de son accomplissement et le voyage de M. de
Mercœur. 11 faudra, à mon advis, bien examiner que le Parlement, par la suggestion et la cabale des mesehants esprits, ne fasse quelque chose pour empescher que M. de Mercœur ne puisse emmener sa femme en France, et quoyqu'en d'autres temps il eust esté ridicule de soupçonner une chose semblable, tout est à craindre en celuy-cy; car ce n'est plus la justice qui agit, mais la passion, l'artifice et les cabales.
AIT. élr. , France, t. 268, f° 108; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A L'ABBÉ FOUQUET1
[Brùlil ], îG mai 1G01.
(extrait.)
J'ay receu vos deux lettres des 1e1' et 4e de ce mois avec le duplicata de celles que vous avez adressées à Roussereau. Je vous remercie de tout mon cœur de la diligence avec laquelle vous m'avez donné part de vostre arrivée à Sedan. J'avois desja sceu par M. de Fabert le danger (pie vous aviez couru. Je seray tousjours ravy de vous voir; mais, au nom de Dieu, ne vous exposez plus à de semblables hazards, et ne venez plustost point; car vous y demeureriez une fois. Vous eustes grand tort de vous séparer de la troupe; il n'importoit pas d'arriver deux jours plus tost ou plus tard, pourveu que vous le fissiez en seureté.
Je vous avois bien prié de parler de quelque chose en passant à la
' Il a déjà été souvent question de Basile tion de Meiun. Barbeaux est maintenant un
Fouquet, abbé commendataire de Barbeaux, village compris dans le déparlement de
et l'un des émissaires les plus actifs de Ma- Seine-et-Marne, arrondissemenl de Melun.
zarin pendant la Fronde. L'abbaye de Bar- Basile Fouquet était frère aîné de Nicolas
beaux dépendait du diocèse de Sens, du Fouquet, procureur général du Parlement
gouvernement de l'Ile de France, du parle- et surintendant des finances. Ces deux frères
ment et de l'intendance de Paris, de l'élec- moururent en 1680.
DU CVUDINAL MAZARIN. 185
personne que vous sçavez1; mais je ne pretendois pas ([ue cela fist tant Mai i65i de broict; vous avez donné l'alarme un peu trop chaude, et j'ay bien plus de desplaisir de la façon dont la chose a esté recette que je ne vous en tesmoignaj de l'advis qu'on m'en avoit donné. L'affection, avec laquelle vous portez les choses dont je vous prie, vous aura peut-estre laid trop exagérer ce point-là, et comme je donnerois plttstost mille wes que de causer la moindre douleur à cette personne-là, je vous conjure de tout mon cœur de raccommoder le mal que vous avez faict el d'en demander pardon pour vous et pour moy, que je ne doute point qu'on n'ayt la bonté de vous accorder.
La pensée de M. de Lionne est fort bonne touchant l'Auvergne2, afin qu'il3 serve de dot. Il faut bien adjuster ce point, et, comme je n'a y pas le temps de luy escrire au long en chiffre, puisque l'ordinaire va partir et que l'on n'a [pas] encore deschiffré sa depesche, je vous prie de luy dire, de ma part, que peut-estre, s'il y avoit jour à pouvoir faire le mariage de la seconde \ dont on a parlé, avec M. de Caudale5, en ce cas il faudroit [lui] laisser le gouvernement d'Auvergne; car on pourroit faire quelque autre chose de plus considérable encore pour M. de Mercœur. N'en parlez, s'il vous plaist, à qui que ce soit qu'audict sieur de Lionne. Il faut prendre garde de faire en aucune façon la proposition, si on ne voit qu'elle puisse avoir eflect; car il ne faut pas s'exposer à un refus, et, aprez tout, on ne doit faire en cela que ce que la Revue trouvera bon.
Il y a trois jours que le gentilhomme de M. de Mercœur est parti. A son arrivée, il prendra ses resolutions, vous estant cependant fort obligé des pensées que vous avez eues en cela.
Le plus grand malheur qui me puisse arriver est que l'on parle fort de mon retour, parce que cela ne faict que reveiller mes ennemis pour
1 Ces mois désignent la Reine. ' Celte nièce de Mazarin était Maiïe-Anne
1 Le gouvernement d'Auvergne devait Martinozzi, qui épousa, en i654, le prince
servir de dot pour la nièce de Mazarin fiaa- de Conti.
cée au duc de Mercœur. 5 Voir sur le duc de Candale, ou Can-
5 // se rapporte au mot gouvernement, dalle, le tome III, p. 236, note 2. des
qui est sous-entendu. Lettres de Mazarin.
NIAZAMN. IV. q£
iMprtlïi r
Mai 1 65 1 . renouveler nies persécutions et barrer toutes les voyes par lesquelles je pourrois mettre mon honneur à cou voit. Si la Reyne pouvoit par quelque moyen faire trouver bon à S. A. R. et à M. le Prince que je lusse estably dans l'Alsace, leur donnant parole que je ne me mesleray point à la Cour, j'aurois quelque consolation de ne Faire plus le chevalier errant et de ne voir ma réputation en compromis, et ledict sieur Prince pourroit par ce moyen-là avoir l'esprit en repos. Je vous prie de communiquer cette pensée à M. de Lionne, et ce que vous me mandez qu'ayant parlé à la Reyne de Brisach, Elle vous avoit respondu que, si Elle avoit sceu, il y a quinze jours, que j'eusse eu cette pensée, Elle l'auroit pu faire réussir. Sur quoy je vous diray que M. Le Tellier ne se peut pas desgager de la parole qu'il m'a donnée1, et, si les autres choses se pouvoient adjuster, je me chargerois bien d'y faire consentir ledict sieur Le Tellier.
Je remercie de tout mon cœur M. le Procureur gênerai de la bonté qu'il a pour moy touchant la main-levée des saisies 2; je n'en seray jamais ingrat3. Je le prie de continuer; car je n'ay qui que ce soit au Parlement qui me donne aucun secours, et faute de cela l'innocence court grand risque d'estre opprimée. Si M. le Procureur gênerai croyoit qu'il fallut faire quelque présent à quelqu'un , qui soit capable de faire quelque chose à mon advantage, j'en suis d'accord; et vous en pourrez parler en ce cas à de Lionne, qui donnera là-dessus les ordres à Jobart, lequel, quand il n'auroit pas d'argent, en trouvera.
Je vous prie de faire mes recommandations à tous mes bons amys, et de croire que vous n'avez qui que ce soit qui vous ayme plus que moy.
1 Pour comprendre ce passage , il faut se avaient été saisis. Il en recouvra la jouisrappeler que le gouvernement de Brisach sance grâce au procureur général du Parleavait été donné au marquis de Tilladet, pa- ment, Nicolas Fouquet.
rent du secrétaire d'État Micbel Le Tellier, 3 Mazarin tint cette promesse , et quoique
mais à condition que, si Mazarin réclamait Colbert lui signalât, dans la suite, les dila-
ce gouvernement, Tilladet le lui céderait. pidations de Nicolas Fouquet, il le maintint
2 Les revenus des bénéfices de Mazarin à la tête de l'administration des finances.
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