‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 35 sur 125 · A MME DE NA VAILLES · texte numérisé non relu

A MME DE NA VAILLES

[Briilil], ier août i(55i .

(extrait.)

Je ne sçay ce que vous entendez quand vous dictes que je me confie en des gens avec qui vous ne pouvez pas avoir de communication. Car il me semble que, dans Testât où je suis, je dois profiler de la bonne volonté de tous ceux qui ont envie de me la tesmoigner, et que les personnes qui m'ayment le plus et qui ont le plus dinterest au changement de ma fortune devroient estre ravys de voir que tout le monde

1 Voy. sur la duchesse de Na vailles, ci-dessus, p. 365, note 1.

\ prisl part, et quoyque vous me mandiez, je suis si asseuré de [l'allée- Août 1 86 1 . tion (jue|l vous et voslre cher amya axez pour inoy que, s'il estoil question de vous joindre avec vos plus fiers ennemis pour faire réussir quelque chose <pii me fust utile, vous le feriez sans peine, et j'ose dire que nous me l'aides quelque façon de justice, lorsque vous nie tesmoignez en termes si obligeans la passion que vous avez pour ce qui me regarde. Car il n'y a rien à adjousler à celle que j'ay pour vous et pour vos interests, et il n'y a personne pour qui j'en aye davantage; ce que vous esprouverez, Dieu aydant, s'il luy plaist de me mettre jamais en estât de cela.

Si vous avez voulu entendre3 de la princesse palatine, je vous dois dire que je luy ay de l'obligation, et quand je vous diray comment, vous tomberez d'accord que je serois un ingrat si je n'avois de la bonne volonté pour elle, laquelle, sans me cognoistre, n'a rien oublié pour me servir, et la Reyne vous pourroit bien confirmer celte vérité. Je vous supplie donc, si cela est'1, de vouloir, [tour l'amour de moy, vivre en bonne intelligence avec elle, vous protestant que vous et vostrc cber amy m'obligerez sensiblement en cela, et qu'il y va de mon interest d'en user ainsy.

Je vous diray confidemnicnt que je suis tres-fasché de l'accident arrivé à AI. Le Tellier5, et je vousseray obligé si vous trouvez moyen de le luy l'aire sçavoir et luy dire que je le serviray de tout mon cœur, et que je ne désespère pas que ce soit utilement et bientost. 11 sera pourtant bon que vous usiez de cela en sorte que personne n'en ayl cognoissance.

Je vous prie de prendre la peine de nouveau de remercier, de ma part, AI. Bluet6 de celle qu'il prend pour toutes choses. C'a esté un

1 Les mots enlre [] ont été sautés par le 4 Le sens est : si vous avez voulu parler copi>le : mais ils sont absolument nécessaires de la princesse palatine.

pour l'intelligence de la phiase. '" On a vu rpic Le Tellier avait été dis-

2 Philippe de Montault-Benac, duc de gracié, sur les instances du prince de Condé. Na\ ailles. Voy. sur le duc de Navailles, ci- eu même temps (pie Servien et de Lionne, dessus, p. ;J65. note 1. 6 Bluet était un avocat, qui, en 1 65 1 et

3 Dans le sens A f parler. i(35-2. se montra un des partisans dévoués

Aoûl i65i. grand malheur, pour beaucoup de raisons que vous jugerez bien, que celuy qui est arrivé à Ondedei , que j'envoyois à Paris avec ordre de communiquer tout avec vous. H a esté arresté prisonnier par un paity d'Espagne entre Liège et Sedan, qui la conduict ù Charleinont, dont je ne sçay pas s'il est encore sorty, et quelque chose qu'on puisse dire là-dessus à Paris, je vous prie de ne pas tesmoigner d'en sçavoir rien.

AJF. étr., France, t. 268, (" 170; l. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

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