‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 47 sur 125 · C\CII · texte numérisé non relu

C\CII

\!l. clr., France, t. 268, f -33 1 ; t. 39 du recueil des Lettres de Mtuarin. —

(îoj)io du lciii[)s.

VU DUC DE MERCOEUR

[Brùlil], si 5 septembre i65t.

( extrait. )

Pour ce qui regarde le sujet de M. de Brienne, contre iequel je vous asseure que je suis outré au dernier point, vous en devrez parler plus ou moins à la Revue conformément, ainsy que vous et M. Bartet jugerez à propos, et au surplus je ne vous recommande pas le secret, sçachant bien que vous le gardez exactement et que M. Bartet en faict de mesme de sou costé. C'est une chose estrangc que la Reyne, par sa boa té, se laisse si aysement surprendre; car, quoy qu'il n'en faille pas faire semblant, Mmc d'Aiguillon est une des plus grandes et dangereuses ennemyes que j'aye, estant tout-à-faict liée avec Cbavigny; et tout ce que M. de Brienne a faict pour me presser, avec l'espée dans les reins, par trois lettres du Roy et autant des siennes, d'aller à Rome comme un coquin, c'a esté par les instructions de ladicte dame, et cependant Sa Mu> croit qu'ils l'ont faict pour mon bien, qu'ils ont eu bonne intention et que M. de Brienne ne m'a escrit qu'une simple lettre, ainsy qu'il a faict aux autres cardinaux. Considérez, je vous prie, quel estrange desplaisir je ressens voyant la facilité avec laquelle mes ennemis surprennent la Reyne, nonobstant qu'il n'y ayt rien de plus certain qu'on ne sçauroit avoir plus de bonne volonté pour ma personne et plus d'envie de mon contentement que celle qu'il plaist à Sa Mlé avoir pour moy.

Je crains que cela ne me couste bien cher, parce que je ne doute point que beaucoup de personnes, qui, pour leurs interests particuliers et pour se rendre agréables, tesnroignent, en toutes rencontres, à Sa Mle de n'avoir pas de passion plus forte que celle de mon resta-

Sept i65i. bassement, n'oublieront rien, en ell'ect, pour l'empescher1, sous des prétextes plausibles, qui serviront à persuader la Reyne que cela ne se peut et que l'on ne sçauroit avoir meilleure intention de me servir (jue celle que ces gens-là ont. Il faut que vous, et M. Bartet, laschiez de profiter de toutes les conjonctures pour imprimer cette vérité dans l'esprit de Sa M16, ne croyant pas, à mon advis, qu'il y puisse avoir rien de si dangereux [que cette erreur-là].

Je m'asseure que vous n'oubliez rien pour vous rendre agréable au Roy et à vous bien establir auprez de luy, pour le faire ressouvenir de la conduite de mon neveu2 et pour luy parler à mon advantage. Je vous prie pourtant sur ce dernier poinct de faire adroitement de temps en temps cognoistre à Sa Mlé la qualité de mes services, ce que je souffre pour luy avoir esté fidèle et le préjudice qu'à la veue de toute l'Europe son service et sa réputation reçoit de me laisser tousjours dans la persécution [et] à la mercy de mes ennemis. Et comme il faut que vous ne laissiez pas aucune diligence en arrière pour gaigner les personnes qui ont le plus d'accez auprez de Sa M^ , et particulièrement celles qui ont esté mises de ma main, il sera aussy tres-à-propos que vous tascbiez qu'un chacun, en diverses rencontres, tienne le mesme discours au Roy, afin de l'eschauffer de plus en plus dans la bonne volonté qu'il tesmoigne avoir pour moy.

Pour moy, je croy que vous devez et pouvez vous confier entièrement à M. de Palluau, lequel je suis persuadé qu'il ne souhaite rien tant que mes advantages et de se lier à vous et vous servir sans aucune reserve. Je vous réplique que je ne -croy pas qu'il y ayt à la cour qui que ce soit qui l'entende mieux que luy et qui soit plus capable de rendre des services à vous et à moy que mondicl sieur de Palluau. Je vous prie donc d'y songer et de ne pas perdre de temps à establir avec luy une parfaicte amitié.

11 faut prendre garde, parmy les jeunes qui sont auprez du Roy, au

' Pour empescher mon restablissement. dans plusieurs rencontres et mourut des 2 Mazarin veut parler probablement de suites de blessures reçues au combat de la Paul Mancini , qui se signala par sa bravoure porte Saint-Antoine.

marquis de Richelieu1 et au (ils du marquis de Mortemart-, le premier Sept. <^< ne se conduisant que par les instructions de Mmc d'Aiguillon, et vous ne devez pas douter que, s'il acquérait du crédit auprez de Sa M{\ vous et inoy n'en ressentissions du préjudice. C'est pourquoy vous devez vous employer adroictement pour cnipescher que cela n'arrive. Pour l'autre, il est fils d'un homme que je oroys de mes amys3; mais je crains qu'il ne soit vicieux4, et il faut que vous en advertissiez la Reyne afin qu'Elle y prenne garde; car ce seroit un grand malheur s'il s'intro- , duisoit bien dans l'esprit du Roy par ce moyen.

J'ay les provisions de surintendant de la maison de Monsieur. C'est pourquoy il sera bon que vous en advertissiez la Reyne, afin qu'Elle ne soit pas surprise si quelqu'un luy demandoit cette charge, et il sera bon que vous confériez là-dessus avec M. Colbert, à qui j'en ay desjà escrit.

Je ne doute poinct qu'aprez l'establissemenl de M. de La Vieuville, le président de Maisons et Longueil ne fassent le diable. Mon advis seroit que la Reyne obligeast le dernier de se deffaire à une personne agréable de la charge de chancelier qu'il a auprez d'Elle, et je voudrois que quelqu'un, de la part de Sa Mle, declarast à l'un et à l'autre, dez à présent, que, s'ils ne se conduisent bien, et que, s'ils font des intrigues, le Rov ne leur pardonnera pas et les perdra sans ressource; et j'oserois respondre que cela les arrestera et leur fera mettre de l'eau dans leur vin: car, ayant les charges de Saint-Germain et de Versailles5, et tous

Le marquis de Richelieu était Jean- 4 Les soupçons de Mazarin sur le carac-

Baptiste-Amador Vignerot ou de Wignerod, 1ère de Louis- Victor de Rochechouart sont

né en i632, mort en 1662. Il e'tait neveu confirmés par les mémoires de Bussy-Ra-

<le la duchesse d'Aiguillon. hutin. On y voit (t. II, p. 89, édit. Lalanne)

' Louis-Victor de Rochechouart, frère de que le futur duc de Vivonne fut un des prin-

Françoise-Athenais de Rochechouart-Mor- cipaux acteurs de celte orgie de Roissy, où

temart. si connue sous le nom de marquise de jeunes courtisans choisirent le Vendredi

de Montespan. Il devint duc de Vivonne. gé- Saint de l'année i65o, pour se livrer à la

néral des galères et maréchal de France. débauche, baptiser un cochon et composer

11 mourut en 1688. les couplets satiriques et obscènes connus

' Gabriel de Rochechouart, marquis, puis sous le nom (Y Alléluia. duc de Mortemart. père du précédent, mou- '' Ces charges étaient appelées capitai-

rut en 1 670. neries.

/M fi LETTRES

sepi. i65i. leurs biens là-auprez, ils ne doutent pas que le Roy ne les puisse aysement ruyner, et sans qu'il y paroisse.

Je croy qu'au moins mondict sieur de La Vieuville vous fera payer vos pensions pour vous ayder à supporter la despense que vous estes obligé de faire, pour laquelle j'ay mandé à M. Colbert de vous offrir tout ce que j'ay, estant tres-marry qu'à présent ce ne soit pas grand chose.

Je vous conjure que je puisse sçavoir au plus tost ce que je dois devenir, ne pouvant à présent recevoir une grâce plus considérable de la Reyne que de sortir de l'incertitude et avoir, de sa bouche, l'arrest du party que je dois prendre. Je me remets du surplus au chiffre que j'escris à l'Ondedei1, et je demeure, etc.

GXGIII.

Ms. Biblioth. Mazarine 1719, t. V, fos 5o2-5i6. — Copie du temps.

À ONDEDEI

[Brùhl], 27 septembre j65i.

(extrait.)

Devo soggiugnervi qualche cosa, che la strettezza del tempo non mi permiettèdifarlo, l'ordinario passato. Primieramente , stimo necessario che, per parte délia Regina, si facci ogni diligenza e s'impieghi l'auttorita, accio tra li ministristabiliti'2 et il Coadjutore passi3 una buona intelligenza, perche si potrà con questa unione promovere e condurre a fine qualunque cosa, per difficile chesià, che saràstiniata di servitio di Sua Maesta, e s'impediscà à malintentionati di tirare profitto délia di-

' Voy. la lettre du 27 septembre adressée Le sens est : Qu'il s'établisse une bo>uie

à Ondedei. intelligence entre les nouveaux ministres (qui

2 Le marquis de Châteauneuf, le garde ont été cités dans la note précédente), et le

des sceaux Mathieu Mole et le duc de La Coajduteur. Vieuville , surintendant des finances.

DU CARDINAL MAZARIN. Ul

sunione, non dubitando punto clic di «n'a non si travagli (la pin parti Sfept. i0Bi. per iarla nastviv. Grederei ancora à proposilo clie la Regina dovesse chiamare tutti alla sua presenza, et hnpegnarli di pro me Itère à Sua M'4 che non haverauno dirctlainenle ô indirettamente corrispondenza col Principe, e non ascolteranno alciuia propositione, clie gli potesse essere fatta da sua parte, e benche probabilmenle non si dovrebbe liavere dillidenza di Cbasteauneuf e de! Goadjutorc in queslo proposilo, ad ogni modo la loro condolta passala non permette ad alcuno d' essere assai ardito per rispondere délia loro fermezza e probita; et, in oltre, è à pioposito, accio il Primo Présidente1, di cui si potrebbe temere in riguardo suo e dcl figlio, non credà cbe queste precautioni si prendono solamente dalla Regina per sospetto che si habbià di lui2, è necessario che la diligenza si faccià da Sua M1'*1 egualmente con tutti.

Il mareschal di Villeroy m' hà scritta una lettera molto cortese, protestando di volermi servire in quanlo potrà, et io gl' hô risposto3 in termini che mi assicuro lo contenteranno, il che hô fatto tanto più volentieri che M. Bluet m' hà scrilto essere statto assicurato da M. d'Harlay4 ch'io potero fare cerlissimo capitale deH'airetlo del detto Mareschal, à cui, havendomi egli pregato di volerlo favorire appresso la Regina in caso di qualche vacanza di cariche délie più principali nella casa del Re,hô fatto conoscere che volentieri portero le mie humilissime supplicationi aile MM'" Loro, venendo il caso, e sarà bene che questo medesimo gli sià confirmato dal duca di Mercurio e da voi, se sarete à Parigi; ma corne le tante gratie, ch'io hô procurate al sudetto Mareschal non hanno prodotto in lui quella riconoscenza e gratitu-

1 Mathieu Mole était resté premier président du Parlement, quoiqu'il fui devenu garde des sceaux. Il conserva ces deux places jusqu'en i653. Il renonça alors à la charge de Premier Président, dans laquelle il fut remplacé par Pomponne de Bellièvre.

* Jusqu'au mois d'avril i65i, le président. Matliieu Mole, et son fils, Jean- Edouard Mole, seigneur de Champlàtreux .

avaient été partisans zélés de Condé. On pouvait craindre qu'ils ne conservassent une affection secrète pour ce prince.

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