V LV PRINCESSE DE PHALSROURG
Huy, a novembre 1 65 1 .
(extrait.)
.le ne sçaurois comprendre comme ondictque le Cardinal'2 n'a rien faict n\ pour Monsieur nv pour Madame. Il ne faut que voir en quel e^lal ils estaient à la mort du feu Uo\ et celuy dans lequel la Reyne a eu la bonté de les mettre, et on trouvera que Monsieur a le Languedoc, qui est le plus grand gouvernement de France, avec toutes les places3 qui sont dans cette province-là, cinq ou six cent mille livres de revenu davantage qu'il n'avoil . sans parler de plus de quatre millions de dons qu'il a eus en diverses rencontres, ny d'une infinité de grâces que la Reyne a l'aides à son instance, ny inesme que, nonobstant toutes les révolutions do royaume et- le renversement des finances, qui bien souvent ne fournissent pas ce qui est nécessaire pour la subsistance de la maison du Roy, Monsieur n'a jamais perdu un sol de tout ce que le li"\ lu\ a donné, la Reyne ayant trouvé bon qu'on affectast pour cela les meilleures fermes du Royaume; mais, puisqu'on croit que cela n'est rien, je neveux pas contester là-dessus.
Je vous suis extrêmement obligé de la cognoissance qu'il vous a pieu me donner des interesls particuliers qui regardent M. de Lorraine. J'attendray de sçavoir ce qui se sera passé dans la conférence que vous
1 Voy. sur Henriette de Lorraine, prin- fortes, comprises clans une province, avaient
cesse de l'halsbourg, t. I . p. 0,59 , des Lettres ordinairement des gouverneurs particuliers ,
de Mazarin. qui ne relevaient que du Hoi. C'était une pré-
1 Dans cette lettre chiffrée, le Cardinal caution prise par l'autorité centrale contre la
parle de lui à la troisième personne. puissance trop redoutable des gouverneurs
3 Dans l'ancienne monarchie, les places de provinces.
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'i90 LETTRES
Novemb. 1661. deviez avoir avec Son Altesse, et je finiray cette lettre en vous asseurant que j'ay une passion tout entière pour son service, et que je ne me croirois pas incapable d'en donner des efl'ects, si Sadicte Altesse vouloit conclure tout de bon quelque cbose, en sorte qu'estant asseuré des bonnes grâces de Leurs Mtez, on peust aussy faire un fondement certain sur ce qu'il promettroit, de son costé, de faire pour leur service.
Aff. étr. , France, t. 268, f" 287 v°; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A M. MILET ou MILLET.
Dinant, 5 novembre i65ij (extrait.)
Bien qu'il n'y a qui que ce soit en qui j'aye plus de confiance qu'en mondict sieur le Mareschal1, neantmoins je ne laisseray pas de dire quelque chose en response du contenu dans les dernières depesches de M. le Mareschal et des vostres, concernant ce à quoy on avoit engagé la Reyne pour faciliter mon retour et à ce qui en avoit empesché l'exécution :
Premièrement, M. le Mareschal peut estre asseuré que je cognois fort bien de quelle trempe est son amitié, et qu'il n'y a rien à adjouster à l'adresse, à la vigueur et à l'affection, avec laquelle il s'employe pour m'en donner des marques, sans se rebuter par aucune opposition qu'il rencontre, profitant de toutes les conjonctures pour porter la Reyne à prendre des resolutions qui me soient advantageuses et pour l'empescher de se laisser persuader de ceux qui, sous divers prétextes, tascheirt de l'en destourner. Aussy je conjure M. le Mareschal de croire qu'il n'aura jamais sujet de me reprocher que j'en aye perdu le souvenir, et, s'il plaist à Dieu que mes affaires changent de face, je luy responds que les siennes se porteront mieux.
' Le maréchal duPlessis-PrasIin. qui commandait l'armée royale en Poitou.
DU CARDIN \l. M \Z\RIN. 491
Je \o\ aussj bien les intentions de ceux qui agissent auprez de la Novemb. i65». Reyne, comme si j\ estois présent, et je cognois parfaitement que, nonobstant la bonne volonté qu'il plaist à S. M10 d'avoir pour nioy, il est impossible qu'Elle ne soit surprise par l'artifice de ces gens-là. Je n'oublie rien pour diminuer le mal, tascliant de bien adverlir la Reyne de toutes choses, et je voy que M. le Mareschal iaict la niesme chose avec tant de force et une manière si obligeante qu'on ne peut souhaiter davantage, et que vous ne vous espargnez pasaussj dans les conjonctures que vous avez d'entretenir S. M'1. Je croy qu'il faut continuer de mesnie et ne faire aucun esclat avec ceux qui, confirmez de plus en plus dans l'ingratitude1 e( espérant de se pouvoir mettre dans le pinacle, n'appréhendent rien tant (pie mon retour; car ce seroit une grande imprudence de faire sentir le tonnerre, sans qu'il fust suivy du foudre.
M. le Mareschal s'est trompé s'il a creu que la Reyne ayt esté disposée à son retour à Fontainebleau2; car je sçay de certaine science qu'Elle avoit desjà donné sa parole pour faire le voyagea Poitiers, etSeyron3, qui ne partit que deux jours avant que furent faictes les dernières depesches de NI. le Mareschal et les vostres, aprez avoir pressé, deux jours durant, la Reyne pour l'engager à luy promettre que la Courretourneroit à Fontainebleau et à m'escrire en cette mesme conformité, S. Mlese tint tousjours ferme et ne luy dict jamais rien de positif; ains, au contraire, que je la blamerois fort si, se pouvant faire quelque chose d'utile au service du Roy par le voyage de Poitiers, qui, aprez tout, ne dureroit que trois semaines ou un mois. Elle refusoit d'y aller, et4, par la lettre qu'Elle m'escrivit par Seyron, et par celle que vous m'envoyastes, quelques jours aprez son départ, par l'ordinaire, S. M16 ne me disoit autre chose, si ce n'est qu'Elle estoit marrie de ne pouvoir rien
1 Mazarin fait surloul allusion, dans ce en quittant Bourges, se proposait de revenir
passage, au marquis de Châteauneuf, qui vou- à Fontainebleau.
lait que la Cour s'avançât jusqu'en Guyenne 3 Jean de Seyron. ( Voy. ci-dessus , p. 1 h 7 .
pour en chasser Coudé. note 1.)
Mazarin lui-même écrivait à Navailles, ' Le manuscrit porte ici que avant par la
comme on l'a vu (p. ^86-^87), que la Heine, lettre.
Vovemb. ï65i. dire de précis, de façon qu'il ne faut pas que M. le Mareschal n\ vous croyiez <j ue la Reyne ayt changé de resolution sur ce que je lu y avois escrit de faire des levées1 et sur tout ce que luy advança là-dessus M. de Mercœur; car, aprez toul, cela n'estoil pas contraire au voyage de la Reyne à Fontainebleau, et M. le Mareschal sçaura que je parlas de ces levées en suite des asseurances que l'Ondedei m'avoit portées de la part de la Reyne quaprez le voyage de Bourges elle rameneroit le Roy à Rheims pour faire le sacre, et je croyois qu'il ne seroit pas mal d'entrer alors en France^ pour servir le Roy avec des troupes que j'aurois foules prestes pour cet ellect. De dire que M. de Mercœur, pour son interest particulier, puisse avoir souhaité pluslost que j'entrasse avec des troupes que d'avoir esté tout droit à la Cour, il n'y a pas de raison: car, en quelque posture que je sois, je ne puis estre en aucun lieu plus utile à ses interests qu'auprez de S. M"\
Il esl hors de propos que je m'esteude davantage à parler du passe. d'autant plus que je suis persuadé que la Reyne a fort bien faict de taire le voyage [de Poitiers |, lequel, pourvu qu'Elle soit bien servie, infailliblement produira de grands advantages, ruinera divers desseins de M. le Prince et affaiblira son party; et,quoyque mon interest particulier s'y fust entièrement rencontré, si la Cour fust revenue à Fontainebleau. particulièrement aprez ce que M. de Ghamplastreux dicl là-dessus à M. le Mareschal , neantmoins , pour ce que j'entends, je suis obligé de dire que, si j'eusse eu l'honneur d'estre auprez de Leurs Mtez, j'eusse esté, sans hésiter, d'advis du voyage, et j'eusse osé respondre qu'il auroil esté très-utile.
Mazarin indique ensuite les pièges que ses ennemis peuvent tendre à la Heine. soit pour conclure un arrangement avec le prince de Conde', soit pour faire convoquer les États généraux à Tours. Il espère que la Reine saura échapper à ces dangers, et il continue ainsi :
Aprez avoir raffermy par sa présence et par celle du Roy tous ces
1 Le sens est : sur ce que Mazarin avait écrit à la Heine qu'il se proposait de faire des levées. — a Que j'entrasse alors en France.