LA
Bibliothèque nationale, mss. fr, f. Baluze, t. 33a, f" 108. — Autographe.
A M. COLBERT
Brùhl, 16 mai i65i.
(extrait.)
Mazarin commence par parler de la satisfaction qu'il a des services de Colbert:
Je suis content à l'avance, lui écrit-il, de tout ce qui passera par
vos mains, et, dans la confusion où sont mes alTaires, et dans le
temps si peu propice pour les mettre en estât, j'estime à bonheur s'ils
(si elles) ne dépérissent encore davantage.
Il ajoute quejusqu à présent Euzenata eu l'administration de sa fortune. Il de'sire la remettre à Colbert et lui demande de lui envoyer une procuration qu'il signera. Il parait nécessaire que la personne qui sera chargée des affaires du Cardinal soit autorisée par la Reine, par le duc d'Orléans et par le prince de Condé.
Mazarin entre ensuite dans le détail des sommes qui lui sont dues, et dit que M. Tubeuf en a une connaissance particulière. Parmi les créances que l'on doit recouvrer il cite la suivante :
Lorsque la Cour estoit à Rouen, l'année passée1, mourut un président de ce Parlement-là, appelé Criqueville, qui n'avoit [pas] payé la paillette 2. La Reyne eut la bonté de me donner ce qui proviendroit de cette charge, et je dis que je le recevrois sur Testât [en] moins de ce qui m'estoit deu3. M. le Surintendant m'a tousjours promis que cela seroit, et l'affaire estoit en estât quand je partis de Paris. M. Le Tellier se souviendra que (qu'il) m'en parla chez M. Tubeuf, quand j'y vins
1 Voir le tome \\i des Lettres de Mazarin, priélaires de leurs charges et pouvaient les p. £62. vendre à des tiers ou les transmettre à leurs
2 Cet impôt, qui tirait son nom du finan- enfants. Lorsqu'ils n'avaient pas payé cet imcier Paulet, était du soixantième du prix de pôt, la charge revenait au Roi, qui pouvait la charge. C'était en payant la paulette que en disposer comme bon lui semblaitt.
les membres des Parlements devenaient pro- 3 En diminution de ce qui m'était dû.
Mai l65i. disner avec M. le Surintendant pour prendre quelque resolution sur ce qui m'estoit dcu1.
Pour ce qui est du traité des lettres de noblesse2, vous sçavez que Gerardin me fit dire que c'estoit un bon advis que je le demandasse; ce que je fis du temps de M. d'Hemcry 3, Sa Mté me l'accorda, et M. le Surintendant d'à présent4 me fit parler par M. Tubeuf, et prier que je me contentasse de prendre seulement cinquante mille escus (car l'affaire estoit à quatre cent mille livres). J'y consentis, et M. le Surintendant m'asseura ladicte partie, et l'on fit aussy mention de cela chez M. Tubeuf, à la présence de M. Le Tellier, qui s'en pourra souvenir.
Mazarin termine en parlant des assignations qui lui ont été données pour obtenir le payement de ce qui lui est dû. 11 ajoute que : «Dieu avoit permis que les pièces, que cherchent mes ennemys pour me faire mon procez, servissent à les confondre, faysant paroistre mon zèle pour le service du Roy et de EEstat 5^.
AIT. étr. , France, t. 268 , f 1 10; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. DE FABEUT.
Brùhl, 19 mai 1 (35 1 .
(extrait.)
Il n'y a rien jusqu'à cette heure qui m'oblige à croire le contraire
1 On trouvera une réponse de Golbert à cette lettre de Mazarin dans le recueil de M. P. Clément (Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert), t. I, p. 83 et suiv.
2 C'est-à-dire des droits à prélever pour la vente des titres de noblesse, droits qui étaient affermés à un traitant.
' Lorsque M. d'Emery était surintendant des finances. (Voir, sur Particelli d'Emery, le t. III, p. h^jh , note 1 , des Lettres de Mazarin.)
1 Le président de Maisons. Voir ci- dessus, p. 61, note 1.
5 A la suite de cetle lettre se trouve un billet autographe de Mazarin à Colbert pour lui recommander de mettre en ordre tous les papiers relatifs aux voyages de Bourgogne et de Champagne. (Voir, sur ces voyages, le tome III des Lettres de Mazarin, p. ^196, note 1, et p. 920, note 1.)
de ce que je vous ay mandé de M. de Chavigny. Outre ce que je vous Mai i65i en dis, à mon passage à Sedan, je vous adjoustcray confidemment qu'ayanl escril pressamment, de Dourlcns1, pour supplier la Reyne de le faire revenir, prenant au préalable les précautions nécessaires à mon esgard, afin <pi il s'engageast a estre de mes amys e1 qu'il recognust son retour de mes offices2, Sa M,L' n'y voulut pas consentir pour lors3. Trois sepmaines aprez, on l'envoya quérir, sans, à vous dire le vray, qu'on ayt pris grand soing de ce qui me regardoit; ce qui peut-estre aura donné sujet audict sieur de Chavigny de ne croire pas qu'il m'en eusl toute l'obligation, comme on mande Paris qu'il s'estlaissé entendre ainsy, et mesme qu'il paroist tout-à-faict engagé dans les interests de M. le Prince. Si vous y allez faire un voyage, vous recognoislrez bien mieux l'assiette de son esprit, et, si je-' sçavois que vous y fussiez résolu , je vous escrirois quelque chose de plus particulier là-dessus et je me confierois entièrement en vous de mes interests, comme à une personne que je suis persuadé estre le meilleur de mes amys.
L'on faict courre des bruicts à Paris que je vous ay escrit d'offrir à M. de Chavigny le restablissement dans sa charge4 et la confidence de la Reyne, pourveu qu'il me raccommodast avec M. le Prince. Vous sçavoz ce qui en est et si je suis capable de parler en ces termes de la Reyne; mais je voy par là que l'on n'oublie rien pour me nuire et me descrier, et je ne sçay pas comprendre par quel fondement 5peut avoir [cours] une pareille malice.
1 La copie porte tantôt Dourlcns, tantôt Chavigny. (le détail ne se trouve dans aucune Doulens ou Doullens. La lettre écrite par des dépêches précédentes.
Mazarin de Doulens, pour demander le re- ' Chavigny avait été antérieurement gou-
tour de Chavigny, se trouve ci-dessus , p. 33. verneur de Vincennes et membre du conseil
2 C'est-à-dire qu'il devait son retour à mes du Roi. Il avait été disgracié peu de lemps bons offices. après les barricades de i648, el exilé de
C'est seulement par cette lettre de Ma- Paris à l'époque de l'arrestation des Princes zarin que nous savons que la Pieinc avait (janvier 1600). d'abord refusé de consentir au rappel de '" Dans le sens de sur quel fondement.
Mai i65i.