‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 52 sur 125 · INSTRUCTION POUR M. DE GRAVEE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POUR M. DE GRAVEE

MON SECRETAIRE, S'EN ALLANT A MAESTRICHT, A COLOGNE ET A CLEVES, SUR LES OFFRES QDE M'EN A FAICTES M. LE COMTE DE WALDECK , AVEC LE CONSENTEMENT DE L'ELECTEUR DE BRANDEROURG.

Huy, 3i octobre i65i.

(extrait.)

Il faut aller dicy à Maestrichtet voir, de ma part, M. le Rhingrave, luy donnant la lettre de croyance (de créance) que vous avez, luy confiant le sujet de vostre voyage à Cleves2, en grand secret, le priant de m'assister de ses bons conseils en ce rencontre. 11 sera bon aussy d'examiner avec luy le chemin que pourroient faire les troupes qu'on leveroit et quelle assistance il nous pourroit donner, en ce cas qu'il prist resolution de passer dans le pays de Liège.

En passante Liège, vous prendrez les huit cens et tant de patagons3,

' Grave!, qualifié ici de secrétaire de Mazarin, fut surtout chargé de missions diplomatiques en Allemagne. Je pense que c'est de lui que parle Dangeau, à la date du 1G juillet 1 684 {Journal, t. I, p. 35). ffOn apprit, dit-il, la mort de M. de Gravelle, ambassadeur du Roi en Suisse, n La différence d'orthographe entre Gravelle et Gravel ne doit pas arrêter. J'ai suivi l'or-

thographe de la signature des dépêches conservées aux Affaires étrangères.

2 Cette ville , capitale du duché de Clèves , appartenait alors à l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume. Elle est maintenant comprise dans le royaume de Prusse.

3 Le patagon était une monnaie d'argent . fabriquée au coin du roi d'Espagne et employée surtout dans les Flandres. La valeur

qui sont entre les mains (lu sieur Barme, pour les rendre au sieur Octobre i65i. Hu\el (ou llurel). afin qu'il en tienne compte avec les trois mille huit cens et trente trois qu'il nie doit, moins ce que je luy puis devoir de ports de lettres, depuys que je suis party de Brûhl, qu'il me dict aller à six patagons, et ce qu'on aura aussy despensé pour un ballot venu d'Anvers. Nous aurez la lettre de change desdicts trois mille patagons, et un ordre audict Huvel de me donner tout l'argent qu'il a entre 1rs mains, si j'en ay affaire.

Mais devant que d'aller à Cologne vous devez aller droit à Cleves pour voir M. Quessont1, que vous trouverez au Sauvage, et luy dire que je vous ay envoyé expiez, accompagné du sieur Perrot, bien entendu aux choses qu'il faut sçavoir pour la bonne issue de l'affaire qu'il faut conclure et pour adjuster tout ce qu'il faut, afin de profiter delà bonne disposition que Son Altesse Electorale a pour la France, et de l'affection qu'il a tesmoignée si obligeamment à M. le comte de Waldeck'2.

Si le projet qu'on avoit faict de faire un corps de quatre mille hommes de pied et de mille chevaux, qui fust conduit par M. le comte de Waldeck en qualité de iieutenant-general , réussit, on accordera volontiers toutes les conditions qui regardent mondict sieur le comte. Sinon, il faut tascher, par le moyen qu'on advisera de delà , d'en former un, le plus fort qu'il se pourra, et, s'il pou voit estre de trois mille hommes de pied et [de] cinq ou six cens chevaux en trois ou quatre regimens, commandez par des colonels bien entendus à la guerre, faciles et raisonnables, pour le choix desquels on se remet à M. le comte de Waldeck, on en sera tres-ayse. A faute de cela , il faudra se contenter de ce qu'a proposé, par sa dernière lettre, le sieur de Quessont, c'est-à-dire d'un régiment de douze ou quinze cens hommes de pied et d'un re-

du patagon a varié; il valait à peu près, à 2 L'orthographe de ce nom varie plusieurs

l'époque où écrivait Mazarin, un écu de fois dans celte lettre. Le copiste écrit tantôt

France de cinquante-huit sous. Wandée , tantôt 11 andec. On a vu ci-dessus.

1 On trouvera aux analyses une lettre du p. libH, note 2 , qu'il s'agissait d'un comte

22 octobre 1 65 f . adressée par Mazarin au de Waldeck, qui devait commander les auxi

sieur de Quessont, ou Quetsont, et relative liaires allemands. J'ai corrigé partout l'ortho-

aux levées de troupes allemandes. graphe fautive du copiste.

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o.tobie i65i. giment de cinq ou six cens chevaux; mais il ne faut rien oublier pour avoir le plus d'infanterie qu'il sera possible, et tascher au moins que le nombre en puisse estre de deux mille.

Le secret surtout est grandement nécessaire pour la bonne yssue de cette affaire, et il faudra voir de delà quel prétexte on pourra prendre pour desguiser cette levée [et] pour faire croire qu'on a tout autre dessein que celuy qu'on a en effect. Il faudroit tascher que le traitté fust en mon nom et s'engager 1 à mon service particulier dans ce que je pourray entreprendre pour le service du Roy, bien entendu que je m'obligeray avec M. le comte de Waldeck, ou à celuy qui viendra avec lesdictes troupes, de faire ratifier à S. Mlé tout ce dont je seray convenu.

Vous avez une lettre de créance pour M. le comte de Waldeck , auquel vous la donnerez, ou ferez donner par M. Quessont, et conférerez directement avec luy, ou par le moyen dudict sieur Quessont, comme on jugera plus à propos. Je n'ay pas jugé à propos d'escrire à Son Altesse Electorale pour esviter l'esclat; mais, en vertu de la lettre de créance que vous avez pour ledict comte de Waldeck, vous luy direz, pour le faire sçavoir à Sadicte Altesse, que j'ay une passion tout entière pour son service; que je seray ravy de luy en donner des marques, et que je luy auray les dernières obligations de l'assistance qu'il luy plaira me donner pour avoir et faire passer lesdictes troupes; que je responds que le Roy luy en tesmoignera ses ressentimens'2, comme fera aussy la Reyne, qui embrassera aussy les occasions dans lesquelles Elle croira se pouvoir employer utilement pour son service.

Pour ce qui est de l'argent, on peut faire estât de huit mille risdalles3 à Cologne, et de dix mille à Liège, et encore de douze mille audict lieu de Liège, si on veut recevoir les escus d'or trebuchans4 au prix

1 Le sens est : et que les troupes fussent époque; mais on l'évaluait ordinairement à engagées. un peu plus de cinq livres de France.

2 Dans le sens de sa reconnaissance. ' De bon poids. Ce mot venait de la ba-

3 Environ cinquante mille livres. L'écu lance, appelée trébuchet , dont on se servait impérial , ou reichsthaler (risdai), a varié de pour peser les monnaies ou autres objets de valeur, comme toutes les monnaies de celte peu de poids.

DL CARDINAL M VZAR1N. 483

des ducats1, comme on en a tousjours usé dans les troupes de Mmc la Octobre i gôi

Landgrave3 et [avec] celles de M. le niareschal deTurenne3, puisqu'il (l'or île ces escus) est aussy bon (jne celuy des ducats et peze tout autant, et en cas qu'ils lissent difficulté des escus d'or, on leur donnera, avant d'entrer en France, des patagons, on la valeur en autre rnonuoye.

Si la despensc de la levée excède les [trente mille"] risdalles ey-dessus, on promettra de payer le surplus devant d'entrer en France, puisque l'argent, pour cet elTect, est tout comptant à Sedan5, et on payera ce qui sera deub, ou en patagons, de [la valeur de] cinquante huit sols de Fiance, qui est la juste valeur, comme M. Quessont sçait fort bien. Et pour plus grande seureté de ce que dessus, vous offrirez des pierreries en gage, qu'ils ne rendront que lorsqu'ils auront esté satisfaicts de ce qui a esté convenu.

Je dis, à Briïhl, à M. Quessont qu'on pourroit donner trente risdalles pour chaque cavalier, et huit pour fantassin, le premier estant bien monté avec ses pistolets, et l'autre avec son mousquet. 11 est vray qu'il m'a laict sçavoir, aprez, que, persistant à faire le corps de quatre mille hommes de pied et mille chevaux, les officiers pretendoient avoir encore davantage, ayant trouvé, à son retour, qu'on ne vouloit plus exécuter ce qu'il m'avoit proposé à Briihl; mais, comme il n'est plus question de faire ce corps, Son Altesse ayant renvoyé dans ses Estats une partie de ces troupes, je croys qu'il n'y aura plus de difficulté à

' Monnaie d'or fin, donl la valeur variait de dix à douze francs. (Dict. de Littré.)

2 La landgrave de Hesse(Marie-Llisabeth de Hanau') , qui avait fourni des troupes auxiliaires à la France pendant la guerre de trente Ans.

' Avec les troupes auxiliaires allemandes que commandait Turenne.

4 La copie porte 3,ooo en chiffres; mais c'est une erreur évidente du copiste. On a vu. en effet, que Mazarin avait en dépôt

huit mille risdalles à Liège, dix mille à Cologne, et encore douze mille à Liège; total, trente mille.

1 Tout ces détails sur l'argent dont pouvait disposer Mazarin en octobre 1 65 1 confirment ce (jue nous avons dit plus haut (p. A20, note 1) de l'exagération avec laquelle il se plaignait de sa prétendue misère, en septembre de la même année. Il dit plus loin qu'il avait en outre des pierreries qu'il proposait de mettre en gage.

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PJovemb. i65i. adjuster au prix de trente risdalles pour cavalier el huit pour fantassin '. non seulement parce qu'il semble raisonnable, recevant lesdictes troupes au commencement de l'byver, et n'y ayant affleurement personne qui ayt offert de donner cela sans retardement et en arpent comptant, comme j'ay faict.

Mazarin termine celte dépèche en indiquant les diverses routes que les troupes pourraient suivre pour entrer en France, telles que l'électorat de Trêves, le pays Liège ou l'Alsace. Il préférerait la première route.

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