‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 49 sur 125 · À M1LET OU MILLET · texte numérisé non relu

À M1LET OU MILLET

[Brùhl], 3o septembre 1 G5 1 - (extrait.)

Mazarin se plaint, comme dans les lettres préce'dentes, de la déclaration royale du 5 septembre 1 65 1 . 11 ajoute :

C'estoit une belle occasion à M. le mareschal du Plessis d'en représenter la conséquence à la Reyne, lorsque tant de personnes faisoient des mémoires afin de me noircir par ladicte déclaration; car asseurement S. Mié n'y eust pas donné les mains. Vous dictes qu'il ne faut pas faire reproche du passé; mais quel moyen y a-[t]-il de demeurer de la sorte en horreur à toute la terre, ayant esté déclaré un perfide par mon maistre? J'en escris comme il faut; car, dans lestât où l'on m'a mis, je ne dois plus me mesnager, et vous m'eussiez faict un très-grand plaisir si vous en eussiez parlé à S. Mte dans les termes que vous m'en escrivez; car Elle auroit eu peut-estre desjà la bonté de songera quelque remède.

Je vous prie d'informer mondict sieur le mareschal du Plessis de ma douleur et luy dire que je compatis extrêmement à la sienne, et que je suis tres-marry de n'estre pas en estât de le servir aussy utilement qu'il mérite et que je voudrois; mais qu'il sasseure qu'autant qu'il pourra despendre de nioy, je ne perdray aucune occasion de le faire, et qu'au nom de Dieu il se donne un peu de patience2.

Vous avez grand tort quand vous me tesmoignez appréhender que

1 D'en voir la preuve. — '2 On a vu que le maréchal du Plessis désirait être nommé membre du Conseil du Roi.

j'escris à d'autres des choses qui destruiseni celles que je vous mande; Sept. i65i car jen'agirois pas seulemenl de mauvaise lo\ en faisant cela; mais je serois tres-mal avisé el un sot. Je finira] en vous disant que vous ne me sçauriez rendre de plus grands services qu'en parlant hardiment à la Reyne en certaines rencontres, comme sur le sujet de M""' d'Aiguillon . pour la raison que j "a\ d'estre au desespoir de la déclaration, et qu'il n \ a pas nu de mes bons ain\s qui me puisse dire autre chose, sinon qu'il n'y a pas de milieu entre la mort et la justification, el enfin des ehose> semblables, lesquelles je m'asseure que S. Mle ne trouvera pas mauvais de les entendre de la bouche d'une personne attachée à mes interests. comme vous estes. Vous pourrez parler de cecy à M. de Mercœur et à M. le mareschal du Plessis. mais non pas à d'autres.

GXGV1.

AIT. élr.. France, t. s>(>8. t si-'i: t. 29 du recueil des Lettres de Maiarin. —

Copie du temps.

A M. D'ESTRADES

Brùhl, 8 octobrp (65 1.

( EXTRAIT

Je suis en grande inquiétude de ce qui se passe en vos quartiers, n'en ayant pas de nouvelles, et ne doutant pas que les ennemis ne fassent leurs (sic) derniers efforts pour se rendre maistres de Dunkèrquë l. Je veux pourtant espérer que Ton en sera quitte pour Furnes et pour Bergues2, et que M. le mareschal d'Aùraoht sera arrivé assez à temps pour mettre la place, où vous estes, en estât de ne rien appréhender; niais, si vous n'estes puissamment assisté de la Cour pour la conserver à I advenir, payant la garnison et ayant un grand magasin de vivres,

1 D'Estrades était, comme on l'a dit. dissement de Dunkerque. Quant à ta ville gouverneur de Dunkerque. dé Furnes, située sur le canal de Bruges à

2 Bergues est aujourd'hui un chef-lieu Dunkerque, elle fait partie maintenant du de canton du département du Nord, arron- royaume de Belgique.

1HZAR1N. IT. 58

Octobre i65i. je crains fort que la perte de Bergues, qui vous empeschera de vous ayder des contributions, comme vous avez faict par le passé, n'entraisne aussy celle de Dunkerque. Je ne vous sçaurois assez exprimer à quel point est mon desplaisir de ne vous pouvoir donner la moindre assistance dans une occasion si importante; car vous croyez bien, je in'asseure, que personne ne s'intéresse plus que je lais en ce qui vous regarde. Je me console pourtant dans l'asseurance que j'ay que, quelque chose qui puisse arriver, vous aurez faict au delà de vostre devoir et y aurez acquis de la réputation.

Durant le temps que j'ay eu le soing des affaires de France, aprez la conqueste de Dunkerque et Bergues, j'avois tousjours accoustumé de faire envoyer des ordres aux généraux, qui ont commandé les armées en Flandres, de laisser un corps du costé de la mer pour la seureté des places que le Roy y avoit, et de le faire bien plus exactement, quand la grande armée estoit forcée de s'esloigner; car, comme les ennemis s'y peuvent rendre en cinq ou six jours plus tost que nous, parce qu'ils ont le chemin tout droict et qu'il faut que nous fassions un grand tour, il arrive qu'ils peuvent avoir pris leur poste et s'estre fortifiiez devant que nostre armée paroisse, et l'assiette du pays est telle, comme vous sçavez mieux que personne, que le premier posté a tout l'advantage.

Je pars présentement pour m'en aller à Dînant, n'estant pas en seureté icy par beaucoup de raisons , et entre autres parce que , la paix estant conclue entre Brandebourg etNeubourg1, les troupes lorraines repasseront le Rhin pour prendre quartier icy auprez. Je crois qu'il seroit bon qu'à l'advenir nous eussions correspondance avec M. de Fabert, duquel je ne seray pas esloigné de plus de neuf lieues, et si vous avez quelque chemin plus court, qui soit seur, je vous prie de m'en advertir: car je me serviray de celuy-là.

Pour Testât de mes affaires , je vous diray qu'il n'y a rien à adjouster à la bonne volonté de la Reyne, mesme à celle du Roy, lequel, aprez

1 Entre l'électeur de Brandebourg et le de i64o à 1688, et le second. Wolfgangtluc de Neubourg. Le premier était Frédé- Guillaume de Bavière, qui fut duc de Neuric-Guillaume de Hohenzollern , qui régna bourg, de 161 h à i653.

sa Majorité, ma escrii de sa main, aussy obligeamment qu'il se puisse, Octobre t65i, el il ii y a rien de plus certain qu'il ne tiendra pas à Leurs M"" que je ne reçoive toutes les marques de leur bienveillance que je puis souhaiter; mais mon malheur veut que je n'ay pas une personne telle qu'il seroil aecessaire, qui, avant une passion véritable pour mes interests, ayt aussy les qualités requises pour en prendre la conduite et conseiller Leurs M1", suivant les conjonctures, de ce qu'elles auront à faire pour les mettre en bon estât.

Les ministres, eslablvs de nouveau1, m'ont faict faire, par le retour de rOndedei*, toutes les protestations imaginables de me vouloir servir. Ils le tesmoignent continuellement à la Revue avec une chaleur extraordinaire: mais avec tout cela, ma condition empire tous les jours, tant par la dissipation de m'es bénéfices et pour ne recevoir aucun secours d ailleurs, comme pour les nouvelles injures qu'on a trouvé moyen, par des surprises, de me faire faire par Leurs Mte" mesmes, lesmoing la dernière déclaration'2, le contenu de laquelle est aussy surprenant que cbose du monde le puisse estre; de quoy je vous advoue d'estre outré au dernier point. J en ay escrit dans les termes que je devois à la Reyne3, laquelle en sera d'autant plus affligée, qu'Elle n'a pas asseurement eu cognoissance de ce qu'on disoit contre moy; mais4 seulement qu'il falloit donner cette déclaration contre mon retour, afin que le Roy pust faire le passage à la Majorité5. Il est vray qu'on m'a envoyé quantité de lettres du Roy. dans lesquelles il tesmoigne de n'avoir pas faict cela de son bon gré; qu'il a toutes les satisfactions de mes services; qu'il me fera tousjours ressentir les eflects de sa protection; mais cela n'estant pas ny si authentique ny si à la cognoissance de tout le monde, comme est la déclaration, je suis résolu de poursuivre sans cesse des

1 C'est-à-dire nouvellement établis, comme 3 Vny. ]p roc u fil des Lettres de Mazarin,

le marquis fie Cbàteauneuf, le garde des publiées par M. Ravenel, p. 292.

sceaux, Mathieu Mole, et le surintendant des '' Le sens est: Elle a cru seulement qu'il

tinances. duc de La Vieuville. falloit, etc.

Voy. ci-dessus, p. U!io. la note 1 . re- B II faudrait, pour compléter la phrase,

lative à cette déclaration. ajouter: sans rencontrer d'obstacles.

Octobre i65i. remèdes, qui ayenl autant d'esclat comiue elle en a eu. Vous venez ce que j'en ay escrit au comte de Brienne, vous [en] envoyant la copie: niais, par d'autres voyes, j'ay faict parvenir à la Reyne que, dans Testai où on a reduict les choses, je ne puis avoir de milieu entre la justification et le desespoir.

Le comte de Brienne, porté à cela adroiclenient par mes ennemis, n'a rien oublié pour me presser, avec des lettres du Roy et avec des siennes, d'aller à Home, sous prétexte des nouvelles qui estoient arrivées de la dangereuse maladie du Pape. Vous verrez aussy ce que je luy ay respondu là-dessus. M'"e d'Aiguillon est celle qui d le plus agy en cela, de concert avec M. de Ghavigny, tous deux s'entendant avec S. A. R., qu'ils aigrissoient de plus en plus contre moy, luy imprimant dans l'esprit que mon retour sera sa perte infaillible, et que, pour s'en garantir, il ne doit pas s'endormir, mais s applicquer incessamment pour en barrer toutes les voyes. Vous pouvez croire que lesdictes personnes sont assistées de beaucoup d'autres, qui ont interest dans la mesme chose; maison doit estre surpris queladicte dame, qui a receutant de giaces de la Reyne par mon entremise, et laquelle sans vanité je puis dire qu'elle me doit la conservation de tout ce quelle et son neveu1 possèdent, me paye d'une si noire ingratitude pour s'unir à M. de Ghavigny, duquel, comme de son père2, elle fut entièrement abandonnée aprez la mort de l'eu M. le Cardinal. Je ne fais pas semblant de m'apercevoir de rien, et je supporte cela avec la mesme patience que beaucoup d'autres choses de la mesme nature.

Quantité de personnes de condition, d'officiers d'armée et des gouverneurs de places me conseillent d'envoyer une requeste au Roy pour luy demander justice, et beaucoup de ceux-là croyent que, si elle estoil appuyée d'une autre signée de mes.amis, qui sont considérables, ou par leur naissance, ou par les gouvernemens qu'ils ont. ou par des charges

1 Neveu est bien au singulier, quoique la s Le père de Ghavigny était Claude Bouduchesse eût plusieurs neveux. Mazarin ne tbilier, ou le Bouthilicr, qui avait été surveut parler que de l'aîné, qui portail le titre intendant des finances, i Voy. 1. 1, p. 91 i, des de duc de Richelieu. Lettres de Mazarin.)

IH C \IU)I\ \L M \Z\IWY

et dos commandeinens dans les armées, ou par d'autres raisons, pn>- Octobre i65 duiroit nu tres-bon eflect à toute la Fiance, ou1 donneroit lieu à Sa M1' de dire qu'outre l'obligation qu'Elle a de nie faire justice, File la doit aussj à quantité de personnes qui s'y intéressent.

I.e mareschal d'Hocquincourl m'a envoyé dire, par l'Ondedei, que je no sçauiois prendre une meilleure resolution que de m'en aller à Peronne8; que presque tous les gouverneurs de places seront pour moy; car. outre l'obligation qu'ils ont désire de mes amys, ils sçavent fort bien de quelle manière j'a\ servj : qu il u \ a rien de plus injuste que la persécution que je soutire: que I Estai on reçoit un très-grand préjudice: (pie Leurs \ll" m'honorent do leur bienveillance et qu'Elles souhaitent m'en donner au plus tosi des marques, qui soient d'autant d'esclat que les injures, auxquelles Elles ont esté contrainctes de fermer les yeux.

Broglio*, Bar. Navàilles et Manicamp sont prests à me donner tous les tesmoignages de leur amitié que jo scaurois souhaiter. Je vous puis dire la incsme chose do M. le mareschal do la Forte4, de Faheiï, du Rasle, de 13ou;;\, de ('aslelnau, de Pionnes, de NouaiUes, (\c la Fare5, de Tilly6, de Boissac7, d'Argencour8, de Sevigny9 qui com-

1 11 y a bien ou ; et semblerait préférable, Le maréchal d'Hocquincourt était gouverneur de Péronne.

1 Le comte de Broglio ou rie Broglie était gouverneur de la Bassée. Les autres généraux indiqués dans ce passage ont été souvent cités dans les Lettres de Mazarin. Ils avaient les gouvernements d'Amiens, de Bapaume et de la Fère.

' Ce maréchal avait le gouvernement île la Lorraine. Parmi les personnages qui suivent. Faberl élail gouverneur de Sedan; le Rasle, de Rethel; Tiennes, de Pignerol.et Nouilles, de Perpignan.

J Charles, marquis de la Fare. né ''ii i6ia, mort eu i654. Il avait été nommé maréchal de camp en 16&7 et devint lieu-

lenttnt général en 1 656. La Chronologie militaire (t. IV, p. 1 35 ) donne le détail de m's services.

' Pomponne Le Roux de Tilly. maréchal de camp eu îb'iy, lieutenant général en 1 6ô-.> . m xi en 1 656.

' Voy. sur Boissac, t. III des Lettres de Mazarin , p. 1 58 . note -j.

Pierre de Conty d'Argencourl , maréchal di- camp en l'Kîy, lieutenant général en i653, mort en ili.">.">. 1 Voy. la Chron. militaire, t. IV, p. i85.]

].'• chevalier Benaud-Bené deSévigny; ou Sévigné, avait été nommé maréchal de camp en îtn'iO (Chron. militaire, t. VI, |i. 2o5). Le chevaher Benaud de Sévigné. oncle de la célèbre marquise de Sévigné,

Octobre l65i, mande dans la citadelle de Turin, de Montpezat ' qui est à Cazal, et de divers autres.

On m'a aussy escrit que je ne dois pas hésiter à entrer en France avec un corps de troupes estrangeres, que je pourray augmenter avec des François, en cas que M. le Prince commence à faire la guerre, comme il y a apparence par les commissions qu'il donne pour des nouvelles levées et par tous les préparatifs qu'il faict.

Je vous donne part de tout, et par vostre moyen à M. le mareschal de Grancey, auquel j'escris seulement un petit mot, me remettant à ce que vous luy direz, n'ayant pas de chiffre avec luy. Je vous conjure de bien examiner tout cela ensemble et me donner promptement vos ad vis et bons conseils, me depeschant une personne fidèle et capable de me rapporter ponctuellement toutes vos pensées, ce que vous estimerez que je puisse et doive faire présentement. Je me fie à M. le mareschal de Grancey comme en moy-mesme, et je compte sur son amitié comme une chose qui ne me sçauroit manquer. Vous donnerez une lettre pour M. de Fabert à la personne que vous résoudrez* ensemble de me depescher, qui aura, aprez, soin de la faire passer à Dinant, où je sera y.

C'est un malheur que deux lettres que j'ay escrites à M. de Montdejeu2 se soient esgarées. Vous en trouverez une autre, que je vous prie de luy faire rendre. Je crois mesme qu'il seroit bon, si vous pouviez, de vous aboucher avec luy et de luy dire une partie de ce que je vous marque cy-dessus pour luy tesmoigner l'estime que je fais de son amitié, sçavoir ses sentimens et Testât que j'en puis faire en ce rencontre. Il faut que vous taschiez de le bien mesnager, estant une personne de laquelle on doit faire beaucoup de cas et que je crois bien intentionnée pour

était partisan dévoue et ami du Goadjuteur; Gazai en i64o, lieutenant général en i65i.

mais, en octobre i65i, Mazarin et le Coad- mort en 1677.

juteur paraissaient réconciliés. 2 Jean de Schulemberg, comte de Mont-

1 Jean-François de Tremolet de Buccelly, dejeu, devint maréchal de France en i658

marquis de Montpezat, maréchal de camp et mourut en 1671. Il était, en i65i, gou-

en 1-646,, nommé commandant de Gasal ou verneur d'Arras.

mo\. m'en ayant donné, en toutes rencontres, des marques aussy obli- Octobre i65i géantes que j'en pouvois souhaiter.

Si M. le mareschal d'Aumontesl dans vos quartiers, il seroit à propos c|iie vous luy lassiez de grands compliinens de nia part, el faire aussy en sorte de aoavoir ses sentiments, que je croys entièrement favorables pour inoy ; et en cas qu'il ne iiist pas trop loing de vous, il seroit bon que la mesine personne que vous me depeseberez le visl de vostre part, et luy dist una partie des choses que je vous escris pour l'obliger à s'ouvrir sur ce que je devrois faire dans lestât présent des choses; el en cas que vous ayez formé une résolution avec le mareschal de Grancey1, la faisant adroitement insinuer à mondict sieur le mareschal d'Aumont, je ne doute point qu'il ne tombe dans le mesine sens.

AU", étr. . France, t. 2C8, f° 25 1 v"; t. 29 du recueil des Lettres de Mazurin. —

Page 1