‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 39 sur 125 · À FABERT · texte numérisé non relu

À FABERT

[Biiilil], 1" septembre 1 G 5 1 .

(extrait.)

Je vous suis tort obligé des nouvelles que vous avez pris la peine de m'envover et bien plus de la tendresse que vous tesmoignez pour tout ce qui me regarde, ne pouvant assez vous expliquer à quel point je suis ravy de me voir si advantageusement placé dans vostre estime et dans rostre amitié. Nous souffrons, vous et moy, les mesmes peines, voyant que les desordres régnent, et que 1 Estât ne sçauroit pas se bien porter, pendant ([ue tout est dans la confusion, et qu'on travaille incessamment pour anéantir 1 authorité royale. Je vous puis jurer devant Dieu que le danger, dans lequel est le royaume, et les maux, que le Roy et la Reyne souffrent, ne permettent pas que je ressente les miens particuliers. Dieu pardonne à qui en est cause! Car enfin, aprez toutes les folies qu'on a voit faictes. si on eust encore voulu, il y a trois mois, tout

■iZABin. — IV. 52

IXir.IMEI.IE îfATIO.XALE.

Sept. 1661. seroit à présent calme, et les gens bien inlcntionnez pour l'Estat en une parfaicte union.

Dieu sçayt les intentions que j'avois pour M. de Ghavigny, et vous avez bien pu cognoistre si elles estoient sincères. Il n'a tenu qu'à luy d'estre heureux et en meilleure posture qu'il n'avoit jamais esté en attachant, comme il le pouvoit, M. le Prince entièrement à la Revue, et establissant entre ledict sieur prince et moy une parfaicte intelligence; de quoy la reunion de la maison royale et le relèvement de l'authorité s'en seroient ensuivis, et la conclusion de la paix, puisque les Espagnols, dans la foiblesse où ils sont, auroient esté tres-heureux d'y donner les mains, n'ayant autre fondement pour continuer la guerre <pie nos divisions; car, la France unie, ils auroient plus à craindre que par le passé, voyant bien que leur roy s'en va et que le nostre vient. J'avois mesme escrit, pour faciliter ce que j'escrivis estre absolument nécessaire pour le service de Leurs Majestez et oster tout sujet d'appréhension de vengeance à ceux qui m'ont offensé, de ne songer1 en aucune façon de rentrer dans les affaires et de demeurer mesme quelque temps esloigné de la France. J'ay les minutes de quantité de lettres que j'ay escrites là-dessus au sieur de Lionne; et, si vous les voyez un jour, je m'asseure que vous tomberez d'accord qu'elles sont remplies de raisons si fortes qu'elles seroient capables de persuader des rochers; mais la mauvaise volonté qu'on a eue contre moy a prévalu à tout, et il n'y a grande apparence que le public ny le particulier s'en puissent bien porter, et je suis asseuré que M. de Ghavigny ne reçoit ny joye ny advantage des changemens qui arrivent tous les jours à la Cour, s'estant tout-à-faict jeté du costé de M. le Prince, lequel a poussé les choses à une telle extrémité, qu'il faut nécessairement que, dans la resolution que Leurs Majestez ont prise d'estre les maistres, quand on devroit mettre le tout pour le tout, qu'il n'arrive [sic)2 quelque chose de bien extraordinaire, et il y a grande apparence qu'à la fin ce sera à l'advantage du Roy.

' Que je ne songeais. — ~ Qu'il arrive semblerait préférable. La copie porte bien qu'il n'arrive.

Qui ooua eust dict à vous et ;\ moy, à Bouillon, que M. do Chasteau- Sept, h,:,, aeuf e1 le Goadjuteur seroient bieutosL les principaux conseillers de la Reyne, nous nous en lussions bien moquez. Cependant cela est, sans que Sa \r a\t pu faire autrement.

CIAW1I.

Aff. élr. . France, l. al>8, f° ao3; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. — r

Copie du temps.

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