‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 25 sur 125 · A M. DE BOUGY · texte numérisé non relu

A M. DE BOUGY

Brùhl, 29 mai 1601 .

(extrait.)

J'ay appris avec joye ce que vous me mandez de l'honneur que me faict M. le prince de Tarente2 de se souvenir de moy si advantageusejnent, et me donner tant de part en son amitié. Vous m'obligerez de l'asseurer de la mienne et de mon service, et que, dans les occasions, il en peut l'aire un estât tres-asseuré, mais que je suis tres-marry de voir que mon malheur la rend à présent inutile. L'estat où vous me dictes que M. du Tôt3 se trouve maintenant me touche sensiblement; je vous prie de luy faire cognoistre le desplaisir que j'en ay, et qu'en quelque fortune que je puisse estre il ne doit pas douter que je ne sois son véritable amy. Je recevray de vous un grand service en continuant vos soings à me conserver ceux que vous jugerez estre dans cette disposition. De là vous pouvez vous imaginer si celle de M. le comte de Tilliers 4 \sic\ , qui est une personne de mérite, m'est en petite considération, et si je seray bien ayse que vous luy fassiez cognoistre, par l'estime que j'en fais, l'envie que j'ay de la cultiver soigneusement.

Je vous advoue librement que je n'aurois jamais pensé que M. le mareschal de Turenne, que je puis dire avoir aymé plus que personne du monde et sans aucune reserve, comme il le sçait très-bien . eust deu laisser d'estre le meilleur de mes amys. Je suis pourtant tresayse d'apprendre, par la vostre, que vous ayez recognu en luy des

1 Jeail Révérend de Bougy, maréchal de ' Probablement Charles-Henry du Toi.

camp en 16/18, lieutenant général en 1 652 , maréchal de camp en 1 646 , lieutenant gé-

morl en 1657, H quarante ans. néral en i652.

- Voy. sur le prince de Tarente, le t. III. 4 Tanneguy Le Veneur, comte de Til-

p. £28, des Lettres de Mazarin. Hères et de Carouges, mort en i652.

Dl CARDINAL M \Z\KIX. 227

bons sentimens à mou esgard, et, cela estant, je seray ravy d'avoir Mai occasion de le servir el luy faire cognoistre que malaysement se peuton empescher d'aymer une personne qu'on estime au poinct que j'ay tousjours l'aict la sienne.

Je vous prie île l'aire remercier M. de Vicfort ' des oiïres si civiles qu'il me laid, el l'asseurer que je n'en perdray pas le souvenir, et que je tasclieray. en toutes rencontres, de tesmoigner l'estime et la passion que j a\ pour le service de M. l'Electeur son maistre.

IAXIV.

Ail', etc. . France, t. 267, P A a 3 ; t. 28 du recueil des Lettres de Mautrin. — Copie du temps.

A M. DE LIONNE

[Brùhl], ag mai iC5i. (entrait.)

J'av eu desjà trois longs entretiens avec le sieur Bartet2, et je le verrav encore ce soir en luy donnant cette depesche. J'ay eu une trèsgrande satisfaction de luy parler; car il m'a esclaircy de beaucoup de choses qui estaient pour moy toul-à-faict dans l'obscurité. Vous n'avez pas esté oublié dans nostre conversation, et comme il m'a asseuré qu'il ne perdroitpas un mot de tout ce que je luy ay dict, et qu'il vous en feroit un fidèle et ponctuel rapport, j'estime tout-à-faict superflu de vous répliquer beaucoup de choses qu'il vous représentera bien mieux de vive voix que je ne sçourois faire par escrit. Je sçavois qu'il n'y avoit qui que ce soit au monde plus obligé à une autre personne que je

1 Abraham de Vicfort on Wicquefort rc- une Histoire des Provinces-Unies. Il mourut

présenlait auprès de la cour de France en 1682, dans un âge 1res avancé. l'Électeur de Brandebourg, Fréderic-Guil- s 11 a été question de Bartet ci-dessus,

laume. On a de Wicqnefort plusieurs ou- p. 25, note 2. Il servait surtout dintermé-

vrages. et. entre autres, des Mémoires ton- chaire pour les négociations de Mazarin avec

chant les ambassadeurs et ministres publics et la princesse palatine, Anne de Gonzague.

Mai i65i. l'estois à la Reyne; mais vous ne sçauriez vous imaginer à quel point j'ay esté ravy de ce qu'il m'a dict là-dessus; car il faut advouer qu'il n'y a jamais eu de fermeté semblable à celle qu'il plaist à S. M* d'avoir pour sou tres-humble serviteur, qui n'en ressent pas tant de joye pour son propre advantage que pour la gloire qui en revient à S. M1'.

C'est un grand malheur que tous ces voyages soient publics, et que huit jours aprez on en sçache mesme le sujet. J'ay esté extrêmement surpris de voir, en diverses lettres que j'ay receues par l'ordinaire, que l'on parle du départ de l'abbé Fouquet comme d'une chose publicque. Cela me faict beaucoup de peine, et j'en tire un mauvais augure, craignant fort que l'on agisse avec peu de sincérité. Il faut estre bien alerte et tascher de descouvrir ce qui en est, pour changer de mesures suivant les lumières qu'on pourra avoir des intentions des uns et des autres, et, à mon advis, il seroit fort à propos que l'abbé Fouquet se plaignist à ceux qui l'ont envoyé de ce que l'on a publié son voyage, tesmoignant qu'il n'en avoit rien dict à personne, et que cependant quelqu'un du party des frondeurs l'avoit révélé à la Palatine avec un très-grand préjudice des propositions desquelles on l'avoit chargé, parce que l'on avoit grand sujet de se defïier que l'on ne marchast pas franchement et que ce ne fussent que des pièges qu'on me lendoit pour me faire tout-à-faict tomber. Je me remets pourtant au plus ou au moins que l'on jugera à propos de delà de faire en cecy; mais il est extrêmement à craindre, sy on n'y aporte un prompt remède, que les mesfiances qu'auront les uns et les autres, chacun de son costé, d'estre prévenus en ce qui me regarde, ne les obligent à se lier plus que jamais contre mon retour. Il est vray pourtant que je croy les affaires en un tel estât entre le triumvirat de la Fronde1, qui possède l'esprit de S. A. R., et M. le Prince, qu'il n'y peut avoir, par quelque raison que ce puisse estre, aucun lieu à la réconciliation entr'eux. Je ne doute point que la Palatine ne garde quelques mesures avec les frondeurs, puisque Bartet mesme me l'a dict; et m'a protesté qu'elle

1 Ce triumvirat de la Fronde se composait du Coadjuteur, du marquis de Chàteauiieuf et de la duchesse de Ghevreuse.

DU GARDIH IL M IZARIN. 229

est si résolue de servir la Reyne, particulièrement en ce qui me regarde, Mai i65 que, si par hasard elle trouvoit de l'impossibilité à le faire par le moyen de M. le Prince, ce qu'il ne croit point, elle tentera tous les autres [moyens]*, ne doutant point d'y réussir, et pour moy, estant tout-à-faict persuadé qu'elle agit Franchement, qu'elle se veut attachera la Reyne sans aucune reserve, quelle souhaitte avec passion de m'obligeret «le servir S. M en ma personne et qu'on peut s'asseurer de sa fidélité, j'estime qu'il est tres-advantageux qu'elle garde des mesures avec, les frondeurs, en sorte que, soit que M. le Prince donne les mains ou s'oppose à mon retour, elle soit tousjours en estât de servir utilement.

Pour vous dire à présent mon sentiment plus précisément sur ce qu'il v auroit à faire, aprez avoir bien examiné toutes les propositions qui m'ont esté t'aides, quo\ ([n'en ce que m'a dict le sieur Bartet il n'y ayt rien de t'aict . mais seulement disposition à agir et à gaigner l'esprit de M. le Prince, je ne suis nullement d'advis de ce que l'abbé Fouquet m'a proposé, parce que l' Estât en recevroit très-grand préjudice, et il se trouveroit que l'on auroit seulement travaillé pour l'élévation et le contentement de ceux qui n'ont rien oublié pour le perdre. Sur quoy j "a\ desduit une si grande quantité de raisons et si concluantes audict abbé, qui vous les rapportera, que je m'asseure qu'elles persuaderont la Reyne et tous ceux qui en auront cognoissance.

Mais je voudrois embrasser tout-à-faict la proposition de M. Gliasteauneuf, et profitant de la déclaration qu'il a faict faire qu'on n'aura point de jalousie de ce qu'on traittera avec M. le Prince, l'obliger à concourir à la mesme chose, faire introduire cette négociation par le moyen de la princesse palatine le plus obligeamment qu'il se pourra, afin que ledict sieur Prince recognoisse la confidence (confiance) que la Reyne a en luy, la sincérité avec laquelle on s'y conduit, et ensuite après avoir pris sa parole du secret par les moyens que j'ay dicts au sieur Bartet. afin qu'il n'en tirast pas d'advantage auprez de S. A. Pi. (car par là tout seroit perdu), concerter et prendre les mesures avec luy de la manière qu'on s'y devra conduire, en publiant ou cachant son approbation, comme on jugera plus à propos. Et puisque, à ce que

Mai i65i. vous m'avez mandé, il a «lict qu'il voudroit que je lusse auproz de la Reyne, sans m'y avoir mis pour ne s'attirer pas la bayne de tous ceux qui sont mes ennemis, parce que, de gayeté de cœur, ils se sont engagez à me persécuter, et pour ne donner pas de l'advantage au parly de la Fronde, c'est prendre l'affaire par le biais qu'il peut souhaitter, qui est de faire en sorte qu'il ne paroisse pas en public qu'il se mesle de ce qui me regarde; ou que, s'il le faict, c'est conjointement avec l'autre party, l'asseurant cependant soubs main que, par ce moyen, il gaignera tout-à-faict la Reyne, que je luy en auray les dernières obligations, et que je ne manqueray jamais à ce que S. Mtc, la princesse palatine et vous aurez promis pour moy. Mais en cas que, non obstant les diligences de la princesse palatine et tous les ressorts qu'elle prétend de faire jouer pour cela, comme vous apprendrez par le sieur Bartet, M. le Prince se tienne ferme à ne vouloir pas consentir à mon retour, il faudra alors, sans rien gaster avec mon dict sieur le Prince, ny luy donner la moindre mesfiance, prendre d'autres mesures.

Pour tout ce que dessus, il faut fort examiner le dernier expédient que j'ay proposé à l'abbé Fouquet, qui a rapport entièrement à la proposition de Bracliet et qui est aussy en quelque façon la pensée de la princesse palatine, laquelle déclare précisément que, si M. le Prince ne donne les mains à mon retour, il faudra dissimuler, mais qu'en ce cas elle sera la première à se jetter de l'autre party et à contribuer tout ce qu'elle pourra pour conduire les affaires beureusement à bout par ce moyen. Cette pensée semble d'autant meilleure qu'il est nécessaire que les princes agissent de concert pour ce qui me regarde. Il faudra bien mesme que, du costé de la Cour, on travaille à disposer le Parlement à ne s'opposer point à mon retour, préparant quelque somme d'argent pour distribuer à ceux qui sont intéressez, et tascbant de gaigner les autres, qu'on cognoistra estre contraires, par les moyens qu'on advisera, surtout M. le Premier Président, que je croy la pièce la plus nécessaire, et si les cboses sont en Testât que je les laissay, il faut s'adresser pour cela à M. de Cliamplastreux et choisir quelqu'un

qui en traitté avec luy. Toutes les personnes sensées dudict corps Mai iG5i. devraient souhaitter que l'affaire se passast ainsy pour se remettre dans les bonnes grâces du l'un à la veille <le la Majorité, et avoir le mérite de

réunir les esprits, en sorte que S. Mll! trouvas! sa Maison en amitié et concorde et tout le inonde disposé à bien servir, aurez qu'on auroit eu réparé le tort <|ue S. M" a reoeu par la violence de mon expulsion.

Et sça chant, comme l'on faict, la haine que M. le Prince a contre M. de Ghasteauneuf, M"" do Chevreuse et le Coadjuteur et particulièrement contre ces deux derniers, et eux contre luy, on leur peut dire qu'il est nécessaire, dans la conjoncture présente, pour ne perdre pas I Estât, comme M. de Ghasteauneuf luy-mcsme, l'ayant recognu, me l'a faict dire ainsy1, que tout le monde soit uny et agisse de concert pour ce qui me regarde; mais qu'ils doivent estre asseurez que la Reyne proportionnera son affection et sa recognoissance à la chaleur a\ec laquelle les uns et les autres, serviront. Par ce moyen on excitera le Coadjuteur et iMme de Chevreuse a bien faire pour se remettre dans les bonnes grâces de S. M1*5; et il y a apparence qu'ils seront d'autant plus de cet advis qu'ils croiront que l'ambition et la conduite de M. le Prince désobligera Leurs M'"2, et ainsy ils seront vengez par luy-mesme du mai (ju'ils prétendent en avoir receu. Et M. le Prince sçachant de quelle sorte j'ay esté traitté par les frondeurs, et ne pouvant pas, dans une si belle posture et avec de si grands establissemens , songer à autre chose qu'à bien servir, se tiendra tout-à-faict asseuré de la bienveillance de Leurs M1", et ne croira pas que je puisse jamais prendre confiance eu des gens qui m'ont traitté comme l'ont faict les frondeurs. Enfin il faut faire valoir aux uns et aux autres séparément les raisons qui pourront leur persuader plus facilement ce à quoy ils ont plus d'interesl; et pour ce qui est de M. le Prince, il sera ravy, à mon advis, de voir que l'on a toute confiance en luy, et qu'il ne sera obligé de faire aucun pas , qui le puisse mettre dans Testât qu'il craint, s'il enlreprenoit seul l'adjustement de mes affaires, outre qu'il verra bien que les deux partys,

' Voy. ci-dessus, p. u)-] et suiv. . le mémoire remis à Mazarin par Brachel de la pari de Chàteauneuf.

Mai i65t. assistez de la Cour, sont nécessaires pour agir dans les Parlemens. Vanlmoins si on vient à bout de celuy de Paris, il ne faut pas douter que les autres ne suivent son exemple.

Il faudroit mesme examiner s'il pourroit v avoir quelque moyen par lequel on pust mettre tout-à-faicl en repos les esprits du Parlement et leur persuader que je ne retourneray point avec un esprit de vengeance, puisque la plus forte raison qu'il ayt de s'opiniastrer contre moy, c'est parce qu'il m'a persécuté sans aucun droit et fondement, et (pic mon innocence qui commence à estre recognue de toute la France aggrave encore la faute et l'injustice qu'il a faicte.

Il faut agir de tous costez avec chaleur et peut-eslre qu'il sera mieux de ne demander pas d'abord mon retour auprez de LL. MM.; mais de solliciter seulement que j'aye permission de retourner dans le royaume, quand mesme ce devroit estre à Brisach et en Alsace, où je pourrois aller, Monsieur et M. le Prince en tombant d'accord, quand mesme le Parlement s'opposeroit à mon retour, puisque ce pays-là n'est dans le ressort d'aucune compagnie souveraine du royaume1. Et après il faut encore prendre garde de ne faire jouer tous les ressorts ensemble que quand toutes les choses seront prestes et disposées pour cela.

Le Coadjuteur demeurant à Paris et estant sans doute capable de faire du mal, il le faut mesnager par des voyes qu'on jugera les plus propres, aussy bien que les autres qui pourroient estre contraires à ce qu'on projette; mais je proteste que je seray bien plus content esloigné comme je suis, que si je retournois par quelque moyen qui n'estant pas du service de LL. Mloz me pust estre reproché et qui me causast de l'inquiétude et du regret toute ma vie. Voilà tout ce que je vous puis dire en substance. Mais je crois que le sieur Baitet, avec qui je suis entré dans le destail jusqu'à la moindre particularité, hors ce qui regarde l'abbé Fouquet, vous expliquera mieux toutes choses. Il

' Le conseil souverain d'Alsace sie'geait le roi de France eut cédé à l'Empereur ses à Vieux-Brisach, sur la rive droite du Rhin. possessions d'Oulre-Rhin par la paix de 11 fut transféré ù Golmar en 1698, lorsque Ryswick.

faut seulement de la chaleur et de l'application, de quoy je suis cer- Mai i65i tain que la princesse palatine ne manquera pas. Mais il faudrait bien concerter jusques aux moindres petites choses et qu'un chascun se partageasl ce qu'il aura à faire, choisissant les personnes les plus propres pour agir auprès de c(x\\\ avec qui on aura à traitter, comme par exemple M. de Ruvigny1 s'acquittera fort bien de tout ce qu'on luy dira à l'esgard de MM. de Bouillon et de Turenne2, qui ont à ce que j'apprends grande envie de s'attacher à la Reyne. Et quoy que ce soient des gens qui n'ont pas donné lieu qu'on prenne grande confiance en leur parole, je ne laisseray pas pourtant de vous dire en confidence que M. de Ruvigny m'a mandé par Seyron3 qu'il me respondoit, que je pouvois faire estât de ces deux personnes-là, et on y doit, à mon advis, faire fondement, non seulement par ce que M. de Ruvigny aymeroit mieux mourir que de tromper ny moy ni qui que ce soit; mais parce que l'on dict que ces deux Messieurs ne sont pas trop satisfaicts de M. le Prince, et que d'ailleurs leur interest les doit obliger de s'attacher à Leurs M1". Et asseurement que, dans le temps que M. le Prince tasclie de s'establir de plus en plus, ce seroit une tres-prudente conduite, pour le service du Roy, de retirer tout doucement de luy les personnes de plus de crédit et de qualité et qui sont le plus capables de nuire et de servir; à quoy je croy qu'on réussira pour peu de soing qu'on y apporte, parce que, parmy les grandes qualitez que M. le Prince possède, il n'a pas asseurement ce don de conserver ses amis.

J'oubliois de dire que, quand on devra fondre la cloche, il peut faire un grand effect si la Reyne, par le moyen de M. le mareschal d'Estrce et de M. de Senneterre, faict dire un mot à M. de Chasteauneuf, qu'EHe

1 Voy. sur Ruvigny. le 1. 1, p. 602, note 1, 2 II a été question, clans le l. III, p. 858,

«les Lettres de Mazarin. J'y ai cité un pas- note 2, des Lettres de Mazarin, du projet

sage des Mémoires de Saint-Simon , qui con- que le Cardinal avait formé, dès i65o. do

firme l'éloge que Mazarin fait de Ruvigny. gagner le duc de Bouillon et le maréchal de

On a vu, dans le t. III, p. 282 et suiv. , des Turenne, son frère. On peut aussi consulter

Lettres de Mazarin, que le Cardinal s'était sur le duc de Bouillon et sur Turenne. I'1

servi de Ruvigny pour tâcher, en 16 -'i 9, de t. I, p. 91.3 et 963, des Lettres de Mazarin.

retenir Turenne dans le devoir. 3 Voy. ci-dessus, p. 1/17, note 1.

■ixiBor. — iv. 3o

llfflUUtniE MATIO™ tK.

Mai i65i. en dise un autre en passant de la bonne manière à M'1"' de Cbevreuse, luy laschant quelques paroles du Coadjuteur1, si ce n'est qu'on jage plus à proj)os de le faire par l'abbé Fouquet ou par quelque autre, et si S. M1" prend aussy la peine de cajoler S. A. R., de quoy M. le Prince ne pourra pas prendre jalousie, puisqu'on aura concerté avec luy d'en user ainsy. Beaucoup de gens croient que Leurs M'"7 pourraient sortir de Paris pour venir à Compiegne2, sans que personne s'en formalisast, puisque, tous les ans, on a accoustumé d'en user ainsy; cl à la vérité pour donner chaleur aux armées, il seroit assez à propos de le faire; et quand Elles (Leurs Mtez) seroient dehors, l'on prendroit plus aysement des mesures sur toutes choses.

On m'asseure que Mmp de Guebriant3 lesmoigne beaucoup de passion pour le service de la Reyne et pour mes interests. C'est une personne capable de bien servir, et je croy que, si la Reyne luy faict bon visage devant le monde, quand elle ira au Palais Royal, et que mesme en particulier Elle luy donne de bonnes paroles, cela excitera encore davantage son zèle, et asseurementelle est fort fidelle, fort bonne amye, tres-courageuse et a toute la suffisance nécessaire pour bien respondre de ce qu'on luy commettra. Elle est venue à bout de la pensée qu'elle a toujours eue de donner MM. de Vardes4 à la Reyne. Ce sont des personnes de cœur et de naissance, que S. M1" doit considérer d'autant plus que l'on a faict espérer quelque charge ou quelque gouvernement à l'aisné5. S'il pouvoit réussir à M. le mareschal d'Aumont0 de reprendre

1 Probablement clans le sens : luy laschant quelques paroles pour le Coadjuteur. Un des moyens que Ton employa pour gagner la vieille Fronde fut la promesse d'un chapeau «le cardinal pour le Coadjuteur, qui devint, en effet, cardinal de Retz.

' On a vu plus haut, p. 1 98, que c'était une des propositions faites par le marquis de Châteauneuf.

1 Renée du Bec-Crespin. veuve du maréchal de Guebriant. Voy. t. I des Lettres de Mazarin, p. f)3 1 .

4 Les deux frères , dont parle Mazarin . étaient neveux de la maréchale de Guebriant : l'aîné se nommait François-René du Bec- Crespin, marquis de Vardes, et le second Antoine du Bec-Crespin . comte de Môret.

5 Le marquis de \ ardes obtint, dans la suite, le gouvernement d'Aigues-Mortes. On trouve un certain nombre de lettres de ce personnage dans les papiers de Mazarin.

" Antoine d'Aumont, connu d'abord sous le nom de marquis de Villequier. Voyez le t. I, p. 908, des Lettres de Mazarin.

Dl CARDUN IL M IZARIN. 235

la Gapelle, à quoj il ne devroil pas rencontrer grande difficulté, les Mai 16&1. ennemis n'ayant presque point d'infanterie, S. M'" feroil justice de la rendre au père1 et d'obliger aussy par ce moyen les lils; mais quand cola n'arriverait pas, je supplie tres-humblement S. M" de se souvenir d'eux en d'autres rencontres qui peinent arriver.

Le sieur Bartet m'a fort parlé du gouvernement de Brisach, que M. de \ aides pourrait rescompenser 3 à M. de Tilladet3, disant que M. Le Tellier mesme en a jeté quelques propos pour l'incompatibilité dans laquelle il est avec Gliarlevois ' et m'a dict, que si la Reync le prenoit, il se contenteroit d'estre lieutenant de Roy et que je serais tousjours maislre de cette place. Je luy ay respondu que je ne sçay pas quel train prendront mes affaires; mais que, si elles alloient bien, et que S. M1'' eust la mesme bonté pour moy que par le passé, je la supplierois de me donner ce poste-là, pour avoir une retraite qui fust seure et honorable; que j'y ay tousjours eu ma visée, ce qu'il pourrait aysement apprendre de vous, et de M. Le Tellier mesme, qui, lorsqu'on le donna à son beau-frerc5, me promit positivement que j'en serais le maistre. quand je voudrais, et avec telle rescompense qu'il me plairait; ce qu'il m'a encore depuis plusieurs fois ratifié, et trais semaines avant que je partisse de Paris, recognoissant bien qu'il serait mal à propos de n'avoir pas de lieu de retraite en cas de besoin, je luy en parlay, et il escrhit à M. de Tilladet pour adjuster la chose. Mais comme je sortis après, je n'y avois plus songé, si ce n'est dernièrement dans l'occasion du desordre que je secus qu'il y avoit dans la place, et je luy ay dict ensuite que je vous escrivois pour en parler à la Reyne, croyant, en tous cas, qu'on pourrait convenir présentement de la res-

1 Le père des deux frères, le marquis de quis de Tilladet, le t. III, p. 3-j'i, noie 3,

Vardes et le comte de Moret, cités dans une des Lettres de Mazarin. note précédente, était René du Bec-Crespin, " Charlevois, ou Charlevoix, lieutenant

frère de la maréchale de Guébriant. de Iioi de Brisach, était en lutte avec le

' Rescompenser signifie ici rembourser la gouverneur, marquis de Tilladet. somme que M. de Tilladet prétendait lui être 5 Le marquis de Tilladet était beau-

due pour ce gouvernement. frère de Michel Le Tellier. Voy. le passagi

' Gabriel de Cassagnet. Voy. sur le mar- du t. III, cité plus haut, note 3.

Mai i05i. compense de M. de Tilladet, et si on ne pouvoit pas adjuster que j'y allasse présentement , attendre à la Majorité , puisqu'on ce temps-là on ne pourra pas dire un seul mot avec raison, quand le Roy me permettra d'y aller, et je l'ay mesme prié d'en parler, de ma part, à Mmcla mareschale de Guebriant, afin qu'elle me favorisast en cette affaire , en mesnageant l'esprit de Gharlevois au point qu'il sera nécessaire, m'engagcant, en mon particulier, d'estre le solliciteur auprez de la Reyne pour les inlerests de MM. ses neveux. Ce pendant je vous prie de parler sérieusement à la Reyne sur cette affaire, la croyant pour moy de la dernière importance et tres-aysée à faire réussir, sans que les plus critiques et malintentionnez y puissent trouver à redire, puisqu'en tout cas la Reyne pourra prendre le gouvernement en son nom; et on y pourra mettre quelque personne de mes amis, capable, et en qui on puisse prendre une entière confiance. Et pour la rescompense, si S. Mle prend la resolution de mettre un Surintendant qui ayt véritablement envie de servir et de faire les choses qu'Elle souhaittera, il la fournira en un quart d'heure, puisque cinquante mille escus, ou deux cent mille livres à tout rompre, sont au-delà de ce que M. de Tilladet pourroit jamais prétendre, cet establissement ne luy ayant pas cousté un sol. Sa Mleluy pourroit mesme faire espérer quelques bénéfices pour ses enfants dans les occasions, et Elle a droit de demander de l'argent pour employer à des choses semblables, puisque, comme je vous ay desja mandé, on luy doit une grande somme pour rescompense de l'admirante1.

Le sieur Bartet m'a parlé fort adroitement et avec grande retenue de la charge que j'ay de surintendant de la Reyne pour Mmc la princesse palatine, disant qu'en eschange, si elle gaignoit son procez, elle me pourroit donner Charleville pour cinq mille escus moins que sa juste valeur. Je luy ay respondu que j'estois au desespoir de ne pouvoir pas donner les mains à la première chose que cette princesse, que je souhaitois au dernier point de servir, me demandoit; mais que n'ayant jamais eu aucun establissement et ayant perdu tout le peu de

1 On a vu que la Reine avait pris l'amirauté de France à la mort du duc de Brezé, en 16/16, et l'avait cédée, en i65o, au duc de Vendôme

bien que j'avois, je m'estimois fcres-heureux qu'où n'eust pas pu toucher Mai io\r à cette marque cpie j'ay de domestique de la Reyne, que j'estimois plus que Imites les choses du monde, parce que ma plus forte ambition estoit de mourir avec celte qualité, et que, quand toute la terre s'y opposerait, on ne pourroit pas empescher un jour la Reyne de me rappeler auprez d'Elle. Je luy ay parlé neantmoins fort obligeamment làdessus, et je m'asseure que, dans le rapport qu'il vous en fera, vous cognoistrez qu'il n'a pas esté mal satisfaict de la manière dont j'en a\ osé pour conclure qu'il ialloit que vous et moy songeassions à quelqu'autre moyen, par lequel la princesse palatine cust la satisfaction d'estre entièrement attachée au service de la Reyne. J'estime pourtant tout-à-faict nécessaire que la Reyne luy donne quelque marque de bonne volonté, et j'ay songé qu'on luy pourroit asseurer, par un brevet qui demeurast fort secret, la surintendance de la future Reyne1, et luy donner des à présent une pension de vingt mille livres, qu'il faudrait prendre soin de faire payer ponctuellement. Parlez-en à S. M'*, et si Elle le juge à proposée croy que c'est une chose dont ladicte princesse sera fort satisfaite. Et par ce moyen elle pourra encore servir plus utilement parce qu'encore qu'elle soit engagée dans le service de la Reyne, cela ne paroistra point.

Jl faut qu'il y a\l plus de trois ou quatre ans que j'ay les expéditions de la pension sur l'archevcsché d'Auch, avec laquelle j'ay pourtant tousjours payé douze mille livres par an au cardinal Theodoli2, et une autre pension secrette à un cardinal que vous sçaviez, comme faict aussy If. de Brienne. Et, à la vérité, l'aspreté de ces messieurs qui avoient partagé cette pensée, me surprend fort. Et S. M1" eustesté tres-mal conseillée de la distribuer ainsy, quand mesme je ne l'eusse point eue, puisqu'elle a esté créée et destinée pour la cour de Rome, comme je

La princesse palatine eut, en effet, le Soissons, nièce de Mazarin. On prit pour pré-

brevet de surinlendante de la maison de la texte la santé affaiblie d'Anne de Gonzague. reine, Marie-Thérèse, à l'époque du ma- ' Mario Theodoli avait été promu, en

liage de Louis XIV ; mais elle fut bientôt for- iG/j.'5, cardinal-prêtre du titre de Saint-

cée de vendre celte charge à la comtesse de Uexis; il mourut en i65o.

Mai i65i. I'\ ;i\ tousjours employée. Je vous remercie pourtant de ce coup que vous avez paré, car il eust esté fascheux de disputer avec les Jésuites et M. Vincent1, comme aussy de ce que vous avez f'aict pour les vaisseaux que Loynes, Infrcville2, Roze et M. de Vendosme mesme sçavent bien qu'ils sont à moy, qu'ils ont esté acheplez de mon argent el qu'ils ont servy trois ou quatre ans le Roy sans que j'en aye tiré un sol. Je crains que l'arrest que la Reyne a forcé M. de Brienne de donner pour me faire justice sur le tiers des prises qu'il a plu à Sa Mu me donner n arrive pas assez à temps à Toulon, parce que les intéressez ne se seront pas endormis à y envoyer le leur. Mais en tous cas, il faut pousser cette affaire jusqu'au bout, et je vous prie d'y agir avec chaleur en cas de besoin.

Arch. des AIT. étr. , France, t. 2G7, f A3o;-t. 28 du recueil des Lettres de Mazatin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Biùlil, 3o mai 1601.

(extrait.)

J'ay hésité quelque temps si je vous devois escrire pour parler à la Reyne touchant les finances; mais je me suis résolu de le faire, sçachant d'un costé que je puis avoir toute confiance aux bontez que S. M. a pour moy, et que d'ailleurs je manquerois à son service et à celuy de 1 Estât si je ne luy disois librement mes pensées là-dessus, et ne lui faisois sçavoir des veritez qui ne peuvent estre contestez. Mon intention est

1 On a déjà vu qu'il s'agit de M. Vincent probablement un des fonctionnaires de la

de la Mission, qui a été canonisé sous le marine à Toulon. Le Roux dTnfreville était

nom de Saint-Vincent-de-Paul. Il était intendant de ce port. Je pense que Roze ou

membre du conseil de conscience et s'oppo- Rose est le secrétaire de Mazarin cité plus

sait probablement à ce qu'on prélevât une haut (p. 1 y 6, note 3). Quant à M. de Ven-

pension sur l'archevêché d'Auch. dôme, voy. t. I, p. 966. des Lettres de Ma-

' Le premier de ces personnages était tarin.

donc que veus suppliiez la Reyne, de nia part, de changer le Surin- Mai ><; tendant, ei que vous luy disiez que ce que j'en lais n'est pas pour l'ingratitude qu'il m'a tesmoignée avec tant de mespris, après l'avoir si bien servyauprez de la Reyne, soit en luy faisant donner une abbaye de trente mille livres de rente qu'il possède, soit en la survivance, pour son fils1, de la charge de président au mortier et de toutes les autres qu'il a, soit enfin pour avoir obtenu de S. M. par mes instances qu'il succédas! à M. d'Homen et qu'il exerçasl la Surintendance sans compagnon-, à quoy S. M'1 n'avoil jamais eu aucune disposition; ce n'est pas. dis-je, par le mauvais traitlement que je reçois de luy, après que la Reyne a pris tant de fois la peine de luy parler pressamment pour l'obliger à en user autrement, mais parce que c'est un liomme qui ne songe qu'à payer ses debtes, à s'enriebir, à faire ses affaires et à employer le plus pur de l'argent du Roy pour la satisfaction de ceux qui peuvent ayder à sa conservation, ou dont le mescontentement luy pourroit nuire; que n'ayant aucune cognoissance des affaires estrangeres, il ne prend aucun soin de les soustenir, et, faute de petits secours, cause des préjudices irréparables à l'Estat, auxquels on voudra aprez en vain remédier avec des millions, et enfin parce qu'il n'a nul csgard aux interests et à la satisfaction de la Reyne, et qu'ayant perdu le crédit et estant extrêmement hay dans Paris, il est impossible de conduire et restablir les eboscs au point qu'il seroit nécessaire pour le bien de l'Estat. .

Il est vray que je n'ay nul sujet désire satisfaict de luy, et qu'estant l'intime de M. de Cbavigny, il n'y a pas d'apparence qu'il change; mais je jure devant Dieu que c'est le seul service de Leurs Mlez qui me force à dire ce que dessus, et je vous proleste que, s'il estoit en volonté et

' Le lits du Barintendant des finances i La surintendance des finances avait été

était Jean de Longueil, qui porta, comme longtemps partagée, sons la régence d'Anne

son père, le titre de marquis de Maisons, d'Autricbc. entre le comte d'Avaux et le

lut président à mortier an parlement de président de Bailleul. Après la mort de La

Paris et mourut en 1700. à l'âge de quatre- \icu\ille, elle le fui de nouveau entre Ser-

vingts ans, vien et Fouquet. de 1 G 5 3 à iG.t<).

Mai i65i. on j)ouvoir de mieux servir qu'il ne faict, je serois ravy qu'il demeurast dans sa charge, quand je devrois estre mille fois plus mal trailté.

J'avois desja fait toucher queh[ue chose à la Reyne, par l'abbé Fouquet, de M. de La Vicuville l, m'estant souvenu que S. M. m'avoit dict mille fois qu'il estoit très-capable et que, quoyque son visage et ses discours fissent rire quelquefois, il estoit neanlmoins tres-entendu dans le faict des finances; et pour moy, je croy que c'est le meilleur sujet qu'on y puisse mettre dans Testât présent des affaires. Il a de la naissance, il est fort riche, il a grand crédit parmy les gens d'affaires, et dans le Parlement et la Chambre des comptes. Il est homme d'ordre ; il recherchera , sans appréhender personne, les voleries qui ont esté faictes au Roy et enfin il est capable de remettre les finances par sa suffisance et son activité, et il obéira aveuglement au moindre mot de la Reyne, de quoy S. M. et tous ses serviteurs retireront un très-grand advantage. J'en demande donc la grâce à S. M16, luy respondant que le changement du président de Maisons en apportera visiblement un tres-advantageux aux affaires du Roy. Et si , comme je l'ose espérer, S. M. y donne les mains, je vous prie de vous souvenir de deux choses: La première de tirer des asseurances positives de M. de La Vieu ville qu'il sera de mes amis et qu'il recognoistra, des tres-humbles suplications2 que j'en auray faictes à la Reyne , la grâce qu'il en recevra , dont S. M., si Elle en veut prendre la peine, luy pourra mesme dire un mot. Il faudra aussy l'engager particulièrement à promettre qu'il n'aura aucune dépendance que de la Reyne. La seconde chose est qu'il ne paroisse en façon du monde que j'aye eu aucune part au changement du Surintendant; ce qui ne sera pas difficile, puisqu'il y aura mille moyens de faire paroistre que la nécessité contraint à cela. Je ne doute point que M. de Ghavigny, Mme d'Aiguillon et d'autres amis du président de Mai-

1 Charles de La Vicuville avait déjà été mourut en 1 653 (a janvier), et sa charge

surintendant des finances en 162 3, puis fut partagée entre Servien et Fouquet. disgracié Tannée suivante. H fut de nou- s Le sens est : qu'il reconnoitra devoir

veau nommé surintendant en septembre aux tres-humbles supplications que j'en

i65i et promu à la dignité de duc; il auray faites à la Reine la grâce, etc.

DU CARDINAL M VZUUN. »2/it

sons, nui tirent grand advantage de son administration , ne se soucient Juin >i;:> pas trop do ce que l'Estal en soutire [et] ne reinuenl toutes pierres pour le maintenir; mais, outre que le service du Roy doit obliger la Reyne de n'avoir nul esgard à dos prières si intéressez, je me promets de sa bienveillance, qu'EUe fera plus de cas de mes supplications que de tout ce qui luy pourroil estre représenté par ces personnes-là.

IAWI.

Afl'. étr. . France, t. 267. f 13a; t. a8 du recueil des Lettres de Mazarin. — Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Bruhl. a juin i65l.

(extrait.)

Vous me dictes que je me plaignois de vostre silence et que je le fais encore plus fortement, aprez que vous lavez rompu. Ce ne sont pas deux choses incompatibles, et l'on peut faire Tune et l'autre, sans passer pour extravagant; car je croy quej'avois esgalement raison de me plaindre d'avoir esté six semaines sans avoir de vos nouvelles, et de tesmoigner, aprez, d'estre assez surpris et mal satisfaict d'apprendre qu'on eust faict avec M. le Prince un accommodement si advanlageux pour luy sans qu'on eust parlé de moy que destructive1.

Au reste, je n'ay pas perdu le jugement au point de dire que je vous ferois esloigner d'auprez de S. M,c et que je luy ferois donner sa confiance à M. le mareschal d'Estrée et à M. de Senneterre. Cela est de la mesme force que les offres que l'on avoit publié que j'avois faict faire à M . de Chavigny. On le faict asseurement pour me faire pièce auprez de la Reyne et me faire passer pour un impertinent dans l'esprit de S. M,e; mais Elle me cognoist trop bien, pour croire que je sois jamais capable de manquer au respect que je luy dois. Je ne vous ay rien caché et vous

1 Ce mot de la basse latinité signifiait par voie de négation. On n'avait parlé de Mazarin que pour le bannir définitivement de la France.

iKPnmziUE mt

-2/i-2 LETTRES

Juin i65i. l'avez pu cognoistre, puisque l'on ne m'a faict aucune ouverture que je ne vous en aye informé en toute diligence, sans en estre retenu parce qu'elles venoient de la part des personnes, à qui l'on vous a dict que je pretendois faire donner la confidence de la Reyne. Vous pouvez juger encore par-là le fondement qu'il y a dans ces beaux advis, et neantmoins pour ne vous embarrasser pas, j'ay traitté en sorte avec Brachel que, si vous ne voulez pas luy tesmoigner avoir cognoissance de toute sa commission, vous le pouvez faire.

Aprez ce que je vous ay mandé de M. de Ghavigny, je ne luy fais pas grand tort de croyre qu'il travaille sans cesse pour mettre tout le monde contre moy; et il le fera encore plus puissamment, s'il croit mon retour possible. Il y a grande apparence qu'il ayt forgé l'invention cy-dessus, et, si on n'y prend bien garde, je crains bien que M. Servien, vous et moy, ressentions avec un Ires-grand préjudice son restablissement. C'est à mon advis la pièce que l'on doit à présent le plus appréhender; j'en ay entretenu Bartet au long.

Aff. étr. , France, t. 267, f° 43 A: t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin.

A M. DE LIONNE

(KXTJtAIT.)

Bi'iihl], (3 juin 1 65 1 .

Ce que je dois présentement répliquer ou adjouster à ce que je vous ay escrit et mandé par le sieur Bartet et [par] Roussereau, c'est qu'il ne faut perdre un moment de temps à recognoistre les intentions de M. le Prince à mon esgard, et si on doit rien attendre de son costé. Mme la princesse palatine le verra bientost, qui en esclaircira la Reyne. et en cas qu'il n'y ayt rien à espérer, il faut à mon advis, si S. M. le trouve bon, travailler de l'autre costé. Car quoy qu'il n'y a pas apparence que les frondeurs, outrez au dernier point contre M. le Prince,

souffrent une réconciliation sincère et une estroite liaison de luy avec Juin i65i S. \. Ii.. heantmoins, comme personne ne peut respondre de I esprit de celn\-c\ '. il se pouiToil Faire que, par quelque rencontre bizarre, la

dicte union se lisl. qui seroit d'un préjudice irréparable à Leurs M1" et qui mettrait mes affaires hors de ressource.

Il ne Tant pas douter (pie M. I»1 Prince n'entretienne une intelligence avec les Espagnols, et qu'il o'ayl résolu de s'eslever plus (pie jamais et de faire quelque coup <pii abatte de plus en plus l'authorité du Roy, s'il refuse d'escouter et donner les mains à ce qu'on lu y doit proposer à mon esgard avec des circonstances si advantageuses pourluy et dans lesquelles il peuf recognoistre la sincérité de la conduite de la Reyne envers luy et la confiance que S. M. y prend. C'est pourquoy je vous réplique que. sans luy en tesmoigner aucun mescontentement, il faut tascbcr de s asseurer des autres, prenant pointant garde de ne remettre mon retour à leur bonne foy, parce que, s'ils avoient auparavant une partie de ce qu'ils souhaittent, il seroit à craindre, qu'au lieu de tenir ce qu'ils auroient promis pour ledict retour, ils fissent naistre des dillicullez pour l'empescher.

Je suis marry de ne voir pas, à l'esgard de Leurs Mu\ les affaires en l'assiette que je voudrois pour n'appréhender pas quelque malheur à ladvcnir, et d'autant plus que l'on cognoist visiblement que chacun y travaille. On y apportèrent un grand remède si la Reyne, prenant occasion de l'advantage qu'en recevrait le service du Roy, menoit S. M. à la frontière, comme Elle a accoustumé de faire tous les ans. Et souvenez-vous qu'il peut arriver en un instant des accidens 2 qu'on seroit au desespoir de ne l'avoir pas faict, et qu'on peut remédier en quelque façon aux maux, le Roy estant hors de Paris, qu'il seroit impossible autrement3, parce que les nieschans trouveraient moyen de le contraindre à ce qu'ils voudraient, comme ils ont faict cy-devant; et le plus

1 De l'esprit de Gaston d'Orléans, dont ' Il faillirait, pour la régularité de la

Mazarin a déjà plusieurs fois signalé la l'ai- phrase, ajouter un mot comme tels.

Liesse et les tergiversations perpétuelles. ' Tel est bien le texte de la copie, au lieu

Voyez, entre autres, p. 198, note 2. de : ce fjui seroit impossible autrement.

Si.

îhk L ET TRK S

Juin i65i. grand mal qui pust arriver, qui seroit la liaison de M. le duc d'Orléans et de M. le Prince, ne seroit pas sans remède, Leurs M1" estant hors de Paris.

Il faut que la Reyne caresse tous les grands et les unisse, par tous les moyens qu'on pourra adviser, à son service, et qu'Elle tasche, se prévalant de la mauvaise satisfaction que l'on dict que M. de Longueviile a de M. le Prince, de l'engager à Elle. Je croy qu'Elle l'y trouvera disposé, et Prioleau1 pourra utilement servir en cecy. S. M., ayant M. de Longueviile, demeureroit en cas de besoin, s'il arriveroit quelque grand desordre, en toute seureté dans la Normandie, et le parlement de Rouen se conformeroit asseurement en tout et par tout2 à ses volonlez.

Il faut donner ordre aux finances, et S. M. le peut, suivant la proposition que j'ay eu l'honneur de luy en faire3 et la supplication treshumble d'y avoir esgard pour son service et pour me donner cette marque de sa bienveillance.

Ce de quoy je supplie encore la Reyne, est de prendre le gouvernement de Brisach4 pour sauver cette place et pour m'asseurer, en tout cas, une retraite honorable, afin que je ne demeure pas tousjours exposé, avec peu de dignité pour Leurs Majestez [et] grande honte pour moy, d'aller tousjours errant d'un costé et d'autre, et en de continuels périls et contrainct ou à me retirer dans un couvent, ou estant eu public faire une despense à laquelle il m'est impossible de fournir.

Un nouveau Surintendant donnera, en un instant, ce qu'il faudra pour rescompenser5 M. de Tilladet, qui sera ravy de sortir d'embarras et avoir une somme pour employer à rescompenser quelque autre gouvernement, ou quelque charge, avec asseurance d'avoir un bénéfice

1 Voy. sur Prioleau , ou Priolo , ci-dessus, 3 Voyez ci-dessus, p. 238-2.39, la lettre p. 83, note 4. Il e'tail, comme on l'a dit, relative au changement de surintendant, secrétaire du duc de Longueviile, gouver- * Voy. ci-dessus, p. 235.

neur de Normandie. 5 On a indiqué ci-dessus, p. 2 35 , note 2 .

2 La copie porte par tout. Pour tout sem- le sens particulier qu'avait, a cette époque. Lierait préférable. le mot rescompenser.

DU CARDIN il M IZARIN. 245

pour mi de ses enfans, au premier rencontre. L'affaire est aysée parce J"i» '65i. qu'il De s y doit pas parler «le mo\ el qu'il s'y trouve le compte du Roy [et] de Tilladet, el je me Batte que la satisfaction de S. M. ue sera pas petite quand Elle sçaura d'avoir mis, par ce moyeu, en repos l'esprit d'un de ses plus fidèles serviteurs, persécuté comme il est. Je vous prie en vostre particulier d'y employer vos soins et vostre adresse avec toute l'affection que vous avez pour moy; car il est bien juste que j'aye quelque lieu pour me retirer, en cas que la persécution de mes ennemis et leur pouvoir prevalust à celuv de la Reyne et à la bienveillance qu'Elle a pour moy, et, quoy qu'il arrive, je le pourray tousjours faire à Brisach dans quelque temps, quand le Roy sera majeur, d'autant plus que tout ce pays-là n'est du ressort d'aucun Parlement.

M. Le Tellier m'a escrit un grand chiffre tout sur le sujet de Rrisach concluant que M'nc la mareschale de Guebriant faisoit faire tous ces remuemens-là à Charlevois, afin que ce gouvernement pust tomber à son frère ou à un de ses neveux1. 11 ne me demande aucune assistance, ny ne me dict sa pensée là-dessus. Je luy fais response que , pour adjuster toutes choses et mettre ladietc place hors de danger, la Reyne devroit donner rescompensc à Tilladet et prendre le gouvernement [de Rrisach], luy disant seulement en passant qu'un jour cela me pourroit estre advantageux.

Quelqu'un escrit de Paris que M. le comte d'Harcourt2 estoit à la mort. Si cela estoit, j'en serois tres-marry; car la Reyne perdroit un bon serviteur. La charge de grand escuyer seroità son filsaisné3, S. M. luy en ayant accordé la survivance. Mais pour l'Alsace, il faudroit absolument que la Reyne la prist pour Elle4, disant que c'est pour partie du desdommagement qui luy est deub de l'admirante qu'Elle a donnée.

1 Voy. ci-dessus, p. 236, note 4, et gnac. Voyez le tome III, page 29G, note 5. p. 235. note 1, sur le frère et les neveux de * Le gouvernement de l'Alsace avait été la maréchale de Guebriant. donné au comte d'Harcourt. Mazarin profita

2 Voy. sur Henri de Lorraine, comte des tantes commises par ce personnage en d'Harcourt. le t. I, p. 9.32. 1 (),")•.>. pour lui enlever ce gouvernement

J Louis de Lorraine, comte d Arma- et se l'attribuer.

Juin i65i On me mande que Croissy x faict le diable contre moy. Je ne lin ay

jamais faict aucun mal, et il dict que c'est à cause que je suis amv de M. Servien. C'est un esprit creux, extravagant et entièrement à M. de Chasteatmeuf. 11 l'audroit voir par quel moyen on le pourroit ernpescher de se conduire comme il faict. Dorât2 est une antre peste. Je ne l'ay jamais veu ny desobligé en rien, et [il] prend à tasebe, dans toutes les compagnies, de me descrier et soustenir qu'on ne doit jamais consentir à mon retour. C'est sur cela qu'il entretient et fortifie S. A. R. et M. le Prince mesme. Il est l'intime de Longueil3 et faict aveuglement tout ce que celuy-cy veut. Vous ne douterez pas que M. de Chavigny n v ayt part, estant avec Longueil comme les deux doigts de la main, et ne perdant aucune occasion de me nuire; de quoy je ne peux estre plus asseuré que je le suis, et la Reyne dict avec beaucoup de raison, la première fois qu'on luy parla de ce personnage4, qu'il nous tromperoit.

Quand M. le Prince auroit bonne intention, tant qu'il sera soufflé par M. de Cbavigny, il ne faut jamais espérer qu'il donne les mains à aucune ebose qui me soit advantageuse. Il faut songer à y mettre quelque ordre; car M. de Cbavigny et ses amis sont des personnes agissantes, qui ont beaucoup de crédit, par divers ressorts, dans le Parlement, auprez de S. A. R. et de M. le Prince,. et il se faut tenir pour dict qu'ils mettront toutes pièces en œuvre pour mettre mes affaires bors de la possibilité de prendre un bon train, et je vous asseure que mes véritables amis, comme vous et M. Servien, doivent autant songer à cecy que moy-mesme.

Je vous prie de dire à la Reyne qu'Elle fasse froid à M. le cardinal Grimaldi5, et que S. M. ne luy accorde aucune grâce; car il en est in-

1 Croissy-Fouquet, conseiller au parle- gueil avait été nommé chancelier de la Reine, ment de Paris, dont il a été question ci- 6 Jérôme Grimaldi avait élé nommé ardessus, p. i55, note 1. chevêque d"Aix, en 1C18. 11 avait été on des

2 Voy. sur ce conseiller au parlement de principaux correspondants de Mazaiinpour Paris , ci-dessus , p. 217, noie 1. les affaires d'Italie en 1669. La cause de

3 Voy. sur Pierre de Longueil, ci-dessus, la rupture de leur amitié est suffisamment p. 2o4, note 3, et p. 206. indiquée dans la dépèche de Mazarin. Le

' On a vu ci-dessus, p. 20/1. que Lon- cardinal Grimaldi mourut à Aix en 1 685.

DU CARDIN VI, MAZARIN. ïbl

digne, n'y ayant jamais en une ingratitude semblable à la sienne ny Juin i65i une si mauvaise conduite. Il a déclaré, dans mon malheur, qu'il a'esloil pas de mes amis, et condamnoit toutes mes actions en un temps et en un lieu1 où l'authorité du Roy sembloil tout-à-faicl esteinte el [lors] que les puissances supérieures agissent sans relasche pour me perdre. Je crois mesme qu'il seroit à propos qu'il sceust (pie non seulement la Reyne mais tous les gens de bien estpient scandalisez de son procéder. Ht après ce manquement, je ne croy pas que le Roj doive attendre de lideles senices d'un homme semblable. On m'asseure que le mareschal de Gramont en dict merveilles, et qu'il le presche pour un tics grands hommes du siècle.

Divers advis jïortent que M. le Premier Président s'est raccoiiiinodé avec M. le Prince2, et (pic celuy-cy a promis de luy faire redonner les sceaux. Je n'eusse pas voulu que la Reyne les luy eust osiez, lorsque, ne recognoissant la grâce que dElle, il y avoit grande apparence qu'il l'eust servie envers et contre tous avec fidélité et resolution, mais je serois bien moins d'advis que la Reyne les luy rendist présentement à l'instance de M. le Prince.

Bibliolh. nationale, mss. fonds fr. 6886, f* 17^; original. — Ibidem, manuscr. /1209.

f° 2 4 8. — Copie du temps.

lîrnlil. tj juin 1 65i .

( EXTRAIT

Je sçavois une partie de ce que vous me mandez à l'esgard de Bri-

1 Ce lieu est la Provence cpii fut agitée qu'il avait éprouvée en avril i65i, ol que par les troubles de la Fronde, comme la depuis cette époque il avait cessé de sou- Normandie, la Guyenne et plusieurs autres tenir le parti de ce prince. La uouvelle provinces. qu'on avait donnée à Mazarin d'une récon-

' On a déjà dit que Mathieu Mole avait cilialion entre le prince de Condé et le Pre-

attriboé au prince de Condé la disgrâce mier Président n'était pas fondée.

Juin i65i. sach1, 'et il est aysé à voir que la eonduicte de Charlevois est asseurement réglée parles instructions qu'il reçoit de Paris, et comme nous sommes dans un temps qu'il semble que tout se doibt faire impunément, je crains que, si on n'y apporte un prompt remède et bien efficace, le Roy court grand risque de perdre la place, et M. de Tilladet le gouvernement. Vous sçavez de quelle façon je m'y suis employé pour le servir en cet establissement, et je vous offre de nouveau tout ce qui peut dépendre de moy pour vostre contentement et son advanlage; mais si, pour le service du Roy et pour son bien, M. de Tilladet juge à propos de prendre rescompense, il faudroit que la Reynela luy donnast et prist le gouvernement pour Elle2. Aussy bien on doibt une grosse somme d'argent à la Reyne pour desdommagement de la charge de l'admirauté, de laquelle elle s'est desmise en faveur de M. de Yendosme3, à qui on a voit jugé que le Roy devoit une rescompense, et M. de Tilladet, tirant une bonne somme d'argent et une asseurance d'estre pourveu, aux premières occasions, d'une abbaye pour un de ses enfans, pourroit sortir d'embarras et employer une partie dudict argent à rescompenser quelque charge ou quelque gouvernement, ainsy qu'il adviseroit pour le mieux.

En mon particulier, je vous diray en confidence que j'aurois quelque interest en cecy, ne doubtant point que la Reyne n'eust la bonté de me remettre ledict gouvernement, quand la disposition des affaires le pourroit permettre, afin que je puisse avoir, au moins, une retraicte seure et honorable, sans estre contrainct avec honte et perd à aller errant d'un costé et d'autre le peu de temps qui me reste à vivre. Je vous dis naïvement ma pensée, et je seray satisfaict de tout ce que vous résoudrez là-dessus.

Au reste, je ne comprends rien à ce qui se faict présentement cà la

1 Mazarin veut parler de la révolte de pour elle-même le gouvernement de Bri- Charlevoix et de la garnison de Brisach sach, en indemnisant Tilladet.

contre le gouverneur Tilladet. 3 II a été question ci-dessus, p. 1 83 .

2 On a déjà vu ci-dessus, p. a hh, que . note î, de la cession de l'amirauté au duc Mazarin conseillait à la Beine de prendre de Vendôme.

DU CARDINAL M AXARIN. 249

Cour el dans tout le royaume, puisque ce o'esl que par sédition el par Juin 1 1>5 • cabal»1 que chacun vient à bout de ses prétentions; que c'esl plustostle hasard qui couduict toutes choses que le conseil el la prudence. Vous me cognoisses trop bien pour croire que le cœur [ne] me saigne de tout cela, unis protestant que jay la mesme passion pour le bien de I Estai que jay eu lorsque vous m'avez veu agir avec la pins grande chaleur pour cela. Vous vous souviendrez de ce que je vous ay dicl beaucoup de fois qu'il v avoit quelqu'un1 qui souhaittoit fort de réduire le niinisterial en république. 11 faut espérer en Dieu qu'ayant versé à pleines mains, un si long temps, tant de bénédictions sur la France, il ne voudra pas 1 abandonner présentement qu'elle est soubs la domination d'un Roy innocent et d'une si bonne Ueyne et si bien intentionnée, et qu'il fera arriver quelque accident par lequel tout se réduira dans lestât que tous les bons serviteurs du Roy et de la Reyne peuvent soubaitter.

11 me semble qu'on n'a pas assez faict pour la Catalogne, et je persiste plus que jamais à croire que, par les raisons que jay dictes et mandées beaucoup de fois2, il estoit plus à propos, pour le service du Roy et pour contraindre les ennemis à une paix raisonnable, de retrancher quelque chose des troupes et de la despense en Flandres pour mieux assister la Catalogne; mais, à ce que je vois, tout va comme il plaist à Dieu, et pourveu que M. le Surintendant employé le plus pur et le plus net des finances à la satisfaction de quelques particuliers, dont il croit la protection utile, et à satisfaire à autres despenses de la Cour, je ne vois pas qu'il se mette en grande peine du reste, et il paroist bien que mes affaires sont dans le dernier abysme, puisque uy les obligations qu'il m'a, ny la justice, ny les ordres exprez de la Reyne ne l'empeschent pas de me traicter tousjours de mal en pis; mais comme il est temps de souffrir, il s'y faut accommoder, quoy que je cognoisse fort bien que, parmy les barbares, on n'auroit pu exécuter tant de rigueurs contre moy que l'on a faict.

1 On a vu ci-dessus, p. 192, que Mozariu attribuait cette pensée à Coudé. — s Voyez ci-dessus, p. ia4, i55, 1 50.

■uiBin. — iv. 32

.PfilMmiE IMTIO I

Juin if&i. Je vous puis jurer, sans desguisement, que je n'aj aucune cognoissance de la négociation du marquis <le Sillery ' avec Puensaldagne , n\ de la response de M. le Prince à M. de La Rochefoucauld. Je vous seraj ires-obli ;$(''. si \ous prenez la peinte de m'en informer, le ne sçais rien aussy de la correspondance que M. le Prince entretient avec les Espagnols, et je ne scaurois pas comprendre comment on peut espérer rien de bon, les affaires estant dans une telle constitution qu'on llatte et on s'entend avec les ennemis, et que don Gabriel de Tolède souslient luy avoir esté promis par M. le Prince qu'on donneroit satisfaction au préalable sur les trois points- que vous me marquez. C'est comme si deux personnes vouloient jouer ensemble et que l'une pretendist de l'autre, auparavant que de commencer à jouer, qu'il luy donnas! les trois quarts de son argent. J'enrage de voir que les Espagnols ont un si grand mespris pour nous que, dans le mauvais estât où ils sont, manquant aussy bien de toutes eboses comme nous pouvons faire, [ils] osent faire une proposition si outrageuse. Je crois que je fusse mort de desespoir si, de mon temps, on eust proposé une ebose semblable; mais il ne faut pas s'en estonner, puisqu'il y a des François qui les convient à avoir cette bardiesse.

Le sieur Bracbet sera arrivé qui vous aura dict mes pensées sur le subject deson voyage. J'adjousterayseulement qu'il yasubject de croire que la proposition de M. de Ghasteauneuf 3 n'estoit pas sincère, veu qu'on m'escrit, de deux endroits de Paris, qu'au mesme temps il avoit faict parle!1, par le moyen de Groissy, à M. le Prince de vouloir èstre entièrement à iuv, de luy vouloir donner la confiance de S. A. H., à l'exclusion de qui que ce soit, et que, pourveu qu'il fust restabli dans le Conseil, il donneroit les mains à ce que l'on rendist les sceaux à M. le Premier Président, et qu'il n'avoit rien oublié pour faire côgnoistre

' Louis Brutart, marqnis de Siflery, filait déjà vu. la restitution de la Lorraine et de

un des partisans les plus dévoués de Gondé. la Catalogne, enfin l'abandon du Portugal

Il mourut en mars 1691, à Tàge de 75 ans. par la France.

[Journal de Dangcau , t. III, p. 3o4, à la '3 Voyez ci-dessus, p. 197-199, les prodate du 20 mars 1691), positions portées à Mazarin, de la pari de

2 Ces trois points étaient, comme on l'a Ghâteauneuf.

DU CARDINAL M \ZAR1N. 251

à M. le Prince qu'establissanl une estroicte union avec S. À. \\. il pou- Juin i65j \oil se uiocquerde tout, sans avoir rien à appréhender en aucun temps, cl on nie mande auss\ qu'il avoil faict faire de grandes recherches à M. de Chavigny; ce qu'estant il faut nécessairement que moj ou les autres soient dupez. Je vous prie de m'en esclaircir et d'en parler avec M. le mareschal d'Estrée cl M. de Senneterre, m'asseurant que vous ne perdrez, n\ les uns u\ les autres, aucune occasion <|ue vous croirez propre pour advancer le bien de mes affaires, et que vous ne vous espargnerez pas d en parlera la Reyne, lorsque vousle jugerez nécessaire. Pour confirmation de ce que je marque tle M. de Ghasteauneuf, que je présuppose entièrement uni avec le Goadjuteur el M"" de Ghevreuse, on doibl faire reflexion que Monsieur semble, on public el en particulier, plus animé qu'aucun autre contre mov, plusieurs personnes luy en ayant parlé de leur pur mouvement el m'en ayant escrit en ces termes; et voussçavez si Ton peut parler avec plus d'aigreur el plus grande animosité qu'il a faict contre mov dans la dernière assemblée du Parlement, voulant que je sois encore cause du desordre que font les gens de "uerre et de tous ceux qu il \ a dans le royaume. Je vous prie de nouveau d'examiner tout cecy et de voir s il y a du rapport à ce que M. le mareschal d'Estrée \ous a dict que M. de Ghasteauneuf luy représenta dernièrement. L'interprétation la plus favorable que j'y pourrois donner seroitque S. \. R. en usast de la sorte par le conseil des frondeurs, afin qu on fust d'autant plus obligé de s'adresser à luy et s'y unir.

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